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Un Noël en Sicile, Anne Perry.

Dans la série des « Petits crimes de Noël » d’Anne Perry, les éditions 10/18 publient un texte inédit qui se déroule en Sicile, ou plus exactement dans l’île de Stromboli. C’est cette île volcanique de la Méditerranée que James Latterly a choisie pour effectuer un séjour de trois semaines qui devrait lui permettre de faire le point et retrouver un sens à la vie. Le londonien est seul, depuis le décès de sa femme, et il espère que le ciel bleu, les magnifiques paysages de l’île et des marches quotidiennes lui changeront les idées.

James s’installe dans une pension avenante, où l’hôte Stefano l’accueille avec beaucoup de gentillesse. Malheureusement, les autres pensionnaires ne sont pas tous du même acabit ! A part une jeune orpheline pétillante et son tuteur, un homme aimable mais âgé et malade, il y a également un auteur à succès arrogant, un colonel guindé, et des époux très mal assortis dont les disputes minent l’ambiance de la petite pension. : des personnages stéréotypés dignes du Cluedo !

L’ennui guette James, mais le volcan se réveille, tandis que les tensions s’exacerbent entre les pensionnaires. On comprend bien vite qui sera la victime. Quant au meurtrier, si ce n’est pas l’une des personnes qui avait un mobile évident, il n’y a quand même guère de surprise. Quant à la fin, avec la fuite sous les bombes de lave, elle est digne d’un film catastrophe !

Anne Perry a toujours beaucoup d’imagination et tous les ingrédients sont présents, mais on regrette le traitement rapide de l’intrigue, avec quelques redites et approximations. L’auteur nous avait habitués à mieux. Le roman est toutefois divertissant, à condition de décider de se laisser aller. A réserver à un jour de grande fatigue, ou entre deux lectures plus exigeantes…

Un Noël en Sicile, Anne Perry, traduit de l’anglais par Pascale Haas, Editions 10/18, collection Grands Détectives, n°5255, novembre 2017, 148 p.

 

Challenge Polars et thrillers chez Sharon

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La mémoire des morts, Eric Berg.

Léa est photographe et vit à Buenos Aires. Quand elle sort de l’hôpital après plusieurs opérations suite à un accident de voiture, Léa décide de reconstituer son passé : amnésique, elle a déjà recouvré ses souvenirs les plus anciens, mais pas ceux qui précèdent l’accident, pourtant essentiels car ils pourraient expliquer son voyage et son séjour dans l’ile de Poel, au bord de la Baltique.

Léa se trouve en effet en Allemagne, pays dont elle est originaire, et non en Argentine où elle vit depuis presque vingt-cinq ans. A l’hôpital de Wismar, elle a appris qu’elle était sur son île natale au moment de l’accident, dans une voiture conduite par sa sœur Sabina, décédée sur le coup. Aucun souvenir ne lui permet de comprendre ce qu’elle faisait là, ni de savoir où les deux sœurs se rendaient alors. La psychologue qui suit Léa à l’hôpital lui laisse entendre que son amnésie, d’origine psychique, est due à un événement traumatisant que Léa aurait vécu peu avant l’accident, ou à une information bouleversante qu’elle aurait appris à ce moment-là. Dès sa sortie, Léa choisit de mener l’enquête, afin de retrouver la mémoire, perdue quatre mois auparavant, en septembre 2013.

Elle franchit donc la digue qui relie l’île de Poel au continent, tout en passant en revue les événements qui jalonnèrent son enfance et son adolescence sur cette île. Poel se situait alors en RDA, et Léa repense à la chute du mur de Berlin et à tous les changements qui s’ensuivirent pour elle et ses amis qui ne connaissaient alors rien de l’occident ni du monde.  N’ayant plus ses parents, Léa décide de rendre visite à chacun de ses amis de l’époque ; c’étaient alors les seuls jeunes de l’île, ils étaient sept et étaient, dans son souvenir, inséparables : ils pourront sans doute l’aider à retrouver les pièces manquantes du puzzle… Mais ce qui était pour Léa un paradis perdu ne cache-t-il pas autre chose ? Qu’est devenu Julian, son petit ami de l’époque ? Pourquoi n’est-il pas rentré de son tour du monde ? La petite bande a vieilli mais n’a pas oublié. La mémoire va resurgir peu à peu, les souvenirs vont remonter à la surface, avec leur lot de surprises…

L’angoisse monte au fur et à mesure que l’héroïne découvre les secrets de chacun. La méfiance s’installe alors. Sur qui Léa peut-elle encore compter ? Ne serait-il pas plus sage pour elle de rentrer à Buenos Aires… ? « La mémoire des morts » est le second polar allemand que je lis (après  « Hier ou jamais » d’Elisabeth Herrmann, publié chez Slatkine également), et c’est à nouveau une belle découverte que ce thriller psychologique au rythme lent mais implacable.  Un roman où l’atmosphère est essentielle, oscillant entre une confiance sereine caractéristique des amitiés enfantines et une étrangeté due à l’isolement du lieu qui confine parfois au huis-clos.

La mémoire des morts, Eric Berg, traduit de l’allemand par Catherine Barret, Slatkine et Cie, novembre 2017, 381 p.

 

Livre lu dans le cadre du challenge polars et thrillers chez Sharon et du challenge 1% de la rentrée littéraire 2017 ( 13 ème participation).

 

 

 

 

 

 

Les huit montagnes, Paolo Cognetti

 

Pietro est né à Milan, mais la montagne a toujours fait partie de sa vie. De celle de ses parents tout d’abord qui, bien qu’originaires de la campagne vénitienne, effectuaient de nombreux séjours dans les Dolomites jusqu’à ce qu’un événement dramatique les pousse à quitter leur région et à chercher refuge à Milan.

Mais l’appel de la montagne, qui triomphe toujours chez celui qui en est amoureux, réapparaît après quelques années et la mère de Pietro se met rapidement à rechercher un endroit où la petite famille pourra passer ses étés. C’est sur Grana, hameau situé dans une vallée profonde perpendiculaire au Val d’Aoste, que la mère de Pietro jette son dévolu et qu’elle loue un petit chalet sans prétention. Elle y passe les deux mois d’été avec Pietro, et Giovanni, le père, les rejoint en août lors de ses congés annuels. Ce père taciturne, souvent en colère contre le monde, entreprend d’initier son fils à la montagne, et pendant plusieurs étés, Pietro le suit, sans jamais avouer que ces randonnées, qui deviennent bientôt des courses en haute montagne, lui pèsent parce qu’il souffre du mal des montagnes.

Pietro est comme son père, peu communicatif, mais il devient tout de suite ami avec Bruno, le seul enfant de Grana qui, à onze ans, garde les vaches de sa famille dans les alpages. Et c’est cet ami, plus que son père, qui lui fait découvrir les beautés simples de la montagne. Leur amitié se renforce d’année en année, jusqu’à ce que le jeune Bruno commence à travailler comme maçon, tandis que Pietro se fait de nouveaux amis parmi la jeunesse dorée qui vient de la ville pour pratiquer l’escalade. Mais ce n’en est pas fini pour autant de cette amitié. Elle va perdurer au long des années, entre Bruno, celui qui reste au pays, et Pietro, celui qui part découvrir de nouvelles montagnes au loin, mais finit toujours par revenir à Grana.

Le roman de Paolo Cognetti nous parle de l’amitié entre deux garçons et de la passion pour la montagne. Mais au-delà de ces deux thèmes principaux, il évoque les difficultés de communication entre un père et son fils et l’importance de la transmission des valeurs. Il pose également différentes questions : peut-on intervenir légitimement dans la vie des autres, même si on est convaincu de faire le bien ? Qu’est-ce qui nous y autorise ? Avons-nous un chemin tracé ? Pourquoi aller chercher si loin le bonheur ? Et puis bien sûr, comment respecter la montagne, et plus généralement, la nature ?

Pietro respecte le principe édicté par son père : la montagne ne se parcourt qu’en été. L’hiver, l’homme se retire devant la neige, pour laisser la nature se reposer. Le père de Pietro exècre le ski et les installations sportives qui ont défiguré la montagne et le jeune Pietro reprend cette idée à son compte. L’auteur quant à lui, dénonce les excès du tourisme sportif en montagne, comme on peut d’ailleurs le lire dans son blog (si vous lisez l’italien, c’est ici).

Vainqueur en juillet 2017 du plus prestigieux prix italien, le prix Strega, (après avoir reçu en juin le prix Strega des jeunes qui est l’équivalent de notre Goncourt des lycéens), et tout récemment du prix Médicis étranger 2017, « Les huit montagnes » a de nombreuses qualités, tout en étant un roman tout à fait abordable pour le grand public et pour les jeunes. L’écriture est sobre et fluide, tout en étant très évocatrice. Pour qualifier la forme et le fond, un seul terme s’impose, l’authenticité : celle des valeurs évoquées, celle des sentiments, purs et jamais forcés, celle de la simplicité. Un récit profond et tendre, parfois triste et nostalgique, proche de la nature comme on l’était il y a plusieurs décennies, naturellement et simplement, et non de manière artificielle comme on l’est souvent aujourd’hui !

Bref, « les huit montagnes », c’est le roman de l’amitié, de la liberté et de la nature : un grand bol d’air rafraîchissant dans ce monde de fous !

 

L’avis de Martine ici.

 

Les huit montagnes, Paolo Cognetti, Stock, collection La cosmopolite, août 2017, 299 p.

 

12 ème lecture dans le cadre du challenge 1% de la rentrée littéraire 2017, Challenge Il viaggio chez Martine.

 

 

 

 

Là où l’histoire se termine, Alessandro Piperno

C’est le premier roman d’Alessandro Piperno que je lis et il est vrai que j’en attendais beaucoup, de par les critiques que j’avais lues au sujet de cet auteur. L’impression est pourtant mitigée : intéressant, le roman l’est par de nombreux côtés, notamment par la peinture qu’il offre d’une classe supérieure décadente, incapable de donner un nouveau souffle à sa vie. Mais pendant les trois quarts du roman, on se demande où l’auteur nous emmène et cela m’a paru un peu long. D’autant qu’il est difficile d’éprouver de la sympathie pour les personnages.

En effet, qu’il s’agisse de Matteo que l’on ne peut que détester, de ses enfants que l’on comprend pourtant dans leur refus de faire la paix avec leur père, mais dont le comportement superficiel est plus que discutable, de l’amitié trouble de Martina avec sa belle-sœur et amie, de son mariage (comment une fille de ce milieu a-t-elle pu se marier si jeune, sans conviction ?), des beaux-parents ou même de Lorenzo, il est difficile de s’attacher aux personnages. Il n’y a guère que pour Federica, l’épouse officielle de Matteo, que j’aie éprouvé quelque chose, mais il s’agissait plutôt de pitié…

La famille élargie dans laquelle nous entrons n’a en commun que Matteo, père bigame, voire polygame, qui a quitté l’Italie quinze ans auparavant pour échapper à de nombreuses dettes, abandonnant au passage femme et enfants.  De retour au pays, il espère renouer avec sa famille, mais à part Federica, prête à passer l’éponge (pour de mauvaises raisons), personne ne s’intéresse à Matteo dont le roman parle finalement très peu. Quant aux autres personnages, ils sont tourmentés, et l’on aimerait que l’auteur nous en dise davantage sur leur histoire, leur ressenti, les raisons profondes.

En s’intéressant à tous, Alessandro Piperno ne s’attache à personne en particulier et c’est un peu frustrant. Des souvenirs sont évoqués, certes, mais il m’a semblé que le portrait psychologique de chacun manquait de profondeur. C’est le cas dans de nombreux romans qui fonctionnent très bien, mais le sujet aurait mérité que l’on approfondisse, d’autant qu’il ne se passe rien jusqu’à quelques pages de la fin du roman.

C’est en effet « là où l’histoire se termine » que le roman prend son sens, devant l’ampleur de la catastrophe à laquelle le lecteur ne pouvait s’attendre. Il peut alors interpréter de différentes façons la vie des personnages, ou alors ne pas chercher d’explications et s’en tenir à la question de savoir si la vie n’est qu’une farce dans laquelle chacun se débat… Chacun choisira ! Le cynisme qui se dégage de ce roman n’est pas forcément négatif, il dérange certes, mais interpelle aussi.

Là où l’histoire se termine, Alessandro Piperno, Editions Liana-Levi, Paris, août 2017, 297 p.

 

Challenge 1% de la rentrée littéraire 2017, semaine italienne chez Martine, challenge Il viaggio.

 

Minuit sur le canal San Boldo, Donna Leon

Très au fait des problèmes de logement à Venise, la Comtesse Lando-Continui, grande amie de la belle-mère du commissaire Brunetti, recherche des fonds afin de financer la rénovation d’appartements qui seront ensuite loués à des prix modiques à de jeunes couples vénitiens. Au cours d’une des soirées de gala consacrées à cette œuvre, elle demande à Brunetti de passer la voir prochainement pour lui faire part d’une question qui la taraude depuis des années.

Suite à cette rencontre, le commissaire accepte d’enquêter sur l’accident qui est arrivé quinze ans auparavant à Manuela, la petite-fille de la comtesse. Tombée dans un canal, Manuela a été sauvée in extremis, mais a gardé des séquelles irréversibles : la jeune femme d’une trentaine d’années a l’âge mental d’une fillette de sept ans. La grand-mère de Manuela est persuadée qu’il s’agit d’un crime et non d’un simple accident et elle veut connaître la vérité avant de mourir.

Brunetti n’est pas seulement ému par cette demande. Son instinct le pousse à demander la réouverture de l’enquête et c’est rapidement chose faite, grâce à l’aide d’Ellettra (vraie magicienne quand il s’agit d’accéder à des informations essentielles pour l’enquête, sans attendre les autorisations administratives nécessaires) et de Claudia Griffoni, la collègue de Brunetti, également très efficace.

Je ne vous en dirai pas davantage sur l’enquête elle-même sinon que l’on y retrouve les ingrédients qui font la saveur des romans de Donna Leon : l’humanité du commissaire Brunetti, la détermination d’Ellettra, la vanité de Patta, le supérieur hiérarchique de Brunetti, la malhonnêteté de Scarpa et la bonhommie de Viannello, bien que moins présent dans cette enquête, sans oublier l’intelligence discrète de Paola.

Et puis, bien sûr, le personnage sans doute le plus important des romans policiers de Donna Leon, Venise, ville sur laquelle Brunetti s’émerveille toujours autant : le commissaire partage son amour pour certains lieux de Venise, comme la magnifique Chiesa dei Miracoli ou le Campo San Giacomo dell’Orio dans le quartier Santa Croce. Pour autant, le commissaire ne manque pas de s’interroger sur l’avenir de Venise : « est-ce que les gens, ailleurs, passaient leur temps à parler de leur ville ? ». Les préoccupations évoquées sont brûlantes d’actualité : la présence des migrants, la montée de la Ligue du Nord, la fuite vers le continent de jeunes vénitiens en raison de l’embourgeoisement de quartiers autrefois populaires, dans une ville qui est toute entière dédiée au tourisme…

Pour sa vingt-cinquième enquête, Brunetti est à la hauteur et comme ses fidèles lecteurs, j’espère le retrouver encore de nombreuses fois…

Minuit sur le canal San Boldo, Donna Leon, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Gabriella Zimmermann, Calmann-Lévy, septembre 2017, 339 p.

 

Retrouvez les avis des autres participantes à cette lecture commune:

-Eimelle.

Martine

 

Lecture commune dans le cadre de la semaine italienne chez Martine. 8ème participation au challenge de la rentrée littéraire 2017. Participation au challenge vénitien et au challenge Polars et thrillers chez Sharon.

Une journée d’Ivan Denissovitch, Alexandre Soljenitsyne

 

Pendant la guerre froide, Alexandre Soljenitsyne fut l’un des dissidents russes les plus connus dans le monde occidental. Deux de ses livres y furent d’ailleurs publiés, puis il obtint en 1970 le Prix Nobel de littérature. En 1973, parut en France L’archipel du goulag, dans lequel Soljenitsyne dénonçait la répression soviétique. L’auteur fut alors déchu de sa nationalité russe et expulsé. Installé en Suisse, puis aux Etats-Unis, il ne rentrera dans son pays qu’après la chute de l’URSS, et y mourra en 2008.

Mais avant d’être connu en occident, Alexandre Soljenitsyne avait publié en 1962, en URSS même, un petit roman accepté par la censure de Khrouchtchev, lequel avait vu dans la dénonciation des abus de Staline, concernant en l’occurrence les camps de travaux forcés, la possibilité de montrer qu’il prenait quant à lui un virage modéré.

Dans Une journée d’Ivan Denissovitch, Soljenitsyne nous plonge en effet dans le quotidien de Choukhov, un « zek », nom donné aux prisonniers des camps de travaux forcés dans les années cinquante. On y découvre toute l’horreur des camps de concentration de l’époque stalinienne, au cours d’un récit qui accompagne Choukhov et les autres zeks de sa brigade, de leur lever, à 5 heures du matin, jusqu’à leur coucher vers 22 heures, au terme d’une longue et éprouvante journée de travaux de construction, dehors, par moins 29°!

Dans ce récit, Soljenitsyne a choisi pour héros un homme simple et bon mais néanmoins débrouillard; Choukhov s’en sort malgré tout. En silence, il résiste. Toute son attention est tendue vers un seul objectif : se nourrir. Il tire ainsi quelques instants de bonheur de ce qui n’est plus rien pour nous, quelques dizaines de grammes de pain supplémentaires. Son quotidien si difficile est fait de petites victoires, comme obtenir un bol de soupe claire en plus. Il se réchauffe en travaillant et arrive même à y prendre un peu de plaisir. Un quotidien où l’acte de vivre, seulement vivre, est héroïque !

Choukhov a été inspiré à Soljenitsyne par un soldat qu’il avait côtoyé pendant la guerre. Les autres personnages sont quant à eux bien réels et sont des prisonniers avec lesquels l’auteur a vécu, lors de sa détention au sein d’un camp spécial où il a travaillé comme maçon. Car Soljenitsyne a lui-même purgé huit ans de détention et trois ans de relégation, pour avoir « prétendument insulté Staline dans une lettre à un ami » (note de l’éditeur).

Un texte à ne surtout pas manquer.

Coup de coeur !

 

Une journée d’Ivan Denissovitch, Alexandre Soljenitsyne, traduit du russe par Lucia et Jean Cathala, Robert Laffont, Pavillons poche, Paris, 2010, 228p.

 

Participation au challenge Objectif PAL 2017

La fin de la solitude, Benedict Wells

 

Benedict Wells est présenté comme le jeune prodige de la littérature allemande : à trente-trois ans, il compte déjà plusieurs livres à son actif. « La fin de la solitude » est son quatrième roman, paru en 2016 en Allemagne. Les éditions Slatkine et Cie ne s’y sont pas trompées, qui en publient aujourd’hui la traduction française. Ce roman fait partie des belles surprises de la rentrée littéraire 2017.

« La fin de la solitude » est le récit d’une enfance difficile, qui avait pourtant commencé sous les meilleurs auspices. Jules est le fils cadet d’une famille allemande de trois enfants. Chaque année, les Moreau, qui vivent à Munich, se rendent en France dans un village situé près de Montpellier, d’où le père est originaire : des racines françaises, mais qui ont peu imprégné les enfants qui se sentent étrangers et observent de loin les petits Français. Jules conserve quelques bons souvenirs de ces vacances en compagnie de son frère Marty et de sa sœur Liz, mais on sent tout de suite qu’un événement funeste plane sur la famille. Les souvenirs de France seront à jamais marqués par le drame qui, cette année-là, emporte les parents de Jules, réduisant à néant le bonheur d’une famille unie.

De retour en Allemagne, les enfants sont placés en internat. Ils sont séparés en raison de leurs différences d’âge. Pour Jules, enfant sensible, commence une période très dure, « un mélange de stupeur obscure et d’un épais brouillard, parfois traversé de brèves réminiscences ». Jules se trouve notamment marqué par le cadeau que lui avait fait son père, -un appareil photo coûteux- et plus encore par un conseil que celui-ci lui avait donné, insistant sur l’importance d’avoir « un véritable ami, une âme sœur », plus encore que de trouver l’amour.

L’enfance et l’adolescence de Jules se transforment en  quête pour trouver ce véritable ami. C’est alors qu’il rencontre Alva, jeune pensionnaire de son âge qui devient sa « famille de substitution ». Jules pense que cette amitié met définitivement un terme à sa solitude, mais les années passent et Alva s’éloigne de lui.

C’est sur un lit d’hôpital, immobilisé par un accident de moto, que Jules, la quarantaine, père de famille, fait défiler ces images du passé, et bien d’autres encore, pour tenter de répondre à une question qui le taraude : « qu’est-ce qui détermine une vie ? ».  Une plongée dans son enfance, sa vie de jeune adulte qui lui permet de trouver la sérénité, en même temps que la réponse à sa question.

Le roman de Benedict Wells est indéniablement triste et sombre, mais il est servi par une écriture lumineuse qui adoucit les coups du destin, en laissant affleurer des sentiments positifs. Jules rencontre de nombreux obstacles, son frère et sa sœur ne lui sont d’abord d’aucune aide, puis ils se rapprochent. Jules le regrette mais ne leur en tient pas grief : il comprend qu’eux aussi sont marqués par la tragédie et ont du mal à trouver leur place dans le monde.

La sensibilité de Jules, son empathie avec les autres, l’aident à surmonter des moments d’abattement profond ; à trouver « son âme sœur », comme le lui conseillait son père, même si Jules se trompe sur la nature du sentiment qu’il éprouve ; et enfin, à se forger une philosophie qui l’aidera à surmonter ce poison que représente une enfance difficile. A la fin, Jules est prêt, et nous ne doutons pas que sa vie sera désormais aussi lumineuse que sa personnalité.

« La fin de la solitude » a reçu en 2016 le Prix de littérature de l’Union européenne qui récompense les meilleurs écrivains émergents en Europe.

La fin de la solitude, Benedict Wells, traduit de l’allemand par Juliette Aubert, éditions Slatkine et Cie, Genève, août 2017, 288 p.

 

6ème participation au challenge de la rentrée littéraire chez Sophie.