D’ailleurs, les poissons n’ont pas de pieds, de Jon Kalman Stefansson

 

d'ailleurs les poissons n'ont pas de piedsC’est vrai, le titre est déconcertant, comme l’ensemble du livre d’ailleurs. Mais pour autant, je ne peux pas dire que je n’ai pas aimé sur le moment, au contraire, et pourtant je garde de cette lecture un souvenir mitigé. Pourquoi un avis si peu tranché ?

J’ai choisi ce livre pour participer aux matchs de la rentrée littéraire 2015, parce que j’avais beaucoup aimé le premier roman de Stefansson traduit en français, « Entre ciel et terre »,  un récit magnifique qui se déroule dans un petit village de pêcheurs islandais et évoque une amitié entre deux pêcheurs qui ont en commun l’amour des mots et des livres. Un roman qui allie une histoire belle et sensible, des thèmes essentiels comme le sens de la vie, la mort, l’amitié et la force de la nature, entre autres, et une écriture d’une grande beauté. Ce fut d’ailleurs l’un de mes principaux coups de cœur de 2013 !

Le nouveau roman de Stefansson, « D’ailleurs, les poissons n’ont pas de pieds », est à la hauteur de mes attentes en ce qui concerne l’écriture. Belle et sensible, mais jamais mièvre, jamais ardue, inventive parfois, toujours mélodieuse : on se laisse bercer par les mots de l’auteur qui bien souvent se suffisent à eux-mêmes. D’autant qu’une fois encore, Stefansson convoque, par l’intermédiaire d’événements du quotidien, les grandes questions existentielles que nous nous posons tous face à la vie, l’amour, la mort, perçus ici sous le prisme des souvenirs, du regret parfois, et de la nostalgie.

Le héros principal, Ari, est un islandais qui s’est enfui au Danemark, deux ans avant le début de cette histoire, pour échapper à une trop grande douleur qu’il préfère cacher derrière un motif plus neutre : il étouffe dans la société islandaise si étroite, et de toute façon, le Danemark n’est pas vraiment l’étranger pour un Islandais. Alors que son père est très malade, Ari reçoit de celui-ci un paquet contenant deux enveloppes : dans la première, il découvre une photo très ancienne qu’il ne connaissait pas, de son père et de sa mère –décédée depuis quarante ans-, sur laquelle le couple semble très heureux. La seconde enveloppe lui offre le diplôme d’honneur jadis décerné à Oddur, son grand-père paternel, qui était capitaine et armateur.

Ces deux documents déclenchent chez Ari une vague d’émotion. Alors qu’il se trouve dans l’avion pour l’Islande, il sait déjà qu’il se lance à la poursuite de ses souvenirs, ceux de ses parents, ceux de ses grands-parents Margret et Oddur, habitants de Keflavik, endroit connu pour être  le plus noir du pays, car « Nulle part ailleurs en Islande, les gens ne vivent aussi près de la mort ».

A partir de là, le roman fait des allers et retours dans le temps, pour évoquer des épisodes vécus par les trois générations sur cette terre exigeante. Le tout forme une chronique familiale assez difficile à suivre et inégale : j’ai en effet nettement préféré les grands-parents Margret et Oddur, dont l’amour si fort, imprégné d’une passion pour la terre islandaise et pour la mer,  m’a rappelé un autre de mes coups de cœur islandais « La lettre à Helga ».

Certes, le rythme du roman m’a un peu fait penser au flux et au reflux de la mer, et l’on peut d’ailleurs trouver toutes sortes de raisons pour justifier le choix de l’auteur quant à la construction de son roman, d’autant qu’il s’agit d’évoquer des souvenirs. Mais je ne peux m’empêcher de regretter une structure qui m’a laissé une grande impression de flou à la fin de ma lecture… tout comme une intrigue peu fournie qui, en tout cas, n’a pas suscité ma curiosité. Stefansson fait de la poésie, c’est vrai, mais alors pourquoi choisir le roman ?

Je suis sans conteste sévère avec l’auteur, -comme on peut l’être avec les plus grands-, sans doute parce que j’ai été assez déçue à la lecture de « D’ailleurs, les poissons n’ont pas de pieds ». Il n’en reste pas moins que, comme je le disais au début de cette chronique, pour les lecteurs qui attachent une grand importance à l’écriture, les mots de Stefansson, servis par la traduction d’Eric Boury, peuvent justifier à eux-seuls la lecture de ce roman !

 

D’ailleurs, les poissons n’ont pas de pieds, Jon Kalman Stefansson, traduit de l’islandais par Eric Boury, Gallimard, Paris, mai 2015, 443 p.

 

Je remercie les matchs de la rentrée littéraire 2015 de m’avoir envoyé ce roman.

logo_rentreelitteraire

Livre lu dans le cadre du challenge Nordique 2016, chez Marjorie

sans-titre

 

 

 

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12 réflexions sur “D’ailleurs, les poissons n’ont pas de pieds, de Jon Kalman Stefansson

  1. j’ai mis ce livre dans ma PAL car j’ai découvert l’Islande en littérature en 2014 notamment via « La lettre à Helga ». depuis je cherche à découvrir d’autres auteurs…
    je vais attendre encore un peu…

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    • J’ai été déçue par ce roman. Il semble qu’une suite soit prévue, mais je ne crois pas que je la lirai. Pour lire encore la magnifique écriture de Stefansson, je vais plutôt m’intéresser à la suite de « Entre ciel et terre » que j’avais beaucoup aimé, et qui est disponible en poche.

      Aimé par 1 personne

  2. Globalement, j’ai constaté que la déception finit toujours par poindre après « Entre ciel et terre » chez les lecteurs de Stefansson. Pour ma part, elle m’a saisie dès la lecture du deuxième tome, « La tristesse des anges », que j’ai trouvé digressif voire poussif, et fort artificiel. A force de vouloir jouer sur le style et le flux, on finit par lire un auteur qui se regarde, c’est dommage. Son style est devenu une posture. Il en a perdu ce qui faisait une essence émouvante et captivante dans son premier titre…

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    • Merci pour ce commentaire. Il résume bien ce que j’ai ressenti en lisant « D’ailleurs, les poissons… ». C’est dommage pour quelqu’un qui écrit si bien. Je ne crois pas que je vais lire « La tristesse des anges » tout de suite… Bonne journée !

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  3. J’étais sensée le lire pour le Prix Elle 2016 mais dès le début, j’ai buté sur les pages, je n’y comprenais rien, qui parlait, etc., et malgré plusieurs relectures du début, j’ai abandonné.

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