Aires , de Marcus Malte.

 

Il est difficile de parler du nouveau roman de Marcus Malte sans en révéler trop. Il s’agit d’une dystopie qui revient sur notre époque et ce flashback occupe presque tout le roman : si vous n’êtes pas friands du genre, ne passez pas votre route -c’est le cas de le dire- car vous vous en rendrez à peine compte. En revanche, vous découvrirez une radiographie brillante de notre époque, à travers une dizaine de personnages très différents, assez révélateurs de cette fin de civilisation que nous vivons et qui apparaît au  professeur du futur du premier chapitre comme « l’ère de la procréation dite naturelle ».

Et c’est ainsi que nous suivons le destin de Frédéric, un lanceur d’alerte devenu conducteur de poids lourds, de Catherine, une héritière chef d’entreprise narcoleptique bien solitaire, d’un auto-stoppeur-écrivain, tiré à quatre épingles et qui trimballe ses cahiers jamais publiés de routes en autoroutes, de Sylvain, un jeune père trop dépensier qui emmène son fils à Dysneyland. Il y a également Lucien et sa femme, mariés depuis près de cinquante ans, et qui ressassent les mêmes considérations communistes. D’autres au contraire ne communiquent plus et s’apprêtent à se séparer. Sans oublier ce jeune couple, aux conversations si profondes, ni Zoé et Moktar, jeunes catholiques plutôt attachants !

Tout ce petit monde se trouve sur l’autoroute, ils montent vers Paris, descendent vers le sud, fréquentent des aires d’autoroutes sans âme ou travaillent dans des caféterias sans fantaisie. Ils parlent, pensent, rêvent… révélant ainsi leurs préoccupations, leurs défauts, leur travers, bref, leur « insouciance meurtrière » comme la qualifiera des années, voire des siècles plus tard ce professeur, sûr d’attirer l’attention de ses « encore hypothétiques graduates » avec ce récit de « La vie des gens avant le Jour d’après ».

Marcus Malte nous donne à voir toutes les dérives de notre société avec beaucoup d’humour, un « humour ravageur » selon la présentation des éditions Zulma, un humour noir, caustique. « Aires » n’est certes pas très réjouissant dans son propos, puisqu’on va droit dans le mur, au propre comme au figuré, mais il est remarquablement bien écrit, lucide et enfin, très drôle, si vous avez le moral… De la vraie littérature, ultra-contemporaine.

 

Aires, Marcus Malte, Editions, Zulma, janvier 2020, 488 p.

 

Si vous n’avez pas lu « Le garçon », du même auteur …

13 réflexions sur “Aires , de Marcus Malte.

      • Je vais suivre ton conseil et le découvrir très vite ! 🙂 J’ai « Garden of Lovre » et le tout petit « Intérieur nord ». Une piste pour dans le bus demain matin. ^^

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