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La vraie vie, Adeline Dieudonné

 

Il est curieux, mais très fréquent, de noter à quel point on peut se faire une idée fausse d’un roman dont on parle beaucoup (donc trop). Cela se vérifie pour moi une nouvelle fois avec « La vraie vie » que je n’avais pas du tout envie de lire malgré les nombreuses critiques élogieuses à son égard. J’en avais gardé deux idées principales : de la violence et des phrases courtes et percutantes, ce qui me rebute toujours mais qui est, dans ce cas précis, très réducteur.

Ayant eu accès à « La vraie vie » par le hasard d’un prêt, j’ai été étonnée de prendre du plaisir à la lecture, principalement parce que le roman est très original. Il fait de la violence domestique quelque chose de romanesque au sens noble du terme : j’ai lu « La vraie vie » comme une fable, ou plus exactement comme un conte moderne. Et comme dans tous les contes, il y a des moments très durs, notamment lorsque le petit frère vit l’événement qui le traumatisera et lorsque le père se défoule sur la mère, mais ce n’est jamais glauque ni sordide. Et il y a des moments qui relèvent de l’héroïsme, celui que l’on doit à la jeune fille et à son attention pour son frère.

Pourtant, la vie de cette famille est un cauchemar permanent : un père qui passe son temps devant la télévision et n’a pour distractions que la boisson et la chasse. Une mère sans aucune réaction face à la violence de son mari, qualifiée d’ « amibe » par sa fille. Un lotissement laid, une casse de voitures pour terrain de jeux… heureusement qu’il y a la camionnette du marchand de glaces et sa petite musique. Quoique…

Tout est raconté avec une certaine distance et la quête de la grande sœur pour aider son frère y est pour quelque chose : on sait qu’elle se voile la face, elle dont l’intelligence scientifique est pourtant très développée pour son âge, mais c’est le seul moyen qu’elle a trouvé pour ne pas sombrer. Et il est efficace. Quant au dénouement, sans le dévoiler pour les lecteurs qui n’ont pas encore lu « La vraie vie », il ne pouvait, selon moi, en être autrement : là encore, il est conforme aux contes.  Voilà à nouveau une belle découverte que cette lecture faite à l’occasion du mois belge.

 

La vraie vie, Adeline Dieudonné, L’iconoclaste, Paris, 2018, 266 p.

 

Livre lu dans le cadre du mois belge 2019 chez Anne.

On inventera bien quelque chose, de Giorgio Scianna.

Premier rendez-vous du mois italien : aujourd’hui, un roman paru en 2016 : « On inventera bien quelque chose » de Giorgio Scianna.

on-inventera-bien-quelque-chose-giorgio-sciannaCe n’était pas gagné d’avance pour Mirko et Tommaso, deux frères qui viennent de perdre leurs parents dans un accident de voiture. Heureusement, ils ont obtenu du juge des tutelles de pouvoir rester ensemble dans leur appartement à Milan. C’est donc Mirko, un lycéen âgé de dix-sept ans, qui s’occupe de son jeune frère Tommaso qui n’a que onze ans. Qu’il s’agisse des courses et des repas, du ménage, de la surveillance des devoirs, Mirko assure tout, sous la supervision de l’oncle Eugénio, tuteur des enfants, qui les reçoit le dimanche et contrôle jusqu’aux tickets de caisse par lesquels les deux frères doivent justifier leur moindre dépense.

C’est justement là que les choses se compliquent : Mirko est scolarisé dans un lycée huppé où les jeunes regardent peu à la dépense. Lorsque le petit groupe d’amis de Mirko se met en tête de se rendre à Madrid pour un week-end, afin d’assister à un match décisif de leur équipe de football préférée, l’Inter de Milan, Mirko n’ose pas leur révéler qu’il ne dispose pas des 1200 euros nécessaires. Certes, ses parents lui ont bien laissé de l’argent, mais c’est l’oncle Eugenio qui le gère et il n’acceptera jamais cette dépense. Mirko doit en outre s’occuper de son frère, mais d’un autre côté, sa petite amie, Greta, sera du voyage et elle laisse entendre à Mirko qu’ils partageront une chambre d’hôtel…

Mirko va donc inventer quelque chose, et ce ne sera pas une bonne idée, comme on s’en doute. Pris dans un engrenage, Mirko se laisse abuser par sa naïveté et découvre un monde dont il ne soupçonnait pas l’existence. Il fait pourtant preuve de courage et se bat pour se sortir d’une situation difficile alors qu’il est à deux doigts de se laisser entraîner.

Giorgio Scianna réussit un beau roman d’initiation qui ne tombe à aucun moment dans le drame et le sentimentalisme. Il y a dans cette histoire, comme dans son titre « On inventera bien quelque chose », toute l’insouciance de l’enfance et de l’adolescence, un sentiment qui, malgré les difficultés, attend de se muer en optimisme et en confiance en l’avenir.

L’écriture est simple, fluide, assez neutre et parvient à nous toucher tout en nous racontant la vie quotidienne de deux orphelins qui ont choisi de se battre pour rester ensemble, dans l’appartement familial, perpétuant les habitudes données par leurs parents. Un roman pudique, sans prétention, agréable à lire et qui conviendra aux adolescents aussi.

On inventera bien quelque chose, Giorgio Scianna, traduit de l’italien par Marianne Farobert, Editions Liana Levi, 2016, 236 p.

 

Livre lu dans le cadre du mois italien 2016 chez Eimelle.

le mois italien

 

 

 

Long week-end, de Joyce Maynard

long week-end Joyce MaynardAprès « L’homme de la montagne » paru l’été dernier, voici le deuxième roman que je lis d’une auteure américaine qui me plaît décidemment beaucoup, Joyce Maynard. « Long week-end » a été publié en 2009 aux États-Unis et traduit en français l’année suivante. Comme dans « L’homme de la montagne », on y retrouve plusieurs des ingrédients qui traversent les romans de Joyce Maynard, notamment les questions nées de l’adolescence et l’ambiance des années soixante-dix aux Etats-Unis.

Le narrateur est ici un garçon de treize ans, qui vit seul avec sa mère divorcée. Il rencontre son père chaque samedi soir pour un dîner devenu traditionnel, dans un restaurant des environs, en compagnie de Marjorie, la seconde femme de son père, et de leurs deux enfants, Richard et Chloé.

Le jeune garçon semble heureux, même s’il rêve souvent d’une vraie famille. Il s’entend très bien avec sa mère, Adèle, pourtant fantasque, du moins par rapport à ce que la norme exige alors. Ancienne danseuse, la jeune femme fuit le monde extérieur et a adapté son mode de vie et celui de son fils en conséquence : elle vend des vitamines par téléphone, elle fait ses courses par correspondance et n’effectue qu’une sortie de temps en temps, pour remplir le congélateur et la réserve de boîtes de conserves. Adèle n’a qu’une amie, Evelyn, mère d’un jeune garçon handicapé, mais elle la voit finalement très peu.

Bien sûr, comme vous vous en doutez, un élément perturbateur va remettre en question cette routine : il s’agit de Franck, qu’Adèle et son fils « rencontrent » au supermarché, lors d’une de leurs rares sorties. En réalité, cet homme est blessé et la rencontre n’est pas fortuite : il s’impose à Adèle et à son fils et les oblige à l’emmener chez eux, avec un mélange curieux de fermeté et de politesse.

«Je ne vais pas vous mentir. Ma situation est difficile. Des tas de gens refuseraient d’avoir le moindre rapport avec moi. Mais mon instinct me dit que vous êtes quelqu’un de très compréhensif.

Survivre en ce monde n’est pas une partie de plaisir, a-t-il ajouté. Parfois on a besoin de s’arrêter, de simplement s’asseoir et réfléchir. Rassembler ses pensées. Ne plus bouger. » (…)

« J’ai compris, brusquement, que les choses allaient changer. Nous voguions dans l’espace, maintenant, dans le noir, le sol allait peut-être disparaître et nous ne serions plus capables de dire où cette nacelle nous emmenait. Peut-être qu’on reviendrait. Peut-être pas ». 

Peu après leur retour à la maison avec Franck, celui-ci annonce tout simplement à Adèle et son fils qu’il s’est échappé de l’hôpital de la prison où il venait d’être opéré de l’appendicite et qu’il s’est blessé en sautant par la fenêtre. Mais il ne leur fera aucun mal, et au contraire, il leur offre ses services pour réparer tout ce qui a besoin de l’être dans la maison.

Le huis clos commence, pendant le dernier week-end avant la rentrée des classes. Dehors, l’atmosphère caniculaire est étouffante, mais dans la maison, elle devient d’abord légère…

J’ai beaucoup aimé ce roman, et toute l’humanité qu’il contient. Les personnages sont des êtres malmenés par la vie, dont le point commun est de ne rechercher qu’une chose, l’amour au sein d’une vraie famille. Ils sont calmes et justes, même s’ils souffrent, et ne se rebellent pas, cherchant au contraire à contourner ce qui a fait leur malheur. Joyce Maynard excelle à décrire les relations familiales de ce trio improbable, et saupoudre le tout d’une pointe de suspense, avec toujours beaucoup d’espoir et d’optimisme malgré les circonstances.

Long week-end, Joyce Maynard, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Françoise Adelstain, Editions 10/18 n°4411, avril 2013, 252 p.

 

Livre lu dans le cadre du mois américain chez Titine

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