Archive | octobre 2014

« Une vérité changeante », de Gianrico Carofiglio

una mutevole veritàUne vérité changeante n’est que la traduction littérale que je vous propose du dernier roman de Gianrico Carofiglio qui n’a pas encore été traduit en français. « Una mutevole verità » est en effet sorti en Italie en juin dernier, et je me suis laissée tenter par ce roman, d’une part, parce que je lis régulièrement les livres de Gianrico Carofiglio que j’apprécie beaucoup, et d’autre part, parce qu’en cette journée pluvieuse de vacances, le dernier roman de Carofiglio se vendait comme des petits pains, l’auteur ayant beaucoup de succès en Italie et j’ai donc suivi le mouvement…

Gianrico Carofiglio est  né en 1961, dans les Pouilles, à Bari, où il situe généralement ses romans. Après une carrière de magistrat spécialisé dans la criminalité organisée, il s’est lancé dans l’écriture de romans policiers en 2002 avec « Testimone inconsapevole »(« Témoin involontaire ») dont le protagoniste principal est un avocat, Guido Guerrieri. Reconnu pour la qualité de son écriture, Carofiglio a reçu plusieurs prix littéaires en Italie, dont le prestigieux prix Strega. Il est aujourd’hui traduit en 24 langues.

« Una mutevole verità » n’est pas un nouvel épisode de la série Guerrieri, mais Carofiglio nous propose un nouveau personnage : Pietro Fenoglio, un carabinier d’une quarantaine d’années, que l’on peut comparer à un lieutenant de la gendarmerie. Ancien étudiant en lettres, c’est un personnage ordinaire, qui ne souffre d’aucune des addictions propres aux policiers récurrents des polars actuels. Piémontais d’origine, l’homme travaille à Bari, dans les Pouilles, et l’intrigue s’y déroule, en 1989. Fenoglio fait équipe avec Montemurro, un stagiaire qui aspire à autre chose que résoudre des enquêtes policières.

Fenoglio travaille sur le meurtre d’un homme qui a été retrouvé égorgé dans son appartement. Un enquête de voisinage permet rapidement d’établir la culpabilité probable d’un jeune homme. Mais Fenoglio refuse de s’arrêter aux apparences qui condamnent d’emblée le fils Fornelli : le cas est trop simple ! Il pense qu’il faut construire une histoire vraisemblable à partir des indices dont il dispose, puis la confronter à la réalité et en explorer les différentes pistes.

L’intrigue est mince, et l’auteur s’arrête davantage sur les états d’âme de l’enquêteur qui, à la recherche de la vérité profonde, doute encore et toujours, et ne veut pas se contenter d’une solution facile. L’auteur établit d’ailleurs un parallèle avec le travail de l’écrivain à cet égard.

Or, si le cas est banal, facile, la véritable solution ne l’est pas moins. Car le lecteur devine rapidement qui est en réalité coupable du meurtre. « Una mutevole verità » n’est pas le meilleur livre de Carofiglio, loin s’en faut.  Mais on y retrouve l’écriture claire et fluide de l’auteur, ce qui est un plus quand il s’agit de lire en VO !

Una mutevole verità, Gianrico Carofiglio, Einaudi, Torino, juin 2014, 118p.

 

Livre lu dans le cadre du challenge Leggere in italiano, chez George, et du challenge Il viaggio, chez Eimelle.

logo-challenge-in-italia1challenge italie

Publicités

Le meunier d’Angibault, de George Sand

Le meunier d'AngibaultGeorge Sand a écrit Le meunier d’Angibault en quelques semaines au cours de l’été 1844, puis l’a publié sous forme de feuilleton entre janvier et mars 1845. Elle y entrecroise deux histoires d’amour, celle d’un couple campagnard et d’un couple originaire de la ville, dont chacun des deux membres proviennent de milieux sociaux différents.

La jeune Marcelle de Blanchemont est veuve depuis un mois et rencontre en secret Henri Lémor, l’étudiant dont elle est profondément amoureuse depuis quelques temps déjà. Son amour désormais légitime, Marcelle espère pouvoir l’afficher aux yeux de tous, une fois la période de deuil accomplie. Mais Henri pense qu’il aime trop Marcelle pour lui demander des sacrifices à venir : elle est riche, tandis qu’il n’est qu’un pauvre étudiant. Il ne peut se résoudre à cette mésalliance. Au contraire, Marcelle ne conçoit pas que les idées romanesques d’Henri puissent représenter un obstacle à leur amour, et cela la plonge dans le désespoir.

Prétextant le besoin de mettre de l’ordre dans les affaires de son défunt mari, mais parce qu’elle a choisi de quitter Paris pour offrir à son fils Edouard une vie plus saine à la campagne, Marcelle décide de se rendre sur la terre de Blanchemont que lui a léguée son époux. Elle écrit à Henri et lui demande de l’attendre pendant une année.

Arrivés à quelques lieues de Blanchemont, Marcelle et son équipage font la connaissance de Grand-Louis, le meunier d’Angibault, proche voisin du château de Blanchemont. Charmée par l’accueil que lui réservent le meunier et sa mère, Marcelle devient rapidement amie avec lui, d’autant qu’elle découvre que Grand-Louis et elle-même vivent la même situation. Grand-Louis est en effet amoureux de Rose, la fille de Bricolin, un ancien paysan enrichi qui a profité du manque d’intérêt des châtelains de Blanchemont pour leur domaine. Or, Bricolin, pour qui ne compte que l’argent, ne consentira à donner sa fille qu’à un homme riche et il ne permet donc pas à Grand Louis de fréquenter Rose. À la campagne, comme en ville, c’est bien l’argent qui règle la hiérarchie des rapports sociaux.

Certes, Le meunier d’Angibault est une double histoire d’amour : Marcelle et Henri, l’aristocrate et l’étudiant pauvre d’une part, Rose et Grand-Louis, la riche paysanne et le meunier sans bien d’autre part, parviendront-ils à s’unir ? Peu importe au fond, car Le Meunier d’Angibault est aussi un roman social, qui permet à son auteur de démontrer la nécessité d’abolir la hiérarchie sociale fondée sur l’argent. Les deux intrigues amoureuses sont finalement secondaires, même si elles sont très bien menées et maintiennent en éveil l’attention du lecteur, en ménageant le suspense jusqu’au bout.

L’intérêt du roman est donc principalement historique : il doit en effet être replacé dans son contexte si l’on veut comprendre ce qu’étaient les rapports sociaux de l’époque, en particulier au sein du monde campagnard. Un classique à découvrir, tout particulièrement dans cette édition de poche, avec la préface et les commentaires éclairants de Béatrice Didier, Professeur à l’ENS de la rue d’Ulm.

Le meunier d’Angibault, George Sand, édition présentée, établie et annotée par Béatrice Didier, Classiques de poche n° 6047, Le livre de poche, Paris, 2004, 511p.

 

Livre lu dans le cadre du défi Le siècle des Lumières chez Parthénia, du challenge romantique chez Claudia Lucia, et du challenge Un classique par mois, chez Stephie.

Défi Le siècle des Lumières

Challenge romantique

Challenge un classique par mois

L’élixir d’amour, d’Eric-Emmanuel Schmitt

L'élixir d'amourL’élixir d’amour me faisait de l’œil à la bibliothèque, sa quatrième de couverture m’a convaincue et le fait qu’il s‘agisse d’un roman épistolaire, car j’aime beaucoup cette forme, m’a finalement décidée, d’autant que je venais de lire la chronique du blog Carnet de lecture qui proposait une lecture commune sur ce roman.

Après une petite heure de lecture à peine, j’ai reposé L’élixir d’amour, en étant très perplexe. Difficile de trancher : le roman m’a plu par certains aspects, beaucoup moins par d’autres.

Adam et Louise ont vécu une relation qui a duré cinq ans. La passion déclinant, Adam a trompé Louise, mais a eu la franchise de ne pas le nier. Louise a rompu, a mis un océan entre eux, en acceptant un poste dans un cabinet d’avocat à Montréal. Adam lui envoie un mail et lui propose de remplacer l’amour par l’amitié. Louise se cabre d’abord, puis accepte. Et commence une conversation sur l’amour entre les deux anciens amants qui devient rapidement un jeu, à la recherche de l’élixir d’amour, ce « moyen de provoquer l’amour à coup sûr ».

Adam, qui est psychanalyste, prétend avoir découvert l’existence d’un philtre d’amour, mais Louise ne le croit pas. Adam décide alors de lui démontrer qu’il a raison. Le jeu est déjà bien entamé, et les retournements vont se succéder ensuite, jusqu’au dénouement.

C’est vrai, le roman de Éric-Emmanuel Schmitt est intelligent. Le jeu qui s’instaure entre Adam et Louise est fondé sur la manipulation, et les anciens amants se valent bien dans ce domaine. Le plus cynique n’est peut-être d’ailleurs pas celui qu’on croit… L’auteur nous donne ici une version moderne des Liaisons dangereuses, avec une pincée de Tristan et Yseult et une bonne dose de donjuanisme. Il expose les différentes conceptions de l’amour qui, pour certains de nos contemporains, ne vaut que par la conquête et pour d’autres, ne se justifie que comme lien fondé sur la durée. Ainsi, Louise en vient à transposer le pari de Pascal au domaine du sentiment amoureux : en effet, pourquoi ne pas parier sur l’amour, pourquoi ne pas le prolonger en en faisant un défi permanent ?

Mais ce « roman épistolaire électronique », s’il est brillant et bien construit, bien écrit (encore que j’aie trouvé que l’écriture très formelle ne correspondait pas au support électronique, le mail, et donnait un côté artificiel au roman), n’a pas suscité la moindre émotion en moi, restant à l’état de belle démonstration. L’auteur n’a pas évité certains clichés, -les hommes sont volages par nature, l’amitié est un sentiment plus pur que l’amour…- mais j’ose croire que c’est un choix délibéré de sa part, comme il a délibérément crée deux protagonistes peu attachants, voire retors, pour montrer la complexité des relations humaines.

On pourrait également critiquer la taille réduite du roman. Trop rapide ? Certes, mais la communication par Internet abolit les distances et le temps, et le jeu pervers des Liaisons dangereuses au XXIème siècle ne saurait logiquement être autre chose qu’une version condensée de l’original. Il est vrai pourtant que L’élixir d’amour n’occupera qu’un court trajet en train, et que l’on reste un peu sur sa faim : le plaisir de la lecture est aussi dans celui de la lenteur. Et si la lecture ne se mesure pas au rapport qualité-prix, il vaut quand même mieux emprunter L’élixir d’amour que de l’acheter, ou attendre sa sortie en poche.

En conclusion, intelligent d’un côté, excessif de l’autre (dans ses clichés, dans les manipulations, dans sa rapidité), je crois qu’il m’a manqué juste le brin d’émotion qui aurait fait pencher la balance du bon côté.

 

J’ai lu ce livre dans le cadre d’une lecture commune avec Carnet de lecture, dont je vous invite à découvrir l’avis ici.

L’élixir d’amour, Éric-Emmanuel Schmitt, Albin Michel, Paris, mai 2014, 156 p.

 

 

 

Le prix Saga Café remis à la bruxelloise Karine Lambert

Le Prix Saga café, crée en hommage au prestigieux Prix de Flore du célèbre café parisien, est décerné chaque année, depuis cinq ans, à un premier roman belge. Il  a été remis le 16 octobre à Liège à la Bruxelloise Karine Lambert, pour son roman « L’immeuble des femmes qui ont renoncé aux hommes ». Voici l’occasion de publier à nouveau la chronique dans laquelle j’ai évoqué ce roman en mai dernier (dans mon défunt blog aujourd’hui inaccessible).

Impression

 

L’immeuble des femmes qui ont renoncé aux hommes, de Karine Lambert

Karine Lambert est une photographe bruxelloise qui vient de publier son premier roman. Je remercie  l’auteur de m’avoir envoyé une épreuve de son livre, dont le titre et la couverture ont attiré mon attention et que j’aurais certainement acheté, si je l’avais découvert en librairie. La lecture de « L’immeuble des femmes qui ont renoncé aux hommes » a d’ailleurs confirmé ma première impression…

La villa Celestina se niche dans une impasse à l’allure champêtre du XXème arrondissement de Paris . Elle appartient à la Reine, une ancienne danseuse étoile qui revit chaque soir en pensée les applaudissements qui ont représenté sa raison de vivre pendant des années. Aujourd’hui, fatigué des exercices interminables, le corps de Reine ne répond plus. Et la nostalgie a pris le dessus, même si l’étoile ne se laisse pas aller.

La Reine a aimé, beaucoup, mais jamais assez pour abandonner la danse et pour choisir quelqu’un, jamais assez pour surmonter sa peur de la routine. Alors que sa carrière se terminait, un admirateur lui a fait cadeau de cet immeuble. Reine s’est alors enfermée dans l’appartement du dernier étage, sous le ciel et les étoiles, et a choisi de ne plus rencontrer d’hommes. C’est pourquoi elle a exigé de toutes les candidates locataires de ne jamais amener d’homme dans l’immeuble.

C’est ainsi que se sont retrouvées autour de la Reine quelques femmes seules, Simone, Giuseppina la sicilienne, Rosalie et Juliette, une nouvelle venue trentenaire qui vient, au début du roman, occuper l’appartement de Carla, partie pour quelques temps vivre ses rêves en Inde. Si toutes ces femmes ont renoncé aux hommes, elles n’ont pas pour autant renoncé à l’amitié. La Casa Celestina est un refuge pour chacune d’entre elles, elles laissent parfois les portes de leur appartement ouvertes, elles se retrouvent pour bavarder, passer des dimanches après-midi d’hiver ensemble, et dîner chez la Reine qui les invite chaque semaine.

La Reine veille à ce que le règlement de la Casa Celestina soit appliqué à la lettre : aucun homme ne doit avoir accès à l’immeuble ! Pas facile lorsque l’on a besoin d’un électricien, ou pour Simone qui aimerait tant recevoir son fils, mais qui se refuse à enfreindre cette loi à laquelle elle a adhéré.   La Reine est dure, comme la reine des abeille qui veille avant tout à la bonne marche de la ruche. Pourtant, elle conseille Juliette, elle comprend toutes ses locataires, et elle finira par leur confier ce qu’elle a de plus cher.

Certes, les hommes sont absents de la Casa Celestina, et cependant, il est question d’eux sans arrêt. En effet, le roman n’a rien d’un manifeste féministe et c’est tant mieux. Les hommes -et donc l’amour- sont omniprésents, dans le passé des locataires et dans celui de Reine, dans leurs conversations, et jusque dans leurs silences…

« L’immeuble des femmes qui ont renoncé aux hommes » nous parle d’amitié, d’entraide, qui apportent la sérénité. Il m’a rappelé deux romans belges que j’ai lus depuis que j’ai crée ce blog, et qui évoquent également une petite communauté d’amitié qui a permis de rendre la vie plus douce à ceux qui en faisaient partie : « La véritable vie amoureuse de mes amies en ce moment précis » de Francis Dannemark et, plus récemment, « Alice et l’homme-perle » de Valérie Cohen. Peut-être est-ce dans l’air du temps ? Les incertitudes de notre monde globalisé seraient-elles à l’origine de ce besoin de se retrouver, de souligner l’importance de l’amitié dans les relations humaines ?

Quoi qu’il en soit, le roman de Karine Lambert m’a fait l’effet d’une praline que l’on laisse fondre dans la bouche, apportant douceur et réconfort. Car s’il est parfois triste, « L’immeuble des femmes qui ont renoncé aux hommes » est aussi résolument optimiste.

L’immeuble des femmes qui ont renoncé aux hommes, Karine Lambert, Editions Michel Lafon, mai 2014.

 

 

 

 

 

La biographie de Victor Hugo en BD

Victor HugoJe lis peu de BD, principalement par manque de temps et par méconnaissance de cet art. Mais l’une d’entre elles a retenu mon attention : c’est un magnifique album d’une centaine de planches que nous offre Bernard Swysen, auteur bruxellois de bandes dessinées : la somme de deux années de travail, sobrement intitulée Victor Hugo. L’album retrace la biographie du grand homme, en n’oubliant aucun des aspects de sa vie : écrivain avant tout, mais aussi homme politique, défenseur des droits de l’homme, père et grand-père attentif, mari attaché à son épouse, même s’il était volage et a vécu une double vie avec Juliette Drouet, et tant d’autres …

La BD de Swysen est donc très complète, et s’appuie sur un cadre historique qui retrace parfaitement les soubresauts qu’a connus le XVIIIème siècle français, entre le Ier Empire et la Restauration, les Trois Glorieuses de juillet 1830, la Révolution de 1848, les seconde et troisième Républiques, puis le Second Empire jusqu’à la Commune en 1870.

Un siècle agité politiquement et bien sûr, très riche en ce qui concerne la littérature, avec la naissance des Romantiques, la bataille contre le classicisme, les relations entre Hugo et Châteaubriand, Sainte-Beuve, Alexandre Dumas entre autres hommes de lettres.

Les périodes d’exil de Victor Hugo sont également mises en avant, notamment en Belgique, et l’on retrouve Hugo dans différents lieux de Bruxelles, ainsi qu’à Waterloo. À cette souffrance de l’éloignement, se sont ajoutés des drames, notamment la perte de plusieurs de ses enfants ou petits-enfants, la folie qui a touché certains de ses proches. Hugo n’a pourtant jamais baissé les bras, en homme passionné qu’il était.

L’album Victor Hugo de Bernard Swysen a reçu la caution du biographe hugolien, Jean-Marc Hovasse, directeur de recherche au CNRS, ainsi que de Robert Badinter et Jean d’Ormesson. Le texte, enrichi de nombreuses citations extraites des œuvres de Victor Hugo, fait aussi de cet album une BD de référence sur l’homme de lettre et l’intellectuel engagé.

Victor Hugo, Bernard Swysen, Joker éditions, Bruxelles, 2014, 97p.

 

Album lu dans le cadre du challenge Histoire, chez Lynnae et du challenge romantique, chez Claudia Lucia

Challengehistoireessai1

Challenge romantique

Simon, Anna, les lunes et les soleils

Simon Anna les lunes et les soleilsSimon se retrouve seul, bouleversé.

Elle est partie, après des années de vie commune, elle, que Simon n’appelle plus que la déserteuse, car il est à la fois blessé, amer et pudique. Mais les premiers jours de stupeur passés, Simon décide de partir en vacances, seul, parce que rien ne le retient, parce que la vie qu’il mène depuis le départ de la déserteuse n’est pas une solution.

Simon choisit de se rendre dans les Vosges, d’où il garde des souvenirs tendres de vacances en famille, quand il était enfant. Et parce que la déserteuse n’aimait pas les Vosges. Elle n’aimait rien de ce qu’il aimait d’ailleurs ! Il entreprend de longues marches, pour se reposer, prendre le temps, se couper des écrans qui ne lui apportent jamais de nouvelles d’elle.

L’hôtel est désert, mais, Odile, la jeune patronne, l’accueille avec discrétion et chaleur. Une autre cliente est là, seule également, venue vider la maison de sa mère décédée depuis peu : Anna n’est pas bavarde, mais Simon et elle vont tout de même faire connaissance, et Anna, peu à peu, raconte son histoire, douloureuse, celle d’une mère et de sa petite fille, qui ont vécu seules ici, il y a déjà longtemps.

La compagnie d’Anna est salutaire pour Simon, celle d’Odile également. Et le roman se déroule ainsi, calmement, dans cette atmosphère douce et rassurante. Au début, je me suis demandée qui d’Anna ou d’Odile, Simon allait choisir. Mais la question n’est pas là. Le roman prend une autre direction et l’auteur nous réserve une surprise.

Simon et Anna ont beaucoup en commun, bien qu’ils aient vécu une enfance très différente. J’ai beaucoup aimé le personnage de Simon, très attachant, d’abord ivre de douleur, puis qui rebondit très vite, en s’appuyant sur la force intérieure qu’il puise dans les souvenirs d’une enfance heureuse, puis en s’intéressant à Anna et à sa souffrance. Le thème des relations familiales est central et prend bien vite le pas sur celui de l’amour et de la rupture. L’écriture de Verena Hanf est à l’image du roman, douce et pudique. Il s’agit ici du deuxième roman de cet auteur qui vient d’être publié par les Editions Castor Astral, au sein de la collection Escale des lettres que dirige Francis Dannemark. Une belle découverte que je vous recommande.

 

L’auteur (extrait de la quatrième de couverture): Verena Hanf est née en 1971 à Freiburg (Allemagne) d’un père allemand et d’une mère égypto-libanaise. Elle a fait des études de sociologie, de politique et de journalisme en Belgique, en Angleterre et en Allemagne et est aujourd’hui rédactrice dans une association qui soutient des projets pour les enfants dans des pays en voie de développement. Elle vit à  Bruxelles.

 

Simon, Anna, les lunes et les soleils, Verena Hanf, collection Escales des lettres, Le Castor Astral, Août 2014, 150p.

 

 

 

 

Le Prix Nobel de littérature décerné à Patrick Modiano

Patrick ModianoQuelle excellente nouvelle aujourd’hui, l’attribution du Prix Nobel de littérature à l’écrivain français Patrick Modiano ! Celui qui se fait rare dans les médias, -certains d’entre vous se souviennent peut-être de la discrétion et la modestie dont il fit preuve lors de ses passages mémorables à Apostrophes… – est aujourd’hui mis en lumière pour une œuvre qui figure parmi les plus sensibles de notre époque.

L’Académie suédoise du Nobel vient en effet d’annoncer il y a quelques heures l’attribution du Prix Nobel de littérature à Patrick Modiano. Né en 1945, Modiano a publié, toujours chez Gallimard, une trentaine de romans depuis la parution en 1968 de son premier roman, La place de l’étoile.

Patrick Modiano a été plusieurs fois primé en France. Il a reçu le Grand Prix du Roman de l’Académie française qui lui a été décerné en 1972 pour Les boulevards de ceinture. Il a également remporté le Goncourt en 1978 pour Rue des boutiques obscures. En 1996, il a obtenu le Grand Prix national des lettres pour l’ensemble de son œuvre.

Le Prix Nobel lui sera remis le 10 décembre prochain à Stockholm et vient consacrer une carrière littéraire brillante qui a pour thème et décor central le Paris de la Seconde guerre mondiale. Le rôle de la mémoire et les souvenirs d’enfance sont essentiels dans les romans de Modiano. L’Académie suédoise a d’ailleurs souligné dans son communiqué, « l’art de la mémoire avec lequel il a évoqué les destinées humaines les plus insaisissables et dévoilé le monde de l’Occupation ».

Le dernier livre de Patrick Modiano, Pour que tu ne te perdes pas dans le quartier,  est sorti le 2 octobre dernier.