Archive | octobre 2015

Tiré à quatre épingles, de Pascal Marmet

Tiré à quatre épinglesAlbane Saint-Germain de Ray, veuve d’un ancien préfet, est retrouvée assassinée dans son appartement : un cambriolage qui aurait mal tourné, la propriétaire étant sur les lieux quand deux hommes ont fait irruption chez elle. Seulement voilà, les deux cambrioleurs n’ont rien à voir avec le meurtre : Samy n’est qu’une petite frappe récidiviste et Laurent est un jeune homme naïf et quelque peu marginal, seul à Paris, qui n’a pas compris quand Samy l’a abordé en gare de Lyon que celui-ci cherchait un complice pour l’aider à accomplir son forfait.

En cette période estivale, la moitié des effectifs de la PJ est en vacances. Le commandant Chanel, pourtant débordé, est chargé de l’affaire. Seule concession de ses supérieurs : lui fournir deux élèves-commissaires pour l’aider. Mais le chef est morose, surtout depuis qu’il a appris que la PJ quitterait bientôt l’île de la Cité pour des locaux modernes et fonctionnels en périphérie, déménagement qui tournera inévitablement une page de l’histoire du célèbre « 36, quai des Orfèvres ».

D’emblée, le commissaire connu pour « ses fulgurances », une intuition hors normes, ne croit pas à la thèse du cambriolage qui tourne mal. D’autant que le mari de la victime, le préfet René Saint-Germain de Ray, avait lui-même été assassiné six mois auparavant. Un personnage difficile à cerner par ailleurs, un collectionneur d’art primitif africain dont l’appartement regorge de statuettes africaines. A moins que ce ne soit sa femme, Albane Truchot, une véritable beauté plus jeune que lui, qui ne trempe dans un trafic quelconque… Rien pourtant ne permet d’en faire la preuve.

Le seul indice qui pourrait aider Chanel et ses collègues est la présence sur les lieux le jour du crime du jeune Laurent, dont on ne sait rien, sinon qu’il est entièrement vêtu de vert et déambule chaque jour dans la gare de Lyon. Un seul mot d’ordre désormais, trouver Laurent et le faire parler, mais celui-ci se méfie et échappe à plusieurs reprises à la police. Heureusement, Chanel n’en reste pas là et grâce à ses élèves- commissaires, deux jeunes femmes très débrouillardes et fines psychologues, et à une heureuse coïncidence de dernière minute, l’équipe mettra la main sur le jeune homme. Entretemps, l’enquête aura avancé sur d’autres plans.

« Tiré à quatre épingles » est le premier roman policier de Pascal Marmet qui est aussi l’auteur du « Roman du parfum » et du « Roman du café ». Il signe là un policier français de facture classique qui nous plonge dans le quotidien d’un flic de la célèbre PJ de Paris. Un commandant Chanel très attachant, passionné par son métier, discret et réservé, aimant passer inaperçu au sein de la PJ, et détestant mettre en avant des résultats pourtant excellents ! Derrière sa réserve, Chanel cache un grand cœur. Il n’hésite pas à aider des personnes en difficulté, comme la jeune Salomé qu’il tire des griffes d’un drogué et qui le lui rendra bien, en participant à son enquête malgré elle.

J’ai donc particulièrement aimé le personnage principal qui pour une fois, n’est pas un flic alcoolique bourré de problèmes… « Tiré à quatre épingles » se lit d’une traite. C’est un bon polar, dont j’aimerais retrouver le héros dans une autre enquête…

 

Tiré à quatre épingles, Pascal Marmet, Michalon, Paris avril 2015, 270 p.

 

Je remercie l’auteur de m’avoir envoyé son livre. Livre lu dans le cadre du challenge Thrillers et polars, chez Sharon.

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Plus haut que la mer, Francesca Melandri

Plus haut que la merLuisa et Paolo arrivent sur l’Ile. Ils ont d’abord traversé le Détroit depuis la Grande île, sur laquelle ils étaient arrivés après de longues heures de voyage en ferry. Avant, il avait fallu rejoindre le port, surtout pour Luisa qui arrive des montagnes. Un long périple pour retrouver leur proche.

Sur l’Ile, il leur faut encore monter dans une camionnette conduite par un chauffeur qui se joue des lacets vertigineux de la route défoncée surplombant la mer. A toute vitesse, car il faut arriver à l’heure et surtout être de retour rapidement à l’embarcadère pour repartir avant que la tempête ne se déclenche. Elle menace en effet, portée par le mistral qui balaie la Méditerranée.

Luisa et Paolo ne se connaissent pas. Ils n’ont qu’un point en commun : ils sont tous deux emmenés vers la Spéciale, la prison isolée au fin fond de l’Ile, là où les détenus sont placés en quartier de haute sécurité. Luisa et Paolo ont en effet le même but, rendre visite à un parent détenu. Pour Paolo, professeur de philosophie qui ne veut plus enseigner, c’est un fils unique, jeune bourgeois épris d’égalité au point de devenir révolutionnaire et de basculer dans le terrorisme. Quant à Luisa, mère de cinq enfants qui l’aident au travail de la ferme, c’est un mari, de ceux qui se laissent mener jusqu’au meurtre par un tempérament impétueux, encore agacé par l’alcool.

Une fois la visite accomplie, il faut repartir au plus vite. Mais un contretemps empêche la camionnette d’arriver à temps : voulant éviter la tempête, le bateau a levé l’ancre. Luisa et Paolo doivent dormir sur l’Ile, et c’est Pierfrancesco Nitti, agent pénitentiaire, qui est chargé de les surveiller. Personne ne peut en effet passer la nuit sur l’Ile librement, depuis qu’une évasion a été organisée par la femme d’un ancien détenu.

Pierfrancecso accueille d’abord les deux naufragés chez lui. Sa femme leur prépare un repas de la mer, qu’ils ont aidé à pêcher. Puis, Paolo, Luisa et Pierfrancesco s’installent dans un bâtiment en construction pour passer la nuit. Une nuit douloureuse et salvatrice, où ils laissent couler leur chagrin, chacun à leur manière. Une nuit qui ne va rien changer à leur situation, mais qui va tout changer en eux.

« Plus haut que la mer » est un très beau roman qui nous parle de ceux auxquels on ne pense jamais, ceux qui sont oubliés et qui supportent la douleur infinie d’avoir un proche qui est passé à l’action, qui a tué, parfois de ses mains. Ceux qui sont punis toute leur vie d’avoir élevé un enfant qui est devenu un monstre, d’avoir choisi un mari qui n’a pensé qu’à lui, qui ne s’est pas soucié de ses enfants, ni de leur mère. Ceux qui se battent courageusement pour aider ce proche, poussés par l’amour inconditionnel, comme Paolo, ou par le sens du devoir, comme Luisa. Et ceux qui ont choisi par leur métier de côtoyer des prisonniers, comme Pierfrancesco, et se trouvent confrontés à une violence en eux qu’ils ne soupçonnaient pas.

Le roman se situe à la fin des années soixante-dix, les années de plomb pour l’Italie qui fut victime du terrorisme révolutionnaire des Brigades rouges : il pose également la question de l’engagement politique et philosophique et de ses dérives extrémistes, de la laideur des mots, de leur rare coïncidence avec les choses, de l’inadéquation entre les mots et les actes.

 

« Paolo se sentit soudain fondre de tendresse et de tristesse pour elle : il mesura brusquement à quel point elle était peu habituée à recevoir des attentions. Il éprouva le désir fou de trouver les mots pour la persuader de son droit à être assise à son aise, à se laisser offrir la meilleur pace par un étranger, à être traitée avec les égards dus à une femme. Des mots miraculeusement adéquats qui la dédommageraient d’années passées à recevoir la poussière sur la figure, mal installée et seule. Mais il ne peut que lui dire d’un ton tellement assuré qu’il parut presque brutal : « parce que vous êtes une dame ». (p132)

 

« Elle pleura sa propre peur de jeune épouse au sommet de la montagne. Elle pleura la première fois où on l’avait invitée à danser, elle pleura le beau sourire dont elle était tombée amoureuse. Elle pleura les fouilles dans les antichambres des parloirs… ». (p162)

 

Un de mes coups de cœur 2015 !

 

Plus haut que la mer, Francesca Melandri, traduit de l’italien par Danièle Valin, Gallimard, Paris, Janvier 2015, 203 p.

 

Livre lu dans le cadre du mois italien d’Eimelle, lecture commune du 23 octobre.

Je n’ai pas peur, Niccolo Ammaniti

Je n'ai pas peurEté 1978, il fait chaud à Acqua Traverse, un hameau imaginaire perdu dans les collines du sud de l’Italie. Quatre maisons seulement, dans lesquelles se terrent les habitants, à l’abri de la chaleur infernale. Seuls les enfants sortent et parcourent les champs de blé, à l’affût de la moindre distraction. C’est un groupe de gamins, comme il en existe partout, avec un chef, Rackam, qui fait la loi et devient méchant lorsque les autres ne lui obéissent pas.

Michele quant à lui n’a que neuf ans. Il est intelligent, sensible, mais aussi courageux. Il n’aime pas Rackam, mais ne peut l’éviter. Et s’il ne l’affronte pas, il essaie au moins de protéger les plus faibles de la bande, dont Barbara, une fille un peu trop grosse, un peu lente, qui perd donc toutes les courses et doit subir les gages que Rackam lui impose. Michele surveille également sa petite sœur, âgée de cinq ans, qui les suit partout.

Ce jour-là, Michele décide d’être puni à la place de Barbara et réalise le gage de Rackam, alors que la bande explore un terrain perdu et isolé au milieu duquel se dresse une vielle maison délabrée envahie par les ronces.

Il est très difficile de résumer « Je n’ai pas peur » sans en dévoiler l’intrigue. L’enfant sera confronté à une découverte dont il ne peut tout d’abord imaginer les causes et les conséquences. Je vous conseille surtout de ne pas chercher à en savoir plus, car ce sont les deux découvertes que fait Michele qui donnent tout leur sens au roman.

Niccolo Ammaniti signe un roman d’initiation bouleversant dont le protagoniste est un petit garçon pauvre confronté à la méchanceté et la bêtise des adultes. Dans un style très simple, efficace, le narrateur Michele raconte le monde qu’il découvre. Le dénuement n’excuse pas tout et Michele l’a bien compris, lui qui est un personnage lumineux dont on imagine qu’il sortira de cette terrible aventure certes pas indemne, c’est impossible, mais du moins en ayant préservé sa sincérité.

 

Je n’ai pas peur, Niccolo Ammaniti, traduit de l’italien par Myriem Bouzaher , Grasset, Paris, 2002, 318 p.

Au livre de poche, n°30066, 2004, 251 p.

 

Du même auteur : La fête du siècle, sur Pages italiennes.

 

 

La disparue du Père-Lachaise, Claude Izner

La disparue du Père-LachaiseQuelques mois après la fin de l’Exposition universelle de Paris en 1889, Victor Legris, notre libraire de la rue des Saints-Pères, reprend du service lorsque la jeune Denise vient le trouver, très inquiète après la disparition de sa patronne. Denise est en fait la domestique d’Odette de Valois, ancienne maîtresse de Victor Legris, qui apprend en même temps qu’Odette est veuve depuis peu, son mari ayant succombé à la fièvre jaune, alors qu’il travaillait pour la construction du canal de Panama.

Victor ne prête d’abord que peu d’attention aux plaintes de Denise, mais décide quand même de lui venir en aide en demandant à Tasha, la jeune artiste peintre dont il est tombé follement amoureux dans le premier tome, de prêter sa chambre de bonne à Denise, qui ne sait plus où dormir. Cela arrange en outre Victor, puisque Tasha a ainsi une bonne raison de venir habiter chez lui ; provisoirement, bien sûr, car Tasha tient beaucoup à son indépendance !

Victor Legris va finir par s’intéresser à l’affaire lorsque des éléments nouveaux apparaissent. Je n’en dirai pas plus pour préserver le suspense, mais comme dans  « Mystère rue des Saints-Pères », l’intrigue ne m’a paru que secondaire dans cet épisode. Elle sert de trame, mais l’essentiel est pour moi le contexte historique que Claude Izner met parfaitement en scène : on s’y croirait presque ! La fin du XIXème siècle est évidemment une période de l’histoire qui m’intéresse beaucoup.

« La disparue du Père-Lachaise » débute alors que la construction du canal de Panama connaît de nombreuses difficultés qui vont conduire l’opération à l’inévitable déroute et au scandale de Panama. Claude Izner nous plonge également dans la mode du spiritisme qui sévissait à cette époque et touchait toutes les classes de la société. On se souvient en particulier de Victor Hugo qui recherchait un contact avec sa fille Léopoldine, modèle que suit ici Odette de Valois après la disparition de son cher mari.

Et ce sont ces références littéraires et culturelles qui m’intéressent le plus dans les policiers de Claude Izner. La librairie de la rue des Saints-Pères est prétexte à évoquer des auteurs de toute sorte et notamment ceux dont la célébrité n’a pas résisté au temps : si Emile Gaboriau, maître des romans policiers de l’époque, est un nom dont j’avais déjà entendu parler, au contraire je ne sais rien de Xavier de Montépin, de Lucien Descaves et de Bibi la purée… De la même façon, l’ancrage de Tasha dans les milieux de la peinture de cette fin de siècle permet à l’auteur de se référer aux impressionnistes et à ce qui était alors en vogue dans les arts.

Quelques-uns des personnages remportent mes faveurs : Victor et Joseph principalement, mais aussi Tasha, dont le caractère fort suscitait chez moi de la méfiance dans le premier tome de la série. Quant à Kenji Mori, il m’est maintenant beaucoup plus sympathique. Et je ne regretterai pas cette écervelée d’Odette de Valois ! Il y a donc de grandes chances que je poursuive les aventures de Victor Legris, avec le troisième volume de la série intitulé « Le carrefour des écrasés ».

 

La disparue du Père Lachaise, Claude Izner, 10/18 n°3506, Collection Grands détectives, Paris, décembre 2013, 302p.

 

Lu dans le cadre d’une lecture commune avec Bianca, Céline, Fanny, Camille, Laure et Claire, dont vous retrouverez les avis ici.

Et dans le cadre du challenge Thrillers et polars, et du challenge polars historiques, chez Sharon.

 

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La concession du téléphone, Andrea Camilleri

la concession du téléphoneNous sommes à Vigatà, localité imaginaire de Sicile, en 1891. Genuardi Filippo, négociant en bois, est friand de nouveautés. Il désire obtenir la concession d’une ligne téléphonique à usage privé, et envoie donc un courrier administratif en bonne et due forme au préfet de Montelusa. Un mois après, n’ayant pas reçu de réponse, Genuardi Filippo réitère sa demande tout en excusant très poliment l’administration pour ce qu’il considère comme un banal retard. Une démarche qu’il renouvelle encore un mois plus tard, en y mettant les formes les plus soignées afin de se faire pardonner d’oser importuner l’administration !

En octobre, notre homme finit par recevoir un courrier lui indiquant qu’il doit s’adresser à l’administration des postes et télécommunications, seule compétente en la matière. Mais le préfet ne se contente pas de répondre. En effet, piqué par l’insistance mielleuse de Filippo et par son opiniâtreté à écorner son nom de famille –faute répétée qui selon le préfet ne peut qu’être le fruit d’une volonté sournoise de se moquer ou de sous-entendre on ne sait quoi-, s’interroge sur les motivations réelles de Genuardi Filippo et adresse un courrier en haut lieu afin d’attirer l’attention sur cet individu désormais suspect.

C’est ainsi que les choses s’enchaînent, puis s’emballent. Tous s’y mettent, police, carabiniers, et bien sûr la mafia ! L’intrigue se déroule sous la forme d’échanges épistolaires entre les différents protagonistes de l’affaire. Les quiproquos sont savoureux et les rebondissements nombreux. Camilleri joue de son imagination très fertile, et s’amuse en pastichant le langage très formel d’usage -encore aujourd’hui d’ailleurs- dans les administrations italiennes !

Cette lecture fut un vrai régal, comme souvent avec Camilleri, mais je dois dire que je me suis amusée tout particulièrement en repensant à certains démêlés que j’ai pu avoir avec des administrations, comme nous tous, et cela m’a fait du bien de m’en moquer, par livre interposé !

 

La concession du téléphone, Andrea Camilleri, traduit de l’italien par Dominique Vittoz, Fayard, Paris 1999, 283 p.

 

A lire, du même auteur : La secte des anges

Une fois, un jour, Erri de Luca

Une fois un jour Erri de LucaAprès le magnifique « Le poids du papillon », voici un court récit d’Erri de Luca dont je ne regrette qu’une chose, c’est le titre français. En ne reprenant pas la traduction littérale du titre original « Non ora, non qui », (pas maintenant, pas ici), la version française se prive d’un titre qui était davantage en phase avec le récit et avait une signification particulière, comme l’auteur l’explique dans le texte. Par ailleurs, après avoir relu ce récit qui était depuis longtemps dans ma bibliothèque, j’ai pu constater que l’édition Folio plus récente reprenait fort heureusement le titre « Pas ici, pas maintenant ».

« Une fois, un jour », est le récit de l’enfance napolitaine d’Erri de Luca. Né dans une famille bourgeoise qui a tout perdu pendant la guerre, le petit Erri vit dans un logement exigü au rez-de-chaussée d’une maison, avec pour toute vue le mur de tuf d’une ruelle napolitaine. Le soleil n’arrive pas jusqu’aux fenêtres de l’appartement, mais de temps en temps, la mère emmène ses enfants pour une excursion à Ischia où ils s’adonnent aux joies de la baignade. Ils ne se mêlent pas aux autres enfants de leur quartier, ils ne vivent pas de la même façon que ceux qui ont toujours été pauvres, la mère exige d’eux le silence et le calme. Malgré les reproches qu’elle leur adresse souvent, l’atmosphère est plus légère qu’elle ne le sera dans la belle maison, quelques années plus tard.

« L’enfance aurait bien pu durer éternellement, je ne m’en serais jamais lassé » (p54)

Car la pauvreté heureusement a une fin, mais elle correspond aussi à la fin de l’enfance pour l’auteur. C’est en effet pour lui un vrai bouleversement que l’installation dans la nouvelle maison, grande, belle et lumineuse. Cette période est rythmée par les photographies que prend le père. Elle s’achèvera lorsqu’il deviendra aveugle, une dizaine d’années plus tard. De cette époque où la vie est plus facile, l’auteur n’a que peu de souvenir, même s’il en possède des photographies : c’est le tri subjectif qu’opère la mémoire.

Le récit n’est pas linéaire. Erri de Luca va et vient dans les méandres de son enfance. Il est aujourd’hui un homme âgé. Il voit sa mère jeune qui ne le voit pas, lui, le fils vieux, qui va bientôt mourir. Il est aussi cet enfant qui a perdu son meilleur ami, Massimo, la seule fois où il a pleuré. Il est cet homme jeune qui bientôt perdra sa femme. Il est toujours cet enfant bègue, qui perd l’équilibre devant l’assurance et le rire des autres. Un défaut qui est peut-être à l’origine de son goût pour l’écrit :

« … le défaut attire l’attention au point qu’il suffit à lui seul à définir la personne toute entière. Ainsi, la confusion des mots, à l’entrée ou à la sortie, pour le sourd ou le bègue, déclenche le rire aussi sûrement que celui qui tombe ou perd l’équilibre. Parler, c’est parcourir un fil. Ecrire, c’est au contraire le posséder, le démêler » (p28).

« Une fois, un jour » est un magnifique texte, empli de poésie, où la mère du narrateur joue un rôle central. Erri de Luca s’adresse à elle avec une grande sensibilité qui capte tous les malentendus. Son écriture fait également preuve de beaucoup de pudeur, comme les moments partagés en famille :

« Nous nous sommes mal compris avec obstination, comme pour nous protéger de quelque chose. Nous avons préservé cette incompréhension par une sorte de discrétion et de pudeur : maintenant, je sais que c’est ainsi que naissent les affections. ».

Une fois, un jour, Erri de Luca, traduit de l’italien par Danièle Valin, Rivages poche, bibliothèque étrangère, 1994, 109p.

Pas ici, pas maintenant, Erri de Luca, Folio n°4716, Paris, 2008. Existe aussi en Folio bilingue n°164.

Billet à retrouver avec la biographie de l’auteur sur Pages italiennes.

Du même auteur : « Le poids du papillon« .

Livre lu dans le cadre du mois italien chez Eimelle, du Challenge Il viaggio et du challenge Italie 2015 chez Virginy

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