Le complexe d’Eden Bellwether, Benjamin Wood

le complexe d'eden bettelwoodAutre coup de cœur de cette rentrée littéraire, après Joyce Maynard, c’est encore un auteur anglophone, mais anglais cette fois, que je viens de découvrir. Agé de 33 ans, Benjamin Wood a publié en 2012 son premier roman, aujourd’hui traduit en français. Vous avez sans doute déjà entendu parler du «Complexe d’Eden Bellwether » qui a fait l’objet de nombreuses critiques élogieuses depuis sa sortie en août dernier chez Zulma, une maison d’édition qui a publié ces dernières années de très bons romans, et notamment « La lettre à Helga », « L’exception », ou plus récemment « L’île du Point Némo ».

« Le complexe d’Eden Bellwether » ne m’a pas déçue, comme cela peut être le cas après avoir lu un grand nombre de bonnes critiques sur un ouvrage. Le roman s’ouvre sur une scène de crime évoquée en deux pages. Tout y est, et pourtant on ne sait rien des victimes. Qui sont-elles ? On ne l’apprendra qu’à la fin du roman qui prend, avec cette scène d’ouverture, des allures de polar. Pourtant, et malgré le suspense présent tout au long du livre, il ne s’agit pas d’un polar.

Oscar Lowe est un jeune homme de vingt ans qui est aide-soignant à Cedarbrook, une maison de retraite située à Cambridge. Oscar n’a pas fait d’études, parce que sa priorité était de quitter ses parents, ce qu’il a fait très jeune. Chaque jour en se rendant au travail, il passe devant les nombreux « Colleges » de Cambridge qui abritent encore l’élite intellectuelle de l’Angleterre contemporaine. Un soir, en arrivant près de la chapelle de King’s College, Oscar est attiré par le son à la fois fort, harmonieux et fragile de l’orgue : il ne peut résister, entre et assiste à l’office. En sortant, il rencontre Iris, une jeune fille blonde, étudiante en médecine et mélomane, qui est aussi la sœur d’Eden, l’étudiant qui jouait merveilleusement bien de l’orgue ce soir-là à l’office. Les jours suivants, Oscar fait plus ample connaissance avec elle, puis avec son frère et leur petit groupe d’amis, et enfin, une fois devenu le petit ami d’Iris, avec les parents Bellwether.

Oscar n’est pas toujours à l’aise avec ces membres de la classe intellectuelle aisée, mais il s’intègre rapidement dans le petit groupe qu’il rejoint après avoir terminé ses heures à Cedarbrook. Oscar aime son travail, malgré les difficultés qu’il comporte. Il a sympathisé avec un pensionnaire différent des autres, qui préfère s’isoler dans sa chambre et n’avoir que très peu de contact avec les autres résidents, le Dr Paulsen. Ce dernier prête des livres à Oscar et c’est ainsi qu’Oscar découvre les œuvres de Herbert Crest, psychologue et ancien ami du Dr Paulsen.

Au centre du roman, il y a également Eden, personnage sombre, mystérieux et manipulateur, d’une grande culture, et dont on se demande, à l’instar de sa propre mère, s’il est très intelligent ou s’il est anormal. Eden est un fervent admirateur du compositeur allemand Mattheson et, passionné de musique baroque, il prête à celle-ci des pouvoirs thérapeutiques. Eden prétend d’ailleurs être capable d’hypnotiser des malades, les soigner, voire les guérir. Pour exercer ses compétences, il n’hésite pas à se servir de sa sœur Iris comme d’un cobaye : enfant déjà, il lui infligeait des blessures, pour pouvoir mieux la soigner ensuite. De la même façon, Eden n’hésitera pas à essayer de soulager les douleurs de Crest qui souffre d’une tumeur au cerveau.

C’est Oscar qui a provoqué la rencontre entre Eden, l’organiste guérisseur, et Crest, le psychologue spécialiste de la Personnalité narcissique. Peut-être pourront-ils se rendre service mutuellement, imagine-t-il. Mais Oscar se rendra vite compte que cette rencontre n’est pas fortuite. Eden les a-t-ils manipulés ? Distant voire arrogant, Eden n’éprouve aucune empathie pour ses semblables. Il vit dans son monde, à la frontière entre le génie et la folie…

Outre le fait qu’il se dévore d’une traite, les rebondissements maintenant le suspense jusqu’au bout, le roman de Benjamin Wood est envoûtant, certainement en raison de l’atmosphère des lieux, mais aussi des personnages qui oscillent sans cesse entre le cartésianisme et l’irrationnel. Oscar est un personnage particulièrement attachant, un autodidacte intelligent et sensé, qui insuffle beaucoup d’humanité à cette aventure diabolique. L’écriture, classique et fluide, et les nombreux thèmes sous-jacents au roman font sans aucun doute de Benjamin Wood un nouvel auteur à suivre…

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Le complexe d’Eden Bellwether a reçu le Prix Fnac 2014.

Le complexe d’Eden Bellwether, Benjamin Wood, traduit de l’anglais par Renaud Morin, Zulma, Paris, août 2014, 512 p.

 

 

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