Archive | mars 2016

Avril, le mois belge, avec Anne et Mina

 

Pour la troisième année consécutive, Anne, du blog Des mots et des notes, et Mina, du blog Mon Salon littéraire, nous convient à participer au mois belge. L’occasion de découvrir ou approfondir une littérature d’une grande richesse qui n’est pas assez  souvent mise à l’honneur. Le patrimoine culturel de la Belgique sera également mis en valeur, puisque les billets culturels seront acceptés.

 

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Anne et Mina nous ont concocté quelques rendez-vous :

  • Mardi 5 : un recueil de nouvelles ou une nouvelle.
  • Vendredi 8 : un classique (publié avant 1960).
  • Mardi 12 : un livre jeunesse.
  • Vendredi 15 : une bande dessinée.
  • Mardi 19 : lecture commune autour de Guy Goffette.
  • Vendredi 22 : un auteur flamand.
  • Mardi 26 : un roman policier

En ce qui me concerne, j’ai choisi cette année de me fixer un thème en particulier : pour la plupart, mes lectures auront en commun le fait d’évoquer un autre art, la peinture.  On connaît les rapports étroits qu’entretiennent la littérature et la peinture et c’est le cas bien sûr pour la littérature belge.

 

J’ai donc choisi de lire :

 

 

Excusez les fautes du copiste grégoire polet

 

 

La plage d'Ostende

 

 

Elle par bonheur et toujours nue

 

 

La vierge de bruges

 

 

Hubert

 

 

Il y aura également, en dehors de ce thème, un classique de Marie Gevers, La comtesse des digues,

La contesse des digues

 

et un billet sur un auteur et éditeur belge que j’aime beaucoup, Francis Dannemark.

 

La véritable vie amoureuse de mes amies...

 

 

A très bientôt donc pour le mois belge !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Le grand n’importe quoi, de J-M Erre

Le grand n'importe quoiNous sommes le 7 juin 2042, à 20h42 bien précises, et nous allons y rester un bon moment;  en tout cas, le temps qu’il faudra pour que se déroule une série d’aventures toutes plus déjantées les unes que les autres ! D’abord, on croise Alain Delon, qui essaie de se prendre, ce qui n’est pas facile, mais il s’applique car il veut réussir au moins cela, lui dont la vie ne fut qu’une longue série d’échecs…

Au même moment, dans le « Dernier bistrot avant la fin du monde » (eh oui, c’est le nom du café), quelques alcooliques lèvent le coude en cadence, tout en devisant sur l’intérêt que représentent les romans de science-fiction. Et la SF, c’est justement ce à quoi Lucas, futur auteur, est en train de s’adonner en martyrisant son ordinateur pour que celui-ci accouche du chef d’œuvre. C’est mal parti, car Lucas est dérangé par Marilyn Monroe qui vient sonner chez lui par erreur !

Pendant ce temps, Arthur, déguisé en spider-man, se maudit de devoir accompagner sa fiancée Framboise dans une soirée idiote donnée par Patrick le culturiste, qui fête son anniversaire au milieu de tous ses amis à gros bras. Arthur ne sait pas encore qu’il passera très peu de temps dans cette fête, puisqu’il sera éjecté en beauté par Patrick lui-même et se retrouvera sur le paillasson, puis dans la nuit noire de Gourdiflot-le-Bombé, village peu accueillant où le costaud Patrick a choisi d’habiter, on ne sait trop pourquoi.

C’est alors que les destins de Lucas et Arthur vont se rejoindre, dans une folle équipée, qui se déroulera en boucle ce 7 juin 2042 à 20h42 et qu’Arthur ne saura comment rompre… jusqu’à l’improbable dénouement.

Ce roman est bien sûr … du grand n’importe quoi, drôle et jubilatoire, que l’on dévore si l’on se laisse emporter dans cette aventure délirante. Les amateurs de science-fiction retrouveront avec plaisir les nombreuses références au genre. Quant à ce que l’avenir nous réserve, une France plongée dans la dépression depuis soixante ans, à qui on ne demande même plus son avis concernant l’Eurovision, et où le prix Fémina 2037 a été attribué à Rocco Siffredi, on n’a guère envie de la connaître un jour : heureusement, ce n’est que de la science-fiction … !

 

Le grand n’importe quoi, J.M Erre, Buchet-Chastel, février 2016, 297 p.

 

Merci à Babelio et son opération Masse critique,  et aux éditions Buchet-Chastel, de m’avoir envoyé ce bon divertissement !

masse critique Babelio

De là, on voit la mer, Philippe Besson.

De là on voit la merLouise est écrivain et se retranche dans une villa en Toscane pour « écrire le livre ». Mariée depuis dix ans à François, elle part régulièrement, se coupe du monde et de son mari pour écrire. Habitué, il accepte et l’attend à Paris.

Mais cette fois, Louise rencontre un jeune homme, le fils de la gouvernante qui chaque jour vient nettoyer la villa, apporter quelques courses, préparer les repas. Entre Louise et Luca, les choses se font naturellement, presque fortuitement même, sans questionnement ni réflexion.

Jusque là, l’écriture de Philippe Besson m’est apparue à la fois nette et distanciée : des phrases courtes, des précisions qui s’ajoutent petit à petit, parfois des répétitions pour insister et évoquer finalement une atmosphère où la chaleur et l’attente se conjuguent;  autant d’éléments qui m’ont rappelé « Les petits chevaux de Tarquinia » de Marguerite Duras. « Elle écrit le livre » … « elle est toute entière dans cette occupation, dans l’invention quotidienne des phrases, dans la progression de l’histoire »… « Donc elle écrit dans la chaleur épouvantable d’un été toscan qui ne veut pas mourir »…

Mais bien vite, le rythme change. L’acte II -sommes-nous au théâtre ?-  vient bouleverser la langueur du récit. C’est l’accident du mari, le retour à Paris, le coma, puis rapidement l’aveu. Les chapitres que j’ai préférés et relus d’ailleurs, développent le dialogue entre les époux, et leur analyse paragraphe après paragraphe; parce que se cachent tant de choses derrière un « oui », un adjectif…

Philippe Besson fait d’une histoire banale, avec le mari, la femme et l’amant, un récit original et envoûtant, où la femme ne s’encombre pas de sentiments, à première vue du moins, et où elle assume son égoïsme jusqu’au bout, jusqu’à trouver enfin sa place dans le monde.

 

De là, on voit la mer, Philippe Besson, 10/18 , Paris, 2014, 192 p.

 

 

Le piéton de Rome, Dominique Fernandez

PR_FERNANDEZ.inddJ’ai découvert Dominique Fernandez par le magnifique roman biographique qu’il a consacré au Caravage, « La course à l’abîme ». Auteur très prolifique, Dominique Fernandez a également publié de nombreux essais et récits de voyage, dont beaucoup sont consacrés à l’Italie. « Le piéton de Rome » fait partie de ces derniers et reprend l’album intitulé tout simplement « Rome » que l’auteur avait publié en 2005, en l’enrichissant de souvenirs personnels. « Le piéton de Rome » est donc un « portrait-souvenir » à l’écriture élégante, dans lequel l’auteur nous livre sa vision de la capitale italienne qu’il arpente régulièrement depuis plusieurs décennies.

 

« ROMA est l’exacte inverse d’AMOR. Rome est à la fois un lieu où l’on aime et un objet d’amour. Personne ne peut ne pas aimer Rome ».

 

Animé par une passion inébranlable, l’auteur nous transmet son amour pour Rome tout au long de chapitres consacrés à la Rome antique, au Tibre, aux collines, villas et jardins, au Vatican… J’ai été particulièrement intéressé par son évocation de la société littéraire romaine et des déjeuners d’écrivains, bien sûr ! Dominique Fernandez y dresse un tableau haut en couleurs de la Rome des écrivains de la fin des années cinquante, période de la dolce vita qui fut très productive pour la littérature italienne : on croise ainsi Alberto Moravia, Pier Paolo Pasolini, Giorgio Bassani, et bien d’autres encore…

Pour le reste, qui constitue la majeure partie du livre, « Le piéton de Rome » est à lire sur place, pour préparer ou prolonger une visite historique et culturelle de la ville éternelle. Mieux qu’un guide, un ensemble de promenades érudites, comme l’itinéraire Caravage ou l’itinéraire Bernin, pour flâner intelligemment !

 

Le piéton de Rome, Dominique Fernandez, Editions Philippe Rey, Paris, Photos de Ferrante Ferranti, Paris, 2015, 229p.

 

Livre lu dans le cadre du challenge « Il viaggio » chez Eimelle et du challenge « Un giro a Roma » chez Taralli e Zaletti.

Challenge romantique

un giro a Roma

Le roi des ombres, Eve de Castro

Le roi des ombresVersailles évoque en général des sommets de magnificence. La beauté classique du château, le grandiose et pourtant tranquille ordonnancement des jardins et fontaines, dont la Cour du roi Louis XIV a fait son quotidien, ne sont que la face lumineuse d’une réalité qui puise dans les plus bas instincts de l’espèce humaine.

C’est ce Versailles monstrueux que nous découvrons par l’intermédiaire de deux jeunes gens dont le destin douloureux, mais pas implacable, constitue la trame de ce récit. Batiste Le Jongleur est fontainier à Versailles. Parti de rien, ce mauvais garçon qui ne pense qu’à séduire les filles utilise son intelligence pour gravir les échelons et devenir irremplaçable dans son domaine. Nine la Vienne est la toute jeune fille de l’étuvier du roi. Elle devient perruquière à Versailles auprès de Monsieur, frère du roi, mais elle ne rêve que de s’adonner à sa passion pour la médecine et la chirurgie. En attendant de pouvoir un jour entrer à la faculté, ce qui est refusé aux filles, elle perfectionne son savoir en utilisant onguents et remèdes de toutes sortes pour soigner les maux les plus divers.

La rencontre entre Batiste et Nine est inévitable, on l’aura compris, et leur histoire nous réserve bien des surprises. Eve de Castro nous emmène dans les coulisses du château de Versailles, au moment où un gigantesque chantier va transformer le petit relais de chasse de Louis XIII pour en faire le domaine que nous connaissons aujourd’hui. Versailles est le lieu de tous les excès, et le roman met en lumière les ombres, c’est-à-dire les plus humbles, dont font partie Batiste et Nine, toutes ces petites gens qui souffrent pour servir les Grands de France.

Si au début, l’on ne comprend pas qui est le narrateur, ni à qui il s’adresse, tout s’éclaire par la suite. Remarquablement bien construit, le récit d’Eve de Castro nous maintien en haleine jusqu’au bout. A recommander !

 

Le roi des ombres, Eve de Castro, Pocket N°15673, février 2014, 525 p.

 

Livre lu dans le cadre du Challenge Histoire

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L’exception, Audur Ava Olafsdottir

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C’est à minuit, un 31 décembre, alors qu’il débouche le champagne pour célébrer la nouvelle année que Flocki, un mathématicien islandais, choisit d’annoncer à son épouse qu’il la quitte. Moment peu commun mais réfléchi : selon lui, chacun pourra ainsi commencer une nouvelle vie au matin du premier janvier ! Cela n’est pas aussi simple pour Maria, d’autant que Flocki la quitte pour son collègue, celui qui a réveillonné avec eux quelques heures auparavant. Alors, à la stupeur face à l’imprévu, s’ajoute celle de la découverte de l’homosexualité de son mari. Comment ne s’est-elle rendu compte de rien ?

Triste consolation pour Maria, Flocki lui dit en partant : « tu es la dernière femme de ma vie » ! Pendant le jour de l’An qu’elle passe seule avec ses jumeaux âgés de deux ans et demi, Maria compte les heures depuis le départ de son mari, incapable de réaliser ce qui lui arrive. Elle traverse tous les états psychologiques possibles en une telle circonstance, mais heureusement, Perla veille sur elle. En effet, sa voisine a compris qu’il se passait quelque chose d’anormal lorsque Maria est sortie, hagarde, en tenue de soirée légère dans le froid de la nuit islandaise, juste après l’annonce.

Perla est conseillère conjugale, et aussi écrivain ; ou plus exactement, nègre pour un auteur de polars à succès. Perla se révèle d’ailleurs au fil du récit beaucoup plus écrivain que conseillère conjugale, bien qu’elle remplisse ce rôle auprès de Maria, avec laquelle elle devient rapidement amie. Perla est quelqu’un d’exceptionnel, par sa taille d’abord puisque, atteinte d’une forme particulière de nanisme, elle ne mesure guère plus que les jumeaux de Maria. Par sa personnalité également, qui lui a permis de faire face à l’adversité et aux moqueries. Enfin par le rôle qu’elle joue aux côtés de Maria : accourue à son secours aux premières heures du drame, Perla craignait en effet que Maria ne se réfugie dans une solution définitive après l’abandon de Flocki.

De Flocki, il est finalement peu question. Il n’est pas le personnage central de ce roman. Son attitude est tantôt égoïste, tantôt amicale envers Maria. Et même si celle-ci découvre peu à peu que les infidélités de son mari durent depuis longtemps, elle ne recherche ni l’affrontement, ni la vengeance. Maria souffre trop pour cela. Elle reste pourtant optimiste, souriante. Elle s’occupe de ses enfants le mieux possible, parle beaucoup avec Perla, et se découvre aussi un père biologique… mais pour peu de temps. Elle s’efforce de retrouver la sérénité dans ce chaos qui l’entoure. Elle accomplit même le rêve d’adoption entamé des années auparavant avec son mari…

« L’exception » est un beau roman que je vous conseille, car il traite autant des affres de la séparation amoureuse que de ceux de la création romanesque. Les deux sont étroitement imbriqués dans un récit plein de sensibilité et de pudeur, avec un brin d’humour et quelques jolies phrases à découvrir.

 

 
L’exception, Audur Ava Olafsdottir, traduit de l’islandais par Catherine Eyolfsson, Editions points, Paris, Février 2016, 288 p. 

 

 

Lu dans le cadre du challenge nordique de Marjorie

challenge nordique 2016

Le malentendu, Irène Némirovski

Le malentenduIrène Némirosvki fut un écrivain précoce, si l’on considère le fait qu’elle fut élevée à la fois en français, en anglais et en russe, qu’elle arriva en France en 1919 à l’âge de seize ans et qu’elle publia son premier texte en français seulement deux ans plus tard. Mais cette précocité s’illustre aussi quant à la maturité dont la jeune auteure fit preuve dans le choix et le traitement des sujets de ses textes. « Le malentendu », premier roman d’Irène Némirovski, en est l’illustration parfaite. Cette œuvre de jeunesse n’en est pas une, car rien ne laisse à penser qu’elle ait été écrite par une jeune fille de vingt-trois ans.

« Le malentendu » nous raconte une idylle de quelques mois, entre Yves Harteloup, bourgeois trentenaire rescapé de la Grande Guerre dont il est sorti déclassé, et Denise Jessaint, jeune bourgeoise mariée et mère d’une adorable petite fille. Les protagonistes se trouvent à Hendaye en vacances ; Yves y goûte seul des vacances bien méritées, pour lesquelles il a économisé le moindre sou. C’est l’occasion pour lui de se replonger avec joie dans les souvenirs heureux d’une enfance qui lui paraît alors bien lointaine. Denise n’a quant à elle jamais connu la frustration. Son mariage avec le riche Jessaint lui a assuré un train de vie toujours égal, dans la continuité d’une enfance aisée, et c’est avec une indifférence sereine qu’elle profite d’un long séjour sur la Côte basque avec Francette, sa petite fille de trois ans et la gouvernante de celle-ci, tandis que son mari fait des allers et retours entre Paris et le lieu de villégiature de son épouse.

Installés dans le même hôtel, Yves et Denise se croisent, se parlent, puis survient le coup de foudre. L’idylle s’épanouit alors dans les beau paysages de la côte basque. Fin septembre, de retour à Paris, chacun reprend sa vie normale, mais Yves peine à suivre le train de vie exigeant de Denise. Fatigué par de longues heures de travail et par les caprices de sa jeune maîtresse, Yves déchante et s’enfonce chaque jour davantage dans les dettes et les soucis. Frivole, Denise ne s’aperçoit de rien. Insouciante, elle s’arrête aux apparences, et quand elle propose son aide à Yves, il est déjà trop tard, le mal est fait. Le malentendu sépare les amants et bien qu’en apparence purement sentimental, comme le ressent Denise, il est beaucoup plus profond. Davantage que les sentiments, ce sont les contingences matérielles, en un mot, l’argent, qui les sépare.

En effet, malgré leur origine sociale commune, Yves et Denise ne partagent plus rien, et l’amour ne peut résister à ce fossé qui se creuse chaque jour davantage. Les années folles que Denise vit pleinement, -nous sommes en 1926-, sont une épreuve pour Yves qui ne se remettra jamais de la Grande Guerre. Dans l’évocation de ce malentendu, sa naissance, son développement, Irène Némirovski excelle. Elle décrit avec sensibilité et lucidité les sentiments des amants, qu’il s’agisse de la jeune Denise prisonnière des habitudes et stéréotypes de son milieu, comme d’Yves, taciturne et fataliste devant la tournure que prend cette liaison. Chacun d’entre eux cherche l’amour, mais ils n’ont pas les mêmes attentes et ils ne s’en rendent pas compte, aveuglés par leur égoïsme et leur manque d’empathie vis-à-vis de l’autre. La vanité, sentiment que l’on retrouve quelques années plus tard, dans « Le bal », n’est pas étrangère non plus à ce malentendu.

Au total, Irène Némirovski nous offre un premier roman très maîtrisé, dans lequel elle fait preuve d’une grande maturité, à quoi s’ajoute une bien jolie plume !

 

Le malentendu, Irène Némirosvki, Folio n° 5286, Paris, 2011, 191 p.

 

Livre lu dans le cadre du Blogoclub de Sylire consacré à Irène Némirovski.

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