La vraie vie, Adeline Dieudonné

 

Il est curieux, mais très fréquent, de noter à quel point on peut se faire une idée fausse d’un roman dont on parle beaucoup (donc trop). Cela se vérifie pour moi une nouvelle fois avec « La vraie vie » que je n’avais pas du tout envie de lire malgré les nombreuses critiques élogieuses à son égard. J’en avais gardé deux idées principales : de la violence et des phrases courtes et percutantes, ce qui me rebute toujours mais qui est, dans ce cas précis, très réducteur.

Ayant eu accès à « La vraie vie » par le hasard d’un prêt, j’ai été étonnée de prendre du plaisir à la lecture, principalement parce que le roman est très original. Il fait de la violence domestique quelque chose de romanesque au sens noble du terme : j’ai lu « La vraie vie » comme une fable, ou plus exactement comme un conte moderne. Et comme dans tous les contes, il y a des moments très durs, notamment lorsque le petit frère vit l’événement qui le traumatisera et lorsque le père se défoule sur la mère, mais ce n’est jamais glauque ni sordide. Et il y a des moments qui relèvent de l’héroïsme, celui que l’on doit à la jeune fille et à son attention pour son frère.

Pourtant, la vie de cette famille est un cauchemar permanent : un père qui passe son temps devant la télévision et n’a pour distractions que la boisson et la chasse. Une mère sans aucune réaction face à la violence de son mari, qualifiée d’ « amibe » par sa fille. Un lotissement laid, une casse de voitures pour terrain de jeux… heureusement qu’il y a la camionnette du marchand de glaces et sa petite musique. Quoique…

Tout est raconté avec une certaine distance et la quête de la grande sœur pour aider son frère y est pour quelque chose : on sait qu’elle se voile la face, elle dont l’intelligence scientifique est pourtant très développée pour son âge, mais c’est le seul moyen qu’elle a trouvé pour ne pas sombrer. Et il est efficace. Quant au dénouement, sans le dévoiler pour les lecteurs qui n’ont pas encore lu « La vraie vie », il ne pouvait, selon moi, en être autrement : là encore, il est conforme aux contes.  Voilà à nouveau une belle découverte que cette lecture faite à l’occasion du mois belge.

 

La vraie vie, Adeline Dieudonné, L’iconoclaste, Paris, 2018, 266 p.

 

Livre lu dans le cadre du mois belge 2019 chez Anne.

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7 réflexions sur “La vraie vie, Adeline Dieudonné

  1. J’ai beaucoup aimé ce roman, lu avant sa sortie. Comme toi, si j’avais dû le lire maintenant, je me serais méfiée des commentaires dithyrambiques de certains.
    L’auteure ose briser les codes et si l’argument est classique, elle met en place une histoire vénéneuse que l’on n’attend pas de prime abord. C’est la force du livre, selon moi.

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  2. je l’ai beaucoup aimé! l’épisode du marchand de glaces est percutant (c’est le moins qu’on puisse dire!)
    les personnages sont bien étudiés, l’auteure ne se contente pas de petits détails accrocheurs comme on peut le voir parfois (souvent?) 🙂

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