On aurait dit une femme couchée sur le dos, de Corine Jamar

On aurait dit une femme couchée sur le dosC’est dans un coin de Crète encore très sauvage, à l’aube des années quatre-vingt, que Samira et un couple d’amis à elle, Fred et Claudie, s’installent avec leurs rêves, après avoir quitté la France, au volant d’une vieille voiture traînant une caravane rafistolée. La plage qu’ils choisissent est vierge. La caravane devient une cantine, ils préparent des repas pour les quelques habitués du coin et les rares touristes qui découvrent l’île.

Peu après, Samira rencontre un jeune homme grec, Eleftheris, et l’épouse. Mais bientôt un événement, pourtant apparemment sans importance, marque la vie de la jeune femme pour de longues années. Samira suggère à Claudie et Fred de partir. La cantine ne suffisant pas à nourrir quatre bouches, elle veut désormais s’en occuper seule, avec son mari. Elle fait la cuisine, lui est l’autochtone qui a obtenu l’autorisation de s’installer sur cette plage : ils sont essentiels, pas les autres.

La culpabilité née de cette trahison ne quittera pas Samira, d’autant que ses amis ne rentrent pas en France comme elle s’y attendait, mais s’installent non loin de la plage. Un autre fait bien plus grave survient ensuite entre Samira et son beau-frère, Yannis, l’aîné de la famille qui fait régner sa loi sur la fratrie, comme le veulent les traditions du pays.

La vie n’est pas facile dans cet endroit magnifique. Heureusement, Samira a des amis, au premier rang desquels, Walter, ancien chef opérateur sur le tournage de « Zorba le Grec », film réalisé trente ans auparavant sur la plage voisine, mais qui n’en finit pas de faire parler de lui. Il y a aussi Nadine la Belge, Ruth, une vielle anglaise excentrique et alcoolique, la Française et sa fille venues pour échapper quelque temps encore à leur destin, Karin et Ivan, un couple de touristes parents de deux fillettes, dont une jeune autiste, et le père de Samira qui a compris ses erreurs passées.

On aurait dit une femme couchée sur le dos est un très beau roman qui restitue à merveille l’atmosphère de cette péninsule crétoise. Tout y est, la végétation, la lumière, les plis de la montagne, le souffle du vent et la force des traditions de ce pays longtemps béni des dieux. Samira est une héroïne attachante, que les doutes et la culpabilité ne parviennent pas à anéantir. Elle est forte parce qu’elle pense aux autres, parce qu’elle aime et veut faire aimer aux touristes le pays qu’elle a choisi et surtout parce qu’elle vit une histoire d’amour avec Eleftheris.

Les dieux grecs ne sont jamais bien loin, ajoutant un peu de magie à l’atmosphère envoûtante de ce roman, dont le narrateur ne vient au monde qu’à la fin du roman, lorsque la menace qui planait sur Samira et Eleftheris disparaît.

« Ma mère pensait qu’après le mariage un enfant naîtrait, aboutissement parfait, consécration ultime, mais je ne venais pas. J’étais prisonnier quelque part dans l’Ether, comme Thésée dans son labyrinthe. Ma mère suppliait la nymphe Akalida en cachette. A l’aube, juste avant l’arrivée de Walter, elle s’agenouillait dans le sable, joignait les mains et se mettait à prier pour que j’arrive ».

Corine Jamar est une auteure belge qui vit à Bruxelles et a déjà publié trois romans, des albums pour la jeunesse et des BD. On aurait dit une femme couchée sur le dos est une très belle découverte que je vous conseille.

 

On aurait dit une femme couchée sur le dos, Corine Jamar, Editions Le castor astral, collection Escales des lettres, août 2014, 213p.

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2 réflexions sur “On aurait dit une femme couchée sur le dos, de Corine Jamar

    • Je te le recommande, et je n’ai pas insisté sur tous les aspects : il y a aussi l’écriture, à la fois fluide et précise. Et en toile de fond, le film « Alexis Zorba », tiré du livre de Kazantzakis. Comme une lecture en appelle un autre, je suis allée ressortir de ma bibliothèque le livre de Nikos Kazantzakis que j’ai eu envie de redécouvrir.

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