Souvenirs de la marée basse, Chantal Thomas : rentrée littéraire.

« Le plus souvent nous tenons fermée au reste du monde la sphère de nos agissements. En respect de notre culte du secret, mais aussi par nécessité -par l’impossibilité où nous sommes de traduire en mots compréhensibles les brûlantes expériences de notre quotidien. Nous vivons des moments palpitants, il se produit mille choses, mais, le soir venu, nous n’avons rien à raconter (…). C’est aussi la nature de nos activités, leur caractère indescriptible, qui nous réduit au silence. Nous ne racontons rien, parce que nos occupations ne se laissent pas raconter. »

C’est pourtant ce que Chantal Thomas fait de façon admirable, raconter ses souvenirs d’enfance, puis de jeune adulte. Fille unique d’une mère distraite et toute entière tendue vers son amour de la natation, la petite fille est très vite autonome, se raconte des histoires et vit des journées sans cesse renouvelées grâce à une imagination inépuisable. Elle aime profondément la mer qui représente le centre de son univers, alors qu’elle vit à Arcachon toute l’année.

Sur la plage, les camarades de jeu vont et viennent, ils conviennent toujours, jusqu’à l’amitié exclusive avec Lucile, les journées passées en sa compagnie à explorer le sable et les bords de mer, sous les regards de la Princesse du Palais des mers, au gré des éléments, soleil, vent, pluies, marées.

Chantal Thomas nous communique la volupté de nager qu’elle évoque si bien :

« Et c’est avec dans les yeux la vision persistante de cette fête du bleu que je commence à nager. L’eau, à peine refroidie par la pluie d’hier soir, est toujours aussi bonne. La douceur de sa température rend plus délicieusement enveloppante chaque brasse, laquelle exige la suivante et ainsi de suite. Ce n’est jamais assez (…). Je ressens ce désir montant qui ouvre la baigneuse à une durée infinie. Je nage, je passe de la brasse à la brasse coulée, change pour l’indienne, son art de la diagonale, ce plaisir à fendre l’eau en biais… »

Mais il n’y a pas que l’eau et le sable. L’enfant vit à Arcachon où elle distingue la ville d’Eté, mais aussi celle d’Automne et d’Hiver, à ne pas confondre. Il y a le souvenir de la Grande Poupée, le regard amusé qu’elle porte sur la famille Leçon et sur la famille Chiffre, si différentes de la sienne. Il y a aussi la forêt qui l’effraie, où elle passe les après-midis grises  avec Lucile, ainsi que le club de gymnastique et les premiers assauts de la pudeur.

Plus tard, la mère de l’auteure quittera Arcachon pour Menton : la mer, le sport, les vacances encore, durant toute l’année. On découvre que la maman mélancolique est  aussi très lunatique, des indices nous laissent entendre que c’est pathologique. Le lien qui unit mère et fille souffre de cette distance qui a toujours existé entre elles, mais il ne rompt jamais. Au contraire, la maturité leur apporte à toute deux un rapprochement. L’eau omniprésente n’est jamais triste, les vagues emportent avec elles les joies et les peines pour ne laisser aux hommes que « la grâce de l’instant ».

Comme son titre l’indique parfaitement, « Souvenirs de la marée basse » est un roman d’atmosphère évoquant l’enfance des bains de mer. Il suffit de se laisser porter par les mots de Chantal Thomas, comme dans l’eau, et de fermer les yeux pour se croire transporté(e) à cette époque : des souvenirs délicieusement surannés qui nous rappellent tout le charme de l’enfance lointaine. Chantal Thomas possède dans les descriptions, -et ce n’est pas paradoxal- un admirable pouvoir de suggestion. Une écriture précise et élégante qui nous communique avec talent des sensations toujours intactes malgré les années. Une très belle lecture de cette rentrée littéraire !

Souvenirs de la marée basse, Chantal Thomas, Seuil, Paris, août 2017, 213 p.

 

Livre lu dans le cadre du challenge 1% de la rentrée littéraire : 2ème lecture.

 

 

 

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7 réflexions sur “Souvenirs de la marée basse, Chantal Thomas : rentrée littéraire.

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