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Qui a tué Heïdi ? Marc Voltenauer

 

« Pourtant que ta montagne est belle… », disait la chanson. Mais la beauté n’empêche pas le mal de rôder, et c’est bien ce qui se passe dans les alpages bucoliques de Gryon, très beau village du Chablais suisse, où résident l’inspecteur Andreas Auer, attaché à la police de Lausanne, et son compagnon, Mikael Achard, journaliste. Nous avons fait leur connaissance l’année dernière dans le très réussi « Dragon du Muveran », premier roman du Suisse Marc Voltenauer.

L’auteur n’a donc pas tardé à nous offrir cette deuxième aventure dans laquelle nous retrouvons de nombreux ingrédients du premier volume, avec encore davantage de maîtrise. Marc Voltenauer est un admirateur des polars nordiques, -sa mère, suédoise, lui en a donné le goût-, et l’on retrouve dans ses romans le fonctionnement de ce type de polars, avec, toutefois, un ancrage local important fondé sur le mode de vie d’un village de montagne partagé entre le tourisme et l’agriculture. A Gryon, tous se connaissent et s’épient et pourtant, au sein de ce huis-clos parfois étouffant, certains parviennent à dissimuler des penchants bien peu avouables.

C’est le cas de « l’homme qui s’enivrait du parfum de sa mère », redoutable psychopathe victime d’une mère castratrice, et dont on ne connaitra l’identité qu’à la fin du roman. Une intrigue qui se superpose à une autre, de dimension internationale, qui permet à l’auteur de débuter son roman à Berlin où nous découvrons un tueur à gage œuvrant pour le compte d’une mafia russe. Litso Ice, c’est le pseudonyme de l’homme, atterrit ensuite à Genève où il doit rencontrer un banquier qui a visiblement quelque chose à se reprocher, avant de se rendre à Gryon où il s’installe dans un magnifique chalet prêté par son commanditaire…

Quel est le lien avec Gryon ? La question se pose avec plus d’acuité lorsque survient le meurtre de Heïdi, qui n’a rien en commun avec l’héroïne du roman pour la jeunesse…  Quant à Andreas Auer, il mène son enquête en parallèle, ayant été suspendu pour quelques temps par sa supérieure. C’est donc en apparence seulement qu’il laisse sa coéquipière Karine seule, en proie à ses doutes. Mais cela n’empêche pas Andreas de déprimer ; il sent que quelque chose le ronge qu’il faudra chercher du côté familial. La sœur d’Andreas, qui participe au déroulement des événements bien malgré elle, pourrait nous en apprendre beaucoup sur l’enfance d’Andreas.  Mais cela, c’est pour le prochain roman… !

Je remercie beaucoup Marc Voltenauer de m’avoir fait bénéficier de cette lecture en avant-première et je n’ai qu’un reproche à lui faire : nous laisser dans l’attente d’une façon si cruelle ! Pour le reste, un style fluide et rythmé, une double enquête très prenante et l’impossibilité, pour moi du moins, de trouver qui est « « l’homme qui n’enivrait du parfum de sa mère », font de « Qui a tué Heïdi ? » un polar très convaincant qui se lit d’une traite ! Nul doute qu’une série est lancée, et j’attendrai la suite avec impatience.

Une dernière précision : je vous conseille de lire tout d’abord « Le dragon du Muveran » dans lequel l’auteur plante les personnages. Cela tombe bien, il sort demain en collection de poche, aux éditions Pocket.

 

Qui a tué Heïdi ? Marc Voltenauer, éditions Slatkine, Genève, août 2017, 448 p.

Le dragon du Muveran, Marc Voltenauer, Pocket, parution le 7/09/17, 608 p.

 

 

Participation n°3 au Challenge 1% de la rentrée littéraire 2017. Challenge polars et thrillers chez Sharon.

 

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Le fleuve des brumes, Valerio Varesi

 

 

Les italiens sont à l’origine du «Slow food». Un mouvement devenu international dont les déclinaisons constituent aujourd’hui la «slow life», -il existe même le «slow blogging»- qui consiste à refaire… ce que l’on faisait avant, c’est-à-dire prendre son temps et approfondir ! Le roman de Valerio Valeri, publié en français en 2016 par les éditions Agullo, mais paru en Italie en 2003, serait-il un précurseur aussi dans le domaine du roman policier ?  Un « slow giallo[1] » ou « slow polar » en quelque sorte ?

En tout cas, le commissaire Soneri prend son temps. Son enquête se déroule pianissimo, comme les eaux du Pô qui s’écoulent lentement dans la basse-plaine, des environs de Parme jusqu’à la mer Adriatique.  Mais Soneri n’a pas le choix. Les villages traversés vivent au rythme du fleuve, il faut attendre, toujours attendre : le passage des péniches, la montée des eaux, la fin des pluies, la décrue, puis l’arrivée du gel qui assèchera les peupleraies inondées ; attendre que les hommes se décident à parler, même un peu… pour faire avancer l’enquête.

Comme le reste du roman, l’intrigue démarre doucement. La pluie tombe depuis des jours. Rien d’anormal, un vrai temps de Toussaint. Les eaux du Pô montent rapidement et le trafic est à l’arrêt. L’ordre d’évacuation sera peut-être donné par le préfet. Il faut attendre, encore. Fatalistes, les hommes sont assis dans le cercle nautique et jouent aux cartes. Ils voient passer la péniche de Tonna, un vieux batelier qui connait le fleuve comme sa poche.

Etonnant tout de même de partir par ce temps… D’autant que dans les conversations focalisées sur la météo et la crue, certains disent avoir vu la péniche de Tonna, mais il n’y avait personne dans la cabine, au gouvernail. Le mystère s’épaissit d’heure en heure, tandis que la pluie continue de grossir les eaux du fleuve. Le brouillard s’en mêle bientôt. La péniche est introuvable, tout comme Tonna.

Le même jour, un suicide par défénestration se produit à l’hôpital voisin.  La victime, connue dans tous les services, était en réalité un homme en bonne santé qui venait plusieurs fois par semaine discuter avec les patients dans les salles d’attente. Etrange… Le commissaire Soneri appelé sur les lieux ne croit pas à la thèse du suicide : la victime n’est autre que le frère du batelier disparu sur le Pô.

Le fleuve des brumes est loin des clichés de l’Italie, de ses couleurs, de sa chaleur. C’est un roman policier d’atmosphère avant tout, qui plonge dans les méandres de l’histoire italienne, quand communistes et fascistes se vouaient une haine farouche. Le fleuve y apparaît comme métaphore de l’Histoire et de la haine qui couve, des sentiments qui prennent leur temps avant de trouver un accomplissement, de la vengeance, lente mais implacable. Un roman lent mais envoûtant, au charme particulier. Je lirai avec intérêt et surtout curiosité le second volet des enquêtes de Soneri, qui vient de paraître en français, mais j’attendrai sa sortie en poche. A réserver de toute façon aux « slow » lecteurs…

 

 

[1] Giallo : nom donné en Italie au roman policer, au genre policier. Signifie « jaune », de la couleur des couvertures d’une ancienne collection de policiers publiée par les éditions Mondadori.

Le fleuve des brumes , Valerio Varesi, traduit de l’italien par Sara Amrani, Points seuil n°P4531, mars 2017, 284p.

 

 

Livre lu dans le cadre du challenge polars et thrillers chez Sharon et du challenge Il viaggio chez Martine.

Quelques parutions en poche

Voici un nouveau rendez-vous que j’essaierai de tenir à jour chaque mois ou tous les deux mois, parce que beaucoup d’entre nous attendent des parutions en collection de poche. Avec quelques références à des blogs amis lorsque sont concernés certains des titres qu’ils ont aimé (et qu’ils m’ont donné envie de découvrir). Je vous invite à aller les lire… Vous découvrirez une petite sélection de titres qui viennent de paraître en janvier et février 2017.  Si vous en avez d’autres à me conseiller, n’hésitez pas !

 

Littérature française et étrangère

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Aujourd’hui comme de tous temps, Titus aime Bérénice et pourtant il la quitte. Il l’abandonne parce qu’il ne peut quitter Roma qui est son épouse et la mère de ses enfants, même s’il ne l’aime plus. Ce soir de 2015, Bérénice est dévastée lorsqu’elle apprend l’abandon de Titus. Après le choc, elle entre en convalescence, accepte l’empathie de ses proches, partage des confidences. Au cours de ces confessions, une voix lui murmure un vers de Racine. Elle se raccroche à celui-ci comme à tant d’autres alexandrins du grand auteur. Ardente, la langue du tragédien s’insinue en elle. Elle veut comprendre comment Racine a pu écrire de tels vers, et ce qui l’a amené à une connaissance si profonde des sentiments amoureux. Elle veut comprendre pourquoi Titus l’a quittée. Ne l’aimait-il pas ?

Nathalie Azoulai utilise ce joli prétexte pour écrire une biographie de… lire la suite

 

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Un roman découvert lors du mois belge 2016 chez Mina, du blog Mon salon littéraire,  qui m’a donné très envie de le lire :

La chronique de Mina à lire ici :

http://monsalonlitteraire.blogspot.be/2016/04/guerre-et-terebenthine-stefan-hertmans.html

 

 

 

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Delphine-Olympe nous a présenté en mai 2015 ce  « beau portrait de femme, servi par une écriture élégante et sincère » : un roman dont j’attendais avec impatience la sortie en collection de poche.

Voici la chronique de Delphine-Olympe :

https://delphine-olympe.blogspot.be/2015/05/la-triomphante-teresa-cremisi-equateurs.html

 

 

 

Roman feel-good

 

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Dans une interview réalisée il y a presque un an, en juin 2015, l’auteure belge Karine Lambert nous confiait que son deuxième roman était en cours d’écriture et qu’il s’agissait d’une histoire d’amour. C’est en effet une belle histoire entre Marguerite et Marcel que l’auteure de « L’immeuble des femmes qui ont renoncé aux hommes » nous invite à découvrir dans « Eh bien, dansons maintenant » qui vient de paraître aux éditions JC Lattès.

Certes, le roman s’ouvre sur un moment douloureux, puisque Maguy … lire la suite

 

 

 

Polars étrangers

 

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Après avoir découvert il y a quelques mois le commissaire Bordelli dans le roman éponyme de Marco Vichi, j’ai craqué cet été pour le second tome en italien, afin de voir si l’écriture de l’auteur était abordable en VO. C’est tout à fait le cas et j’ai beaucoup apprécié ce second tome qui cette fois développe deux enquêtes que Bordelli mène parallèlement. On se souviendra que le premier volume faisait la part belle aux personnages de sorte que l’enquête était presque secondaire, ce qui n’est plus le cas dans « Une sale affaire ».

Nous sommes à Florence en avril 1964. Le commissaire Bordelli reçoit la visite de Casimiro, un nain qu’il connaît depuis une vingtaine d’années… Lire la suite

 

 

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Originaire d’Ostrobotnie, une région suédophone de l’ouest de la Finlande, Maija arrive avec sa famille en Laponie suédoise en 1717 pour s’installer dans la ferme d’un oncle. En Finlande, son mari, Paavo, était pêcheur, un métier qu’il avait dû abandonner en raison de l’apparition d’une phobie de la mer. L’oncle Teppo leur avait alors proposé d’échanger le bateau de Paavo contre une terre fertile qu’il possédait dans les montagnes de Laponie suédoise.

Dès leur arrivée, Maija et ses deux filles, Fédérica et Dorotea, se rendent compte que la montagne Bläckåsen n’est pas la terre riche que leur oncle leur avait vantée. Bien au contraire… Lire la suite

 

 

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Pour terminer, un polar  qui commence doucement mais qui cache bien son jeu. La chronique de Belette ne m’a pas laissée indifférente :

https://thecanniballecteur.wordpress.com/2016/03/12/la-nuit-derriere-moi-giampaolo-simi/

 

Hier ou jamais, Elisabeth Herrmann

hier-ou-jamais-elisabeth-herrmannElisabeth Herrmann est une auteure allemande de polars qui rencontre beaucoup de succès en Allemagne et à l’étranger. Seuls ses romans les plus récents sont traduits en français et les Editions Slatkine nous proposent aujourd’hui de découvrir «Hier ou jamais», publié en 2005 en Allemagne et qui vient d’être traduit en français pour la première fois.

«Hier ou jamais» est le premier volume d’une série qui en comporte cinq et qui met en scène les enquêtes d’un jeune avocat, Joachim Vernau.  Celui-ci travaille pour le Cabinet Zernikow où il est encore en période d’essai avant de, peut-être, devenir associé. Joachim Vernau est également « à l’essai » dans la famille von Zernikow, puisqu’il habite dans la villa de Utz von Zernikow, et vit avec sa fille, Sigrun, future sénatrice en campagne électorale. Il y a également la grand-mère, Irene von Zernikow, une nonagénaire indigne au caractère plus que bien trempé !

Jusqu’ici, le suspense pour Joachim concerne surtout ses relations avec Sigrun. Happée par sa campagne électorale, celle-ci en oublie son conjoint qui s’interroge sur leur avenir commun. Mais l’ouverture d’un testament va bouleverser la vie de la famille et du cabinet; autant que l’intrusion mystérieuse dans le jardin de la villa d’une vieille femme russe, fait d’abord jugé anodin mais qui prendra toute son ampleur lorsque celle-ci sera retrouvée morte.

Le titre allemand, «Das Kindermädchen», que l’on peut traduire par « la nounou/la nourrice », fait référence à la question des travailleuses forcées pendant la seconde guerre mondiale. Comme l’explique l’auteure dans sa postface, « de très jeunes filles, déportées vers l’Allemagne nazie depuis des régions occupées, avaient gardé et soigné avec affection des enfants allemands ». Beaucoup de ces nounous, qui avaient été de véritables esclaves en Allemagne pendant la guerre, attendaient encore une indemnisation à l’aube des années 2000. Emue par cette situation, l’auteure a choisi de l’évoquer dans son premier polar.

C’est cet aspect de l’histoire allemande qui m’a le plus intéressée dans ce roman policier, comme le contexte historique ainsi que le regard allemand posé sur la question. J’ai également apprécié le personnage de Joachim Vernau, jeune avocat promis à un bel avenir, mais soucieux d’honnêteté, notamment dans ses sentiments. Aidé par Marie-Luise, une avocate un peu sèche mais au cœur tendre, et par Kevin, un étudiant stagiaire de prime abord très paresseux, mais qui révèle tout son talent lorsque l’occasion lui en est donnée et qui s’illustrera certainement dans les volumes suivants.

Je remercie les éditions Slatkine de m’avoir fait découvrir cette auteure que je ne manquerai pas de suivre à l’avenir.

Hier ou jamais, Elisabeth Herrmann, traduit de l’allemand par Céline Maurice, Slatkine et Cie, octobre 2016, 509 p.

 

Livre lu dans le cadre du challenge Polars et thrillers chez Sharon et du challenge femmes de lettres chez George.logopolarssharon1dames de lettres

Promesse, de Jussi Adler-Olsen

promesse-adler-olsenComme d’habitude, le département V est débordé et c’est bien ce que Carl fait comprendre, certes un peu brutalement, à un collègue de l’île de Bornholm lorsque celui-ci l’appelle pour lui demander de l’aide. Il est vrai que Carl a également décidé de réorganiser sa vie personnelle, ne serait-ce que pour trouver un peu de temps pour le sommeil. Et puis, il y a aussi cette vieille histoire qui resurgit, sortie de l’imagination de Ronny, son cousin, et que celui-ci disait avoir racontée dans un roman à paraître. Le hic était que Carl s’y trouvait impliqué dans un meurtre : très mauvais pour un policier, même rien dans cette histoire n’était véridique.

Carl n’a pas le temps de souffler : Rose vient lui annoncer la mort d’un certain brigadier Habersaat qui vient de se suicider en plein milieu de son pot de départ à la retraite. Habersaat avait trouvé porte close au département V qu’il avait appelé en tout dernier espoir concernant une ancienne affaire. Il s’agit bien du collègue de l’île de Bornholm. Rose ne mâche pas ses mots et accuse Carl d’avoir refusé d’écouter le brigadier et d’être responsable de sa mort. Même si Carl relativise sa responsabilité dans cette affaire, il comprend que le devoir l’appelle et accepte le voyage que Rose est déjà en train d’organiser vers Bornholm. Assad sera bien sûr de la partie : on ne se prive pas d’un assistant hors pair, qui excelle à apaiser les conflits, à exercer son esprit analytique et mettre le doigt sur des détails essentiels.

C’est ainsi que le département V relance l’enquête sur le décès d’une jeune fille de dix-sept ans, dont le corps avait été retrouvé dans un arbre, alors que son vélo gisait, broyé, au bord de la route. C’était en 1997 : un nouveau « cold case » et une nouvelle enquête passionnante pour Rose, Carl et Assad, qui nous emmènent cette fois dans l’univers de certaines médecines alternatives et de leurs dérives sectaires.

Ce sixième tome tient ses promesses : le rythme reste lent, bien qu’il s’accélère à la fin, mais l’auteur réussit toujours à nous tenir en haleine. C’est vrai qu’il nous livre de nouvelles informations sur les personnages, tout particulièrement sur Assad, mais il les distille savamment, pour susciter notre curiosité, en attendant la suite des enquêtes de ce trio danois, particulièrement intéressant !

 

Promesse, Jussi Adler-Olsen, traduit du danois par Caroline Berg, Albin Michel, janvier 2016, 650 p.

 

Livre lu dans le cadre du challenge scandinave chez Marjorie, du challenge polars et thrillers chez Sharon et du challenge objectif PAL 2017 chez Antigone.

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Brunetti en trois actes, Donna Leon

brunetti-en-trois-actesPour le vingt-quatrième tome des enquêtes du commissaire Brunetti, Donna Leon situe son intrigue dans le milieu de l’opéra qui lui est cher. Cela lui permet de retrouver le personnage de Flavia Petrelli, diva qui était en tête d’affiche du premier Brunetti « Mort à la Fenice ». La grande cantatrice est donc de passage à Venise pour quelques représentations de la Tosca. A la fin du spectacle, auquel Brunetti et son épouse Paola ont d’ailleurs assisté, une pluie de roses jaunes s’est abattue sur la scène. Rien d’anormal pour les spectateurs, habitués à ce genre de marques d’admiration.

Il n’en va pas de même pour Flavia Petrelli qui découvre dans sa loge des centaines d’autres roses, d’autant que ce n’est pas la première fois. L’admiration des fans tourne parfois au harcèlement et il semble bien que ce soit le cas. Après de longs moments d’angoisse, Flavia décide finalement de faire appel au commissaire Brunetti qui commence à prendre l’affaire très au sérieux lorsqu’une jeune fille est agressée sur un pont de Venise. Celle-ci venait en effet de recevoir des félicitations de la part de la Flavia qui l’avait entendue répéter.

L’enquête est lancée et elle permet à la fois à l’auteure d’explorer la psychologie des harceleurs et d’emmener le lecteur dans les coulisses de l’opéra. L’intrigue se déroule en trois actes, comme l’opéra lui-même et se termine en beauté, avec une bonne dose d’action (pour un Brunetti !).

Et puis, comme d’habitude, il y a le charme particulier de Venise, la grâce de Paola et la sérénité parfois teintée d’humour qui se dégage de la famille Brunetti et l’insolence intelligente et déterminée de la signorina Ellettra. Sans oublier un commissaire qui ne soit ni alcoolique, ni dépressif, mais qui, heureusement, rencontre constamment des difficultés avec sa hiérarchie et avec l’administration en général, sinon sa vie serait trop parfaite pour être vraie…

C’est donc un Brunetti particulièrement intéressant et dynamique que j’ai retrouvé avec cette lecture et qui me donne envie de me plonger rapidement dans un autre tome de la série !

Brunetti en trois actes, Donna Leon, traduit de l’anglais par Gabriella Zimmermann, Calmann-Lévy, 2016, 338p.

Livre lu dans le cadre du challenge 1% de la rentrée littéraire, du challenge Il viaggio chez Eimelle, du challenge Femmes de lettres chez George et du challenge vénitien.

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Une lame de lumière, Andrea Camilleri.

une-lame-de-lumiereVoici la dernière enquête du commissaire Montalbano qui vient de paraître en français, avec un décalage de quatre ans par rapport à la version originale ; le roman italien est en effet sorti depuis 2012, et j’ai donc eu la mauvaise surprise de découvrir en lisant les premières pages  d’« Une lame de lumière » que je connaissais déjà cette enquête, grâce à l’adaptation télévisée des romans de Camilleri.

Peu importait finalement, j’étais lancée et il y avait longtemps que je n’avais pas lu de « Montalbano ». J’étais en outre curieuse, après avoir lu l’avertissement du traducteur quant aux choix qu’il a dû effectuer pour rendre toute la saveur de la langue bien particulière de l’auteur, de voir comment il s’en était tiré !

Je redoutais en effet que la lecture ne soit pas fluide, ayant lu quelques avis négatifs au sujet de la traduction. Pourtant, les libertés prises par l’excellent Serge Quadrupanni, loin de me gêner, m’ont au contraire rappelé l’atmosphère qui règne dans la série italienne (que je regarde toujours en VO avec les sous-titres italiens pour m’aider face au dialecte sicilien). J’ai vraiment eu l’impression d’y être !

Cet épisode des enquêtes de Montalbano m’a bien plu. On y retrouve les travers des enquêteurs de Vigata, Montalbano, Mimi Augello, Fazio et bien sûr Catarella qui n’en rate pas une ! La vie privée du commissaire occupe une place importante dans le roman : on en apprend un peu plus sur Livia et sur le fait que Montalbano et Livia n’aient jamais eu d’enfant. La relation du commissaire avec sa fiancée éternelle est d’ailleurs mise en danger par la rencontre avec la belle Marian qui vient d’ouvrir une galerie d’art à Vigata. Montalbano cède à la tentation et hésite à quitter Livia…

Quant à l’enquête, elle est assez classique. Sont présents les nombreux ingrédients souvent utilisés par l’auteur, mais cela fonctionne toujours bien. Cette fois, c’est une jeune femme de vingt ans, Loredana, qui est agressée alors qu’elle allait déposer l’argent de la recette de son mari, un commerçant de cinquante ans, après avoir fait un long détour chez son amie Valeria. En même temps, un agriculteur se plaint d’avoir découvert des indices laissant penser que des individus occupent une grange qui lui appartient : la piste de tunisiens, réfugiés politiques ayant fui leur pays, semble se confirmer…

Comme d’habitude, Andrea Camilleri nous invite à assister aux repas du commissaire Montalbano, délices souvent préparés par la prévenante Adelina, ou pris chez Enzo. Dans cet épisode, comme la plupart du temps, Montalbano est seul à table, sous sa véranda  face à la mer. Nous partagerions bien avec lui quelques délicieux plats siciliens… (n’est-ce-pas Martine ?)

Pour retrouver l’univers de Montalbano, je vous conseille de faire un petit tour sur le blog de Martine ici et ici. Et pour en savoir plus sur « Une lame de lumière », découvrez son avis ici.

 

Une lame de lumière, Andrea Camilleri, traduit de l’italien (Sicile) par Serge Quadruppani, Fleuve noir, septembre 2016, 255p.

 

Livre lu dans le cadre du mois italien chez Eimelle, du challenge Polars et thrillers chez Sharon et du challenge 1% de la rentrée littéraire.

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