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Paul Verlaine, un inédit en français de Stefan Zweig

Paul Verlaine de Stefan ZweigAprès avoir lu la magnifique biographie que Stefan Zweig a dédié a Marie-Antoinette, j’ai découvert que les éditions « Le Castor Astral » venaient de publier un inédit du grand auteur autrichien ! Il s’agit d’une monographie sur Paul Verlaine qui, aussi surprenant que cela puisse paraître, n‘avait encore jamais été traduite en français.

Zweig s’est toujours beaucoup intéressé à la poésie et très jeune, il a traduit en langue allemande des vers de Rimbaud et Baudelaire. En 1902, à la demande de son éditeur allemand, il supervise et préface une anthologie des meilleures traductions de Verlaine. Zweig y signe également les traductions de trois poèmes de Verlaine. Cette anthologie est un succès en Allemagne et contribue à faire connaître dans ce pays le grand poète français.

Au cours de ces années, Zweig rassemble beaucoup d’éléments biographiques sur Verlaine, allant même jusqu’à boire de l’absinthe dans le café parisien où Verlaine avait ses habitudes ! Alors, lorsque son éditeur allemand lui commande un livre sur l’œuvre et la vie de Verlaine, Zweig s’attelle aussitôt à la tâche et la monographie sera publiée début 1905.

Le texte que Zweig nous propose ici nous montre Verlaine comme un poète faible, écrasé par le poids d’un destin auquel il est incapable de faire face. Zweig voit en Verlaine un homme aussi dénué de résistance que sa poésie est, au contraire, empreinte de grandeur et de force, et au total, de sublime !

« Ainsi a-t-il produit une poésie des origines, pure expression de l’humanité, simplicité de la plainte, humilité, balbutiement, colère et reproche, sonorités primitives sous une forme sublime, les pleurs silencieux de l’enfant battu, l’appel craintif de l’égaré, le tendre cri de l’oiseau solitaire dans la lumière déclinante du soir » (p26).

Zweig insiste également sur la sincérité du grand poète français, un sentiment si exacerbé qu’il confine à l’impudeur. Zweig interprète ce trait de caractère comme le fruit de la « personnalité féminine, fragile et on ne peut plus négative » de Verlaine (p45).

En reconnaissant les faiblesses de Verlaine, Stefan Zweig fait de lui un antihéros dénué de grandeur et de courage. Mais il lui attribue la plus belle des qualités, qui consiste à posséder « le symbole de l’humanité la plus pure, une magnifique force poétique dans un réceptacle fragile » (p98).

On ressent dans le texte de Zweig tout l’amour et l’admiration qu’il portait à Verlaine, et aussi toute la fougue de la jeunesse. Il est vrai qu’il s’agit là du tout premier essai biographique que Zweig a écrit, à l’âge de vingt-trois ans seulement.

Le recueil présente en outre une biographie de Verlaine rédigée par Zweig en 1922 pour servir d’introduction à l’édition allemande des  « Œuvres complètes » de Verlaine. Le tout est complété par un article sur Rimbaud, et se conclut par trois poèmes écrits par Stefan Zweig lui-même.

Un ouvrage indispensable à tout lecteur amoureux de Zweig ou de Verlaine !

 

Paul Verlaine, Stefan Zweig, traduit de l’allemand par Corinna Gepner, Edition Le Castor Astral, collection « Les Inattendus », Paris, avril 2015, 160 p.

 

 

Livre lu dans le cadre du challenge Un classique par mois.

Challenge un classique par mois

Je remercie tout particulièrement les éditions Le Castor Astral de m’avoir envoyé cet ouvrage.

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