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Ma famille et autres animaux, Gerald Durrell

Tout est dans le titre, jusqu’à l’humour de l’auteur ! « Ma famille et autres animaux » est le premier volume de la trilogie de Corfou, qui décrit le séjour de Gerald Durrell sur l’île grecque, alors qu’il n’a que dix ans. Et c’est une véritable ménagerie que le petit Gerald installe, dans une villa grecque où vit une famille déjà haute en couleurs !

C’est juste avant le début de la seconde guerre mondiale que la famille Durrell, composée de la mère, veuve, et de ses quatre enfants, arrive à Corfou avec quelques bagages pour s’installer loin des frimas de son pays natal. A l’origine de cette décision, le fils aîné, Lawrence Durrell -qui deviendra l’auteur du magnifique « Quattuor d’Alexandrie »-, et qui ne supporte plus la pluie fine et pénétrante de l’été britannique : il insiste auprès de sa mère, qui ne se fait pas prier longtemp, pour vendre la maison et partir à l’aventure à destination de Corfou.

Sur place, il n’y a plus qu’à trouver une villa, à en changer lorsque celle-ci devient trop petite parce que l’on veut y inviter des amis, et à vivre simplement, au rythme calme de cette île de la mer ionienne… Le petit dernier, Gerald, dit Gerry, s’en donne à cœur joie et développe son intérêt de naturaliste amateur. Avec lui, on observe le défilé des saisons et les changements qu’elles produisent sur le paysage, la végétation et la vie animale, nous offrant le spectacle d’une nature alors préservée de l’action de l’homme.

Gerry est un enfant très débrouillard, qui aime apprendre par l’expérience, et qui rapporte de nombreux animaux dans la maison familiale, au grand dam du reste de la famille et du fidèle Roger, le chien, bien obligé de partager son maître et tout le reste, avec des invités pas toujours commodes, tortue, pies, serpents, scarabées, scorpions, goéland… Autant de souvenirs que Gerald Durrell, devenu par la suite naturaliste et zoologiste, raconte avec beaucoup d’humour. Le roman nous fait partager le quotidien de cette famille libre et excentrique, mais aussi regretter le paradis perdu que représente la nature grouillante de vie qui existait alors. Une vraie bouffée d’air frais dont on a bien besoin de nos jours…

Ma famille et autres animaux, Trilogie de Corfou, Gerald Durrell, traduit de l’anglais par Léo Lack, Editions La table ronde, Paris, 2014, 393 p.

 

Lu dans le cadre du challenge Objectif PAL chez Antigone.

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Souvenirs de la marée basse, Chantal Thomas : rentrée littéraire.

« Le plus souvent nous tenons fermée au reste du monde la sphère de nos agissements. En respect de notre culte du secret, mais aussi par nécessité -par l’impossibilité où nous sommes de traduire en mots compréhensibles les brûlantes expériences de notre quotidien. Nous vivons des moments palpitants, il se produit mille choses, mais, le soir venu, nous n’avons rien à raconter (…). C’est aussi la nature de nos activités, leur caractère indescriptible, qui nous réduit au silence. Nous ne racontons rien, parce que nos occupations ne se laissent pas raconter. »

C’est pourtant ce que Chantal Thomas fait de façon admirable, raconter ses souvenirs d’enfance, puis de jeune adulte. Fille unique d’une mère distraite et toute entière tendue vers son amour de la natation, la petite fille est très vite autonome, se raconte des histoires et vit des journées sans cesse renouvelées grâce à une imagination inépuisable. Elle aime profondément la mer qui représente le centre de son univers, alors qu’elle vit à Arcachon toute l’année.

Sur la plage, les camarades de jeu vont et viennent, ils conviennent toujours, jusqu’à l’amitié exclusive avec Lucile, les journées passées en sa compagnie à explorer le sable et les bords de mer, sous les regards de la Princesse du Palais des mers, au gré des éléments, soleil, vent, pluies, marées.

Chantal Thomas nous communique la volupté de nager qu’elle évoque si bien :

« Et c’est avec dans les yeux la vision persistante de cette fête du bleu que je commence à nager. L’eau, à peine refroidie par la pluie d’hier soir, est toujours aussi bonne. La douceur de sa température rend plus délicieusement enveloppante chaque brasse, laquelle exige la suivante et ainsi de suite. Ce n’est jamais assez (…). Je ressens ce désir montant qui ouvre la baigneuse à une durée infinie. Je nage, je passe de la brasse à la brasse coulée, change pour l’indienne, son art de la diagonale, ce plaisir à fendre l’eau en biais… »

Mais il n’y a pas que l’eau et le sable. L’enfant vit à Arcachon où elle distingue la ville d’Eté, mais aussi celle d’Automne et d’Hiver, à ne pas confondre. Il y a le souvenir de la Grande Poupée, le regard amusé qu’elle porte sur la famille Leçon et sur la famille Chiffre, si différentes de la sienne. Il y a aussi la forêt qui l’effraie, où elle passe les après-midis grises  avec Lucile, ainsi que le club de gymnastique et les premiers assauts de la pudeur.

Plus tard, la mère de l’auteure quittera Arcachon pour Menton : la mer, le sport, les vacances encore, durant toute l’année. On découvre que la maman mélancolique est  aussi très lunatique, des indices nous laissent entendre que c’est pathologique. Le lien qui unit mère et fille souffre de cette distance qui a toujours existé entre elles, mais il ne rompt jamais. Au contraire, la maturité leur apporte à toute deux un rapprochement. L’eau omniprésente n’est jamais triste, les vagues emportent avec elles les joies et les peines pour ne laisser aux hommes que « la grâce de l’instant ».

Comme son titre l’indique parfaitement, « Souvenirs de la marée basse » est un roman d’atmosphère évoquant l’enfance des bains de mer. Il suffit de se laisser porter par les mots de Chantal Thomas, comme dans l’eau, et de fermer les yeux pour se croire transporté(e) à cette époque : des souvenirs délicieusement surannés qui nous rappellent tout le charme de l’enfance lointaine. Chantal Thomas possède dans les descriptions, -et ce n’est pas paradoxal- un admirable pouvoir de suggestion. Une écriture précise et élégante qui nous communique avec talent des sensations toujours intactes malgré les années. Une très belle lecture de cette rentrée littéraire !

Coup de coeur 2017 !

Souvenirs de la marée basse, Chantal Thomas, Seuil, Paris, août 2017, 213 p.

 

Livre lu dans le cadre du challenge 1% de la rentrée littéraire : 2ème lecture.