Excusez les fautes du copiste, Grégoire Polet

Excusez les fautes du copiste grégoire poletLe mois d’avril sera belge sur Le livre d’après et vous pourrez retrouver les nombreux billets des blogs participants au mois belge d’Anne et Mina, ou en cliquant sur le logo du mois belge.

Pour ma part, comme je l’ai annoncé dans mon billet de présentation, j’ai choisi de m’intéresser à des romans belges qui parlent de peinture et parmi ceux-ci, « Excusez les fautes du copiste » de Grégoire Polet, jeune écrivain belge très prometteur, dont le troisième roman a d’ailleurs été retenu dans la sélection du Goncourt.

Publié en 2006, « Excusez les fautes du copiste » est le second roman de Grégoire Polet. Il s’agit d’une confession, dans laquelle le narrateur nous livre le récit de sa vie ratée, prétexte à s’interroger sur l’art, sur la valeur de la vérité, sur le mensonge et sa signification.

Le narrateur a toujours échoué dans tous les domaines, à commencer par ses études artistiques de peinture. Il a pourtant obtenu son diplôme, mais avec des résultats plus que moyens. Puis il s’est marié, mais a perdu son épouse Nicole, morte en couches, et s’est retrouvé, -enfin une réussite-, avec une magnifique petite Isabelle qu’il a élevé seul et qui fut, un temps, son seul bonheur. Professeur de dessin dans une école de quartier, il mène une vie isolée et dans la grande maison froide que Nicole a laissée à Isabelle.

Notre antihéros se satisfait de sa médiocrité, car il pense n’avoir pas le choix. Ses oeuvres n’ont aucune originalité, comme en témoignent quelques tentatives vite abandonnées. Il accepte donc la proposition de Jeanne, qu’il a connue grâce à Emile, son seul ami : il s’agit de produire, au noir, des illustrations pour des livres que le père de Jeanne édite. Cela lui permettra de vivre un peu mieux, et surtout de payer les leçons de piano d’Isabelle.

Peu à peu, notre antihéros se voit proposer davantage de travail, il réalise des copies, tout à fait légalement d’ailleurs, et c’est un genre dans lequel il excelle. Il n’y voit pourtant que le reflet de sa médiocrité, puisqu’il est seulement capable de copier le travail des autres. Mais il a mis le doigt dans un engrenage et il dérive rapidement. Incapable de refuser ce qu’on lui demande, le copiste devient alors faussaire, et il atteint là le sommet de son art.

Ce faussaire génial est un homme passif qui regarde sa vie se dérouler comme il l’avait prévu, échec après échec. Il n’est pas dupe, jamais il ne se laisse rouler par ceux qui l’entourent et profitent de lui. Il est conscient de profiter également et il endosse la responsabilité de sa médiocrité. Il a seulement décidé de ne pas s’opposer à son destin. Paresse ? Incapacité à diriger sa vie ? Summum de la mauvaise foi ? L’antihéros de Grégoire Polet pourrait être agaçant, mais il est aussi parfait dans sa médiocrité, dans la façon qu’il a de de justifier ses actes.

« Le vrai, le faux, ce sont des inventions commerciales, des plus-values de marchands, des mensonges de maquignons, des arguments d’hypocrites. C’est une manière de créer des supériorités, de justifier des exclusions, d’exagérer des amours, d’exacerber des haines. Une manière de fonder le bonheur des uns sur le malheur des autres. Une raison de nier l’égalité, d’empêcher la fraternité, de miner la paix et de justifier les guerres. »

« Excusez les fautes du copiste » est le premier roman que le lisais de Grégoire Polet, et je n’ai pas été déçue. Le personnage du peintre faussaire m’a rappelé Meursault dans « L’étranger », un homme un peu extérieur à sa vie, qui observe et n’agit pas, spectateur de sa lente déchéance. J’ai cru retrouver aussi l’ambiance particulière de certains romans de Jacqueline Harpman, la ville de Bruxelles et la grande maison de l’avenue Brugmann, la plage d’Ostende, et des personnages seuls qui se livrent à l’introspection.

Au total, une réussite pour ma première lecture de ce mois belge !

 

Excusez les fautes du copiste, Grégoire Polet, Folio n°4779, Gallimard, Paris, 2008, 176 p.

 

Livre lu dans le cadre du Mois belge d’Anne et Mina

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12 réflexions sur “Excusez les fautes du copiste, Grégoire Polet

  1. Pingback: Le Mois belge, Saison 3 : le récap’ |

  2. Tant mieux si cette première pioche fut si bonne ! Le terme « copiste » m’avait fait penser à tort aux manuscrits du Moyen Âge plutôt qu’à la peinture. Je découvre donc l’intrigue grâce à toi (et par la même occasion que ce n’est pas ce titre de Grégoire Polet que je lirai, ta comparaison certainement très juste avec L’étranger me fait fuir).

    ps : peut-être n’as-tu pas eu le temps de le faire, mais n’oublie pas de transmettre ton lien, soit sur le fichier du groupe FB, soit sur le blog d’Anne ou le mien, stp. C’est plus facile pour les récap’. 🙂

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    • En fait, ma comparaison avec L’Etranger ne concerne que le caractère du narrateur, le fait qu’il subisse les événements sans réagir. Pour le reste, c’est très différent. Le narrateur est dans l’introspection, et l’écriture n’a rien à voir avec elle de Camus.
      Merci Mina d’avoir mis le lien pour moi sur FB, je n’avais pas eu le temps, car je suis à la montagne et je n’ai que rarement accès à Internet. Je participerai davantage la semaine prochaine !

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      • Je ne supporte pas le personnage de L’étranger, son caractère passif, d’où mon manque d’attrait pour ce copiste. 😉 Par contre, si le style de Grégoire Polet est différent de celui de Camus, je me laisserais peut-être tenter par un autre titre. Merci pour ces précisions.
        Je serai moins impatiente pour le lien la prochaine fois, bonnes vacances !

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      • Oui, je comprends. J’aimerais continuer à lire cet auteur. Peut-être aurons-nous l’occasion dans le mois belge de découvrir des billets consacrés à d’autres romans de Polet… Bonne journée Mina !

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  3. Hmm la comparaison avec « L’étranger » aurait plutôt tendance à me rebuter car je ne suis pas trop fan de ce roman. A l’inverse, je suis plutôt intéressée par la question de l’art dans le roman donc ça fait un point partout ! A voir si je le croise en librairie ! Merci pour cette découverte !

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    • Je pense que c’est un roman très intéressant et ma comparaison avec L’Etranger ne concerne que le caractère passif du personnage, en aucun cas l’écriture, ni la tendance à l’introspection du copiste. A bientôt !

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