Topaze, de Marcel Pagnol, une pièce à l’ironie mordante !

Topaze PagnolJe profite de l’été pour revenir sur quelques classiques qui sentent bon la Provence et le soleil. Pagnol est de ceux-ci et j’ai choisi de relire -et de revoir- en particulier quelques pièces de théâtre de cet auteur qui m’a à nouveau enthousiasmée.

Topaze est une comédie en quatre actes de Marcel Pagnol, qui a été représentée pour la première fois à Paris, au Théâtre des variétés en 1928. Le premier acte se déroule dans une salle de classe du pensionnat où Topaze est professeur. C’est une classe à l’ancienne, décorée de cartes de géographie et de maximes illustrant le cours de morale. Topaze est à l’image des lieux, avec ses vêtements usés et misérables, tout comme le matériel de classe qui traîne dans un coin. Le seul élève présent n’échappe pas à cette description (« son cou d’oiseau mal nourri ») et il est, le pauvre, en train de subir la dictée de Topaze.

Amoureux de l’orthographe malgré lui, dit-il, Topaze veut rendre service à sa collègue, Mademoiselle Ernestine, qui est aussi la fille du directeur, en corrigeant les devoirs de ses élèves. Ernestine, jeune enseignante futée sinon courageuse, a si bien manœuvré qu’elle amène Topaze à la supplier de lui laisser ce travail, après avoir révélé indirectement ce qu’il ressentait pour elle.

Le directeur arrive, d’excellente humeur en raison de l’arrivée d’un nouvel élève, et annonce à Topaze que l’inspecteur d’académie lui décerne « moralement » les Palmes académiques dont Topaze rêve depuis longtemps. Méprisant et moqueur, M. Muche ajoute : « moralement, c’est peut-être encore plus beau ». Topaze ne se démonte pas. Mais suite à son refus de mettre une bonne note à un élève qui ne la méritait pas, et dont les riches parents faisaient pression sur le pensionnat, le professeur trop zélé est renvoyé par M. Muche, et se voit obligé de rechercher des leçons particulières.

C’est ainsi qu’il se retrouve chez Mme Suzy Courtois, mère d’un élève à qui il doit donner des leçons. Le début du deuxième acte met en scène Mme Courtois et le conseiller municipal, Castel-Bénac , dont elle est la maîtresse. Pagnol nous dévoile les activités malhonnêtes, avec Roger de Berville, prête-nom qui n’hésite pas à se servir de sa prétendue probité pour souligner l’intérêt qu’il y a à traiter avec lui. Les deux amants complices ne se privent d’ailleurs pas de lui faire la morale, quelques instants après avoir passé en revue leurs propres malversations !

Alors que Castel-Bénac et sa maîtresse se plaignent de la perte des valeurs, et principalement de l’honnêteté, ainsi que du fait qu’ils ne trouvent personne pour participer à leurs « activités », Suzy Courtois pense à Topaze qui, lui semble-t-il, est amoureux d’elle. Il lui sera donc facile de le manipuler, d’autant que Topaze vient de perdre sa place à la pension Muche.

Le conseiller et sa maîtresse ont donc recours à la flatterie pour essayer de décider Topaze à les aider, en remplaçant le prête-nom qui leur a fait défaut. Mais suite à une conversation avec ce dernier, Topaze découvre la vraie nature des activités de Castel-Bénac. Suzy Courtois s’empresse alors de lui mentir pour faire pression sur lui.

Acte 3, nous sommes dans un bureau moderne. Topaze, désormais associé avec Castel-Bénac, est devenu directeur de l’agence. Il a entretemps découvert que Suzy Courtois se moquait de lui, mais il est pris au piège, car complice… Il se sent d’ailleurs surveillé par la police et il prend peur suite à la parution d’un article dans le quotidien bien-nommé « La conscience publique ». Peu après, la police arrive, mais … ce n’est pas pour Topaze. Puis c’est le tour du « vénérable vieillard », venu faire chanter Topaze qui, une fois encore , a bien du mal à comprendre ce que l’on attend de lui. Arrive enfin M. Muche, le directeur de la pension qui, impressionné par le succès de son ancien professeur, a décidé de lui offrir la présidence de la distribution des prix. M. Muche est aussi venu accorder la main de sa fille à Topaze qui ne demandait plus rien, mais qui est devenu un bon parti. Et qui, finalement, oublie ce qui lui restait de probité, après avoir reçu, -honneur suprême pour lui-, les palmes académiques, en cadeau d’adieu de Castel-Bénac.

« Jusqu’ici j’ignorais absolument bien des choses que j’entrevois… la vie n’est peut-être pas ce que je croyais. C’est peut-être vous qui avez raison après tout… ».

Dans l’acte 4, Topaze savoure enfin sa vengeance, en prenant les deux complices à leur propre piège. Il s’empare de l’agence dont il est devenu directeur, le bail étant à son nom, et décide de travailler à son compte en ne laissant qu’une petite commission à Castel-Bénac. La dispute éclate alors entre ce dernier et sa complice, Suzy Courtois. Topaze a décidemment beaucoup appris…

Cette pièce de Marcel Pagnol est une comédie pleine d’humour, un humour parfois grinçant qui n’hésite pas à souligner le cynisme dans lequel tout homme est prêt à basculer, dès qu’un profit conséquent est en vue. Ainsi, Monsieur Muche, considère l’élève qui lui rapportera beaucoup d’argent comme « un sujet d’élite ». De la même façon, le conseiller municipal s’émeut du sort des malheureux balayeurs. Tout le comique vient ici de la façon dont Marcel Pagnol joue sur les mots, notamment « probité et honnêteté », auxquels les protagonistes ne prêtent pas tous la même signification. Topaze se trouve au milieu de ce petit monde qui transige beaucoup avec la morale et dont il apparait isolé, de par une naïveté et une honnêteté qui confinent parfois au ridicule. Il découvre tout un monde dont il ignorait l’existence et les codes, et qui ne fonctionne que tendu vers un objectif accepté par tous ceux qui y prennent part : profiter de l’occasion et s’enrichir le plus possible.

Outre la corruption et le cynisme d’une classe politique locale, Marcel Pagnol dénonce également le respect que l’on éprouve parfois face à ceux qui ont gagné de l’argent, sans même se demander quelles méthodes ils ont utilisées pour y parvenir. Au passage, et même s’il a dédié Topaze à son maître d’école, «en signe de reconnaissance et de respectueuse affection », il égratigne également les enseignants, à la fois victimes et complices indirects. Une excellente lecture, pleine de bons mots, à l’ironie parfois percutante !

Topaze

« Pourtant l’argent ne fait pas le bonheur !

Suzy

« Non, mais il l’achète à ceux qui le font ! »

 

Topaze, Marcel Pagnol, Editions de Fallois, Collection Fortunio, Paris, 2004, 241 p.

 

 

 

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