Sous les couvertures, de Bertrand Guillot

Sous les couvertures est un livre qui parle des livres, comme la couverture colorée le laissait deviner. Je l’ai choisi dans le cadre des « matchs de la rentrée littéraire », opération organisée par Price Minister, que je remercie d’ailleurs de m’avoir envoyé ce roman.

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Sous les couvertures, la révolte gronde. Les livres sont à l‘image des hommes : il en est de toutes sortes et entre eux naissent des affinités, des amitiés, mais aussi des rivalités. C’est toute une vie qui se réveille dès que les librairies sont fermées. N’y avez-vous jamais pensé ?

Ce vieux libraire de quartier en a parfois l’intuition. En fermant sa librairie, il lui arrive de se demander ce que les livres peuvent bien faire pendant la nuit. Ne sont-ils pas animés d’une vie propre ? Imaginer cela le console des difficultés qu’il rencontre dans son métier, qui commença avec la concurrence des grandes surfaces tout d’abord puis, bien plus grave, de la vente en ligne par des géants du commerce qui dictent leur loi du plus fort à tous, mettant en péril ce métier, comme tant d’autres. Le vieux libraire est bien triste, il ne comprend plus l‘époque dans laquelle il vit et refuse de s’y adapter, ayant accepté pour toute concession à son banquier l’installation d’une table consacrée aux best-sellers, près de la caisse de la librairie.

Cette concession, les livres du Boudoir ne l’ont pas digérée, eux. Rangés dans la pièce du fond de la librairie, leur existence est remise en cause par le succès des meilleures ventes. En effet, s’ils ne sont pas achetés sous peu, ils finiront au pilon et c’est justement lundi matin que le libraire et sa jeune apprentie ont décidé de préparer le carton des retours. Il n’en faut pas plus pour que, dès que le vieux libraire tourne la clé dans la serrure, les livres se mettent à discuter, échangeant leur peur de finir au pilon. L’angoisse montant, certains cèdent même à la panique, tandis que d’autres gardent leur sang-froid.

C’est le cas de Grand, livre volumineux et ambitieux, dont les personnages sont des vieillards rebelles qui ont entrepris de s’échapper de leur maison de retraite. Certes, depuis deux mois qu’il est au fond de la librairie, Grand a dû se résigner, aucun client ne l’ayant consulté. Avec deux amis, Conteur et Junior, il décide pourtant d’organiser la révolte, en suivant les conseils avisés du Prince et de Spartacus : ils commencent par monter une opération éclair afin de dérober aux best-sellers leur jaquette clinquante, jusqu’à finalement leur livrer une véritable guerre digne de ce nom, alternant assaut et siège de la table des ventes vedettes.

Si la description de la bataille des livres est un peu longue, on s’amuse néanmoins à reconnaître les ouvrages auxquels l’auteur fait allusion et cela fait de Sous les couvertures un livre original et très divertissant. Les personnages sont très attachants : le vieux libraire est nostalgique d’un passé plus riant et il se détache peu à peu d’un métier qui fut sa passion pendant des décennies. Comment ne pas comprendre cet homme dont les repères disparaissent peu à peu et qui a bien du mal à remettre en question ce qu’il a connu durant toute une vie, ce qui est le lot de beaucoup de personnes âgées aujourd’hui ? Son portrait est donc particulièrement bien brossé, tout comme celui de Sarah, jeune apprentie enthousiaste qui fourmille d’idées qu’elle aimerait pouvoir concrétiser afin de moderniser la librairie et répondre ainsi aux nouveaux défis.

Aussi opposés qu’ils soient, le vieux libraire et Sarah sont bien démunis face à la vente en ligne, aux tablettes et autres liseuses, mais aussi face au monde de l’édition qui ne les aide même plus, étant trop occupé à élaborer de nouvelles stratégies pour tirer son épingle du jeu. Sans parler des banquiers qui ne font plus confiance aux libraires, ni même des lecteurs, dont beaucoup ont pris de nouvelles habitudes.

Bertrand Guillot signe ici un roman très divertissant qui a le mérite d’attirer l’attention sur les problèmes que connaît le monde du livre, sans pour autant ennuyer le lecteur. Je n’ai donc pas regretté mon choix, même si plusieurs autres ouvrages participant à ces matchs de la rentrée littéraire étaient très alléchants. Voici dons mes notes pour chacun des trois critères fixés cette année.

Qualité de l’écriture : 4/5. Indéniablement bien écrit, fluide, avec quelques trouvailles et bons mots.

Plaisir à la lecture : 3/5. Je lui aurais attribué un 4 s’il n’y avait eu ces quelques longueurs lors de la bataille des livres.

Originalité du livre : 4/5. Pour la façon dont le thème est traité. Des livres vivants, les grands lecteurs en ont tous rêvé !

Sous les couvertures, Bertrand Guillot, Editions Fromentin, 2014.

 

Lecture faite dans le cadre des matchs de la rentrée littéraire de Price minister, que je remercie pour ce livre. Vous pouvez cliquer ici pour découvrir les sélections, les avis des autres blogueurs, ainsi que le livre vainqueur (le 31/12/14).

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