Archives

Retour au meilleur des mondes

Retour au meilleur des mondes huxleyAldous Huxley (1894-1963) a écrit « Le meilleur des mondes«  en 1931 et cette contre-utopie futuriste est rapidement devenue un succès international. Trente ans plus tard, en 1958 exactement, Aldous Huxley revient sur ce succès en publiant « Retour au meilleur des mondes » dans lequel il constate que ce qui était pure imagination de sa part s’est en partie réalisé. Il décrit celles de ses prédictions qui ont pris forme sous ses yeux au cours des trois décennies qui se sont écoulées depuis qu’il a publié « Le meilleur des mondes ». Alors qu’ en 1931, il pensait que ce qu’il avait imaginé n’adviendrait pas de son vivant ni même du vivant de ses petits-enfants, force est pour lui de reconnaître qu’il était davantage dans la prémonition que dans la contre-utopie.

Dans « Retour au meilleur des mondes », l’auteur pointe du doigt les évolutions négatives de nos sociétés occidentales qui, selon lui, nous conduisent vers la dictature. Il dénonce tout d’abord la surpopulation, « ennemi biologique aveugle de la liberté », mais aussi la puissance née du progrès technique qui conduit à une centralisation des pouvoirs politiques et économiques ainsi qu’au développement d’une société toujours plus organisée et toujours plus contrôlée. Une société qui, selon Huxley, ne procure plus le bonheur mais au contraire, des maladies mentales nées d’une frénésie de travail entrecoupée de prétendus plaisirs. L’auteur dénonce également l’excès d’organisation qui brise la créativité, et fait naître la passivité. La population est alors déshumanisée ; vient ensuite le temps de la propagande qui met à mal la société démocratique. La propagande peut être rationnelle et viser à servir les intérêts de tous mais elle est aussi très souvent dictée par la passion :

« Si les politiciens et leurs électeurs n’étaient mus que par le dessein de servir leur intérêt à long terme et celui de leur pays, ce monde serait un paradis terrestre. En réalité, ils agissent souvent contre leur propre avantage, simplement pour assouvir leurs passions les moins honorables ; c’est pourquoi nous visvons dans un lieu de souffrances ».

Huxley analyse ensuite les différents modes de propagande qui conduisent à la dictature. Il décrit les procédés qui permettent de manipuler les foules comme les individus isolés. Il précise que nous sommes encore loin du conditionnement infantile tel qu’il le développe dans « Le meilleur des mondes », mais que les dirigeants vont bientôt commencer par pratiquer le lavage de cerveau.

L’auteur poursuit en critiquant l’absence de prise en compte des facteurs génétiques dans l’analyse de l’évolution des êtres humains modernes, et la trop grande importance accordée au milieu social et à l’éducation qui en découle. Heureusement, écrit-il, la standardisation génétique est encore impossible, -nous sommes toujours en 1958- notamment telle qu’elle existe dans « Le meilleur des mondes » .

En effet, « n’ayant pas la possibilité d’imposer l’uniformité génétique aux embryons, les dirigeants du monde trop peuplé et trop organisé de demain essaieront d’imposer une uniformité sociale et intellectuelle aux adultes et à leurs enfants ». Pour éviter cela, Aldous Huxley rappelle que seule l’éducation nous permettra d’être libres et aptes à nous gouverner nous- mêmes. Mais éduquer à l’examen critique peut conduire à la subversion et est donc risqué pour les pouvoirs en place, car il peut conduire au désordre social en permettant la contestation de la propagande officielle. Nous pensons ici au totalitarisme soviétique, mais pas seulement…

Huxley prédit que, faute de remédier à la surpopulation et à l’excès d’organisation, nos démocraties occidentales changeront de nature pour aller vers « une nouvelle forme de totalitarisme non violent ». Quant aux solutions à appliquer, Huxley pense que nous savons ce qu’il faudrait faire mais nous n’avons encore jamais été capables de le mettre en œuvre. Il conclut en appelant les humains à lutter pour leur liberté, car « c’est notre devoir« , dit-il, lorsque celle-ci est remise en cause.

« Retour au meilleur des mondes  » est un ouvrage édifiant, qui donne froid dans le dos à plus d’un titre. A lire après avoir lu, ou relu, « Le meilleur des mondes » et aussi « 1984″ de George Orwell auquel Aldous Huxley fait également référence.

 

Retour au meilleur des mondes, Aldous Huxley, traduit de l’anglais par Denise Meunier et révisé par Hélène Cohen, Plon, collection Feux croisés, 2013, 125 p.

Existe en Pocket, n° 1645, 2006.

 

Livre lu dans le cadre du mois anglais chez Lou, Titine et Cryssilda.

mois anglais 2

 

 

Publicités

Petit éloge du temps comme il va

petit éloge du temps comme il vaOn ne saurait trop souligner l‘importance des titres en littérature, et celui du dernier livre de Denis Grozdanovitch est à la fois efficace et parfaitement approprié à ce petit essai qui, s’il constate les bonnes raisons que nous avons de nous plaindre de la fuite du temps, n’en reste pas moins optimiste, en nous rassurant sur notre capacité à affronter le «temps comme il va».

Et «le temps comme il va», c’est, en français, à la fois le temps météorologique et le temps qui passe. Les deux sont très liés, comme nous le démontre l’auteur qui allie les réflexions philosophiques aux images poétiques liées à son enfance.

Petit éloge du temps comme il va est un livre salutaire qui remet les choses à leur place, dénonçant notamment le «lent poison instillé dans nos veines par les moyens technologiques que nous employons », «la dépoétisation du monde perpétrée par la science», le leurre «du recours au carpe diem» et les  ravages d’angoisse que crée la «philosophie opportuniste du bonheur immédiat».

Remettons donc au goût du jour, nous dit Grozdanovitch, ces instants intemporels que sont, entre autres, la musique, la contemplation d’œuvres d’art, les bienfaits de l’habitude… L’auteur a développé sa «tactique personnelle» vis-à-vis du temps qui passe et du temps qu’il fait. À nous de définir la nôtre !

Petit éloge du temps comme il va, Denis Grozdanovitch, Folio n°5820, collection 2€, inédit, Paris, août 2014, 131 p.