Scherbius (et moi), Antoine Bello.

 

Comme beaucoup de lecteurs, j’ai découvert Antoine Bello assez tard, il y a trois ans, alors que paraissait le troisième tome de sa trilogie « Les falsificateurs », « Les éclaireurs », « Les producteurs »; le bouche à l’oreille avait bien fonctionné. Depuis, je ne rate pas un nouveau roman de l’auteur. J’ai beaucoup aimé « Ada » et « L’homme qui s’envola ». Paru en avril dernier, « Scherbius (et moi) » ne fait pas exception.

On peut y découvrir le récit écrit par Maxime Le Verrier, éminent psychiatre, qui évoque sa relation avec Scherbius, qui fut son tout premier patient en 1977, et qui le restera jusqu’à ce que le médecin prenne sa retraite. Et c’est d’une façon bien peu habituelle que Maxime Le Verrier rencontra Scherbius, ce qui eut forcément une incidence sur la mission que le médecin se fixa un peu plus tard, guérir Scherbius, chez qui il avait diagnostiqué un trouble de la personnalité multiple. Car, comme la scène d’ouverture en atteste, Scherbius est avant tout un imposteur :

 « Scherbius n’est ni le premier imposteur ni la première personnalité multiple, il est le premier imposteur à personnalités multiples, une combinaison détonante que mon devoir consiste à stabiliser avant qu’elle n’explose ».

Le psychiatre en profite pour nous exposer de quoi il s’agit et pour faire le point sur l’état des connaissances en la matière, de façon très documentée et très compréhensible pour le lecteur néophyte. Des connaissances qui, comme dans toute discipline scientifique, évoluent avec le temps, obligeant Maxime Le Verrier à se remettre en question et à rédiger de nouvelles éditions de son récit, plus complètes, actualisées, mais qui parfois se contredisent; sans compter les fausses versions envoyées à l’éditrice de Le Verrier par le patient lui-même, qui n’aime rien tant que de se jouer de son médecin et de le faire passer pour un incompétent.

La relation entre l’analyste et son patient devient obsessionnelle, l’un ne pouvant se passer de l’autre. Le psychiatre fait preuve d’une immense patience, et n’abdique jamais face à Scherbius qui pourtant le dupe continuellement. Un beau jeu de miroirs entre raison et folie qui démontre une fois de plus le grand talent d’Antoine Bello. Le sujet est totalement différent de ses romans précédents, mais on retrouve toutefois les thèmes chers à l’auteur que sont le mensonge, la manipulation et la falsification. Le tout enrobé dans une imagination qui s’illustre parfois dans des détails rocambolesques, pour notre plus grand plaisir ! Reste à savoir qui manipule qui. Le patient manipule le médecin sans aucun doute, du moins en apparence. Et si derrière tout cela, l’auteur ne faisait que manipuler le lecteur ?  A vous de voir…

 

Scherbius (et moi), Antoine Bello, Gallimard, Paris, avril 2018, 438 p.  

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