L’écrivain qui voulait devenir copiste

Mr Gwyn Alessandro BarriccoJasper Gwyn est un londonien de quarante-trois ans. Alors qu’il se promène dans Regent’s Park, il éprouve soudain la sensation très nette que son travail ne lui correspond plus. Aussitôt rentré chez lui, il se met à écrire un article destiné au journal « Le Guardian » dans lequel il énumère les cinquante-deux choses qu’il s’engage à ne plus jamais faire.

Parmi celles-ci, la dernière, « écrire des livres », n’est pas des moindres, d’autant que Jasper Gwyn est un écrivain à la mode. Et si son œuvre n’est pas immense, trois romans, un essai et deux nouvelles, l’auteur est reconnu pour la facilité qu’il éprouve à s’introduire dans la tête de ses personnages et à présenter leurs sentiments.

La nouvelle fait l’effet d’une bombe, particulièrement pour Tom Bruce Shepperd, l’agent littéraire de Jasper Gwyn. Tom appelle Jasper en Espagne où ce dernier s’est réfugié afin de mettre une certaine distance entre lui et le monde. Tom essaie de le dissuader d’appliquer sa résolution. Mais en vain.

De retour à Londres, Mr Gwyn profite quelques temps d’une vie bohême, sans horaires, sans avoir besoin de prêter attention à son apparence. Mais bien vite, il se rend compte que le geste même d’écrire lui manque, ainsi que « l’effort quotidien pour mettre en ordre ses pensées sous la forme rectiligne d’une phrase » :

« …gli mancava il gesto dello scrivere, e la quotidiana cura con cui mettere in ordine pensieri nella forma rettilinea di una frase”.

Après réflexion, s’impose à lui l’idée de devenir copiste, même s’il ne sait pas précisément en quoi consiste ce métier. Il se met à « écrire mentalement », une activité physique qui lui plaît. Il finit par avoir l’idée d’un nouveau travail : réaliser des portraits, d’un genre un peu particulier puisqu’il s’agit d’ «écrire des portraits » à partir d’un modèle qui pose, dénudé, et dans le secret le plus total. Jasper Gwyn loue alors un studio, met en scène lumières et fond musical, et s’apprête à recevoir ses premiers clients, sans avoir la moindre idée de la façon dont il s’y prendra pour écrire ces portraits. Il décide alors de réaliser un essai, avec pour premier modèle Rebecca, la jolie secrétaire de Tom.

M. Gwyn cache évidemment un secret, mais lequel ? Héros principal du roman jusqu’à la moitié de celui-ci, il disparait ensuite pour laisser place à Rebecca, qui est devenue par la suite son assistante. Ce n’est d’ailleurs que quelques années après la disparition de M.Gwyn que Rebecca comprendra tout…

Alessandro Baricco signe ici un joli roman, comme à son habitude, qui ménage un certain suspense jusqu’à la fin, et que l’on imagine transposé au cinéma d’ici quelques temps. Et qui plus est, assez facile à lire en italien…

Mr Gwyn, Alessandro Baricco, Universale Economica Feltrinelli, Milano, gennaio 2013, 158p.

Mr Gwyn, Alessandro Baricco, traduit de l’italien par Lise Caillat, collection « Du monde entier », Gallimard, Paris, 184 p.

 

Livre lu dans le cadre du Challenge Leggere in italiano chez George, et du Challenge Il viaggio chez Eimelle.

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