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La vengeance du pardon, Eric-Emmanuel Schmitt

Dans son dernier livre, paru lors de la rentrée littéraire de septembre 2017, Eric-Emmanuel Schmitt nous offre quatre nouvelles qui explorent les sentiments les plus obscurs de l’âme humaine, sentiments dont l’expression donne lieu à des souffrances infinies.

Ansi, « Les sœurs Barbarin » sont des jumelles qui n’éprouvent pas du tout les mêmes sentiments l’une pour l’autre. L’inégalité ressentie par Moïsette la conduira à développer la plus terrible des envies pour Lily qui l’aime tendrement.

« Mademoiselle Butterfly » est quant à elle un ange, sa déficience mentale faisant d’elle une jeune fille naïve, mais vraie et pleine d’amour. Une personne dont il est aisé de profiter, mais dont le comportement exemplaire donnera une leçon à tous.

La troisième nouvelle donne son titre au recueil et illustre, de façon machiavélique, comment le pardon d’une mère, face à l’assassin de sa fille, peut constituer la plus cruelle des vengeances.

Enfin, l’auteur nous emmène dans le jardin secret d’un vieil aviateur allemand qui, emporté par les circonstances de la seconde guerre mondiale, tua des dizaines de personnes sans s’émouvoir le moins du monde. C’est une petite voisine âgée de huit ans qui, par l’intermédiaire de la littérature, lui fera prendre conscience de ses actes passés, et l’amènera malgré elle, à se racheter.

Voici quatre nouvelles extrêmement bien ficelées, brillantes et cruelles, ménageant le suspense. Elles nous amènent à nous interroger sur la notion de pardon et les multiples formes qu’elle peut prendre et nous rappellent aussi que, en toutes circonstances, l’homme est un loup pour l’homme…

 

La vengeance du pardon, Eric-Emmanuel Schmitt, Albin Michel, Paris, septembre 2017, 326 p.

 

 

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Lucie ou la vocation, Maëlle Guillaud

 

Etre juré d’un prix littéraire est très intéressant pour de nombreuses raisons, et notamment parce qu’il oblige à lire des livres auxquels on ne se serait pas forcément intéressé. C’est le cas du roman de Maëlle Guillaud, « Lucie ou la vocation », qui traite de religion et du choix d’entrer dans les ordres, qui n’avait pas attiré mon attention lors de sa parution en 2016.

Lucie est en khâgne dans un prestigieux lycée parisien mais la compétition impitoyable qui règne dans cette classe préparatoire ne convient pas à la jeune fille qui ne supporte plus la pression. Celle qui se prépare à une brillante carrière se trouve emplie de doutes. Depuis quelques temps, elle se rend dans la cour d’un couvent en compagnie de Mathilde, une amie catholique pratiquante. L’amour et la sérénité qu’elle y ressent la conduisent à rencontrer la mère supérieure et très rapidement, à entrer en noviciat : pourquoi ne pas vivre sa foi, devenir l’épouse de Dieu, lui sacrifier sa vie ?

C’est une congrégation prestigieuse, contemplative, mais aussi très dure, que Lucie a choisie : il lui faudra un jour faire vœu de pauvreté, de chasteté et d’obéissance. Dès les premiers jours, Lucie est confrontée à la difficulté d’obéir et se retrouve à nouveau en proie au doute, un sentiment qui ne la quittera plus.

Outre le point de vue de Lucie la narratrice, ce court roman nous offre celui de sa meilleure amie Juliette, qui a bien du mal à comprendre le choix de Lucie. Juliette brûle d’envie d’aider Lucie à sortir de ce qu’elle considère comme une prison, un enfermement qui ne peut être que l’œuvre d’une secte. Elle se met à haïr ce dieu qui lui a volé sa meilleure amie. Fidèle, elle continue à écrire et à rendre visite à Lucie, et essaie de comprendre, encore et toujours.

A l’intérieur du couvent, les choses ne se passent pas comme Lucie l’avait imaginé. Les pires défauts humains règnent : hypocrisie, jalousies, mensonges, cruauté, manipulation. Le prieuré n’est finalement que le reflet de la société. L’arrivée de Mathilde ne soulagera pas Lucie, bien au contraire. Il n’y a qu’un père jésuite, ancien ami du père de Lucie, qui parviendra à lui apporter quelque réconfort.

Le sujet est original et intéressant, mais le traitement parfois un peu abrupt et rapide : on se demande comment une jeune fille moderne en arrive à prendre la décision d’entrer dans les ordres aussi rapidement. On comprend vite que Lucie est éprise d’absolu, mais on regrette que son cheminement ne soit pas plus détaillé. Il en va de même à la fin, lorsqu’elle prend sa décision finale.

Pour autant, ce premier roman est bien écrit, fluide et prenant. Il présente l’intérêt de nous emmener dans une réflexion hors du temps. Un temps qui d’ailleurs, ne se déroule pas comme à l’ordinaire : dans « Lucie ou la vocation », les années passent sans que l’on s’en aperçoive, le temps semble immuable. Et se posent les questions essentielles : exerçons-nous vraiment notre liberté ? Détenons-nous vraiment le pouvoir de choisir notre vie ?

 

Lucie ou la vocation, Maëlle Guillaud, Editions Points Seuil, Paris, septembre 2017, 201 p.

  

Livre lu dans le cadre du Prix du meilleur roman Points seuil 2018.

 

 

Eclipses japonaises, Eric Faye

 

Dans le cadre de la sélection pour le Prix du Meilleur Roman points, je poursuis mes lectures avec le très beau roman d’Eric Faye, « Eclipses japonaises ».

 

« Les histoires comme celles-ci sont pareilles au Nil, elles n’ont pas un commencement. Elles en ont une myriade. Et toutes ces sources engendrent des rus qui se jettent, l’un après l’autre, dans le cours principal du récit -le grand fleuve ».

 

C’est ainsi qu’Eric Faye nous emmène dans les années soixante en Asie, au plus fort des tensions entre les deux Corées et le Japon. La grande histoire, celle des relations internationales exacerbées que connaissait cette zone du monde pendant la guerre froide, est aussi faite du tissage des destins de tant d’anonymes qui se sont vus dérober leur vie : dépossédés de leur libre arbitre, privés à tout jamais de leur famille. Ces « Eclipses japonaises », ce sont ces Japonais disparus, « évaporés », car enlevés sans qu’aucune trace ne permette jamais à leurs proches de comprendre ce qu’il s’est passé, ni de faire le deuil.

C’est le cas de Naoko, une jeune japonaise enlevée à l’âge de treize ans, propulsée dans l’univers glacial du totalitarisme nord-coréen et qui devra apprendre le coréen avant de se voir assigner la tâche d’enseigner un japonais parfait, verbal et non-verbal, jusqu’aux comptines enfantines, à des futurs espions de Corée du Nord.

Naoko croisera une autre japonaise, Setsuko, de quelques années plus âgée, enlevée en même temps que sa mère dont elle est sans nouvelles, à qui elle devra également enseigner le coréen. Et puis, il y a ce soldat américain, le caporal Selkirk, qui surveille la ligne d’armistice depuis un poste d’observation Sud-coréen, et dont l’angoisse grandit face aux rumeurs concernant l’envoi probable de sa compagnie au Vietnam.

Enfin, parce que les victimes sont aussi à l’intérieur, Sae-Jin, « Perle de l’univers », jeune nord-coréenne, étudiante brillante parlant un excellent japonais, est enrôlée pour servir son pays, en devenant agent secret et, au gré des missions qui lui seront imposées, rien moins que terroriste.

Les faits sont romancés mais historiques. Derrière une couverture et un titre énigmatique, Eric Faye nous propose une enquête sur les traces de ces oubliés de l’histoire dont on commence à parler depuis quelques années. Mais il s’agit bien d’un roman, qui allie à une belle écriture toute en retenue, l’expression d’une empathie envers ses personnages. L’auteur ne se contente pas de révéler les faits, il explore les sentiments qu’éprouvent ces « eclipsés » tout au long de leur vie, les difficultés qu’ils ont eu à s’habituer à la vie qui leur a été imposée, mais aussi celles qu’ils éprouveront, pour certains, à retrouver ou découvrir un jour leurs origines.

Une lecture passionnante qui donne envie d’en savoir plus sur cette période de l’histoire et cette partie du monde, mais aussi un roman émouvant, à ne pas manquer !

 

Eclipses japonaises, Eric Faye, Points seuil n°P4620, septembre 2017, 225 p.

Blogoclub : le rendez-vous du premier mars

Pour la prochaine session du Blogoclub, Amandine et moi vous proposons de découvrir ou re-découvrir l’auteur Michel Bussi. Politologue de formation, il a été professeur de géographie à l’unversité de Rouen. Il a commencé à publier en 2007 et a aussitôt remporté des prix littéraires régionaux. C’est surtout depuis 2010 que ses ouvrages, dont la plupart se déroulent en Normandie, remportent un grand succès à la fois critique et populaire. Ses deux romans « Nymphéas noirs » et « Un avion sans elle » ont également reçu de nombreux prix.

 

 

Auteur populaire, très prolifique, Bussi fait partie du paysage littéraire français : on ne peut pas ne pas remarquer ses romans qui sont toujours en bonne place en librairie ou en bibliothèque ! Une telle mise en avant provoque généralement sur moi un effet rebutant, mais cela faisait longtemps que je me disais qu’il fallait que je passe outre et que je prenne le temps de le découvrir. Ce sera chose faite le premier mars !

Je vous invite à faire de même si vous n’avez pas encore lu cet auteur. Dans l’autre cas, ses titres sont assez nombreux pour que vous en trouviez un que nous ne connaissez pas encore.

 

      

 

 

 

 

 

Alors, qui participe ?

Avez-vous des conseils à me donner pour le choix de mon roman ? « Nymphéas noirs » m’attire beaucoup, bien évidemment, pour Giverny et Monnet… mais je suis ouverte à toute suggestion…

A très bientôt !

Florence.

 

Histoire du lion Personne, Stéphane Audéguy

 

Ce roman fait partie de la sélection 2018 du prix du Meilleur Roman des lecteurs de Points. Les quatre premiers romans que les jurés ont reçus sont :

Histoire du lion Personne, Stéphane Audéguy,

Lucie ou la vocation, Maëlle Guillaud.

Eclipses japonaises, Eric Faye.

Derniers feux sur Sunset, Stewart O’Nan.

 

C’est par l’«Histoire du lion Personne » que j’ai choisi de commencer cette aventure, un choix non réfléchi et dicté seulement par l’envie, la couverture, la quatrième de couverture…

Nous sommes au Sénégal, à la fin du dix-huitième siècle. Jeune orphelin sénégalais, Yacine a à peine treize ans et il a une grande expérience de la vie ; il sait déjà, notamment que « le gros des hommes ignore qu’il va mourir ; ceux qui le savent ne veulent pas, pour la plupart, le comprendre, et n’en tirent aucune conséquence pratique. Seule une poignée d’êtres vit sa vie, sa seule vie ; rien qu’une vie, mais toute entière ».

Déterminé, Yacine veut quitter son village qu’il déteste. Il entreprend le chemin vers Saint-Louis, sur les conseils du prêtre blanc du séminaire qui lui enseignait le « savoir des Blancs » et surtout les mathématiques pour lesquelles Yacine montre des dispositions particulières. Yacine emmène avec lui un lionceau qu’il vient de recueillir. Abandonné par sa mère, ou orphelin, l’animal est venu par surprise se blottir contre Yacine, compromettant ainsi ses chances de survie dans le monde sauvage parce que désormais porteur de l’odeur de l’homme.

Mais le destin en décide autrement pour Yacine : c’est le Directeur de la Compagnie Royale du Sénégal, Jean Gabriel Pelletan, qui va prendre soin du lion désormais dénommé Personne, ainsi que d’un chien, Hercule, qui deviendra le meilleur ami de Personne. Le joli conte que nous propose Stéphane Audéguy peut apparaître comme l’illustration du sort des déracinés : Personne et Hercule n’appartiennent à aucun monde, ils ne font plus partie du règne animal, ils ne seront jamais des hommes. Inadaptés et donc rejetés de tous. Pelletan se sent coupable d’avoir contribué à cette situation, par sensiblerie et par orgueil, pense-t-il, alors qu’il n’avait pour toute autre solution que de les condamner à une mort certaine.

Il ne reste qu’à envoyer les deux animaux à la Ménagerie Royale de Versailles et c’est un troisième homme providentiel qui entoure les deux bêtes de sa bienveillance. Mais les temps sont troubles : famine, froid, révolution, la France n’a que faire des animaux exotiques, même si quelques naturalistes défendent l’intérêt scientifique et essaient d’adoucir le sort des nouveaux arrivés.

Ce premier roman de la sélection au prix du meilleur roman Points met en lumière les mensonges et l’inhumanité des hommes, défauts également partagés sur terre, quel que soit le continent. C’est Adal, personnage secondaire, témoin de ce dix-huitième siècle finissant qui nous offre un regard équilibré sur les travers des hommes. Ajoutons à cela la très belle écriture classique et précise de l’auteur : ce n’est pas un coup de cœur, mais sans aucun doute une très belle lecture que je vous recommande !

 

Histoire du lion Personne, Stéphane Audéguy, Editions Points P4646, août 2017, 166 p.

 

 

 

Bientôt le premier Grand Prix des Blogueurs Littéraires !

C’est une idée qui paraît évidente après coup, mais que personne n’avait encore eue, celle qu’Agathe The Book a lancée il y a quelques jours :  créer un prix littéraire des blogueurs, afin de récompenser un roman de littérature française publié pendant l’année en cours. Bref, une idée géniale !

Les blogueurs littéraires, qu’Agathe considère comme des « lecteurs engagés », sont invités à voter pour « DEUX romans français de l’année qu’ils ont le plus aimé, le roman qui les a marqué, celui qu’ils ont adoré partager ». Sont exclus du vote pour cette année les polars et les romans jeunesse ou young adult, ainsi que les éditions de poche. Mais rien n’empêche d’imaginer que ce prix pourrait se développer à l’avenir et s’ouvrir à d’autres catégories…

Quoi qu’il en soit, le 20 décembre prochain, le roman qui aura été nommé le plus de fois remportera le Grand Prix des Blogueurs Littéraires, sous contrôle d’un huissier de justice, et deviendra ainsi officiellement le premier roman préféré de la Toile !

Une précision importante : le terme « blogueur » est pris au sens large, puisque selon le règlement, il s’agit de « TOUS les blogueurs, ayant un blog actif, un compte Babelio, un compte Booktube, ou bien un compte Instagram ou Facebook OUVERT dans lesquels ils chroniquent, partagent, et interagissent avec d’autres blogueurs ».

Vous trouverez tous les renseignements nécessaires sur le blog d’Agathe ici.

Je vais bien évidemment participer, peut-être in extremis, car j’ai encore un ou deux romans de la rentrée littéraire 2017 à lire et j’aimerais pouvoir les prendre en compte dans mon vote. Pour le moment, j’ai déjà retenu dans ma « présélection » personnelle trois romans. Heureusement, il me reste encore quelques jours pour affiner mon choix.

 

J’invite tous les blogueurs qui ne l’auraient pas encore fait à voter. En effet, plus nous serons nombreux à voter, plus le Grand Prix des blogueurs littéraires sera influent !

Et j’invite bien sûr tous les lecteurs, blogueurs ou non, à suivre les résultats de ce prix !

 

Transsibérien, Dominique Fernandez.

Restons encore un peu en Sibérie, le week-end hivernal s’y prête bien, même si le voyage que nous propose Dominique Fernandez se déroule en juin et juillet.

Pour moi le Transsibérien est un mythe. Il représente « Le Voyage » parce qu’il réunit tous les éléments qui, dans un voyage, me font rêver : l’éloignement, les grands espaces, la découverte, le dépaysement , la curiosité attisée et surtout, surtout, la durée.

A elle seule, la durée permet de prendre conscience des distances, de la vastitude de notre planète (vastitude, un mot qui s’applique si bien à ces contrées décrites par l’auteur et où les bouleaux défilent pendant des heures, des jours…). La durée, qui est si peu recherchée de nos jours et qui pour moi est pour beaucoup dans l’attirance que j’éprouve pour ce voyage ferroviaire au long cours.

Le Transsibérien, c’est aussi l’histoire et la géographie entremêlées : celle de la Grande Russie et de tous ses excès,  celle de ces prisonniers politiques qui ont participé à la construction de cette voie qui a relié la partie européenne de la Russie à l’Asie. Moscou, Vladivostok, tout un programme, et ces noms familiers lus dans tant de récits historiques : Nijni-Novgorod, Irkoutsk, villes mythiques elles aussi…

Dominique Fernandez a fait partie en 2010 d’un groupe d’écrivains invités à faire le voyage. L’ouvrage qu’il nous en a livré est riche de références littéraires, historiques, géographiques, culturelles et sociales, ainsi que de rencontres, certes provoquées parce qu’organisées, mais toujours intéressantes grâce à son interprétation personnelle. Le livre est illustré de photographies de Ferrante Ferranti, lui aussi du voyage, et qui figurent également dans l’édition de poche. Un récit foisonnant !

Transsibérien, Dominique Fernandez, photographies de Ferrante Ferranti, Bernard Grasset, Paris, janvier 2012, 300p.

Transsibérien, Dominique Fernandez, photographies de Ferrante Ferranti, Le livre de poche, Paris, février 2013, 320p.

 

Lu dans le cadre du challenge Objectif PAL 2017.