De pierre et d’os, Bérengère Cournut

Lorsqu’une douleur lui déchire le ventre, l’obligeant à sortir de l’igloo familial et à découvrir le sang qui lui coule entre les jambes, Uqsuralik ne se doute pas que sa vie est en jeu. Au même moment en effet, un grondement marque l’apparition d’une faille dans la banquise, dont les bords s’écartent irrémédiablement, isolant la jeune fille du reste de sa famille. Réveillé par le sinistre craquement, le père a le temps de lancer à Uqsuralik une amulette et une peau d’ours enroulée autour d’un harpon qui malheureusement se casse en retombant aux pieds de la jeune fille.

Habituée à chasser avec son père, et armée d’un courage qui force l’admiration, Uqsuralik utilise ses maigres ressources pour survivre. Elle parvient à rejoindre la terre ferme et à se faire accepter dans un groupe de trois familles qui se partagent une « maison d’hiver ». La lutte pour la survie ne s’arrête pas pour autant : Uqsuralik doit participer à la vie de la communauté dont l’activité principale tourne autour de la chasse.

Le roman de Berengère Cournut nous emmène à la découverte du peuple inuit, tel qu’il vivait il y a encore quelques décennies. La démarche de l’auteur est très intéressante car après de nombreuses lectures, puis des recherches longues et approfondies à la bibliothèque du Muséum d’histoire naturelle de Paris, elle a opté pour la forme romanesque afin de nous faire découvrir le mode de vie traditionnel de ce peuple de chasseurs nomades du Grand Nord. Captivés par l’intrigue, nous sommes admiratifs devant le courage de l’héroïne qui ne cesse d’apprendre à survivre, dans toutes les circonstances de la vie. Et elles sont particulièrement rudes, froid extrême, famines, travail, naissances difficiles… De bonheur, il n’en est pas question, du moins celle-ci ne se pose pas. Ce qui compte c’est la survie, et parfois, grâce à la pratique du chamanisme, l’atteinte d’une certaine harmonie.

Le chamanisme étant très important pour les Inuits, Berengère Cornut a parsemé son roman de différents chants traditionnels en lien avec l’intrigue romanesque. Curieusement, alors qu’ils sont parfaitement intégrés dans le récit, cela m’a dérangée parce que j’ai ressenti à chaque fois une coupure dans le rythme de la narration. Les chants, forcément traduits, ne m’ont pas paru poétiques dans leur forme et ils venaient rompre la musique du roman qui se déroulait dans ma tête.

A ce détail près pour moi (car je n’aime généralement pas les chansons ou poèmes intégrés dans des romans), « De pierre et d’os » est un très beau roman qui nous immerge dans un quotidien inconnu et dépaysant. Davantage que proche de la nature et des animaux, l’homme en fait partie intégrante, il est ce maillon qui garantit l’équilibre de la nature, au même titre que les autres prédateurs, et il la préserve donc. Pour autant, la vie est d’une rudesse extrême, notamment pour les femmes qui pourtant montrent un courage peu ordinaire, comme l’héroïne du roman. Le livre en lui-même est très beau, et l’auteur nous offre en outre un cahier de photographies qui en fait un bel objet à s’offrir et à offrir.

« De pierre et d’os » a reçu le prix du roman FNAC 2019 et ne devrait pas s’arrêter là…

 

De pierre et d’os, Berengère Cournut, Edition Le Tripode, août 2019, 219 p.

 

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