Le français vu du ciel, Marion Charreau

le-francais-vu-du-cielLors de la dernière opération Masse critique de Babelio, j’ai choisi « Le français vu du ciel », livre qui promettait « un voyage unique au cœur de la langue française », sur la base d’ «une cartographie illustrée sans équivalent ». Le résumé évoquait le principe des cartes mentales, outil dont j’ai souvent entendu parler sans jamais l’avoir utilisé. C’était donc l’occasion de tester !

J’ai reçu de la part des éditions Le Robert, que je remercie vivement, ce très bel ouvrage qui répond tout à fait à ce qui était annoncé dans la présentation du livre : un ensemble de cartes mentales, très joliment illustrées, dont la plupart s’étendent sur une double page. Les couleurs pastel sont très agréables, et rendent l’ensemble très attrayant. J’ai donc commencé par lire le sommaire afin de comprendre comment fonctionnait l’ouvrage. Celui-ci suit plus ou moins l’ordre de progression que l’on retrouve dans la plupart des grammaires françaises, dans un ordre logique d’apprentissage.

J’ai ensuite découvert les cartes mentales, présentées comme un « moyen mondialement reconnu d’améliorer son apprentissage et de favoriser la mémorisation ».  Certes. Encore faut-il s’y retrouver ! Il est bien sûr précisé que « les informations sont présentées par ordre d’importance : du centre, pour indiquer le thème principal, vers la périphérie, pour comprendre les moindres détails ». Mais doit-on lire vers la droite, vers la gauche d’abord ? J’ai bien sûr compris que cela n’avait pas d’importance, mais j’étais un peu perdue.

J’ai décidé d’explorer une carte en particulier. La carte 17 concerne l’expression du lieu : s’agissant des prépositions que l’on utilise devant les noms de pays et de continents, on nous montre qu’il faut dire « Je vais AU Brésil, je vais EN Norvège », mais la règle –très simple- n’est énoncée nulle part (En + noms de pays féminins,  noms qui se terminent par –e ; AU + noms de pays masculins, donc tous les autres, le tout comportant évidemment quelques exceptions).  Et le peu d’exemple donnés ne suffisent pas pour que l’étudiant puisse en déduire la règle.

En ce qui me concerne donc, il manque une structure et un sens de lecture logiques, nécessaires à une bonne compréhension et partant, à une bonne mémorisation. D’autre part, j’ai trouvé que les dessins étaient la plupart du temps trop chargés, certaines cartes foisonnant d’informations, ce qui rend plus difficile la mémorisation. J’étais donc peu convaincue : question de génération, peut-être ?

J’ai donc décidé de demander l’avis de certains de mes élèves, qui apprennent le français en tant que langue étrangère. Plusieurs d’entre eux avaient un niveau suffisant pour répondre et les âges représentés étaient très variés (de 11 à 50 ans, de B1 à C2). J’ai été surprise  de me trouver devant un ensemble d‘avis plus négatifs que le mien. Des réflexions d’autant plus intéressantes qu’elles proviennent d’un des publics directement visés par cet ouvrage :

-« C’est confus, chaotique, il n’y a pas de structure. On dirait un brainstorming géant, mais il n’en sort rien. Peut-être pour quelqu’un qui est visuel, mais pas pour moi ».

-« J’ai mis beaucoup de temps à comprendre comment naviguer dans le livre. A la fin, j’en avais assez. Ce n’est pas structuré. Pour être efficace, on doit trouver la réponse à notre question rapidement. Là, il faut chercher longtemps. Et puis les dessins sont infantiles ».

Avec un élève de 16 ans, nous avons détaillé le livre, ce qui a constitué un bon exercice pour lui :

-« C’est un peu attrayant, c’est ludique, mais c’est fait pour des petits enfants. Pas pour moi ». Je lui ai alors précisé que le livre visait un public de tous âges. Il a ri et m’a répondu : « alors, c’est infantile ! », expression qui est revenue plusieurs fois.

N°6 (le pluriel des noms) : « Oui, je comprends, mais ça va être difficile à retenir, car ce n’est pas structuré. Et je voudrais un graphisme plus droit ».

N°27 (passé, présent, futur) : « Où faut-il commencer à lire ? Par le milieu ? Je ne vois pas ce que l’on veut dire. Qu’est-ce qui est le plus important dans le dessin ? Dans quel sens cela marche ? Où sont les exemples pour tous ces mots ? »

N°13 (le présent de l’indicatif, groupes et bases) : « Quel mélange ! Il y a trop de verbes sur ces pages. Et puis, il faut tourner le livre dans tous les sens pour lire. C’est trop confus pour que je mémorise. En plus, on ne voit pas ce qui est écrit au milieu » (en effet, au niveau de la reliure, bord à bord, des mots disparaissent).

A ma question : « tu veux que je l’utilise de temps en temps dans mes cours ? », l’adolescent me livre une réponse sans appel : « non. Je ne comprends pas où cela commence et puis cela fait trop bébé, je préfère des tableaux structurés ».

Les quelques avis que j’ai relevés vont tous dans le même sens : certes, les dessins sont beaux, mais mes élèves n’ont pas envie d’utiliser ce livre pour étudier le français. Ils n’ont pas l’impression d’être pris au sérieux, ils se sentent infantilisés et en même temps, ils sont perdus devant le trop grand nombre d’informations.  Il est évident qu’ils ne sont pas habitués aux cartes mentales.

« Le français vu du ciel » est le fruit d’un travail remarquable de son auteur, Marion Charreau, dessinatrice et enseignante, que je ne veux pas remettre ici en cause, ma petite « recherche » n’ayant bien évidemment aucune valeur scientifique. En revanche, il me semble important de souligner que ce type de méthodes ne convient certainement pas à tout le monde. Est-ce une question de schéma mental ? En tout cas, parmi mes élèves, plusieurs se sont trouvés désorientés et ont fait un blocage.

Pour ma part, je suis également loin d’être convaincue. En revanche, j’imagine très bien ce genre de cartes, en grands posters, dans une classe, à utiliser un peu comme des mémos.

Qu’en pensez-vous ? Avez-vous une expérience des cartes mentales ?

Le français vu du ciel, Marion Charreau, dictionnaires Le Robert – Zeugmo éditions, Paris, septembre 2016.  

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8 réflexions sur “Le français vu du ciel, Marion Charreau

  1. Je ne connais pas du tout, ça me semble intéressant, mais sans aucun doute impossible de convenir à tout le monde : il faut une mémoire visuelle et spatiale… et encore, n’est-ce peut-être pas une condition suffisante.
    Je vois qu’il en existe pas mal pour l’école élémentaire, j’aurais bien testé quand j’enseignais, pour certains élèves au moins…

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    • Cela ne doit pas être suffisant pour moi en tout cas, car j’ai une mémoire visuelle, mais elle ne fonctionne pas avec les cartes mentales ! De toute façon, j’ai du mal à concevoir cela ailleurs qu’en primaire…mais comme toi, il me semble que cela peut être intéressant pour certains élèves. Merci pour ton avis !

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  2. On nous parle beaucoup des cartes mentales comme remède miracle dans l’enseignement de la langue en français… Du coup, j’essaye de m’y mettre un peu, bien que je ne comprenne pas du tout cette manière de mémoriser/apprendre… Néanmoins, la carte mentale ne constitue jamais la seule trace écrite de mon cours… Après tout, tout le monde ne fonctionne pas comme ça.

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  3. Ton article est très précis et argumenté. J’ai peu utilisé de cartes mentales, mais chaque fois que l’occasion s’est présentée, je suis restée assez perplexes et frustrée. Je ne sais pas comment sont présentées les cartes de ce livre, mais l’organisation ultra hiérarchique de ces cartes (un point central (ou un sommet) et les éléments qui en découlent m’a souvent paru trop simpliste pour refléter la complexité d’un projet (je n’ai utilisé que des cartes censées aidés à la gestion de projet). Le joli graphisme ne change rien à la structuration de base au final…

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