Archive | mai 2018

Une bouche sans personne, de Gilles Marchand, meilleur roman Points 2018 !

 

 

C’est officiel : le prix du Meilleur roman Points 2018 a été décerné au roman « Une bouche sans personne » de Gilles Marchand.

 

Je suis ravie, car c’était mon coup de coeur de cette sélection 2018 que vous pouvez retrouver ci-dessous. J’ai donc voté pour lui, après quelques hésitations toutefois avec « Eclipses japonaises » d’Eric Faye que j’ai également beaucoup aimé, mais qui est très différent. J’ai fait le choix de l’imagination, de la poésie pour ce roman plein de charme, mais également bouleversant.

 

Vous pouvez retrouver ma chronique ici.

 

Les autres titres de la sélection 2018 :

Histoire du lion Personne, Stéphane Audéguy.

-Eclipses japonaises, Eric Faye.

Lucie ou la vocation, Maëlle Guillaud.

Six degrés de liberté, Nicolas Dickner.

Nous dormirons quand nous serons vieux, Pino Corrias.

Pékin pirate, Xu Zechen.

-Avant que les ombres s’effacent, Louis-Philippe Dalembert.

-Derniers feux sur Sunset boulevard, Stewart O’Nan.

 

 

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La pension de la via Saffi, Valerio Varesi

Après avoir beaucoup apprécié « Le fleuve des brumes » de Valerio Varesi, j’attendais avec impatience la sortie en poche de la seconde enquête du commissaire Soneri intitulée « La pension de la Via Saffi ». Paru en avril dernier, il arrivait à point nommé pour le mois italien.

Nous sommes à Parme, quelques jours avant Noël et le commissaire Soneri est l’un des seuls à ne pas se laisser gagner par l’effervescence mercantile qui règne dans la ville. Alors qu’il espère avoir enfin le temps de laisser libre cours à ses pensées, il se trouve face à une nouvelle énigme : la propriétaire d ’une petite pension de famille située dans le centre historique de Parme vient d’être assassinée. Or le commissaire Soneri connaissait la victime, Ghitta Tagliavini, puisque celle-ci accueillait par le passé dans sa pension de nombreux étudiants, dont Ada, sa future femme. Soneri passait d’ailleurs souvent à la pension pour rencontrer Ada.

L’enquête laisse très vite apparaître que la pension Saffi n’avait plus grand-chose à voir avec celle que Soneri avait connue. Devenus riches, les étudiants ne se contentent plus aujourd’hui d’une simple pension et la propriétaire s’était tournée depuis quelques temps vers une nouvelle clientèle, en choisissant de louer ses chambres en journée à des couples, dont beaucoup étaient illégitimes…

Le commissaire Soneri se dévoile un peu plus dans cette seconde enquête, où l’on apprend l’épisode douloureux de son veuvage précoce. Angela est toujours fidèle au poste pour le soutenir, ce qui n’est pas forcément drôle pour elle, car Soneri exprime peu ses sentiments. L’ensemble se déroule dans une atmosphère froide et brumeuse : les petites rues tortueuses du centre de la ville, pleines d’un épais brouillard, évoquent sans doute les méandres du passé de Soneri.

Le commissaire est en effet nostalgique de son passé, mais aussi de toute une époque, où Parme était encore une ville provinciale, où les gens se connaissaient, se parlaient. Il regrette que la ville soit maintenant gangrénée par la corruption et envahie par des étrangers, qu’il ne rejette pas, bien au contraire, mais dont il regrette qu’ils ne parviennent pas à s’intégrer et constituent des communautés qui vivent à côté des italiens, et non avec eux.

J’aime beaucoup le regard lucide et nostalgique que Soneri porte sur l’Italie, d’autant qu’il reste toujours mesuré dans ses propos. L’enquête elle-même nous en dit beaucoup sur l’évolution du pays, et cela prime sur les faits en eux-mêmes et sur l’intrigue et le suspense qui sont finalement secondaires. Le rythme lent donne une certaine profondeur au roman, mais risque de ne pas plaire aux amateurs de polars rapides aux multiples rebondissements. En revanche, pour les autres, c’est une série à suivre, sans aucun doute !

 

La pension de la Via Saffi, Valerio Varesi, traduit de l’italien par Florence Rigollet, Points Seuil P4772, avril 2018, p306.

 

Lu dans le cadre du mois italien chez Martine et du challenge polars et thrillers chez Sharon

 

Le manuscrit inachevé, Franck Thilliez

Un nouveau polar de Franck Thilliez est toujours un moment très attendu, et la lecture est rarement décevante. C’est le cas à nouveau avec « Le manuscrit inachevé » dans lequel l’auteur atteint le sommet de son art, même si, cette fois, l’intrigue ne s’inscrit pas vraiment dans un contexte scientifique, mais rend plutôt hommage au genre policier dans son ensemble, avec de nombreuses références à des classiques du genre.

Il n’est pas facile de résumer l’intrigue de ce dix-septième roman de Franck Thilliez, d’autant que le roman fait l’objet d’une double, voire triple mise en abyme. La préface est en effet signée d’un certain J.L Traskman qui nous dit avoir découvert un manuscrit laissé par son père, Caleb Traskman, auteur de polars à succès. Malheureusement, il manque à ce manuscrit sa « flamboyante conclusion » et il est impensable pour le fils, comme pour l’éditeur, de publier tel quel ce qui constitue sans doute l’un des meilleurs romans de Caleb Traskman ! Tiens, Franck Thilliez s’envoie des fleurs, mais l’on ne peut nier que le roman qui va suivre est bien l’un des meilleurs de l’auteur.

Bref, le procédé ne sert finalement qu’à attirer l’attention des lecteurs sur les détails semés par l’auteur afin de leur permettre de décrypter l’énigme qui les attend cinq cent pages plus loin. Mais cela ajoute un petit quelque chose en plus et ma lecture a été sans conteste plus attentive que d’habitude : moi aussi, j’étais à la recherche d’indices.

Quant à l’intrigue elle-même, touffue et compliquée, elle débute avec la survenue, dans les montagnes du Vercors, d’un accident de la route d’un petit délinquant qui veut échapper à un contrôle douanier. Il ne saura jamais qu’il transportait un cadavre dans son coffre, dont les policiers grenoblois, Vic et Vadim, vont devoir remonter la trace.

On apprend aussi dès les premières pages que quatre ans plus tôt, à Berck, au bord de la mer du nord, la jeune et jolie Sarah Morgan était enlevée, alors qu’elle rentrait chez elle. Depuis cette funeste date, son père n’a cessé de la chercher, bien que son enlèvement ait été revendiqué par un tueur en série arrêté depuis lors. Il faut dire que le criminel n’a jamais voulu révéler où il avait enterré le corps… Le roman démarre alors que la mère de Sarah, Léane, qui est auteur de polars à succès, vient de publier « Le manuscrit inachevé » et entame la promotion du roman. Mais l’agression de son mari Jullian, et l’amnésie qui le frappe, vont la ramener à Berck où elle se retrouve impliquée dans une terrible machination.

L’enquête nous transporte des brouillards humides de la mer du Nord aux flocons de la région grenobloise, dans une succession de sous-intrigues qui peu à peu prennent leur place pour former les pièces d’un gigantesque et diabolique puzzle. Franck Thilliez nous emmène dans ce que l’âme humaine peut produire de pire et, comme d’habitude, c’est d’une traite que l’on dévore les cinq cent pages.

Enfin, pour ce qui est de l’énigme, je croyais l’avoir trouvée, ayant compris à quoi faisaient référence les palindromes soulignés par l’auteur et les fréquentes occurrences du chiffre 2, mais cela ne me permettait pas de répondre à la question qui se posait à moi après la lecture de la scène finale. Alors mon fils m’a révélé le détail auquel, lui, il avait prêté attention…

 

Le manuscrit inachevé, Franck Thilliez, éditions Fleuve noir, mai 2018, 525 p.

 

Livre lu dans le cadre du challenge Polars et Thrillers chez Sharon

 

 

Le pays que j’aime, Caterina Bonvicini

La petite Olivia est l’héritière de riches entrepreneurs de Bologne. Elle est élevée dans une magnifique villa ornée de fresques du XVIIIème siècle et son meilleur ami, Valerio, n’est autre que le fils du jardinier et d’une domestique qui vivent sur place. Valerio va à la même école qu’Olivia et c’est d’ailleurs le grand-père d’Olivia, Gianni, qui les y conduit tous les matins. L’Italie est en train de vivre ses terribles années de plomb, et les familles aisées, dont les enfants sont fréquemment victimes d’enlèvements, vivent dans la peur. Le roman s’ouvre d’ailleurs sur le terrible attentat qui a détruit la gare de Bologne en 1980.

Malheureusement, alors que Valerio est encore très jeune, le monde s’écroule autour de lui lorsque sa mère décide de quitter son père, et la villa des Morganti, pour suivre à Rome un petit escroc dont elle est tombée amoureuse. Ils se retrouvent dans un appartement délabré à la périphérie de la ville sainte dont Valerio ne connaîtra rien pendant des années. Pour les vacances, il retourne chez son père, c’est-à-dire chez les Morganti qui l’emmènent, avec son amie Olivia, sur la Versilia, la partie chic de la côte toscane fréquentée par les classes aisées de la région.

Et c’est ainsi que démarre le récit de quarante années d’amitié, et pas seulement, entre Olivia et Valerio. Ils vont se retrouver régulièrement, s’aimer alors qu’ils sont étudiants, puis se quitter, pour à nouveau mieux se retrouver. Olivia ne termine pas ses études, comme tout ce qu’elle entreprend, tandis que Valerio réussit au-delà de toute espérance. Née de son enfance passée entre la villa des Morganti et l’appartement insalubre de la périphérie romaine, sa faculté à se fondre dans des milieux différents, à défaut de s’y sentir chez lui, lui permet d’évoluer et de faire fortune dans l’Italie des années berlusconiennes. Mais Valerio n’est ni dupe, ni cynique et, conscient de la corruption des milieux qu’il fréquente, il conserve un regard lucide sur l’Italie des années quatre-vingt-dix et deux mille.

« Le pays que j’aime » est un roman attachant qui retrace une amitié d’enfance qui évolue en un amour fort qui malheureusement ne se concrétise pas, parce qu’Olivia préfère bien souvent se laisser porter que de prendre des décisions. Les situations sont souvent graves, mais jamais pesantes grâce à l’humour et à la légèreté qui émaillent le récit. On pourrait regretter le manque de détermination des protagonistes à vivre leur histoire d’amour, mais c’est finalement ce qui les rend crédibles et si humains. Il y a aussi des personnages forts comme Manon, la grand-mère qui a tant marqué Olivia et Valerio ; d’autres sont beaucoup moins courageux. Même Valerio doit renoncer, pourtant si près du but, pris au piège et préférant finalement la prison dorée qu’il s’est construite…

Une belle découverte que ce troisième roman de Caterina Bonvicini publié en français et récemment sorti en format poche.

 

Le pays que j’aime, Caterina Bonvicini, traduit de l’italien par Lise Caillat, Folio n°6462, mars 2018, 356 p.

 

Livre lu dans le cadre du mois italien chez Martine

 

Mai, le mois italien.

Nous passons de la Belgique à l’Italie pour participer, comme chaque année, au mois italien organisé par Martine. Certes, je suis un peu en retard cette année, mais pour rien au monde je ne manquerai ce rendez-vous ! J’ai juste un peu trop pris au pied de la lettre l’idée du farniente…
J’étais si bien sur mon yacht. Pas envie de me lever pour rédiger ce billet…
Oui, j’exagère un tout petit peu. Et je ne peux même pas me déculpabiliser en invoquant la chaleur ambiante… Tans pis, j’assume : j’ai préféré lire plutôt que rédiger ce billet (désolée Martine).
Pourtant, le programme que Martine nous propose est alléchant : il ne concerne pas seulement les livres, mais aussi le cinéma, la télévision, la cuisine, les voyages et beaucoup d’autres choses encore… il y en aura donc pour tous les goûts et je compte bien participer, même si je n’ai pas encore vraiment défini quand et comment.  Ce sera donc la surprise, pour vous comme pour moi…
… quand j’aurais quitté ma terrasse fleurie (ben oui, je suis rentrée chez moi : il y avait du vent à Portofino et le yacht tanguait trop…)
Quoi qu’il en soit, voici les rendez-vous que nous propose Martine :

 

 

-Mercredi 2 mai : Jour des enfants : un album ou une BD.
-Jeudi 3 mai : Lancement des « jeuditalie » : lecture libre.
-Samedi 5 mai : A tavola ! Une recette en partage.
-Dimanche 6 mai : Al cinema : un film à nous recommander.
-Mardi 8 mai : La saga « L’Amie prodigieuse » d’Elena Ferrante. Tomes 1, 2, 3 ou 4.
-Du mercredi 9 au lundi 14 mai : Lectures au choix en lien (si possible) avec le Salon International du livre de Turin (où se trouvera Martine) et dont la France est l’invitée d’honneur cette année. D’où la possibilité de présenter des romans écrits par des écrivains français sur l’Italie ou dont l’action est en lien avec l’Italie, ou des romans italiens d’auteurs italiens traduits en français. Et plus particulièrement, nos romans « coup de coeur » !
-Mardi 15 mai : Voyage ! Voyage ! Les plus belles photos souvenirs, anecdotes, lieux de nos voyages en Italie.
-Mercredi 16 mai : Jour des enfants : un album ou une BD.
-Jeudi 17 mai : Jeuditalie : jeudipolar, un roman policier ou thriller.
-Samedi 19 : A tavola : une recette à partager.
-Dimanche 20 mai : Al cinema : un film à nous conseiller.
-Du lundi 21 au dimanche 27 mai : Tour d’horizons des régions en lectures, films, séries TV, théâtre, musique, photos, cuisine…
-Lundi 21 et/ou mardi 22 : Région Nord : Venise, Florence, Milan…
-Mercredi 23 : Région Sud : Naples, la Calabre, les Pouilles…
-Jeudi 24 et/ou vendredi 25 : les îles Sardaigne, Sicile…
-Samedi 26 et dimanche 27 mai : Week-end à Rome.
-Lundi 28 mai : Une bonne nouvelle ou un recueil.
-Mardi 29 mai : Littérature classique (du 15e au 19e).
-Mercredi 30 mai : Jour des enfants : un album ou une BD.
-Jeudi 31 mai : Parce qu’en Italie (comme ailleurs!), tout finit toujours par des chansons : Jeuditalie en musique !
Néanmoins, si aucune chronique n’est (encore) écrite, j’ai pas mal lu ces derniers jours, notamment:
 A Presto !