La promesse de l’aube, Romain Gary

En 2014, année du centenaire de la naissance de Romain Gary, l’auteur aux multiples personnalités était à l’honneur dans beaucoup de librairies. Ce fut pour moi l’occasion de (re)découvrir une œuvre magnifique au sein de laquelle « La promesse de l’aube » occupe une place particulière. Trois ans plus tard, un roman de la rentrée littéraire 2017 a retenu mon attention, puisqu’il rend hommage à Romain Gary et à « La promesse de l’aube » en se lançant sur les traces de M.Piekielny, personnage entrevu dans l’autobiographie de Romain Gary. Avant d’écrire ma chronique sur « Un certain M.Piekielny » de François-Henri Désérable, il m’a paru nécessaire de publier la chronique que j’avais écrit il y a trois ans et demi sur mon premier blog « Le livre d’après 1 » et qui ne figurait donc pas ici. Parce que le roman de François-Henri Désérable et « la promesse de l’aube » sont étroitement liés et qu’à mon avis, on ne peut lire l’un, sans l’autre.

 

« La promesse de l’aube » est une autobiographie d’un genre un peu spécial , puisque l’auteur y raconte son enfance à Vilnius, située alors en Pologne, puis à Nice, et sa vie de jeune adulte jusqu’à la fin de la guerre, en décrivant les événements qu’il a vécus, de façon parfois romancée, parfois interprétée, avec même un brin de mythomanie, mais en rendant un hommage presque inconditionnel à sa mère qui l’a élevé seule. Romain Gary disait d’ailleurs de « La promesse de l’aube » qu’elle était « d’inspiration autobiographique ». On comprendra que l’auteur avait une grande imagination, qu’il tenait d’ailleurs de sa mère, et à laquelle il laisse libre cours dans ce roman autobiographique, comme dans le reste de son œuvre.

De sa mère, Mina  Owczynska , il est beaucoup question dans « La promesse de l’aube« . Elle en devient même le personnage central, volant très souvent la vedette à son fils. Mina est omniprésente, toujours en train d’encenser un fils qu’elle adorait et en qui elle croyait de toutes ses forces. Tant et si bien qu’elle passait en revue tous les futurs possibles pour lui, l’imaginant tour à tour héros, général, « virtuose violoniste », écrivain, et même ambassadeur de France! Il sera aussi, elle imagine, entouré des plus belles femmes.

La mère espérait tellement pour son fils, que celui-ci allait s’employer à ne pas la décevoir, en réalisant les ambitions artistiques qu’elle n‘avait pu atteindre elle-même. Il s’essaya au violon, à la peinture, la poésie. Il tenta le sport également, mais échoua en natation : « une fois de plus, je dus me rabattre vers la littérature, comme tant d’autres ratés », conclut-il. Il ramena toutefois une médaille d’argent en ping-pong, que sa mère allait garder près d’elle toute sa vie. Il fut aussi décoré Commandeur de la légion d’honneur suite à son engagement dans les Forces Aériennes Françaises Libres, et enfin diplomate, notamment Consul de France à Los Angeles !

Passionnée jusqu’à l’excès, la mère de Roman était parfois drôle dans l’expression de sentiments exacerbés envers son fils. Elle ne reculait devant rien, ne se sentait jamais ridicule lorsqu’il s’agissait de son Roman adoré… Elle fut ainsi prête à aller dire aux professeurs de sciences de Roman, qui l’accablaient de zéros, qu’ils ne le comprenaient pas. Plus tard, à Nice, elle se rendait de temps en temps au marché, et montée sur un banc, informait les maraîchers des dernières prouesses de Roman !

Mina  Owczynska fut maîtresse du destin de son fils, elle, la « fille d’un horloger juif de la steppe russe de Koursk » qui l’avait élevé dans l’amour de la France et de la langue française. Il serait français, et même, Ambassadeur de France ! Et Roman, bien que parfois humilié par les moqueries de son entourage, continuait à croire que l’avenir que sa mère lui annonçait avec tant de conviction allait finir par se réaliser. Il lui fit d’ailleurs la promesse, alors qu’il n’était encore qu’un enfant, de devenir un jour ce grand homme qu’elle attendait. La promesse de l’aube, c’était aussi celle qu’il avait fait à un vieux voisin, M. Piekielny, qui voulait que Roman parle de lui aux grands de ce monde, lorsqu’il les rencontrerait, plus tard. Et Romain Gary allait tenir parole, à l’ONU, à l’Elysée, devant la Reine d’Angleterre, parce qu’il n’oubliait pas de rendre un peu de dignité aux hommes et parce qu’il croyait à son destin annoncé, sans toutefois être jamais arrogant.

C’est l’humour, bien présent dans l’autobiographie, qui sauve Romain Gary en le préservant de toute arrogance et en l’aidant à surmonter les humiliations. Comment un enfant ainsi admiré, adulé, a-t-il pu devenir un adulte humble ? Comment a-t-il pu continuer à respecter une mère si excessive ? Certainement en partie grâce à cet humour narquois et sans concession qu’il jette sur lui-même, sur l’enfant qu’il était alors et sur l’homme qu’il est devenu lorsqu’il écrit La promesse de l’aube à quarante-quatre ans. Romain Gary nous livre ici une très belle définition de l’humour :

« L’humour a été pour moi, tout le long du chemin, un fraternel compagnonnage ; je lui dois mes seuls instants véritables de triomphe sur l’adversité. Personne n’est jamais parvenu à m’arracher cette arme, et je la retourne d’autant plus volontiers contre moi-même, qu’à travers le « je » et le « moi », c’est à notre condition profonde que j’en ai. L’humour est une déclaration de dignité, une affirmation de la supériorité de l’homme sur ce qui lui arrive » (p160).

C’est aussi l’amour qui l’a sauvé, celui qu’il portait à sa mère. Le livre tout entier est un hommage à celle-ci, qui en fait une des plus belles déclarations d’amour filial de la littérature, avec « Le livre de ma mère » d’Albert Cohen.

« La promesse de l’aube » est donc un livre essentiel, magnifique, très bien écrit, au contenu d’une richesse exceptionnelle. Assurément l’un de mes coups de cœur parmi les classiques de la littérature française du XXème siècle !

La promesse de l’aube, Romain Gary, Folio n°373, avril 2012, 391 p.

 

A noter que le film « La promesse de l’aube » sort en décembre prochain, avec Charlotte Gainsbourg et Pierre Niney. Alors vite, lisez le livre avant !

 

 

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5 réflexions sur “La promesse de l’aube, Romain Gary

    • Oui, c’est ce que j’ai pensé tout d’abord en découvrant la bande annonce. Le choix de l’actrice m’a étonné, je l’imaginais mal dans ce rôle. Mais peut-être pourra-t-elle prouver ses talents de composition… je lui laisse le bénéfice du doute et ma curiosité risque de l’emporter. De toute façon, une adaptation cinéma ne vaudra jamais le livre, mais si elle peut donner à certains l’envie de le lire, ce sera déjà bien. Quant à moi, je me suis régalée avec le roman de F.H Désérable!

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  2. j’ai adoré ce livre! ainsi que celui de Désérable d’ailleurs: il suffit qu’on me parle de Romain Gary pour que j’accours!!!!
    pour le film je ne sais pas: je suis une fan de Charlotte Gainsbourg mais ce n’est pas ainsi que j’imaginais Mina (j’ai du mal à envisager une actrice en fait dans ce rôle!) mais Charlotte a du talent alors peut-être aurons-nous des surprises 🙂

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