La comtesse des digues, Marie Gevers

La contesse des diguesSuzanne, jeune flamande francophone, est élevée par son père dans le Weert, au pays de l’Escaut. Depuis plus de cinq ans, elle a pris l’habitude de seconder puis de remplacer son père malade, dans sa tâche de « dyckgraef », ou « comte des digues » : un travail qui consiste en une surveillance étroite des digues, afin d’empêcher toute incursion de la mer dans les polders. Suzanne s’en acquitte avec assiduité et même amour, elle qui affectionne tant les longues promenades dans la nature dont elle observe les changements avec une attention teintée d’admiration.

Le roman s’ouvre sur la mort du père de Suzanne. La jeune fille se retrouve seule, propriétaire de fermes, de schorres et d’oseraies, et elle envisage finalement de se marier car c’est la seule opportunité qui s’offre alors à une jeune bourgeoise. Parmi les prétendants, Monne le Brasseur représente un choix raisonnable pour Suzanne. Mais le cœur de la jeune fille penche pour le beau Triphon, avec qui elle s’entend à merveille. Triphon était le vannier de son père, mais, comme le lui fait remarquer sa tante, Triphon ne mangeait pas à la table de son père, mais dans la cuisine. La différence de statut social est marquée et Suzanne hésite, puis se laisse convaincre par les conventions. Il y a aussi Max Larix, venu de la ville pour prendre possession d’un schorre, terrain irrigué et protégé par des digues, qu’on lui a légué. Max aime, lui aussi, les longues promenades dans la nature.

Suzanne, qui se considère avant tout comme la petite fiancée de l’Escaut, est pourtant à la recherche de l’amour, le vrai : elle craint qu’on ne l’aime pour ses biens, peur que lui a transmise sa grand-mère qui pointait les intentions cachées au sein de toute action. Suzanne voudrait laisser libre cours à sa volonté, mais elle n’y arrive pas toujours et elle ne voit pas clair en elle. Son indépendance d’esprit marque toutefois l’opposition naissante aux générations précédentes qui privilégiaient les mariages d’intérêt.

Suzanne finit par tremper sa main dans « l’eau qui ne gèle jamais », coutume locale qui promet aux filles un mariage dans l’année. Et c’est en effet au terme d’une année que Suzanne trouve sa voie, aussi bien dans le domaine des sentiments qu’en ce qui concerne son destin professionnel, elle qui est la plus apte à protéger les digues des assauts de la mer. Deviendra-t-elle « Comtesse des digues » ? Le beau Triphon rentrera-t-il d’Angleterre pour épouser Suzanne ? Pourquoi Max Larix l’émeut-elle tant ?

Marie Gevers nous livre, pour ce premier roman écrit en 1929, un beau récit qui suit le cycle des saisons et s’inscrit ainsi dans le cycle de la vie. On sait que l’auteure a été éduquée à la maison : on lui dictait quotidiennement un passage des « Aventures de Télémaque », de Fénelon, élément autobiographique que l’on retrouve dans « La comtesse des digues ». Marie Gevers tire également ses connaissances de l’observation de la nature et de la botanique, plus précisément au sein du domaine de Missembourg qu’elle évoque dans le très beau « Vie et mort d’un étang ».

« La comtesse des digues » est un roman moderne, voire intemporel, par les thèmes qu’il évoque, la nature, les différences sociales, la naissance et la reconnaissance de l’amour. Marie Gevers parvient à capter notre attention en évoquant la magie des paysages qu’elle aime, le travail de l’osier, l’atmosphère humide du fleuve et des polders. Elle maintient également le suspense quant au choix de Suzanne, à l’amour que lui portent peut-être Triphon et Max. En ce sens, Je recommanderai donc plutôt « La comtesse des digues » que « Vie et mort d’un étang » que j’ai découvert l’année dernière au cours du mois belge 2015 et que j’avais pourtant beaucoup apprécié malgré les longues pages consacrées à l’étang et à la vie qui s’y déroule. Marie Gevers est, de toute façon, une auteure classique incontournable !

 

 

La comtesse des digues, Marie Gevers, éditions Labor, collection Espace Nord, Bruxelles, 2004, 170 p.

 

Livre lu dans le cadre du mois belge d’Anne et Mina, vendredi 8 avril, lecture d’un classique.

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13 réflexions sur “La comtesse des digues, Marie Gevers

  1. Nous sommes bien d’accord quant à Marie Gevers en classique incontournable : si ces thèmes sont intemporels, je trouve qu’elle témoigne bien d’une époque passée, et c’est aussi ce que j’aime retrouver chez elle (ces changements sociaux qui s’amorcent lentement, ces petites prises d’indépendance féminine, et un certain art de vivre à la campagne).

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    • Oui, et cela fait du bien de se plonger dans le calme de cette époque. La lenteur de cet art de vivre nous manque cruellement ! J’aime aussi la façon dont Suzanne conçoit son indépendance, elle n’est jamais dans le combat, mais toujours sereine et confiante. Un très beau personnage, comme le faisait remarquer Anne !

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  2. Pingback: Le Mois belge, Saison 3 : le récap’ |

  3. C’est par « Vie et mort d’un étang » que j’ai découvert Marie Gevers et ça avait été un coup de coeur. J’aime particulièrement la poésie fine, subtile et simple de cette auteure et sa relation avec la nature, les cycles de la vie. C’est toujours un plaisir de la lire !

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    • Oui, tout à fait d’accord ! C’est aussi par « Vie et mort d’un étang » que j’ai découvert cette auteure. Le sujet m’intéressait mais je me demandais, avant la lecture, si j’irai jusqu’au bout. Or, je ne me suis pas ennuyée un instant. Quelle poésie, simple et empreinte de tant de sérénité !

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    • C’est vrai que c’est un très beau personnage, je ne l’ai pas souligné, mais tu as raison, Suzanne est une personne d’une grande valeur morale, généreuse et simple en même temps. D’après ce que j’ai lu sur Marie Gevers, il semble que Suzanne lui ressemble beaucoup …

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  4. Elle fait définitivement partie de mes prochaines lectures. Ton résumé me fait un peu penser aux histoires racontées par Thomas Hardy ou François Mauriac, mais j’imagine que c’est quand même très différent (un point de vue beaucoup plus féminin) ?

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    • Oui, c’est quand même assez différent de Mauriac, à part l’amour pour son pays, sa terre natale. Pour le reste, Gevers me semble beaucoup plus proche de la nature, et de ses semblables aussi que Mauriac. Elle me semble aussi avoir moins d’ambition que lui, elle veut juste partager son amour pour les lieux qu’elle aime. Concernant Hardy, je ne le connais pas assez, je n’ai lu qu’un roman il y a très longtemps…

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