Archive | mai 2016

La part des flammes, Gaëlle Nohant

La part des flammesCréé en 1885 à Paris, le Bazar de la Charité était une vente de bienfaisance qui rassemblait de nombreuses femmes de l’aristocratie. Lors de sa troisième édition, en mai 1887, un dramatique incendie a embrasé le hangar qui hébergeait cette manifestation. L’ensemble est parti en fumée en un quart d’heure seulement, laissant sous les décombres près de cent-trente victimes, sans compter les survivants atrocement brûlés.

C’est cet épisode de l’histoire que Gaëlle Nohant a pris pour cadre de son roman historique « La part des flammes », dans lequel elle invente une intrigue romanesque autour de trois très belles figures féminines, la comtesse de Raezal, et la jeune Constance d’Estingel, personnages fictifs qui se rencontrent dans le roman par l’intermédiaire de Sophie-Charlotte, duchesse d’Alençon, qui n’était autre que la sœur cadette de l’impératrice Sissi.

La première, Violaine de Raezal, est veuve depuis peu et traîne une réputation sulfureuse, en partie due à ses beaux-enfants qui n’ont jamais accepté que leur père, Gabriel de Raezal, se remarie avec une jeune femme qu’ils soupçonnaient d’être intéressée par l’héritage. Cette défiance s’avère totalement infondée puisque Violaine aimait profondément son mari. Celui-ci, alors qu’il sentait la mort approcher, espérait d’ailleurs que sa jeune épouse trouverait sa place au sein de la haute société.

C’est donc en pensant aux dernières volontés de son mari que la comtesse de Raezal se présente à la marquise de Fontenilles, espérant obtenir une place au Bazar de la Charité où elle pourrait œuvrer pour les plus démunis. Mais les places sont très chères, le Bazar de la Charité étant devenu l’endroit où, à côté d’âmes sincères qui désirent faire le bien des plus pauvres, beaucoup en revanche se pressent dans le seul but d’être vues. C’est le cas de l’odieuse marquise de Fontenilles qui refuse avec arrogance ce privilège à Mme de Raezal, l’envoyant d’abord faire ses preuves auprès de la duchesse d’Alençon qui rend chaque jour visite aux tuberculeux dans leur taudis.

C’est avec humilité que la comtesse de Raezal accompagne la duchesse d’Alençon dans ses visites caritatives. Cette dernière, appréciant Violaine à sa juste valeur, la prend sous son aile et l’accueille dans le stand qu’elle tient au sein du Bazar de la Charité. Violaine y fait la connaissance de la jeune et jolie Constance d’Estingel qui vient de rompre ses fiançailles avec le beau journaliste Lazlo de Nérac, un jeune aristocrate profondément honnête qui ne veut devoir sa réussite qu’à la qualité de sa plume et non aux privilèges de sa naissance. Malheureusement, dès le jour d’ouverture du bazar, l’incendie se déclare. La panique s’empare de tous. Violaine, Constance et la duchesse d’Alençon se perdent de vue dans la cohue qui s’ensuit. Mais leur destin se trouve désormais lié par ce tragique événement…

Gaëlle Nohant signe avec « La part des flammes » une histoire romanesque à souhait qui nous plonge dans l’atmosphère mondaine parisienne de la Belle Epoque. Outre le contexte historique, nous découvrons la vie sociale des femmes issues de la haute bourgeoisie et de l’aristocratie de cette fin du XIXème siècle. Les détails sont d’une grande précision, il y a du suspense, des moments bouleversants et des descriptions poignantes, mais aussi de l’amour, de l’amitié et de la solidarité. Un grand roman historique donc, très bien documenté, et servi par une très belle écriture.

Un de mes coups de cœur 2016 !

 

La part des flammes, Gaëlle Nohant, Le livre de poche, mars 2016, 545 p.

 

Livre lu dans le cadre du challenge « Où sont les femmes ?  » chez George.

dames de lettres

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Eh bien, dansons maintenant !

eh bien dansons maintenantDans une interview réalisée il y a presque un an, en juin 2015, l’auteure belge Karine Lambert nous confiait que son deuxième roman était en cours d’écriture et qu’il s’agissait d’une histoire d’amour. C’est en effet une belle histoire entre Marguerite et Marcel que l’auteure de « L’immeuble des femmes qui ont renoncé aux hommes » nous invite à découvrir dans « Eh bien, dansons maintenant » qui vient de paraître aux éditions JC Lattès.

Certes, le roman s’ouvre sur un moment douloureux, puisque Maguy enterre son mari, le très guindé Henri Delorme, notaire au caractère plus que prévisible, impeccable en toute circonstance, et qui a toujours tout imposé à sa femme : son chignon tiré à quatre épingles, le prénom de leur fils unique, le vouvoiement et jusqu’à l’interdiction de faire la vaisselle au motif que cela risquait de lui abîmer les mains. Tout n’était donc pas négatif, et Henri semblait aimer sa femme à sa façon, il est vrai bien peu réjouissante !

Dès le second chapitre, nous faisons connaissance avec Marcel Guedj, un pied noir au caractère jovial et optimiste, ayant quitté l’Algérie précipitamment en 1954 pour s’installer dans un appartement froid et gris à Vincennes. Un déracinement douloureux survenu à l’adolescence, heureusement adouci par la présence de Nora, la fille d’une famille amie qui avait également fui l’Algérie.

Je ne dévoilerai rien si je précise que Marguerite et Marcel vont se rencontrer, car cela est tout de suite évident, bien que les circonstances soient peu favorables à cette rencontre, notamment parce que Marcel a fini par épouser Nora avec qui il file le parfait amour depuis plusieurs décennies. Et pourtant…

Marguerite, d’abord désorientée plus qu’attristée par son deuil, doit apprendre à vivre seule. Quant à Marcel, il va connaître des moments difficiles. Mais tout n’est pas perdu, la chance tourne et il est toujours temps de profiter de la vie, même lorsque l’âge apporte son lot de douleurs, freinant les possibilités de chacun.

Karine Lambert poursuit dans la veine de la littérature « feel-good » et signe là un joli roman, plein de tendresse et d’espoir. Elle nous montre que l’amour n’a pas d’âge et que, même fragile et incertain, il peut nous apporter le bonheur simple et tendre auquel finalement, nous aspirons tous.

 

Eh bien, dansons maintenant, Karine Lambert, JC Lattès, Paris, mai 2016, 282 p.

 

Un grand merci à Karine Lambert et aux Editions JC Lattès, pour m’avoir fait parvenir ce roman !

 

L’enfant du lac, de Kate Morton

L'enfant du lacComme chaque année, la famille Edevane fête le solstice d’été et reçoit pour l’occasion de nombreux invités autour du lac, dans le magnifique parc de son manoir des Cornouailles, le beau Loeanneth. A la fête succède la stupeur : le petit dernier, Théo, âgée de onze mois seulement, a disparu de la nurserie. Les recherches que la police entreprend aussitôt restent vaines, et rapidement, la famille Edevane quitte cet endroit somptueux mais désormais maudit, pour s’installer à Londres.

Soixante-dix ans plus tard, Sadie Sparrow, jeune inspectrice de police, est contrainte de se mettre en congé car elle a commis une grave erreur en parlant à la presse, au cours d’une enquête dans laquelle elle n’était pas d’accord avec ses supérieurs. Sadie se rend chez son grand-père Bertie, qui s’est installé dans les Cornouailles après le décès de son épouse. C’est là que Sadie entend parler de l’affaire Edevane, restée sans solution, et qu’elle décide d’en savoir un peu plus. Déformation professionnelle sans doute, mais pas seulement, car l’histoire du petit Théo éveille en Sadie des échos douloureux, comme toutes les enquêtes qu’elle a menées au sujet d’enfants disparus ou abandonnés.

Au même moment, à Londres, Alice, auteur à succès de romans policiers, s’interroge sur son dernier roman qu’elle peine à terminer. A presque quatre-vingt-dix ans, Alice est toujours en grande forme, mais elle se sent inquiète depuis quelques temps. Elle est heureusement secondée par Peter, son assistant, qui est en train de créer un site internet à la demande de l’éditeur d’Alice. Un travail difficile pour lui, car il doit rechercher de nombreux détails biographiques dans la presse, puisque Alice refuse obstinément de lui parler d’elle-même et de ses sentiments.

On aura compris que ces personnages vont se croiser : Alice est en effet l’une des trois sœurs aînées du petit Théo disparu en 1933. Dès le prologue, Kate Morton nous propose une scène où la jeune Alice enterre quelque chose à l’aube, au fond d’un bois, au sein du domaine de Loeanneth : quel rôle Alice a-t-elle joué dans la disparition de Théo ? Ses œuvres contiennent-elles des indices de ce qui s’est passé il y a soixante-dix ans ?

La jeune inspectrice, Sadie Sparrow, se lance passionnément sur la trace de la famille Edevane dont on découvre peu à peu l’histoire. La grand-mère Constance, si méchante ; sa fille Eleanor, jeune maman adorable, très amoureuse de son mari Anthony, et qui devient, après le retour d’Anthony de la Grande Guerre, celle que ses filles nommeront désormais la Mère, une femme distante, méconnaissable ; Alice, l’écrivain à l’inspiration inépuisable, d’abord réticente à ce que Sadie remue le passé. Autant de personnages attachants, qui cachent pudiquement des secrets douloureux, tout comme Sadie Sparrow d’ailleurs.

Kate Morton avance à petits pas, distillant des éléments qui prennent peu à peu leur place dans l’histoire de la famille Edevane. La construction du roman, constitué d’allers et retours entre 1933 et 2003, nous maintien en haleine jusqu’au bout. L’auteur réussit avec brio davantage qu’un roman policier, une véritable saga familiale à suspense s’étalant sur tout le vingtième siècle. Un très bon divertissement qui sera parfait pour les vacances !

Je ne connaissais pas Kate Morton, jeune auteure australienne qui en est déjà à son cinquième roman, et c’est avec plaisir que je l’ai découverte grâce à Babelio et aux éditions Presses de la cité que je remercie pour leur envoi.

 

L’enfant du lac, Kate Morton, traduit de l’anglais (Australie) par Anne-Sylvie Homassel, Presses de la cité, Paris, avril 2016, 638 p.