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Challenge vénitien : le récapitulatif

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Comme les bonnes résolutions ne sont pas encore complètement oubliées, je vais en tenir une tout de suite (ouf, au moins une cette année !) : dresser un petit récapitulatif du challenge vénitien. Le Carnaval de Venise a commencé le week-end dernier et il se terminera le 28 février prochain : l’occasion est donc parfaite pour faire un petit bilan et relancer ce challenge vénitien, associé au challenge italien de Martine.

Je vous rappelle les principes du challenge vénitien :  lire au moins un livre consacré, de près ou de loin, à la Sérénissime. Tout est accepté, qu’il s’agisse de romans, nouvelles, pièces de théâtre, romans historiques, policiers, récits de voyage, livres d’art et d’histoire, bandes dessinées et mangas et même, guides de voyages et reportages sur vos séjours vénitiens !

Pour celles et ceux qui désirent aller un peu plus loin, il existe trois catégories : Ballade sur la lagune (3 livres), Carnaval vénitien (5 livres), Acqua Alta ( 7 livres) et  La Sérénissime (10 livres et plus).

Le challenge est illimité, et je ferai désormais un petit récapitulatif chaque année, après le Carnaval de Venise. Vous pouvez déposer vos liens et commentaires sur ce billet ou sur l’article de présentation du challenge (« Challenges » et « challenge vénitien ») de mon blog. Si vous avez oublié de me transmettre des liens au cours de cette dernière année, n’hésitez pas à me les envoyer en commentaire ci-dessous, afin que je les rajoute tout de suite.

J’indiquerai également vos liens sur la page challenge vénitien de mon  blog « Pages italiennes ».

Vous trouverez quelques indications bibliographiques ici.

 

RECAPITULATIF

Claudia Lucia, Ma librairie :

-Humeur noire à Venise, Olivier Barde-Cabuçon.

-Venise, le chapiteau sculpté du Palais des Doges, promenade avec Tiziano Scarpa.

Venise, instants parfaits

Théophile Gautier : variations sur le Carnaval de Venise, poésie, peinture et musique.

De quelques peintres vénitiens et de quelques romans qui parlent d’eux.

 

Eimelle, Les carnets d’Eimelle :

Le garçon qui ne parlait pas, Donna Leon.

-Entre les lignes, Donna Leon

Ghetto de Venise, Donatella Calabi

-Presagio, Andrea Molesini

-Arlequin ou les oreilles de Venise, Hubert Ben Kemoun et Mayalen Goust.

 

Florence, Le livre d’après :

La reine vénitienne, Silvia Alberti de Mazzeri.

-Seule Venise, Claudie Gallay

-Péchés mortels, Donna Leon

-Brunetti en trois actes, Donna Leon.

-Ô mon George, ma belle maîtresse, Alfred de Musset et George Sand.

 

Jennifer, blog Taralli e Zaletti :

Mille jours à Venise, Marlena de Blasi.

-La fraga, de Danièle Sallenave.

-La mort à Venise, Thomas Mann.

-Le Campiello, Carlo Goldoni.

Quitter Venise, d’Anne Révah.

 

Martine, Les lectures de Martine :

-Curiosités vénitiennes, Donna Leon.

 

Xavier:

http://monsieurdec.blogspot.fr/search/label/Venise

http://sillagedecorto.blogspot.fr/search?q=venise

http://mesdefislitteraires.blogspot.fr/search?q=venise

 

Josepha Anh

La voleuse de livres

Parthénia, blog Bric-à-brac.

 

A bientôt, pour de nouvelles lectures vénitiennes !

 

 

 

 

 

Celle qui fuit et celle qui reste, Elena Ferrante

celle-qui-fuit-et-celle-qui-restePour commencer l’année en beauté, je ne pouvais pas faire autrement que d’évoquer le troisième tome de la saga napolitaine d’Elena Ferrante enfin sorti en français. Les fans se sont en effet précipités dès le 3 janvier en librairie pour renouer avec cette lecture passionnante !

Pour rappel, nous avons fait connaissance avec les deux héroïnes, Elena et Lila, dans « L’amie prodigieuse », puis suivi leur adolescence et le début de leur vie d’adulte dans « Le nouveau nom ». Dans « Celle qui fuit et celle qui reste », on retrouve les deux amies, jeunes adultes, avec leur conjoint respectif et leurs enfants.

Pour ne pas entamer le suspense, je resterai très évasive et je ne vous livrerai ici que quelques observations générales qui, je l’espère, vous donneront envie de lire ce troisième tome, ou de vous plonger dans cette belle saga, si vous ne la connaissez pas encore.

A partir du titre, « Celle qui fuit et celle qui reste », on comprendra vite qu’Elena, qui a quitté son quartier napolitain, n’y reviendra pas. Installée à Milan à la fin du second tome, après des études effectuées à la prestigieuse Ecole Normale de Pise, Elena publie son premier roman, avant de déménager à Florence. Quant à Lila, « celle qui reste », elle s’établit dans le quartier napolitain plus aéré de San Giovanni a Teduccio,

Malgré l’éloignement, les deux amies restent en contact. Selon les périodes de leur vie, les liens qu’elles entretiennent sont à géométrie variable : tantôt étroits, tantôt distendus, voire sporadiques. Comme par le passé, leur amitié est parfois sincère, parfois ambigüe. Elle peut également se limiter à échanger des nouvelles des habitants du Rione, dont le lecteur suit ainsi l’évolution de loin. Un autre élément reste présent tout au long du roman, tantôt en filigrane, tantôt comme acteur à part entière de l’intrigue : le beau Nino, qu’Elena rencontre à Milan où elle est conviée à une soirée de promotion de son livre, et que l’on retrouvera également à la fin de ce troisième volume.

La situation politique et les questions sociales, déjà bien présentes dans les deux premiers volets de la saga, occupent maintenant une place essentielle. Nous suivons ainsi l’évolution de la politique italienne, marquée par les violences répétées des années soixante-dix. Lila travaille désormais dans une charcuterie industrielle et elle subit un harcèlement qui était alors le lot de beaucoup de femmes de son milieu. Ses conditions de travail sont très difficiles, voire abrutissantes, et elle n’hésite pas à les critiquer au risque de perdre un emploi pourtant vital.

Elena s’emploie à dénoncer les mêmes abus, par le biais d’articles qu’elle commence à écrire pour le quotidien communiste « L’Unità ». Elle continue également à étudier, car elle veut en savoir plus dans ces domaines où elle estime disposer de peu de connaissances. Comme toujours, c’est par l’étude qu’Elena comble ses lacunes, alors qu’au même moment, Lila apprend en multipliant les expériences.

La condition de la femme se trouve également au centre des préoccupations d’Elena. Celle-ci éprouve des difficultés dans la vie quotidienne. Elle découvre la vie de famille et se rend compte qu’il est difficile de continuer à écrire et à publier tout en élevant de jeunes enfants. Elena se trouve aussi confrontée à la difficulté de s’extraire véritablement de son milieu. Elle s’interroge, elle perd souvent confiance car elle estime n’avoir pas les mêmes armes que ses proches, notamment sa belle-famille, dont les membres sont issus d’un milieu cultivé.

Comme dans les deux premiers tomes, Elena se pose bien sûr beaucoup de questions sur son amitié avec Lila qu’elle peine d’ailleurs à définir. En même temps, elle ne peut s’en passer et s’en trouve malheureuse. Quant à Lila, elle continue à faire preuve d’une méchanceté que l’on devine motivée par autre chose que de la simple jalousie. Dans ce domaine, le suspense est intact à l’issue du troisième tome : qui d’Elena ou de Lila est « l’amie prodigieuse » de l’autre ?

De quoi attendre le quatrième et dernier tome de la saga d’Elena Ferrante avec toujours autant d’impatience !

Nouveau coup de coeur !

Celle qui fuit et celle qui reste, Elena Ferrante, traduit de l’italien par Elsa Damien, collection Du monde entier, Gallimard, Paris, janvier 2017.

 

Livre lu dans le cadre du challenge Il viaggio chez Martine, du challenge Leggere in italiano et du challenge femmes de lettres, chez George.

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L’amie prodigieuse : le choix des couvertures

Même si j’ai déjà lu et chroniqué les trois premiers tomes de la saga « L’amie prodigieuse », je suis contente que cette auteure ait été choisie pour le Blogoclub de Sylire, car c’est à nouveau l’occasion de parler d’une saga qui m’a énormément plu et de prendre connaissance des différents points de vue à son sujet. C’est donc un rendez-vous que je ne pouvais pas manquer ! Cela me rappelle aussi que je garde le quatrième tome que je possède en italien comme « lecture-cadeau » pour les vacances de Noël : un excellent moment à savourer et dont je me réjouis à l’avance, car selon la plupart des critiques, la saga tient ses promesses sur la longueur. En France, il ne reste plus longtemps à attendre avant de dévorer le tome 3 qui sortira en janvier prochain.

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En attendant, j’ai choisi de vous parler de « L’amie prodigieuse » sous un angle très différent de ce que que je fais habituellement : celui des couvertures des quatre romans. En effet, les couvertures de romans se veulent généralement  attrayantes. Mais l’effet recherché n’est pas toujours au rendez-vous; c’est ce qui m’est arrivé précisément avec le premier tome de « L’amie prodigieuse » en version italienne : en vacances en Italie, j’errais dans les rayons d’une grande librairie à la recherche du livre idéal. Je me suis adressée au libraire qui m’a aussitôt conseillé le premier tome de la saga d’Elena Ferrante. Devant la pile impressionnante qui oscillait sur le principal présentoir de la librairie, et surtout en découvrant la couverture, j’ai cherché un moyen de me dérober : j’ai sans doute bafouillé une excuse sans queue ni tête me permettant de ressortir sans ce roman qui ne pouvait être qu’à l’eau de rose : qu’en pensez-vous ?

 

l'amica geniale

L’amie prodigieuse, tome 1

 

Storia del nuovo cognomeLe nouveau nom, tome 2

On sait bien que la première de couverture remplit une fonction d’information au sens propre : titre, auteur… Elle doit également donner implicitement des renseignements sur le genre d’ouvrage dont il est question : au premier coup d’oeil, nous pouvons généralement deviner s’il s’agit d’un polar, de chick-lit, de littérature… La couverture doit aussi et surtout attirer notre attention, car la concurrence est rude sur les tables des libraires. Elle doit en même temps éveiller notre curiosité pour nous faire ressentir l’envie, voire la nécessité, d’acheter le livre. Un public cible est généralement visé en premier lieu et si l’illustration parvient à attirer d’autres types de lecteurs, c’est encore mieux.

En ce qui concerne les romans originaux de la saga d’Elena Ferrante, je ne dois pas être la seule à trouver les couvertures particulièrement « moches ». En recherchant quelques articles sur internet, je suis tout de suite tombée sur celui-ci : « Le copertine dei libri di Elena Ferrante sono brutte? » / « Les couvertures des livres d’Elena Ferrante sont-elles laides ? ». Ces mêmes couvertures ont été gardées par la maison d’édition américaine qui a publié les quatre romans qui ont remporté un énorme succès aux Etats-Unis, fait peu habituel d’ailleurs pour des livres italiens. Un choix apparemment assumé comme nous le révèle l’article que je cite ci-dessus : ainsi, la cofondatrice des éditions italiennes E/O, Sandra Ozzola, a expliqué : « les couvertures sont volontairement kitsch et donnent une idée de la vulgarité qui est un des éléments centraux de la saga » (sic). Elle précise que l’auteure, Elena Ferrante, n’a pas été impliquée dans le processus créatif des couvertures, mais qu’elle a toujours approuvé le travail de la maison d’édition. Sandra Ozzola ajoute : « les livres de Ferrante sont un mélange de littérature populaire et de littérature intellectuelle, nous voulions que cette idée apparaisse aussi sur les couvertures ». Elle ajoute enfin qu’il lui « semble étrange que les lecteurs n’aient pas saisi l’évidente ironie qui transparaît dans ce choix ».

 

En France, « L’amie prodigieuse » est publiée par Gallimard, puis en édition de poche, chez Folio, ce qui est a priori un gage de bon goût. En effet, les couvertures donnent une toute autre impression, comme l’ont constaté les lecteurs francophones. Jugez plutôt :

 

lamie-prodigieuse-gallimard

Le nouveau nom ferrante

 

Et  pour terminer, voici quelques-unes des couvertures dans d’autres langues. Lesquelles préférez-vous ?

 

my-brilliant-friendVersion américaine

 

la-amica-estupenda  Version espagnole

 

lamica-genial-catalanVersion catalane

de-geniale-vrindin-elena-ferranteVersion néerlandaise

meine-geniale-freundinVersion allemande

 

min-fantastika-vaninnaVersion suédoise

 

Mon avis sur L’amie prodigieuse ici.

Les avis des autres participants chez Sylire ICI.

 

Livre lu dans le cadre du Blogoclub de Sylire et du challenge Il viaggio chez Eimelle.

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challenge italie

Une lame de lumière, Andrea Camilleri.

une-lame-de-lumiereVoici la dernière enquête du commissaire Montalbano qui vient de paraître en français, avec un décalage de quatre ans par rapport à la version originale ; le roman italien est en effet sorti depuis 2012, et j’ai donc eu la mauvaise surprise de découvrir en lisant les premières pages  d’« Une lame de lumière » que je connaissais déjà cette enquête, grâce à l’adaptation télévisée des romans de Camilleri.

Peu importait finalement, j’étais lancée et il y avait longtemps que je n’avais pas lu de « Montalbano ». J’étais en outre curieuse, après avoir lu l’avertissement du traducteur quant aux choix qu’il a dû effectuer pour rendre toute la saveur de la langue bien particulière de l’auteur, de voir comment il s’en était tiré !

Je redoutais en effet que la lecture ne soit pas fluide, ayant lu quelques avis négatifs au sujet de la traduction. Pourtant, les libertés prises par l’excellent Serge Quadrupanni, loin de me gêner, m’ont au contraire rappelé l’atmosphère qui règne dans la série italienne (que je regarde toujours en VO avec les sous-titres italiens pour m’aider face au dialecte sicilien). J’ai vraiment eu l’impression d’y être !

Cet épisode des enquêtes de Montalbano m’a bien plu. On y retrouve les travers des enquêteurs de Vigata, Montalbano, Mimi Augello, Fazio et bien sûr Catarella qui n’en rate pas une ! La vie privée du commissaire occupe une place importante dans le roman : on en apprend un peu plus sur Livia et sur le fait que Montalbano et Livia n’aient jamais eu d’enfant. La relation du commissaire avec sa fiancée éternelle est d’ailleurs mise en danger par la rencontre avec la belle Marian qui vient d’ouvrir une galerie d’art à Vigata. Montalbano cède à la tentation et hésite à quitter Livia…

Quant à l’enquête, elle est assez classique. Sont présents les nombreux ingrédients souvent utilisés par l’auteur, mais cela fonctionne toujours bien. Cette fois, c’est une jeune femme de vingt ans, Loredana, qui est agressée alors qu’elle allait déposer l’argent de la recette de son mari, un commerçant de cinquante ans, après avoir fait un long détour chez son amie Valeria. En même temps, un agriculteur se plaint d’avoir découvert des indices laissant penser que des individus occupent une grange qui lui appartient : la piste de tunisiens, réfugiés politiques ayant fui leur pays, semble se confirmer…

Comme d’habitude, Andrea Camilleri nous invite à assister aux repas du commissaire Montalbano, délices souvent préparés par la prévenante Adelina, ou pris chez Enzo. Dans cet épisode, comme la plupart du temps, Montalbano est seul à table, sous sa véranda  face à la mer. Nous partagerions bien avec lui quelques délicieux plats siciliens… (n’est-ce-pas Martine ?)

Pour retrouver l’univers de Montalbano, je vous conseille de faire un petit tour sur le blog de Martine ici et ici. Et pour en savoir plus sur « Une lame de lumière », découvrez son avis ici.

 

Une lame de lumière, Andrea Camilleri, traduit de l’italien (Sicile) par Serge Quadruppani, Fleuve noir, septembre 2016, 255p.

 

Livre lu dans le cadre du mois italien chez Eimelle, du challenge Polars et thrillers chez Sharon et du challenge 1% de la rentrée littéraire.

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Une sale affaire, de Marco Vicchi

une-sale-affaire-marco-vichiAprès avoir découvert il y a quelques mois le commissaire Bordelli dans le roman éponyme de Marco Vichi, j’ai craqué cet été pour le second tome en italien, afin de voir si l’écriture de l’auteur était abordable en VO. C’est tout à fait le cas et j’ai beaucoup apprécié ce second tome qui cette fois développe deux enquêtes que Bordelli mène parallèlement. On se souviendra que le premier volume faisait la part belle aux personnages de sorte que l’enquête était presque secondaire, ce qui n’est plus le cas dans « Une sale affaire ».

Nous sommes à Florence en avril 1964. Le commissaire Bordelli reçoit la visite de Casimiro, un nain qu’il connaît depuis une vingtaine d’années. Celui-ci raconte avoir failli trébucher sur un cadavre alors qu’il se promenait de nuit dans un champ à la lisière de la ville. Quand Bordelli et Casimiro arrivent sur les lieux, il n’y a plus trace du corps. Seule une bouteille de cognac traîne par terre, ce qui amène Bordelli à mettre en doute les dires du nain. Au même moment, un doberman déchaîné fond sur eux et Bordelli a tout juste le temps de sortir son Beretta et de tirer. L’animal tombe raide mort et Casimiro en est quitte pour une grosse frayeur.

Alors qu’ils rejoignent la voiture de Bordelli, ce dernier décide de retourner  inspecter les lieux. Le cadavre du chien n’est déjà plus là et Bordelli entend des bruits qui semblent venir du jardin de la villa voisine. La maison appartient à un certain Baron Von Hauser, un Allemand qui ne vient que de temps en temps. Une gouvernante âgée et revêche veille sur les lieux en son absence. Le commissaire Bordelli n’apprend rien de cette visite et il s’apprête à abandonner l’affaire lorsque Casimiro est découvert assassiné. Très affecté par cette nouvelle, Bordelli décide de mettre les bouchées doubles.

C’est alors qu’une nouvelle affaire vient secouer la ville : le corps d’une petite fille vient d’être retrouvé dans un parc : elle a été étranglée et porte une vilaine morsure sur le ventre. Une seconde victime laisse craindre le pire et Bordelli enrage de ne pas avancer dans son enquête. Il faut à tout prix éviter que la série noire se poursuive… Il n’oublie pas pour autant le meurtre de Casimiro, mais là également, l’enquête piétine.

Cette deuxième aventure de Bordelli comporte, comme la première, de nombreuses références à la seconde guerre mondiale qui a beaucoup marqué le principal protagoniste, ainsi que tous ceux qui l’entourent. Des retrouvailles avec le Docteur Levi, qui appartient à une organisation secrète dont le but est de retrouver d’anciens criminels de guerre nazis, sont l’occasion pour Bordelli d’évoquer cet aspect de l’après-guerre.

Côté sentiments, le commissaire Bordelli n’est pas en reste : s’il n’abandonne pas sa complice, la douce et réconfortante Rosa, il n’en fait pas moins connaissance d’une jeune femme de vingt-cinq ans qui lui rend, pour un temps seulement, une seconde jeunesse !  Le jeune collègue du commissaire tombe quant à lui amoureux de la belle Sonia : un sarde et une sicilienne, voilà qui laisse augurer le pire, selon Bordelli !

« Une sale affaire » confirme le talent de Marco Vichi. L’édition italienne de poche comporte en annexe les photos des lieux fréquentés par Bordelli, complétés par des didascalies de l’auteur. Le troisième volume des enquêtes de Bordelli, publié en  en Italie sous le titre « Il nuovo venuto » (Le nouveau venu) ne devrait pas tarder à sortir en traduction française. Une série à suivre !

Une sale affaire, Marco Vichi, traduit de l’italien par Nathalie Bauer, éditions Philippe Rey, mars 2016, 288 p.

Una brutta faccenda, Marco Vichi, TEA due, Milano, 2014, 261 p.

 

Livre lu dans le cadre du mois italien chez Eimelle, du challenge polars et thrillers chez Sharon, du challenge leggere in italiano ici.

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On inventera bien quelque chose, de Giorgio Scianna.

Premier rendez-vous du mois italien : aujourd’hui, un roman paru en 2016 : « On inventera bien quelque chose » de Giorgio Scianna.

on-inventera-bien-quelque-chose-giorgio-sciannaCe n’était pas gagné d’avance pour Mirko et Tommaso, deux frères qui viennent de perdre leurs parents dans un accident de voiture. Heureusement, ils ont obtenu du juge des tutelles de pouvoir rester ensemble dans leur appartement à Milan. C’est donc Mirko, un lycéen âgé de dix-sept ans, qui s’occupe de son jeune frère Tommaso qui n’a que onze ans. Qu’il s’agisse des courses et des repas, du ménage, de la surveillance des devoirs, Mirko assure tout, sous la supervision de l’oncle Eugénio, tuteur des enfants, qui les reçoit le dimanche et contrôle jusqu’aux tickets de caisse par lesquels les deux frères doivent justifier leur moindre dépense.

C’est justement là que les choses se compliquent : Mirko est scolarisé dans un lycée huppé où les jeunes regardent peu à la dépense. Lorsque le petit groupe d’amis de Mirko se met en tête de se rendre à Madrid pour un week-end, afin d’assister à un match décisif de leur équipe de football préférée, l’Inter de Milan, Mirko n’ose pas leur révéler qu’il ne dispose pas des 1200 euros nécessaires. Certes, ses parents lui ont bien laissé de l’argent, mais c’est l’oncle Eugenio qui le gère et il n’acceptera jamais cette dépense. Mirko doit en outre s’occuper de son frère, mais d’un autre côté, sa petite amie, Greta, sera du voyage et elle laisse entendre à Mirko qu’ils partageront une chambre d’hôtel…

Mirko va donc inventer quelque chose, et ce ne sera pas une bonne idée, comme on s’en doute. Pris dans un engrenage, Mirko se laisse abuser par sa naïveté et découvre un monde dont il ne soupçonnait pas l’existence. Il fait pourtant preuve de courage et se bat pour se sortir d’une situation difficile alors qu’il est à deux doigts de se laisser entraîner.

Giorgio Scianna réussit un beau roman d’initiation qui ne tombe à aucun moment dans le drame et le sentimentalisme. Il y a dans cette histoire, comme dans son titre « On inventera bien quelque chose », toute l’insouciance de l’enfance et de l’adolescence, un sentiment qui, malgré les difficultés, attend de se muer en optimisme et en confiance en l’avenir.

L’écriture est simple, fluide, assez neutre et parvient à nous toucher tout en nous racontant la vie quotidienne de deux orphelins qui ont choisi de se battre pour rester ensemble, dans l’appartement familial, perpétuant les habitudes données par leurs parents. Un roman pudique, sans prétention, agréable à lire et qui conviendra aux adolescents aussi.

On inventera bien quelque chose, Giorgio Scianna, traduit de l’italien par Marianne Farobert, Editions Liana Levi, 2016, 236 p.

 

Livre lu dans le cadre du mois italien 2016 chez Eimelle.

le mois italien

 

 

 

Le dernier battement de cœur, Simona Sparaco

Le dernier battement de coeur Simona SparacoVoici un roman que j’ai lu acheté en Italie en juillet 2013, sur les conseils d’une libraire. Le livre était alors en lice pour le prestigieux Prix Strega, l’équivalent de notre Goncourt. Il vient d’être traduit en français et publié aux éditions Michel Lafon.

Luce, enceinte de presque trente semaines, et Pietro, son mari, attendent de passer la dernière échographie avant la naissance de leur premier enfant. Pietro regarde les clichés des échographies précédentes en cherchant à qui peut bien ressembler Lorenzo. Celui-ci se manifeste d’ailleurs en donnant des coups de pieds à sa maman. Mais déjà, le lecteur sait que tout va basculer. En effet, détaillant ses préoccupations légères et futiles, comme la couleur de la chambre du bébé, la future maman de demande pourquoi nos pensées sont en général si insignifiantes, juste avant que ne se produise « l’impensable ».  Luce poursuit en décrivant la préparation de l’examen avec précision et froideur. La tension est bien présente.

Quelques minutes plus tard, le verdict est là : Lorenzo souffre d’un retard de croissance préoccupant, dû à une forme de dysplasie squelettique. Chacun réagit différemment face à  cet « impensable ». Pietro demande quel est le traitement à prévoir. Luce pleure et demande si c’est sa faute, si elle a fait quelque chose de mal pendant sa grossesse qui a bien pu les amener là. Fin du prologue.

La première partie du roman s’ouvre sur une lettre du courrier des lecteurs, adressée à Luce. Celle-ci est en effet journaliste et tient une rubrique dans un hebdomadaire où elle dispense des conseils de toutes sortes. Luce revient alors en arrière et raconte des épisodes de son enfance, sa rencontre avec Pietro, leurs difficultés pour concevoir un enfant. Elle évoque ensuite les jours qui ont suivi l’annonce de la maladie de leur enfant, les pensées qui défilent, et la douleur omniprésente.

Puis viennent les questions, la recherche d’informations et de traitements possibles. Et la mauvaise nouvelle, une fois de plus : l’enfant pourrait ne pas survivre. Enfin, le conseil de la gynécologue de ne pas mener la grossesse à terme. Luce voit le ciel lui tomber sur la tête, d’autant qu’en Italie, le délai légal pour un avortement thérapeutique est dépassé. Ce n’est pas le cas en Angleterre, comme on le leur explique : le couple peut encore y rencontrer un généticien pour un dernier examen avant la décision finale.

Luce dissèque tous les sentiments qui la traversent : douleur, peur, angoisse, indécision, culpabilité, solitude, incompréhension, et amour. L’auteur nous donne à voir le cheminement long et douloureux que doit endurer Luce, avant de renaître à la vie. « Le dernier battement de coeur » est une belle lecture, difficile et bouleversante, mais aussi pleine de courage, de sincérité, et finalement porteuse d’espoir. Un roman qui m’a amenée à m’intéresser au problème de l’avortement thérapeutique, qui pousse aujourd’hui encore des couples italiens à rechercher un hôpital à l’étranger quand les délais légaux sont dépassés dans leur pays.

« Le dernier battement de cœur » n’a finalement pas été primé en Italie, même s’il était finaliste pour le prix Strega. Plusieurs critiques italiens se sont accordés sur le fait que l’écriture du roman n’était pas littéraire, mais plutôt, « à la portée de tous », ce qui en Italie,  place d’office un auteur à l’écart de la littérature ! D’autres ont évoqué une écriture « pas particulièrement brillante », ce qui n’a pas empêché le roman de Simona Sparaco de conquérir de nombreux lecteurs de l’autre côté des Alpes. D’ailleurs, il est plutôt bien écrit, même si son intérêt ne réside pas là.

Le fait est que le thème de l’avortement, même pratiqué pour des raisons thérapeutiques, est encore tabou en Italie, où la religion garde une forte influence. Divers articles de la presse italienne ont salué ce roman, comme étant « nécessaire ». L’auteure a en effet expliqué qu’elle considérait qu’un des rôles de la littérature était de mettre en avant des questions éthiques difficiles. Et de ce point de vue, c’est une réussite totale : « Le dernier battement de coeur» est essentiel pour les questions qu’il aborde, et la façon dont il examine toutes les facettes du problème, le tout avec beaucoup de délicatesse et de sensibilité.

 

Le dernier battement de coeur, Simona Sparaco, traduit de l’italien par Elise Gruau, Michel Lafon, Paris, janvier 2016.