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Le printemps romain de Mrs Stone, Tennessee Williams

Le printemps romain de Mrs Stone

Pour ma dernière participation au mois américain de Titine, j’ai choisi de relire un court roman classique de Tennessee Williams. Auteur connu pour ses pièces de théâtre, « Un tramway nommé désir » et « La chatte sur un toit brulant », Tennessee Williams fut aussi romancier. C’est en 1950 qu’il publie « Le printemps romain de Mrs stone », excellent roman psychologique qui met en scène une ancienne actrice américaine encore très belle, qui s’interroge sur son passé et sa carrière d’actrice, mais aussi son avenir, dans cette Rome mondaine où elle s’est installée après la mort de son mari.

Riche héritière, elle traîne son ennui entre ses nouveaux amis italiens, quelques expatriés américains qu’elle rencontre de temps à autres, et enfin, le beau Paolo qu’elle a rencontré grâce à la Contessa, une aristocrate italienne qui arrondit ses fins de mois en présentant à de riches héritières comme Mrs Stone, de jeunes gigolos italiens sans le sou. L’amour est-il possible entre ces deux personnages que tout oppose ?

Tennessee Williams décrit à merveille le désir de cette femme vieillissante qui part « à la dérive » et l’immoralité de relations fondées sur l’argent, où personne ne trouve son compte finalement. « Le printemps romain de Mrs Stone » ne durera qu’une saison, avant de l’entraîner vers l’inexorable hiver de l’amour qu’elle redoutait tant.

 

Le printemps romain de Mrs Stone, Tennessee Williams, traduit de l’américain par Jacques et Jean Tournier, Editions 10/18, Paris, 1985, 176 p.

 

Livre lu dans le cadre du mois américain chez Titine et du Challenge Un classique par mois chez Stephie.

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Challenge un classique par mois

Vie et mort d’un étang, de Marie Gevers

vie et mort d'un étangPour terminer ce mois belge en beauté, j’ai choisi un classique de la littérature francophone de Belgique que l’on doit à Marie Gevers, « Vie et mort d’un étang ».

Marie Gevers est née en 1883 près d’Anvers et a vécu toute son enfance dans le domaine de Missembourg où la grande maison familiale se niche dans un beau jardin agrémenté d’un étang. Elle ne quitte ce domaine que pour suivre le catéchisme à l’école, car c’est sa mère qui lui enseigne le français, l’histoire et la géographie, tandis qu’un instituteur vient lui donner des cours de mathématiques. Marie se passionne très tôt pour la lecture. Elle écrit des vers et se dédie véritablement à l’écriture après son mariage. De cette enfance au sein d’une famille nombreuse –elle est la dernière après cinq garçons-, Marie Gevers garde un souvenir radieux qu’elle évoque dans ce court roman qui, comme son nom l’indique, est centré sur la pièce d’eau familière qu’elle décrit au rythme des saisons.

De cette nature, Marie Gevers observe tout finement : les plantes, les animaux qui peuplent l’étang, les phénomènes météorologiques, les odeurs de la terre et de la nature. Elle guette l’algue responsable de la peste des eaux et la feuillaison des frênes, poursuit le grillon qui s’introduit dans la cuisine, admire les vers luisants et le reflet des ondes mouvantes que l’eau dessine sur le plafond de la cuisine.

L’eau est partout, au centre de tout. Personnage principal de ce roman, l’étang a accompagné toute l’enfance de Marie Gevers qui nous le présente dans tous ses aspects changeants, cet étang qui fut le compagnon de ces années de bonheur familial. Ce qui est étonnant dans ce roman est que je ne me suis jamais ennuyée, alors que je suis loin d’être passionnée de botanique, et que mon intérêt pour la nature se limite finalement à l’admiration de beaux paysages et de quelques animaux auxquels je suis sensible. Marie Gevers parvient à conférer aux plaisirs simples une dimension poétique incroyable qui nous ramène à l’essentiel.

« Mais la plus délicieuse de ces petites amphibies végétales est la menthe. Elle offre des trésors de parfum à qui la froisse… O menthe, la fraîche et l’amère, la vivifiante et la vite fanée ! C’est elle qui devait un jour me révéler l’accomplissement de ma destinée féminine, car un matin que je pêchais le gardon, les pieds dans les touffes aromatiques, l’odeur de la menthe m’atteignit soudain jusqu’au cœur. Je compris alors, à mon trouble même, qu’une semence humaine avait pris racine en moi… »

On retrouve la même poésie dans la deuxième partie du livre, pourtant très différente : « La cave » est un journal des sombres journées qu’a passées Marie, bien des années plus tard, en 1944, cachée avec les siens dans la cave de la grande maison familiale. Une expérience douloureuse, amplifiée par la peur de la mort qu’elle surmonte en faisant appel à ses souvenirs et en organisant ses journées autour de tâches très simples qui lui apportent la sérénité.

« Je crois au contraire que l’immense beauté de cette nuit d’avril m’offre un secours. Je regarde le dernier quartier de la lune avec un vague sourire : « je lui ressemble, me disais-je, ma vie est aux trois-quarts finie, mais cela n’empêche pas les rossignols de chanter »… Ils chantent, ils chantent pendant que, rentrée dans ma cave, je m’endors, et que par le hublot ouvert, le parfum de la nuit pénètre avec leurs clameurs ».

Une très belle lecture donc, fondée sur des souvenirs d’harmonie et de sérénité familiale, que Marie Gevers nous communique grâce à une écriture d’une grande sensibilité.

 

Vie et mort d’un étang, Marie Gevers, Editions Luc Pire, collection Espaces Nord, Bruxelles, 2009, 281 p.

 

Livre lu dans le cadre du mois belge d’Anne et Mina

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Senso, de Camillo Boito

 

sensoCamillo Boito est né en 1836 à Rome et mort en 1914 à Milan. Architecte et écrivain, il n’a écrit que quelques nouvelles, ainsi que des essais concernant les arts et la restauration du patrimoine. Son frère, Arrigo Boito, fut une des figures de proue de la “Scapigliatura” milanaise, courant qui s’oppose à la culture officielle et se tourne vers l’expression de la folie, du macabre, et du morbide. Nous sommes au début du processus d’unification italienne, entre 1860 et 1888, à la transition entre le romantisme, le vérisme et le décadentisme. Ces auteurs rêvent à un accord parfait entre les trois arts qu’ils affectionnent, poésie, musique et peinture.

Camillo Boito n’est connu que pour sa nouvelle « Senso », court récit qui a été adapté au cinéma par Luchino Visconti en 1954. En un peu moins de soixante pages, la Comtesse Livia confie à son « carnet secret » une aventure vécue seize ans auparavant, alors qu’elle n’avait que vingt-trois ans et était mariée depuis peu à un vieux et digne représentant de la noblesse tyrolienne, mariage qu’elle avait cyniquement choisi, pour des motifs peu louables et  contre l’avis de sa famille.

Le récit commence à Venise où la belle Livia promène sa vanité et parade au milieu d’une cour d’officiers et de fonctionnaires, parmi lesquels elle remarque le beau Remigio. Celui-ci n’hésite pas à séduire la Comtesse, en pénétrant dans la « sirène » -large vasque entourée de parois de bois- dans laquelle elle se baigne nue le matin. Ainsi commence une liaison en apparence follement romantique, mais qui devient très vite pour la jeune femme inexpérimentée un piège sordide dont elle se vengera avec une cruauté ne souffrant aucun remord !

« Senso » est une magnifique nouvelle où le romantisme et le cynisme atteignent des sommets. L’écriture est précise et concise, et excelle à placer le lecteur à plusieurs reprises au centre d’un tableau vénitien dont il imagine sans peine les couleurs, les ombres et les reflets de l’eau omniprésente. La scène dans laquelle Remigio apparaît dans l’eau de la « sirène » est d’une grande beauté, à l’opposé de ce que deviendront les sentiments des amants quelques mois plus tard…

Senso, carnet secret de la Comtesse Livia, Camillo Boito, traduit de l’italien par Jacques Parsi, Actes Sud, Babel, Paris, 1994, 61p.

 

Lecture faite dans le cadre du challenge Il Viaggio, du challenge Italie 2015, du Challenge vénitien et du challenge Un classique par mois.

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Mattia Pascal, l’antihéros de Pirandello.

il fu Mattia PascalMattia Pascal vit dans un village de Ligurie avec sa mère et son frère Roberto. Tous trois mènent une vie aisée, grâce aux biens laissés par le père. Mattia Pascal promène sa paresse dans le village et à la bibliothèque où il exerce un travail peu prenant. Malheureusement, la mère a confié la gestion du patrimoine à un administrateur malhonnête qui détourne l’argent de la famille et la situation se dégrade rapidement.

Mattia Pascal est un antihéros : il se présente lui-même comme un homme laid, souffrant de strabisme. Il est également paresseux, il subit mais ne décide rien. Il finit par épouser Romilda, parce qu’elle est enceinte. Il n’est pas amoureux d’elle et n’est même pas sûr d’être le père de l’enfant. C’est le début pour Mattia Pascal d’une vie terne et triste, entre la mort de ses deux enfants en bas-âge, les difficultés financières et celles que lui crée sa belle-mère.

Après une nouvelle dispute de famille, il quitte soudainement le village. Il se rend à Nice, puis à Monaco où il joue au casino et gagne une petite fortune. Se sentant favorisé par le sort, il décide de rentrer chez lui, mais dans le train qui le ramène en Ligurie, il prend connaissance dans le journal de l’annonce de la mort de Mattia Pascal : le cadavre a été retrouvé dans une rivière qui traverse le terrain familial, puis identifié par ses proches.

Mattia Pascal saisit cette occasion pour prendre une nouvelle identité et recommencer une nouvelle vie dans laquelle il espère être enfin libre, d’autant qu’il est désormais riche. Sous le nom d’Adriano Meis, il commence à voyager en Italie, mais se trouve confronté aux difficultés de sa nouvelle vie. En effet, il se rend compte que sans papiers, il lui est impossible de vivre : il ne peut même pas adopter le chien dont il rêve. Adriano Meis finit par s’installer à Rome dans une pension de famille, mais là non plus, il ne peut mener une vie libre. Amoureux de la fille du propriétaire de la pension, il ne peut concrétiser ses projets qui se heurtent à sa situation clandestine. De même, lorsqu’il est victime d’un vol, il ne peut porter plainte…

Finalement, Adriano Meis décide de rentrer chez lui et de redevenir Mattia Pascal. Mais il est mort et déclaré comme tel …

« Il fu Mattia Pascal » est un roman en partie autobiographique que Pirandello a publié en 1904. L’action se déroule à la fin du XIXème siècle. Grand classique de la littérature italienne, le roman de Pirandello s’articule autour du thème de l’identité, sociale notamment. Le mensonge, la dissimulation, l’hypocrisie des relations sociales y sont mis en évidence. Pirandello s’interroge sur la condition humaine et nous montre que l’homme essaie de se conformer à la vision que les autres ont de lui, mais qu’au fond, il ne sait pas qui il est vraiment.

En ce qui concerne l’écriture, la langue est désuète, ce qui rend la lecture un peu difficile en italien. On rencontre quelques formes anciennes, comme cette lettre aujourd’hui disparue de l’italien moderne, le i-long (« la i lunga ») que l’on retrouve par exemple dans « la jella » (la sfortuna : la malchance). De même, certains termes ne sont plus usités aujourd’hui. Je conseille donc plutôt la version française.

feu Mathias Pascal

Côté film, la transposition cinématographique de « Feu Mattia Pascal » est très ancienne, datant des années 30. Un téléfilm a été tourné pour la télévision italienne en 1985, que l’on peut trouver facilement sur You Tube. Malgré la présence de Marcello Mastroianni, je ne l’ai pas trouvé très intéressant, car il a été transposé aux années 80 et s’éloigne à de nombreuses reprises du roman. Cela prouve néanmoins que le sujet est éternel. A quand donc une nouvelle version de « Feu Mattia Pascal » ?

 

Il fu Mattia Pascal, Luigi Pirandello, Oscar Classici moderni, Mondadori, 2001, 240 p.

Feu Mattia Pascal, Luigi Pirandello, traduit de l’italien par Alain Sarrabayrouse, GF Flammarion, Paris, 1994.

 

 

Livre lu en VO dans le cadre du challenge Il viaggio, du challenge Italie 2015, du challenge Leggere in italiano et du challenge Un classique par mois.

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Le bal, Irène Némirovski

le balPrésenté par son auteur comme un roman, et il s’agit d’ailleurs bien d’un texte romanesque à de nombreux égards, Le Bal s’apparente plutôt à une nouvelle en ce qui concerne sa forme : brièveté du texte, relation d’un épisode précis de la vie d’Antoinette, chute propre aux nouvelles…

Antoinette, l’héroïne du Bal, est une jeune fille de quatorze ans, fille unique d’un couple de juifs parvenus. C’est en effet pour couronner leur ascension sociale fulgurante que Mme Kamp, la mère d’Antoinette, décide de donner un bal où elle invitera tout ce que la ville compte de « gens bien », c’est-à-dire de gens qui ont des relations et qui, de préférence, portent un titre.

La jeune Antoinette, qui rêve depuis longtemps de participer à un bal, voit ses espoirs anéantis lorsque sa mère lui réplique avec colère, et sur un ton cruel, qu’il n’est pas question qu’elle assiste au bal. L’adolescente rumine son désespoir, en veut à la terre entière et à sa mère en particulier. Et c’est sans préméditation que, le lendemain, Antoinette saisit l’occasion de se venger de cette mère qui ne l’aime pas et ne cesse de la houspiller. La vengeance se concrétise dans la dernière partie du texte, où le lecteur assiste à l’humiliation de Mme Kamp, sous les yeux des domestiques et de Mme Isabelle, professeur de piano d’Antoinette et cousine de la famille.

Dans Le bal, la mère est odieuse; la fille également, mais on la comprend. Le père semble quant à lui plus compréhensif envers sa fille, mais il n’a pas le courage d’affronter sa femme pour défendre la jeune Antoinette. La vanité, ainsi que les relations de rivalité qui existent entre certaines mères et leur fille, sont au centre du récit.

Le bal, qui est l’un des premiers livres publiés par Irène Nemirovsky, est un texte très maîtrisé, qui est pour une large part autobiographique, l’auteur ayant en effet évoqué par la suite dans ses romans sa mère qui, quand elle n’était pas absente, lui montrait une franche hostilité. D’où sans doute l’émotion que l’auteur a su faire naître de ce court roman, à découvrir sans attendre.

 

Le bal, Irène Némirovski, Hachette, collection Biblio Collège, juin 2005, Paris, 128 p.

 

 

Livre lu dans le cadre du Challenge Un classique par mois, chez Stephie.

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Le meunier d’Angibault, de George Sand

Le meunier d'AngibaultGeorge Sand a écrit Le meunier d’Angibault en quelques semaines au cours de l’été 1844, puis l’a publié sous forme de feuilleton entre janvier et mars 1845. Elle y entrecroise deux histoires d’amour, celle d’un couple campagnard et d’un couple originaire de la ville, dont chacun des deux membres proviennent de milieux sociaux différents.

La jeune Marcelle de Blanchemont est veuve depuis un mois et rencontre en secret Henri Lémor, l’étudiant dont elle est profondément amoureuse depuis quelques temps déjà. Son amour désormais légitime, Marcelle espère pouvoir l’afficher aux yeux de tous, une fois la période de deuil accomplie. Mais Henri pense qu’il aime trop Marcelle pour lui demander des sacrifices à venir : elle est riche, tandis qu’il n’est qu’un pauvre étudiant. Il ne peut se résoudre à cette mésalliance. Au contraire, Marcelle ne conçoit pas que les idées romanesques d’Henri puissent représenter un obstacle à leur amour, et cela la plonge dans le désespoir.

Prétextant le besoin de mettre de l’ordre dans les affaires de son défunt mari, mais parce qu’elle a choisi de quitter Paris pour offrir à son fils Edouard une vie plus saine à la campagne, Marcelle décide de se rendre sur la terre de Blanchemont que lui a léguée son époux. Elle écrit à Henri et lui demande de l’attendre pendant une année.

Arrivés à quelques lieues de Blanchemont, Marcelle et son équipage font la connaissance de Grand-Louis, le meunier d’Angibault, proche voisin du château de Blanchemont. Charmée par l’accueil que lui réservent le meunier et sa mère, Marcelle devient rapidement amie avec lui, d’autant qu’elle découvre que Grand-Louis et elle-même vivent la même situation. Grand-Louis est en effet amoureux de Rose, la fille de Bricolin, un ancien paysan enrichi qui a profité du manque d’intérêt des châtelains de Blanchemont pour leur domaine. Or, Bricolin, pour qui ne compte que l’argent, ne consentira à donner sa fille qu’à un homme riche et il ne permet donc pas à Grand Louis de fréquenter Rose. À la campagne, comme en ville, c’est bien l’argent qui règle la hiérarchie des rapports sociaux.

Certes, Le meunier d’Angibault est une double histoire d’amour : Marcelle et Henri, l’aristocrate et l’étudiant pauvre d’une part, Rose et Grand-Louis, la riche paysanne et le meunier sans bien d’autre part, parviendront-ils à s’unir ? Peu importe au fond, car Le Meunier d’Angibault est aussi un roman social, qui permet à son auteur de démontrer la nécessité d’abolir la hiérarchie sociale fondée sur l’argent. Les deux intrigues amoureuses sont finalement secondaires, même si elles sont très bien menées et maintiennent en éveil l’attention du lecteur, en ménageant le suspense jusqu’au bout.

L’intérêt du roman est donc principalement historique : il doit en effet être replacé dans son contexte si l’on veut comprendre ce qu’étaient les rapports sociaux de l’époque, en particulier au sein du monde campagnard. Un classique à découvrir, tout particulièrement dans cette édition de poche, avec la préface et les commentaires éclairants de Béatrice Didier, Professeur à l’ENS de la rue d’Ulm.

Le meunier d’Angibault, George Sand, édition présentée, établie et annotée par Béatrice Didier, Classiques de poche n° 6047, Le livre de poche, Paris, 2004, 511p.

 

Livre lu dans le cadre du défi Le siècle des Lumières chez Parthénia, du challenge romantique chez Claudia Lucia, et du challenge Un classique par mois, chez Stephie.

Défi Le siècle des Lumières

Challenge romantique

Challenge un classique par mois