Toutes les vagues de l’océan, Victor del Arbol

Quand Gonzalo Gil apprend le suicide de sa soeur Laura, il ne ressent pas plus d’émotion que s’il s’agissait de la mort d’une inconnue. Sa mère non plus, de même que Luis, l’ex-mari de Laura, une indifférence qui n’est pas commune. Quant à la police, dont Laura faisait partie, elle classe rapidement l’affaire, prenant le suicide de Laura comme une preuve de sa culpabilité : un certain Zinoviev, meurtrier de Roberto, le fils de Laura, a en effet été tué après avoir été longuement torturé. Quel meilleur mobile que l’enlèvement et l’assassinat froid et cruel d’un enfant de six ans, dont le corps flotte à plat ventre, donnant ainsi le ton ce que vont être les presque sept cents pages suivantes ?

Nous passons de Barcelone en 2002 à Moscou en 1933. Elias Gil arrive en URSS pour parfaire ses connaissances d’ingénieur. Ce jeune communiste espagnol a obtenu une bourse et il est accompagné d’étudiants internationaux qui sont dans le même cas que lui. Leur enthousiasme idéaliste face à la grandeur soviétique va aussitôt se heurter aux méthodes staliniennes : les jeunes hommes se retrouvent dans un train de déportés en route vers la Sibérie orientale et vers un destin cruel sur l’île de Nazino.

Qui est vraiment Elias Gil ? Quel rapport a-t-il avec la mort de Laura et de son fils ? Qu’est devenue Anna, la fille d’Irina, qu’Elias s’était juré de protéger ? Peu à peu, les éléments du puzzle s’imbriquent et nous révèlent de sombres secrets familiaux qui s’inscrivent dans les heures plus plus noires de l’histoire européenne du XX ème siècle.

Victor del Arbol nous promène ainsi avec talent de l’URSS de Staline à la guerre civile espagnole. Il nous dévoile les dessous d’un régime qui a cédé à la folie d’un dirigeant, en pourchassant ses ennemis jusque parmi ses plus fidèles défenseurs, puis qui s’est fourvoyé dans le pacte germano-soviétique. Il nous emmène ensuite dans les excès tout aussi criminels de l’Espagne franquiste, nous montrant les abjections auxquelles peut conduire la nature humaine quand elle érige une frontière trop mince entre le bien et le mal et bascule avec une facilité déconcertante du mauvais côté, mais aussi quand elle est acculée face à la menace. La lancinante question se pose à chaque fois qu’une situation historique extrême est évoquée : qu’aurions-nous fait à leur place ?

Et puis il y a la Barcelone des années 2000 en proie à des corruptions en tous genres, centre des trafics les plus odieux et des mafias les plus violentes, comme la Matriochka à laquelle Zinoviev obéissait peut-être… Avec de réelles surprises quant à ceux qui tirent les ficelles. Enfin, il y a ces personnages que l’on aime puis que l’on déteste, et dont on ne sait plus finalement qui ils sont : quel brio dans la manipulation, dans les retournements de situations, dans les rebondissements !

« Toutes les vagues de l’océan » est un pavé de 680 pages difficile à lâcher. L’auteur fait preuve d’une réelle virtuosité dans la construction du roman, dans la qualité de l’évocation historique, la richesse de l’intrigue ainsi que le soin apporté à l’écriture. Je n’ai qu’un regret : l’avoir terminé et ne pas pouvoir prolonger ma lecture !

Coup de coeur 2021 !

« Toutes les vagues de l’océan », Victor del Arbol, traduit de l’espagnol par Claude Bleton, Babel Noir n° 169, janvier 2017, 680 p.

Lu dans le cadre du challenge Pavé de l’été chez Brizes, du challenge polars et thrillers chez Sharon et du challenge Objectif Pal chez Antigone.

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