Coups de coeur

Voici quelques lectures « coup de cœur » de 2013 et 2014:

 

De magnifiques réflexions sur l’amitié, Les Braises, de Marai.

braises

Henri , général en retraite de l’ancienne Armée impériale d’Autriche-Hongrie, désormais démembrée, reçoit la lettre d’un ancien ami qui lui annonce sa visite. Aidé par sa nourrice nonagénaire, il s’emploie à préparer l’entrevue dans un décor inchangé depuis quatre décennies.

Conrad et Henri se sont rencontrés à l’Académie militaire de Vienne où ils se préparaient tous deux à entrer dans l’Armée impériale. Ils avaient alors dix ans et, bien qu’issus de milieux différents, ils étaient devenus amis. Ils ne se sont alors plus quittés pendant toute leur jeunesse et le début de leur vie d’adulte. Puis tout s’est arrêté, on ne sait pourquoi.

Après cette présentation, l’auteur entre dans le vif du sujet : Conrad arrive et Henri le reçoit comme autrefois, dans la vieille demeure où ils se retrouvaient chaque semaine, en compagnie de l’épouse d’Henri, Christine, décédée depuis de nombreuses années. Les deux hommes ont attendu quarante et une années avant de se retrouver, après le départ suspect de Conrad qui a marqué la fin d’une grande amitié. Le huis-clos commence alors. Les deux tiers du roman sont consacrés à la conversation tendue que tiennent les deux amis d’autrefois pendant une bonne partie de la nuit. L’échange est sincère, chacun dit ce qu’il pense, ce que la vie lui a appris, ce qu’il a déduit, interprété, de l’échec de cette amitié.

L’amitié est en effet au centre de la conversation. Mais les deux anciens amis parlent aussi de la mémoire, des détails que l’on retient avec précision et de ce qui a finalement de l’importance pour nous. Conrad évoque sa vie sous les tropiques, là où l’humidité permanente attaque tout, jusqu’à l’humeur et le caractère. Henri quant à lui, parle de sa solitude dans la grande maison isolée, à l’orée de la forêt.

Le général revient sur le départ brutal de son ami. Puisqu’ils ont attendu tant d’années pour se revoir, il importe maintenant d’aborder la vérité. Henri fait l’éloge de l’amitié comme un lien profond et sincère propre aux hommes, mais voué à l’échec. De cet examen sans concessions, naît pour le lecteur la prise de conscience que l’amitié est vécue, ressentie de façon très différente entre deux amis, chacun n’y attachant pas la même importance. De la même façon , Conrad et Henri n’accordent pas la même valeur aux mots, ce qui fausse inévitablement leurs conversations et donc, leur relation.

La vérité sera mise au grand jour, les responsabilités assumées des deux côtés, jusqu’à l’apaisement final. Au passage, Marai aborde le mensonge, le passage du temps et la vieillesse, le destin et le rôle que les hommes jouent au sein de celui-ci.

Les Braises est un roman d’une grande richesse, très bien écrit, dont je me suis véritablement délectée. Une seconde lecture m’a permis d’ approfondir la réflexion qu’il suscite. Sandor Marai est l’un des plus grands écrivains hongrois, que j’ai découvert il y a peu à travers Les Braises, La conversation de Bolzano et Le miracle de San Gennaro. Parmi ceux-ci , Les Braises m’a particulièrement touchée, sans doute parce que l’amitié y occupe une place centrale, et parce que Marai permet au lecteur de mettre des mots sur des expériences anciennes, sur des ressentis jamais formulés; c’est là sans aucun doute le propre des grands écrivains !

Un blog est consacré à Sandor Marai, où vous pourrez découvrir la biographie et l’oeuvre de cet écrivain hongrois, né en 1900 et mort en 1989.

http://sandor-marai.blogspot.fr/

Les braises, Sandor Marai, Le livre de poche, Paris, 1995, 219 pp.

 

 

 

La promesse de l’aube, Romain Gary

La promesse de l'aube

 

En cette année 2014 qui marque le centenaire de la naissance de Romain Gary, l’auteur aux multiples personnalités est à l’honneur dans beaucoup de librairies, comme vous l’aurez peut-être remarqué. C’est l’occasion de (re)découvrir une œuvre magnifique au sein de laquelle La promesse de l’aube occupe une place particulière. C’est en effet une autobiographie, d’un genre un peu spécial , puisque l’auteur y raconte son enfance à Vilnius, alors en Pologne, puis à Nice, et sa vie de jeune adulte jusqu’à la fin de la guerre, en décrivant les événements qu’il a vécus, de façon parfois romancée, parfois interprétée, avec même un brin de mythomanie, mais en rendant un hommage presque inconditionnel à sa mère qui l’a élevé seule. Romain Gary disait d’ailleurs de La promesse de l’aube qu’elle était « d’inspiration autobiographique ». On comprendra que l’auteur avait une grande imagination, qu’il tenait d’ailleurs de sa mère, et à laquelle il laisse libre cours dans ce roman autobiographique, comme dans le reste de son œuvre.

De sa mère, Mina  Owczynska , il en est beaucoup question dans La promesse de l’aube. Elle devient même le personnage central, volant très souvent la vedette à son fils, de son vrai nom Roman Kacew. Mina est omniprésente, encensant un fils qu’elle adorait et en qui elle croyait de toutes ses forces. Tant et si bien qu’elle passait en revue tous les futurs possibles pour lui, l’imaginant tour à tour héros, général, « virtuose violoniste », écrivain, et même Ambassadeur de France. Il sera aussi, elle l’imagine, entouré des plus belles femmes. La mère espère tellement pour son fils, qu’il s’emploiera toute sa vie à ne pas la décevoir, en réalisant les ambitions artistiques qu’elle n‘avait pu atteindre elle-même. Il s’essaie au violon, à la peinture, la poésie. Il tente le sport également, mais échoue en natation : « une fois de plus, je dus me rabattre vers la littérature, comme tant d’autres ratés », conclut-il. Il ramène toutefois une médaille d’argent en ping-pong, que sa mère gardera près d’elle toute sa vie. Outre la carrière d’écrivain qu’on lui connaît, et les deux prix Goncourt, il fut également décoré commandeur de la légion d’honneur suite à son engagement dans les Forces Aériennes Françaises Libres, et diplomate, Consul de France à los Angeles !

Passionnée, la mère de Roman est parfois comique dans l’expression de ses sentiments exacerbés envers son fils. Elle ne recule devant rien, ne se sent jamais ridicule lorsqu’il s’agit de son fils. Elle fut prête à aller dire aux professeurs de sciences de Roman, qui l’accablaient de zéros, qu’ils ne le comprenaient pas. Plus tard, à Nice, elle se rendait de temps en temps au marché, et montée sur un banc, informait les maraichers des dernières prouesses de Roman.

Mina  Owczynska fut maîtresse du destin de son fils, elle, la « fille d’un horloger juif de la steppe russe de Koursk » qui l’avait élevé dans l’amour de la France, et de la langue française. Il serait français, et même, Ambassadeur de France ! Et Roman, bien que parfois humilié par les moqueries de l’entourage, continue à croire que l’avenir que sa mère lui annonce avec tant de conviction, va bien finir par se réaliser. Il lui fait d’ailleurs la promesse, alors qu’il n’est encore qu’un enfant, celle de devenir un jour ce grand homme qu’elle attend. La promesse de l’aube, c’est aussi celle qu’il fait à un vieux voisin, qui voudrait que Roman parle de lui aux grands de ce monde, lorsqu’il les rencontrerait, plus tard. Et Romain Gary tiendra parole, à l’ONU, à l’Elysée, devant la Reine d’Angleterre, parce qu’il n’oublie pas de rendre un peu de dignité aux hommes, parce qu’il croit à son destin annoncé, sans toutefois être jamais arrogant.

C’est en effet l’humour qui sauve Romain Gary en le préservant de toute arrogance et en l’aidant à surmonter les humiliations. Comment un enfant ainsi admiré, adulé, a-t-il pu devenir un adulte humble ? Comment a-t-il pu continuer à respecter une mère si excessive ? Certainement en partie grâce à cet humour narquois et sans concession qu’il jette sur lui-même, sur l’enfant qu’il était alors et sur l’homme qu’il est devenu, lorsqu’il écrit La promesse de l’aube à quarante-quatre ans. Romain Gary nous livre ici une très belle définition de l’humour :

« L’humour a été pour moi, tout le long du chemin, un fraternel compagnonnage ; je lui dois mes seuls instants véritables de triomphe sur l’adversité. Personne n’est jamais parvenu à m’arracher cette arme, et je la retourne d’autant plus volontiers contre moi-même, qu’à travers le « je » et le « moi », c’est à notre condition profonde que j’en ai. L’humour est une déclaration de dignité, une affirmation de la supériorité de l’homme sur ce qui lui arrive »(p160).

C’est aussi grâce à l’amour qu’il portait à sa mère. Le livre tout entier est un hommage à celle-ci, qui en fait une des plus belles déclarations d’amour filial de la littérature, avec Le livre de ma mère d’Albert Cohen.

La promesse de l’aube est donc un livre essentiel, magnifique, très bien écrit, au contenu d’une richesse exceptionnelle. Assurément l’un de mes coups de cœur parmi les classiques de la littérature française du XXème siècle !
La promesse de l’aube, Romain Gary, Folio n°373, avril 2012, 391 p.

 

 

Entre ciel et terre, de Jόn Kalman Stefảnsson

Entre ciel et terre

En Islande, il y a plus d’un siècle, un village de pêcheurs difficile d’accès : il faut en effet passer l’Infranchissable pour l’atteindre. Des hommes s’y entassent dans des baraquements, avec pour seul réconfort le sourire parfois maternel de la cantinière qui s’occupe de leur intendance. Ils ont des familles, au loin, et s’isolent dans le Village pour de longues semaines, afin d’assurer la subsistance des leurs avec les maigres produits de leur pêche. Leur travail est rude, ils sont livrés aux éléments, ne peuvent se fier qu’à l’observation de la nature avant de partir en mer. Alors, ils sont à la merci d’une grosse vague, d’un coup de vent qui retournerait leur coquille de noix et emporterait vers les noires profondeurs tous ces pêcheurs qui ne savent pas nager.

Le « gamin » en fait partie, lui qui à la différence des autres, aime les mots et les livres, et rédige les lettres que quelques pêcheurs destinent à leurs épouses. Il n’est pas seul car il partage cet amour des livres avec Bardur, un pêcheur qu’il ne quitte pas et avec qui il achète des livres en commun. Bardur s’est procuré cette fois-ci Le paradis perdu de Milton et ne peut s’en détacher, au moment même de sortir en mer :

« Plongé dans le recueil de l’Anglais aveugle qu’un pasteur pauvre avait recomposé en islandais à ses heures perdues, il lit une nouvelle fois la strophe, ferme les yeux l’espace d’un instant et son cœur se met à battre. On dirait que les mots sont encore capables de toucher les gens, c’est incroyable, peut-être toute lumière ne s’est-elle pas éteinte en eux, peut-être que, malgré tout, il subsiste quelque espoir » p46.

En pleine nuit, le réveil a été difficile, et si Bardur pense à relire quelques strophes du Paradis perdu, il oublie sa vareuse et monte dans le bateau avec les autres hommes du baraquement. Il faut ramer, cela réchauffe, mais bientôt, le vent monte, la neige tourbillonne, et l’homme sans vareuse est condamné à mourir de froid.

Personne ne pouvait rien pour lui. Contrairement à la vareuse, les mots sont inutiles en mer. Le gamin, ivre de douleur, décide de rendre un hommage à son ami, et d’effectuer seul le difficile périple de retour du Village vers la civilisation, afin de rendre l’exemplaire du paradis perdu emprunté par Bardur. C’est alors que débute pour lui un long cheminement, au cours duquel il oscille entre le choix de la vie et celui de la mort.

Entre ciel et terre est un magnifique récit, qui évoque des thèmes essentiels, le sens de la vie, la mort, l’amitié, la force de la nature, au moyen d’une très belle écriture, à la fois âpre et sensible. Si vous avez aimé La lettre à Helga, vous devriez aimer Entre ciel et terre, qui bien que différent car il ne s’agit pas d’une histoire d’amour, mêle également poésie et nature, vie, mort et littérature.

Entre ciel et terre a été le premier roman traduit en français de Jόn Kalman Stefảnsson. Sont également disponibles en Folio La tristesse des anges et Le cœur de l’homme. L’auteur, né en 1963, a reçu les plus grandes distinctions littéraires islandaises et figure parmi les écrivains contemporains les plus importants de ce pays.

Entre ciel et terre, Jόn Kalman Stefảnsson, traduit de l’islandais par Eric Boury, Folio n°5212, Paris, Février 2011, 253 p.

 

 

 

 La lettre d’un paysan poète islandais à la femme aimée

lettre à Helga

Connue pour détenir le record mondial de livres publiés par habitant, l’Islande est un petit pays, fort peu peuplé, mais très riche culturellement. Depuis quelques années, les traductions d’auteurs islandais fleurissent en français et elles ne concernent pas que des romans policiers. La lettre à Helga en est la preuve. Son auteur, Bergsveinn Birgisson, est un spécialiste de la littérature scandinave médiévale. Il est aussi le petit-fils d’un éleveur islandais dont il a longtemps écouté les histoires. Deux aspects d’une culture, littéraire et terrienne, qu’il allie dans un roman qui a remporté un grand succès dans les pays scandinaves et en Allemagne, avant d’être aujourd’hui traduit en français.

La lettre à Helga est celle qu’écrit Bjarni, un ancien contrôleur cantonal des réserves de fourrage, qui vit dans une maison de retraite après avoir passé sa vie dans une ferme de la campagne islandaise. Quelques temps après la mort de sa femme Unnur, il entreprend d’écrire à celle qu’il a vraiment aimée, Helga.

Évoquant la « maudite tare islandaise qui consiste à ne jamais pouvoir se débarrasser du passé », il raconte comment Unnur, sa femme, lui a reproché de « vieilles rancoeurs », avec une force décuplée, lors des derniers mois de sa vie. Puis il commence lui aussi à se pencher sur ce passé qu’il retrace dans une longue lettre à Helga.

Certes, Bjarni est un paysan, mais il est de ceux qui expriment leurs sentiments et qui décrivent leur désir. Et il le fait en utilisant des mots qui révèlent un attachement profond à la terre et à son métier d’éleveur. Nature et culture sont chez lui étroitement mêlées. En effet, Bjarni n’est pas seulement contrôleur cantonal des réserves de fourrage, il est aussi membre d’une société de lecture pour laquelle il achète des livres. Lorsqu’il aide les paysans à mener les brebis au bélier, il cite des vers anciens. Quand il décrit la nature islandaise, il fait appel à l’une ou l’autre légende. Lorsqu’il lutte contre la gale des brebis, il évoque des sagas , des êtres surnaturels qui peuplent l’Islande mystérieuse. ..

Ivre de désir pour Helga, il voit dans la nature islandaise les courbes de la bien-aimée : un renflement de terrain forme ainsi « les Mamelons d’Helga ». Bjarni glorifie, magnifie le corps de la femme aimée en le comparant aux plus beaux paysages de sa terre natale, tout comme à la faune locale, la femelle du saumon notamment. Il compare aussi Helga aux brebis bien en chair dont il palpe les mamelles, avec un naturel qui, loin d’être ridicule, constitue plutôt un retour aux sources de l’humanité.

Lorsqu’enfin il cède, il rétablit l’ordre des choses, conférant à la rumeur toute sa légitimité. Il vit alors avec Helga « la saison des amours de sa vie ». Cette belle histoire prend une tournure triste lorsqu’un nouvel événement pousse Helga à vouloir quitter son mari. Elle demande à Bjarni de venir s’installer avec elle en ville. Mais le paysan refuse de quitter sa terre, la ferme de ses ancêtres, son travail. Unnur non plus, sa femme, si malheureuse, il ne peut l’abandonner. Il épiera sa fille aux jumelles, jusqu’à ce que Helga divorce et parte seule s’installer à Reykjavik.

Bjarni a perdu un amour, mais il n’a pas perdu l’amour, celui de la ruralité et de la culture de son pays. Il peste d’ailleurs contre les modes imbéciles venues de l’étranger et qui ne peuvent pas s’appliquer aux particularités de l’Islande. Il maudit les philosophies venues du sud et qui ne correspondent pas à la mentalité locale. Car si la lettre à Helga est d’abord une lettre d’amour à la bien-aimée, c’est aussi un hymne à la terre natale, ainsi qu’à la culture islandaise. Une lettre de cent trente pages qui célèbre autant la femme que la nature, et la vie à la campagne que la littérature … Un très beau moment de lecture.

 « Hier, j’ai pris ma canne et suis allé me promener, sur mes vieilles jambes foutues. Je me suis couché dans l’herbe entre les Mamelons d’Helga, comme je l’ai fait si souvent. Au sud, de gros nuages se déplaçaient vivement et de la lumière filtrait entre les cumulus. C’est alors qu’un merveilleux rayon de soleil a transpercé les nuages pour se planter sur moi et aux alentours, pour ne pas dire sur nous, puisque j’étais couché là, sur ta poitrine. » (p130).

 La lettre à Helga, Berggsveinn Birgisson, traduit de l’islandais par Catherine, Eyjolfsson, Zulma, Paris, 2013, 131 p.

 

 

 

 

Une journée d’Ivan Denissovitch, d’Alexandre Soljenitsyne

une journée d'Ivan Denissovitch

 

Alexandre Soljenitsyne fut, pendant la guerre froide, l’un des dissidents russes les plus connus dans le monde occidental. Deux de ses livres y furent d’ailleurs publiés, puis il obtint en 1970 le Prix Nobel de littérature. En 1973, parut en France L’archipel du goulag ,dans lequel Soljenitsyne dénonçait la répression soviétique. Soljenitsyne fut alors déchu de sa nationalité russe et expulsé. Installé en Suisse, puis aux Etats-Unis, il ne rentrera dans son pays qu’après la chute de l’URSS, et y mourra en 2008.

Mais avant d’être connu en occident, Alexandre Soljenitsyne avait publié en 1962, en URSS même, un petit roman accepté par la censure de Khrouchtchev, lequel avait vu dans la dénonciation des abus de Staline, en l’occurrence les camps de travaux forcés, la possibilité de montrer qu’il prenait quant à lui un virage modéré.

Dans Une journée d’Ivan Denissovitch, Soljenitsyne nous plonge en effet dans le quotidien de Choukhov, un « zek », nom donné aux prisonniers des camps de travaux forcés dans les années cinquante. On y découvre toute l’horreur des camps de concentration de l’époque stalinienne, au cours d’un récit qui accompagne Choukhov et les autres zeks de sa brigade, de leur lever, à 5heures du matin, jusqu’à leur coucher vers 22h, au terme d’une longue et éprouvante journée de travaux de construction, dehors, par moins 29°.

Dans ce récit, Soljenitsyne a choisi pour héros un homme simple, bon mais néanmoins débrouillard : Choukhov s’en sort malgré tout. En silence, il résiste. Toute son attentions est tournée vers un objectif : se nourrir. Il tire ainsi quelques instants de bonheur de ce qui représente un rien pour nous, quelques dizaines de grammes de pain supplémentaires. Son quotidien si difficile est fait de petites victoires, comme obtenir un bol de soupe claire en plus. Il se réchauffe en travaillant et arrive même à y prendre un peu de plaisir. Un quotidien où l’acte de vivre, seulement vivre, est héroïque !

Choukhov a été inspiré à Soljenitsyne par un soldat qu’il avait côtoyé pendant la guerre. Les autres personnages sont quant à eux bien réels et sont des prisonniers avec lesquels l’auteur a vécu, lors de sa détention au sein d’un camp spécial où il a travaillé comme maçon. Car Soljenitsyne a lui-même purgé huit ans de détention et trois ans de relégation, pour avoir « prétendument insulté Staline dans une lettre à un ami »(note de l’éditeur).

Un texte à ne pas manquer !

Une journée d’Ivan Denissovitch, Alexandre Soljenitsyne, traduit du russe par Lucia et Jean Cathala, Robert Laffont, Pavillons poche, Paris, 2010, 228p.

 

 

 

 

 

 

 

4 Commentaires

4 réflexions sur “Coups de coeur

    • J’ai vraiment beaucoup aimé « Les braises ». C’était le premier Marai que je lisais. Ensuite, j’ai lu « Le premier amour » qui parle de la solitude, de l’ennui de vies sans relief ni événements, du temps qui passe et des possibilités qui n’ont pas été saisies, des illusions déçues… C’est aussi un très beau roman, émouvant et troublant, parce qu’il décrit comment le narrateur part à la dérive et s’enferme dans la solitude et la paranoïa jusqu’à la folie. Je ne connais pas les titres que tu as lu, mais j’ai bien envie de relire du Marai !

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  1. La trilogie de Stefansson m’a accompagnée pas mal de mois. Quelle poésie et quelle audace. Le deuxième tome se passe s’il vous en souvient (et il vous en souvient, je n’en doute pas) dans les montagnes en pleine tempête de neige. Un tome entier à ce sujet ! Je dis chapeau bas ! Quant au Problème Spinoza, il m’a permis de renouer avec ce philosophe que j’avais oublié depuis longtemps. J’ai beaucoup aimé comme vous…

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  2. Pingback: D’ailleurs, les poissons n’ont pas de pieds, de Jon Kalman Stefansson | Le livre d'après

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