« Le bouc émissaire », une imposture diabolique, de Daphné du Maurier.

le bous émissaireJohn est un Anglais d’âge mûr, célibataire, qui enseigne le français dans une université anglaise et passe toutes ses vacances en France, pays auquel il voue une vraie passion, à tel point qu’il regrette de n’y être qu’un étranger. En effet, bien qu’il parle un français parfait, John souffre de ne pas pouvoir être considéré comme un Français.

John se trouve à un âge où on fait le point, moment douloureux pour lui qui ne sait pas quoi faire de sa vie. Il décide d’aller chercher une réponse à ses questions à l’abbaye de la  GrandeTrappe où il compte séjourner quelques jours. De passage au Mans, il fait une rencontre étonnante, avec un Français qui lui ressemble en tous points : même stature, mêmes yeux, même sourire. Un véritable double qui, de surcroît, se prénomme Jean.

Après les présentations, Jean de Gué propose à John de partager un repas. Il lui parle de sa vie de châtelain et de sa famille qui l’étouffe et lui propose finalement d’échanger leurs vies, puisque leur ressemblance, digne de vrais jumeaux, le leur permet. John n’a pas le temps de réfléchir à cette proposition : Jean de Gué le fait boire et John se réveille seul le lendemain matin ; Jean de Gué a disparu, emmenant les vêtements de John, mais lui laissant ses affaires. Le chauffeur du Conte de Gué arrive et conseille à celui qu’il croit être son patron de rentrer au château où il est attendu.

John n’a plus qu’à enfiler les vêtements de Jean et à suivre le chauffeur, très étonné que celui-ci l’ait pris pour son patron. Il se rend donc au château où il fait connaissance avec la famille qui l’interroge sur son voyage à Paris, pensant avoir réellement affaire à Jean de Gué. John laisse entendre qu’il a réussi à négocier un contrat qui était primordial pour l’avenir de la verrerie familiale.

Il apprend peu à peu à connaître « sa famille », découvre sa femme, sa mère, sa fille, sa belle-sœur -avec qui il a une liaison- et même sa maîtresse, Bela, qui habite dans la petite ville de Villars. Il se fond dans cette vie, avec beaucoup de difficultés et de questions, tandis que la famille, quant à elle, n’y voit que du feu. La pression est palpable et l’on se demande comment John se sortira de ce mauvais pas. En effet, s’il s’est d’abord accommodé facilement de l’ occasion de devenir un vrai Français, John se rend compte qu’il a endossé la vie d’un personnage opportuniste peu soucieux des autres. Néanmoins, doté d’un caractère à l’opposé de celui de Jean de Gué, il a le souci de bien faire et la volonté de résoudre les problèmes de la famille et de la verrerie, dûs en grande partie à la désinvolture de Jean de Gué.

Le bouc émissaire a été publié alors que Daphné du Maurier était déjà célèbre grâce à Rebecca. On y retrouve un univers familial assez malsain, autour de relations humaines complexes. L’intrigue est située dans la Sarthe, région dont le grand-père de Daphné du Maurier était originaire, et que la romancière avait visitée peu de temps avant d’écrire ce livre. On ressent également dans le roman le poids de l’histoire et notamment celui de la Seconde guerre mondiale avec l’évocation de la Résistance et de la Collaboration, dont on parlait encore très peu en 1957.

Même si le suspense et la tension ne m’ont pas paru aussi forts que dans Rebecca, Le bouc émissaire est un roman très prenant autour de la question de l’identité, et de la notion de bien et de mal dont John et Jean sont chacun un représentant. Un roman psychologique à ne pas manquer, plein de noirceur coupable et de rédemption, comme peut l’être l’âme humaine.

 

Le bouc émissaire, Daphné du Maurier, traduit de l’anglais par Danièle Van Moppès, Editions Phébus, Paris, 1996, 375p.

 

Livre lu dans le cadre du Challenge Un classique par mois, chez Stephie

Challenge un classique par mois

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9 réflexions sur “« Le bouc émissaire », une imposture diabolique, de Daphné du Maurier.

    • Et donc, la joie de bonnes lectures en perspective ! Avant ce titre, je n’avais lu que le célèbre « Rebecca », dont je gardais le souvenir, à tort, d’une littérature pour adolescentes. J’ai envie maintenant de découvrir davantage cette auteure.

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  1. Titre totalement inconnu pour moi! Il a l’air très agréable bien que je me demande comment l’auteure parvient à rendre son récit vraisemblable : ne serait-ce que la langue! Mais tant pis! parfois la vraisemblance n’est pas vraiment nécessaire pour apprécier.

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    • En effet, et je trouve que dans ce cas-ci justement, certaines invraisemblances ne m’ont pas gênée du tout. C’est vrai que j’ai eu un doute devant la ressemblance parfaite entre deux hommes qui n’ont aucun lien de parenté, et surtout quant au fait qu’aucun des proches de Jean (sauf un) ne s’en aperçoive : comment John a-t-il pu abuser la femme, la mère, la fille de Jean…? Comment le français de John pouvait-il être parfait à ce point ? Mais une fois que l’on a accepté ce postulat, le roman fonctionne très bien. Il peut d’ailleurs être compris à différents degrés : John et Jean ne feraient-ils qu’un ? J’ai parfois pensé au « Horla » en lisant ce roman…

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  2. Ta description me fait bien envie. Cette histoire de double me fascine, car je m’interroge beaucoup sur les questions d’identité. Après avoir lu Rebecca et l’Auberge de la Jamaïque, je crois que mon prochain Du Maurier est tout trouvé 😉

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    • Oui, cette histoire est aussi très intéressante, et la problématique liée à l’identité qu’elle contient : comment peut-on vouloir appartenir à un clan, comment se perçoit-on comme étranger ou au contraire, comment peut-on s’intégrer dans une famille dont on ne connaît rien jusqu’à se faire passer pour un membre de cette famille?
      Pour ma part, du même auteur, je lirai cet été « L’auberge de la Jamaïque » et « L’amour dans l’âme ».

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  3. Pingback: Ma cousine Rachel, Daphné du Maurier | Le livre d'après

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