Archive | août 2016

Rentrée littéraire, romans étrangers : Station eleven, de Emily St.John Mandel.

station eleven emily st john mandel« Station eleven » est le quatrième roman de la canadienne anglophone, Emily St-John Mandel. Publié en 2014, il a été nominé au prestigieux « National Book Awards » américain. Il vient de sortir en français et je ne doute pas qu’il se trouve en bonne place parmi les romans étrangers de cette rentrée littéraire car c’est un excellent roman !

Arthur Leander, célèbre comédien, est terrassé par une crise cardiaque en pleine représentation du « Roi Lear » de Shakespeare dans un théâtre de Toronto. La scène se déroule sous les yeux d’une petite fille, Kirsten, présente en coulisses au moment du drame avec deux autres enfants figurants. Comprenant l’urgence, un spectateur se précipite pour tenter un massage cardiaque, mais ses efforts restent vains. Après avoir réconforté la petite Kirsten, il rentre chez lui dans l’indifférence totale, et reçoit un coup de fil effrayant d’un ami médecin qui le presse de quitter la ville en raison d’une épidémie de grippe foudroyante.

Arthur Leander a eu bien de la chance, car il a échappé de peu à l’Apocalypse qui intervient quelques heures seulement après sa mort… Rien de surnaturel dans tout cela, mais une pandémie totale et d’une virulence extrême qui diffuse un virus de la grippe porcine via les transports aériens notamment. Parti de Géorgie, le virus se répand partout dans le monde. Miranda, ex-femme d’Arthur, est informée de sa mort par un ami d’Arthur, Clark, alors qu’elle se trouve en Malaisie pour son travail.

Les principaux personnages sont plantés, et l’auteure nous propulse vingt ans après le cataclysme, pour suivre la Symphonie itinérante, une troupe de musiciens et d’acteurs qui parcourent à pied des territoires désertés de la région des Grands lacs pour se rendre dans les colonies du nouveau monde où ont trouvé refuge les rescapés de la grande épidémie. La Symphonie itinérante y joue ses spectacles, dont fait partie le « Roi Lear ». Parmi les comédiens, on retrouve Kirsten qui était présente lorsque qu’Arthur est mort sur scène. La Symphonie itinérante fera étape dans un aéroport où vivent recluses trois cents personnes, dont Clark ainsi qu’Elisabeth, seconde épouse d’Arthur Leander, et leur fils Tyler.

De la catastrophe en elle-même, l’auteure ne parle pas. Seule l’évocation de ce que les rescapés vivent, des carcasses de voitures qu’ils croisent sur leur chemin, des épaves d’avions dans les aéroports, permet de comprendre ce qui s’est passé. Le personnage central, Arthur, bien que mort, est celui qui relie tous les autres, et l’auteure explore aussi sa vie, ses amours, ses amitiés, en revenant sur les années qui ont précédé la fin du monde ancien. Autre élément central, la bande dessinée qui donne son titre au roman, métaphore prémonitoire des événements : « Station eleven » est l’œuvre de Miranda, première femme d’Arthur et elle représente un véritable fil d’Ariane entre l’ancien et le nouveau monde.

« Station eleven » est difficile à classer. Roman de science-fiction, dystopie, roman d’aventures, il explore différentes notions qui ne sont pas habituelles dans ce type de littérature : le rôle de l’Art, -théâtre, musique et bande dessinée-, et surtout l’importance des souvenirs dans une vie, leur subjectivité. Les rescapés gardent tous des souvenirs différents du monde ancien, notamment parce qu’ils n’avaient pas le même âge lors de la survenue du cataclysme. Ils se trouvent en l’an Vingt, face à des jeunes qui n’ont pas connu cette période : étrange décalage. Spontanément, les rescapés de l’aéroport ont créé un Musée de la  Civilisation où sont exposés tous les objets désormais inutiles : ordinateur, I Phone, moteurs de voitures… C’est Clark qui en devient le conservateur, un travail qu’il adore. Le musée permet aux gens de venir « regarder le passé », mais il pose aussi la question de savoir comment expliquer le monde ancien et ses prouesses technologiques aux jeunes qui ne connaissent même pas l’électricité…

De ce roman, j’ai beaucoup aimé les personnages, l’ambiance envoûtante et l’espoir qui est toujours présent au milieu de tant de noirceur. En effet, malgré le thème, malgré les événements, et le fait que quatre-vingt-dix-neuf pour cent de l’humanité ait disparu, je n’ai jamais ressenti ni désespoir, ni violence. Et la fin laisse entrevoir quelques lueurs d’espérance…

« Station eleven » est déjà en cours d’adaptation au cinéma. J’imagine très bien certains aspects du roman, très visuels. En revanche, je me demande comment seront rendus les aspects relatifs à la mémoire, à la nostalgie du monde ancien, au rôle de l’art dans la survie : une raison supplémentaire pour découvrir ce roman très vite !

Station eleven, Emily St.John Mandel, traduit de l’anglais (Canada) par Gérard de Chergé, Editions Payot et Rivages, Paris, 2016.

 

Livre lu dans le cadre du challenge Femmes de lettres, chez George et du challenge 1% de la rentrée littéraire

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Rentrée littéraire : Romanesque, de Tonino Benacquista

RomanesqueTandis que je lisais le dernier numéro du magazine « Lire » relatif à la rentrée littéraire, je constatai avec étonnement qu’aucun des romans présentés ne m’attirait vraiment tant ils semblaient noirs dans leur propos et leur ambiance. Certes, la littérature est le reflet de la société, mais l’actualité morose (c’est un euphémisme) de cet été  m’a donné plus que jamais envie, sinon de légèreté –car j’aime que la réflexion soit un tant soit peu profonde- au moins de lire quelque chose de plus souriant, enlevé. Et voilà « Romanesque » qui m’a été proposé par les éditions Babelio dans le cadre d’une opération « Masse critique » spéciale. Un roman qui porte bien son nom et qui tombait à pic pour me divertir et me captiver pendant quelques heures !

Un couple de Français est en cavale aux Etats-Unis. Leur portrait est sur tous les écrans. Difficile de se cacher dans ces circonstances, mais pourtant on sent chez eux une expérience, un instinct de survie qui est la marque des aventuriers. Que peuvent-ils avoir fait pour être recherchés de la sorte ? On n’en saura pas plus au début, mais les fuyards nous sont aussitôt sympathiques, car ils ne peuvent résister à la tentation de se rendre au « Chicago Theatre » pour assister  à la dernière représentation des « Mariés malgré eux », pièce classique anglaise qui conte une légende inspirée de faits réels.

Faits bien réels dans le monde imaginé par Tonino Benacquista, la légende comme la pièce n’existent pas dans le nôtre, mais on se prend à se demander s’il s’agit d’une légende étrangère, d’une pièce secondaire de Shakespeare que l’on ne connaîtrait pas… tant tout semble vrai. Comme Tristan et Yseult, un homme et une femme nés au XIIème siècle s’aiment d’un amour profond que rien ne semble pouvoir arrêter. Mais ici, point de philtre d’amour, point de passion coupable, point de lutte amère : le braconnier et la glaneuse vivent heureux à l’écart de leurs contemporains, se dédiant exclusivement l’un à l’autre, et éprouvent une passion à la fois forte et sereine que même le passage du temps n’émousse pas. De quoi rendre les villageois jaloux et susciter méfiance et mépris à une époque où l’obscurantisme punissait de mort tout comportement non conforme à l’usage.

La mort attend en effet les jeunes amants, dont la situation a été régularisée entre temps, puisqu’ils ont été contraints au mariage. Dès le second chapitre, l’auteur nous emmène au Moyen âge suivre le braconnier et la glaneuse à l’origine de la légende des « mariés malgré eux » dans laquelle on se laisse emporter bien volontiers. On croise un roi que la maladie et la douleur rendent cruel, puis Dieu et le Diable qui se disputent la destinée des hommes, tandis que la suite est une succession d’aventures qui mènera nos deux héros jusqu’au bout du monde. Quelques allers et retours dans le temps nous permettent de suivre la cavale du couple de Français qui essaient de gagner le Canada, et de comprendre peu à peu le lien entre les deux histoires.

« Romanesque » le bien-nommé déroule la magnifique histoire d’ un amour ayant surmonté tous les obstacles. Quelle imagination, de celle qui a pu faire défaut dans la production littéraire contemporaine mais qui semble connaître depuis quelque temps un regain d’intérêt ! Le roman ne se limite cependant pas à la créativité de son auteur. La quatrième de couverture évoque un roman qui « interroge la manière dont se transmettent les légendes ». Certes, c’est un élément du livre, mais Tonino Benacquista compare également les époques et se livre à une critique acerbe de notre monde moderne « arrogant et péremptoire » :

« Stupéfaits par l’odieuse logorrhée humaine, ils pénétrèrent dans des bibliothèques virtuelles et se perdirent dans des labyrinthes de discours où s’exprimaient l’homme politique comme le simple citoyen, l’intellectuel comme le vulgum pecus, le religieux comme le laïque, eux-mêmes commentés par des analystes, experts et observateurs, tous déterminés à faire sens, tous possédant le copyright de la vérité, tous persuadés d’être dotés d’une conscience mais dépourvus du moindre doute » (p201).

 Les amants sublimes ont un message à délivrer à l’homme, celui de l’amour à n’en pas douter. Mais « comment se faire entendre des peuples lassés des exhortations à penser comme il se doit ? » Leur légende n’a cependant pas fini de s’écrire. Alors que Dieu reste « indéchiffrable », sourds aux appels angoissés de ses créatures, alors que le Diable n’a plus qu’à attendre sa victoire, car c’est lui qui a créé l’homme à son image, les amants verront leur amour triompher et renaître toujours. Un message d’espoir, romantique s’il en est, pour une bien jolie histoire. A cela s’ajoute une écriture travaillée mais très fluide, mise en valeur par le passé simple, le temps de la légende par excellence, qui nous entraîne dans une fable très plaisante : un très bon moment de lecture pour ce premier titre de la rentrée.

Romanesque, Tonino Benacquista, Gallimard, Paris, août 2016.

 

Livre lu dans le cadre du challenge 1% de la rentrée littéraire

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Titus n’aimait pas Bérénice, Nathalie Azoulai

Titus n'aimait pas BéréniceAujourd’hui comme de tous temps, Titus aime Bérénice et pourtant il la quitte. Il l’abandonne parce qu’il ne peut quitter Roma qui est son épouse et la mère de ses enfants, même s’il ne l’aime plus. Ce soir de 2015, Bérénice est dévastée lorsqu’elle apprend l’abandon de Titus. Après le choc, elle entre en convalescence, accepte l’empathie de ses proches, partage des confidences. Au cours de ces confessions, une voix lui murmure un vers de Racine. Elle se raccroche à celui-ci comme à tant d’autres alexandrins du grand auteur. Ardente, la langue du tragédien s’insinue en elle. Elle veut comprendre comment Racine a pu écrire de tels vers, et ce qui l’a amené à une connaissance si profonde des sentiments amoureux. Elle veut comprendre pourquoi Titus l’a quittée. Ne l’aimait-il pas ?

Nathalie Azoulai utilise ce joli prétexte pour écrire une biographie de Jean Racine, sous un angle qui privilégie l’étude du sentiment amoureux dans l’œuvre du grand tragédien. Comme l’auteure l’annonce, deux lieux qui apparaîtront tour à tour en filigranes de la vie de Racine ont profondément marqué sa vie et son œuvre : Versailles, endroit fastueux où le poète côtoya le Roi et la démesure, et Port-Royal où le jeune Racine fut éduqué selon les principes jansénistes, dans le dénuement et la réclusion. C’est en effet à l’abbaye de Port-Royal qu’il apprit de ses maîtres, et grâce à l’étude des auteurs latins et grecs, qu’un travail acharné vient à bout de tout. Un principe qu’il appliqua dès ses premiers vers.

A quatorze ans, Racine quitta Port Royal pour le collège de Beauvais auquel il ne s’habitua pas malgré une discipline relâchée. Il poursuivit son étude avec rigueur et fit l’expérience magnifique de l’alexandrin. Pour lui, la langue était aussi beauté, la langue était aussi musique. De retour à Port-Royal, il fut l’élève des trois maîtres les plus renommés de France et continua avec eux son apprentissage classique. Mais il découvrit aussi les livres interdits et cacha des romans grâce auxquels il entrevit puis déchiffra l’amour et la passion.

Racine s’installa ensuite à Paris où il mena une vie très éloignée du calme de l’abbaye de Port–Royal. Il commença à écrire et à faire représenter ses pièces, il fréquenta de grandes comédiennes, Mademoiselle Du Parc puis Marie Desmares, avec lesquelles il eut une longue liaison, et qui, de par leur jeu, influencèrent son écriture. La vie de Racine prit ensuite un tournant : il se maria, eut plusieurs enfants et devint historiographe du Roi. Il composa ensuite des pièces plus sages, destinées à être jouées par les pensionnaires Saint-Cyr, institution créée par Mme de Maintenon.

Tout au long de cette promenade biographique, Nathalie Azoulai nous présente un auteur talentueux, acharné et volontaire, poignant, et cependant loin d’être parfait : Jean, comme l’auteure l’appelle, se montre partagé entre sa foi et l’amour des mondanités, il jalouse Corneille et Molière, il est infidèle, il courtise le roi, il renie son art pour les pensionnaires de Saint-Cyr… mais il parle si bien d’amour ! Est-ce en raison de la dureté de l’éducation janséniste, de la lecture des anciens, de sa vie sentimentale, de sa finesse psychologique, de la fréquentation de romans alors interdits…? Un peu de tout cela sans doute…

Racine est en effet très doué pour écrire l’échec de l’amour partagé et il le fait dans une langue concise, belle et pure. Nathalie Azoulai souligne l’importance que la langue revêt pour Racine et revient à plusieurs reprises sur la façon dont il compose ses vers :

« C’est ce qu’il aime dans la langue française et que les autres n’ont pas, ce lit de voyelles rocailleuses que les hiatus révèlent dans les vers comme l’été dans le fond des rivières. Marie est encore meilleure que Du Parc parce qu’elle pousse les portes d’un autre monde, où l’on marche dans ses rêves, où l’on parle sous hypnose. Il s’amuse parfois en lui disant qu’elle est sous alexandrins. Il aime cette espèce de froideur qui la gagne et la fait entrer dans une mer gelée sans trembler. Il comprend en la regardant que s’il compose des vers, c’est certes pour être le plus grand poète de France, mais aussi pour capter cela, le son d’une conscience qui s’exprime à haute voix. Pleine, libre, parfois glaçante. »

Le charme particulier de « Titus n’aimait pas Bérénice » vient du fait qu’il ne s’agit pas d’une biographie factuelle, précise, historique, même si elle est très bien documentée et témoigne d’une grande connaissance de Racine et de son œuvre. Le terme qui n’est venu à l’esprit pour qualifier ce roman est celui de « promenade biographique ». Un moment hors du temps, pourtant si actuel par ses propos sur l’amour et la passion, et la difficulté de la création artistique. Il y a bien sûr également la qualité d’écriture de Nathalie Azoulai. Dans une langue travaillée, sensible et juste, l’auteure nous livre sa vision de Racine et des classiques et en démontre toute la modernité, jusqu’à donner envie aux lecteurs de se plonger dans les tragédies de Racine, et en premier lieu dans « Bérénice ».

Le roman de Nathalie Azoulai méritait bien le Prix Médicis 2015, et en ce qui me concerne, figurera parmi mes coups de cœur de cette année !

Coup de cœur !

Titus n’aimait pas Bérénice, Nathalie Azoulai, POL, Paris, août 2015, 316p.

 

Livre lu dans le cadre du challenge « Femmes de lettres » chez George.

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Temps glaciaires, de Fred Vargas

temps glaciaires fred vargasUn commissaire du XVème arrondissement, Bourlin, demande à Adamsberg de l’aider à déchiffrer un signe étrange retrouvé à côté de la baignoire d’une femme qui vient de se suicider. Bourlin s’étonne en effet que celle-ci n’ait pas laissé de lettre d’adieu. Le commissaire Adamsberg fait aussitôt appel à l’érudition de son adjoint Danglard pour décrypter le signe qui ressemble quelque peu à une guillotine…

Quelques jours plus tard, une femme vient expliquer au commissariat qu’elle a posté une lettre que la défunte, Alice Gautier, avait laissé tomber dans la rue en chutant alors qu’elle essayait d’atteindre la boîte aux lettres. Ce témoignage essentiel permet de lancer l’enquête en direction de la famille Masfauré dont, curieusement, le père, Henri Masfauré, propriétaire d’un haras du côté de Rambouillet, s’est également donné la mort, comme vient de le conclure la police locale.

Mais la thèse du suicide ne satisfait pas entièrement Bourlin, Adamsberg et Danglard qui mènent leur enquête et découvrent rapidement une piste relative à un voyage en Islande au cours duquel Madame Masfauré, ainsi qu’un autre membre du groupe de voyageurs, étaient décédés quelques années auparavant dans des circonstances dramatiques : voilà beaucoup de morts suspectes pour une même famille !

Parallèllement, une seconde piste apparaît qui conduit nos enquêteurs vers l’ « Association d’études des écrits de Maximilien Robespierre », un club qui se réunit régulièrement pour rejouer les séances de l’Assemblée nationale pendant la Révolution. Sept cents membres en font partie : beaucoup d’historiens, de passionnés, ainsi que d’autres membres dont la motivation n’est pas toujours claire…

Entre voyage dans le temps et expédition islandaise sur les traces de touristes en mal d’aventures, Fred Vargas nous emmène dans une enquête qui rassemble les ingrédients qu’elle met habituellement en œuvre : un peu d’humour, pas mal d’érudition, des personnages que l‘on aime retrouver et notamment un commissaire Adamsberg moins en prise avec ses vieux démons. Au contraire, c’est l’irremplaçable Danglard cette fois qui s’interroge sur son rôle au sein de la petite équipe. Sans oublier des personnages secondaires attachants, comme Céleste, touchante d’ignorance et de bon sens terrien, ou les pêcheurs islandais qui portent également en eux ce paradoxe des gens qui vivent de et avec la nature, ce qui ajoute une petite touche de fantastique à l’ensemble.

« Temps glaciaires » est un bon cru, voire très bon, mais il est vrai que l’on a tendance à devenir exigeant avec les auteurs qui nous habituent à l’excellence. Fred Vargas fait partie des valeurs sûres du polar français, avec un plus –et non des moindres-, son écriture très maîtrisée qui fait d’elle, à mon avis, une des meilleures auteures du genre !

Temps glaciaires, Fred Vargas, Editions J’ai lu, collection Policier, Paris, avril 2016.

 

Livre lu dans la cadre du challenge Femmes de lettres chez George et du Challenge polars et thrillers chez Sharon.

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