Un bon fils, de Pascal Bruckner

un bon filsPascal Bruckner est connu en tant que romancier, essayiste et philosophe. Son dernier ouvrage, paru en 2014, est autobiographique et raconte l’histoire de son père et de la difficile relation qu’il a entretenue avec celui-ci pendant soixante-trois ans. Il faut dire que René Bruckner était un personnage odieux qui accumulait les défauts : sympathisant nazi, antisémite, raciste arrogant et pour finir, comme si tout cela ne suffisait pas, violent avec une épouse qu’il n’a jamais respectée, passant son temps à la dénigrer, l’insulter, et la tromper. L’humiliation était son jeu favori et il la pratiquait avec tous, même s’il a connu quelques périodes de répit, notamment lorsqu’il fut grand-père.

Le jeune Pascal aurait pu suivre le même chemin, mais il a préféré s’opposer à ce père toxique, allant jusqu’à choisir de ne pas démentir lorsqu’on tenait son patronyme pour juif, jugeant qu’il n’existait pas meilleure vengeance face à ce père antisémite. Ouvert aux autres, passionné par l’évolution du monde, Pascal Bruckner n’avait rien de commun avec le monstre de méchanceté qu’il a eu pour père.

Et pourtant, il s’est toujours efforcé d’être « un bon fils ». Il s’est occupé de son père jusqu’au bout, accomplissant son devoir de fils unique, face à ce vieil homme seul et dépendant pour lequel il devait sans doute éprouver quelque affection. Bruckner décrit avec sensibilité les sentiments ambigus qu’il ressentait à l’égard d’un père infâme qu’il désapprouvait totalement, dont il s’est parfois éloigné, mais avec lequel il n’a jamais pu couper les ponts.

Pascal Brukner signe un roman autobiographique très intéressant, qu’il agrémente de réflexions sur le monde depuis la fin de la seconde guerre mondiale, sur ce qui a été, sur ce qui aurait peut-être pu être. On y retrouve quelques grandes figures qui ont aidé Bruckner à s’éveiller au monde, Sartre, Barthes qui fut son directeur de thèse et surtout Alain Finkelkraut, le « double » avec lequel il a écrit quelques livres. Malgré le sujet très douloureux, « Un bon fils » est un roman optimiste, comme son auteur qui, loin de régler ses comptes, reste toujours serein et distancié dans ses jugements, épargnant au lecteur tous les écueils du genre.

 

Un bon fils, Pascal Bruckner, Le livre de poche n°, septembre 2015, 216 p.

 

 

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5 réflexions sur “Un bon fils, de Pascal Bruckner

  1. ce livre est dans ma PAL depuis sa sortie mais, toujours pareil, le temps….
    le thème me plaît et la façon dont l’auteur s’en sort comme souvent les enfants de père violent manipulateur, pervers narcissique et autres font preuve de dévouement car les sentiments sont ambigus, et si le travail sur eux a été bien fait. (résilience….) ils ne répètent pas le scénario mais transcendance dans le fait d’être un bon fils, une bonne fille par sens du devoir…
    les élucubrations d’Eve un matin d’hiver

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