Gabriele d’Annunzio ou le roman de la Belle Epoque

D'Annunzio ou le roman de la belle époquePublié dans la collection « Le roman de … » dirigée par Vladimir Fédérovski, « Gabriele d’Annunzio ou le roman de la Belle Epoque » est différent de la plupart des autres ouvrages de cette série. En effet, l’auteur a choisi de se mettre dans la peau de D’Annunzio pour nous livrer l’autobiographie romancée du poète italien, qu’il raconte donc à la première personne. Dès les premières lignes, le ton est donné : D’Annunzio reconnaît sa « tendance à se prendre pour le nombril du monde », due selon lui en partie au fait qu’il n’ait été élevé que par des femmes.

Originaire de Pescara dans les Abruzzes, l’enfant de sept ans, déjà très sensible, aime la campagne qu’il décrit en des termes poétiques. D’une intelligence précoce, le jeune Gabriele est particulièrement lucide sur son caractère et notamment ses défauts, ses propres besoins et ses goûts. Attiré par l’aristocratie, il garde le nom que son père avait emprunté, D’Annunzio, beaucoup moins commun que son véritable nom, Rapagnetta. Il commence à écrire très tôt et à 17 ans, il publie son premier recueil de poèmes intitulé « Odes barbares ». Gabriele D’Annunzio connaît le succès tout de suite et n’hésite pas à reprendre à son compte le terme de « chef-d’œuvre » que certains critiques ont employé pour désigner ses écrits. Il se vante également d’avoir inventé un mode de vie particulier, mondain, dépensier, aux nombreuses conquêtes féminines.

Un rien agaçant, parfois grandiloquent, D’annunzio est toujours conscient de sa grandeur, de son génie. Il ne s’impose aucune limite et, méprisant l’argent, il dépense sans compter et se retrouve rapidement couvert de dettes, sans vouloir renoncer à rien pour autant.

« Je suis un homme de désordre et je veux rester tel, parce que mon style est de ne jamais contrarier ma nature » (p28).

Par la voix de D’Annunzio, Dominique Lormier passe en revue ses œuvres, les explique, en révèle les influences. Puis il évoque ses quelques expériences politiques en tant que député. C’est ensuite à une activité théâtrale que l’écrivain prodige se consacre, avant de rencontrer ses premiers vrais problèmes financiers. Pour échapper à ses créanciers, il choisit de s’exiler en France où il reçoit l’aide de sa maitresse Natalia de Goulobev. La période française est très féconde, il rencontre de nombreux artistes. Bientôt installé dans les Landes, il alterne les périodes de fête avec celles de retraite qui sont vitales pour écrire.

En 1915, pressentant l’intervention imminente de sa patrie en guerre, dont il se présente en partie comme l’instigateur par la rédaction du discours de Quarto, l’écrivain rentre en Italie et participe à des opérations militaires périlleuses. Cette partie du récit m’a beaucoup fait penser au récit de Romain Gary dans « La promesse de l’aube ». Il y a d’ailleurs quelques points communs entre les deux hommes, mais aussi de grandes différences, Gary n’étant jamais arrogant en raison d’un formidable humour qui le sauve de ses excès.

D’Annunzio s’installe ensuite à Fiume, et fait de la ville un Etat indépendant en la dotant d‘une constitution particulièrement novatrice. Forcé à partir, il s’installe au bord du Lac de Garde, à Gardone Riviera, où il termine sa vie, une période trop peu développée dans le roman.

En effet, si le roman est richement documenté, et parsemé de nombreuses citations, j’ai regretté un peu que certaines périodes de la vie du grand écrivain soient trop rapidement évoquées. L’image que j’ai gardée de D’Annunzio après cette lecture est celle d’un aristocrate décadent mais génial : un homme qui accordait une grande importance à la beauté, dans l’art, mais aussi à celle des femmes dont il s’est toujours entouré. On ne peut qu’être intrigué par le caractère à la fois passionné, sensuel, original et raffiné de l’homme qui verse sans arrêt dans l’exubérance, l’excès, voire l’irrespect, mais toujours avec une incroyable candeur. Son attitude souvent immodeste et immature qui confine à l’arrogance, est sans doute renforcée par le choix du récit à la première personne. Un personnage original dont on aimerait finalement en savoir davantage.

 

Je remercie Babelio et Les éditions du Rocher de m’avoir fait parvenir ce roman.

 

Gabriele d’Annunzio ou le roman de la Belle Epoque, Dominique Lormier, Editions du Rocher, août 2014, 222p.

 

Lecture faite dans le cadre du challenge Il viaggio chez Eimelle.

challenge italie

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