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Une fois, un jour, Erri de Luca

Une fois un jour Erri de LucaAprès le magnifique « Le poids du papillon », voici un court récit d’Erri de Luca dont je ne regrette qu’une chose, c’est le titre français. En ne reprenant pas la traduction littérale du titre original « Non ora, non qui », (pas maintenant, pas ici), la version française se prive d’un titre qui était davantage en phase avec le récit et avait une signification particulière, comme l’auteur l’explique dans le texte. Par ailleurs, après avoir relu ce récit qui était depuis longtemps dans ma bibliothèque, j’ai pu constater que l’édition Folio plus récente reprenait fort heureusement le titre « Pas ici, pas maintenant ».

« Une fois, un jour », est le récit de l’enfance napolitaine d’Erri de Luca. Né dans une famille bourgeoise qui a tout perdu pendant la guerre, le petit Erri vit dans un logement exigü au rez-de-chaussée d’une maison, avec pour toute vue le mur de tuf d’une ruelle napolitaine. Le soleil n’arrive pas jusqu’aux fenêtres de l’appartement, mais de temps en temps, la mère emmène ses enfants pour une excursion à Ischia où ils s’adonnent aux joies de la baignade. Ils ne se mêlent pas aux autres enfants de leur quartier, ils ne vivent pas de la même façon que ceux qui ont toujours été pauvres, la mère exige d’eux le silence et le calme. Malgré les reproches qu’elle leur adresse souvent, l’atmosphère est plus légère qu’elle ne le sera dans la belle maison, quelques années plus tard.

« L’enfance aurait bien pu durer éternellement, je ne m’en serais jamais lassé » (p54)

Car la pauvreté heureusement a une fin, mais elle correspond aussi à la fin de l’enfance pour l’auteur. C’est en effet pour lui un vrai bouleversement que l’installation dans la nouvelle maison, grande, belle et lumineuse. Cette période est rythmée par les photographies que prend le père. Elle s’achèvera lorsqu’il deviendra aveugle, une dizaine d’années plus tard. De cette époque où la vie est plus facile, l’auteur n’a que peu de souvenir, même s’il en possède des photographies : c’est le tri subjectif qu’opère la mémoire.

Le récit n’est pas linéaire. Erri de Luca va et vient dans les méandres de son enfance. Il est aujourd’hui un homme âgé. Il voit sa mère jeune qui ne le voit pas, lui, le fils vieux, qui va bientôt mourir. Il est aussi cet enfant qui a perdu son meilleur ami, Massimo, la seule fois où il a pleuré. Il est cet homme jeune qui bientôt perdra sa femme. Il est toujours cet enfant bègue, qui perd l’équilibre devant l’assurance et le rire des autres. Un défaut qui est peut-être à l’origine de son goût pour l’écrit :

« … le défaut attire l’attention au point qu’il suffit à lui seul à définir la personne toute entière. Ainsi, la confusion des mots, à l’entrée ou à la sortie, pour le sourd ou le bègue, déclenche le rire aussi sûrement que celui qui tombe ou perd l’équilibre. Parler, c’est parcourir un fil. Ecrire, c’est au contraire le posséder, le démêler » (p28).

« Une fois, un jour » est un magnifique texte, empli de poésie, où la mère du narrateur joue un rôle central. Erri de Luca s’adresse à elle avec une grande sensibilité qui capte tous les malentendus. Son écriture fait également preuve de beaucoup de pudeur, comme les moments partagés en famille :

« Nous nous sommes mal compris avec obstination, comme pour nous protéger de quelque chose. Nous avons préservé cette incompréhension par une sorte de discrétion et de pudeur : maintenant, je sais que c’est ainsi que naissent les affections. ».

Une fois, un jour, Erri de Luca, traduit de l’italien par Danièle Valin, Rivages poche, bibliothèque étrangère, 1994, 109p.

Pas ici, pas maintenant, Erri de Luca, Folio n°4716, Paris, 2008. Existe aussi en Folio bilingue n°164.

Billet à retrouver avec la biographie de l’auteur sur Pages italiennes.

Du même auteur : « Le poids du papillon« .

Livre lu dans le cadre du mois italien chez Eimelle, du Challenge Il viaggio et du challenge Italie 2015 chez Virginy

le mois italien

challenge italie

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L’ami retrouvé, de Fred Uhlman

l'ami retrouvéLa taille n’est certainement pas ce qui fait la grandeur d’un récit et le court roman de Fred Uhlman est là pour nous le rappeler. C’est en effet une vraie pépite que cet « ami retrouvé » qui se lit en une petite heure : un récit initiatique au dénouement bouleversant, servi par une belle écriture classique.

Le narrateur a seize ans et il étudie dans le lycée le plus renommé de Stuttgart. Jeune homme réservé, Hans Schwarz n’a pas de véritable ami, mais l’arrivé d’un nouveau va tout changer :

« Je puis me rappeler le jour et l’heure où, pour la première fois, mon regard se posa sur ce garçon qui allait devenir la source de mon plus grand bonheur et de mon plus grand désespoir ».

C’est le début d’une grande amitié, à la hauteur des exigences romantiques des deux adolescents. Mais Hans est le fils d’un médecin juif, tandis que Conrad descend d’une illustre famille protestante. Le récit débute en 1932, alors que le nazisme commence à se répandre en Allemagne, ce qui n’inquiète alors ni les parents de Hans, ni a fortiori celui-ci :

« … je savais que les Schwarz avaient vécu à Stuttgart depuis deux siècles au moins et peut-être depuis bien plus longtemps (…) Tout ce que je savais, c’est que c’était là ma patrie, mon foyer, sans commencement ni fin et qu’être juif n’avait fondamentalement pas plus d’importance qu’être né avec des cheveux bruns et non avec des cheveux roux. Nous étions Souabes avant toute chose, puis Allemands, puis Juifs. Quel autre sentiment pouvait être le mien ou celui de mon père ou celui du grand-père de mon père ? »

C’est au travers de cette amitié alors remise en question que le jeune Hans va comprendre ce qui fait de lui un Allemand différent. De même, l’atmosphère change au sein du lycée où Hans n’avait jamais été victime de la moindre intolérance. Heureusement, ses parents comprendront vite ce qui menace leur fils…

« L’ami retrouvé » est un récit en partie autobiographique que je vous conseille absolument. Il figurera parmi mes coups de cœur de l’année 2015 !

 

L’ami retrouvé, Fred Uhlman, traduit de l’anglais par Léo Lack, Folio n°1463, Paris, 1989, 122 p.