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Mauprat, de George Sand

 

 

Quand j’ai acheté ce Folio en librairie, il y a plusieurs années déjà, le titre ne me rappelait rien. « La mare au diable », « La petite Fadette » ou encore « Consuelo« , oui bien sûr, mais « Mauprat », il me semble bien ne jamais l’avoir entendu auparavant. Et c’est une agréable découverte car « Mauprat » est un roman tout à la fois captivant, émouvant et enrichissant. Mauprat est le nom de la famille qui est au centre de ce roman. Il s’agit, comme les décrit la quatrième de couverture, « de petits seigneurs berrichons, incultes et cruels, qui ne seraient pas déplacés dans un roman de Sade et perpétuent au dix-neuvième siècle les pires usages du monde féodal ».

La famille Mauprat est en réalité divisée en deux branches : les Coupe-Jarret , la branche aînée qui, c’est un euphémisme de le dire, a mal tourné, et les Casse-tête, sages et justes, disciples de l’esprit des Lumières. Le narrateur, Bernard Mauprat, dernier héritier des Coupe-Jarret, est un homme âgé qui revient sur sa vie, longue et agitée. L’histoire débute alors qu’il a dix-sept ans et vit avec ses horribles oncles, les Mauprat Coupe-Jarret, depuis qu’il a perdu ses parents à l’âge de sept ans. Son oncle Hubert Mauprat, de la branche cadette des Casse-tête, avait essayé de le recueillir quelques années avant, afin de l’enlever des mains de ces infâmes bandits, mais en vain.

Nous sommes dans le Berry, dans la seconde moitié du XVIIIème siècle, peu avant la révolution française. La fille d’Hubert Mauprat, enlevée par ses infâmes oncles, est amenée par ceux-ci à Bernard Mauprat, afin qu’il fasse preuve de sa virilité. Mais Bernard, bien qu’élevé par ses oncles, ne partage pas leur penchant pour la violence, les exactions et autres crimes qu’ils commettent régulièrement, et tombe amoureux d’Edmée. Il s’évade avec elle de l’affreuse demeure de la Roche-Mauprat, après lui avoir fait promettre qu’elle n’appartiendrait jamais à aucun autre que lui-même. Bernard ramène Edmée chez son père, qui installe Bernard chez lui et l’adopte enfin.

Commence alors une longue période pendant laquelle Bernard vit aux côtés d’Edmée. Celle-ci exige que Bernard s’instruise, ce qu’il fait avec l’abbé Aubert, ami de la famille. Edmée promet à Bernard de l’épouser lorsqu’il sera devenu un gentilhomme cultivé et apte à vivre en société, c’est-à-dire tout d’abord, à s’y comporter de façon mesurée. Mais les doutes assaillent Bernard. Il s’impatiente et craint qu’Edmée ne change d’avis ou ne soit pas sincère, d’autant que celle-ci est depuis longtemps promise à M. de la Marche. Bernard s’ouvre parfois à Edmée, ce qui est l’occasion d’échanges passionnés mettant à l’épreuve les sentiments exacerbés des deux cousins. C’est d’ailleurs suite à l’un de ces épisodes qui représentent pour lui une torture, que Bernard décide de s’engager auprès du Marquis de La Fayette, et de partir combattre pour l’indépendance de l’Amérique. Bernard ne rentrera que six ans plus tard en France. Et c’est alors qu’un événement grave viendra tout remettre en question, au moment même où tout se présentait pour le mieux, Edmée ayant en effet attendu Bernard pendant ces longues années.

Je ne vous en dirai pas plus pour préserver la fin de l’intrigue, dont on suit les rebondissements avec intérêt. En effet, je me suis très vite attachée aux personnages de Bernard et Edmée, comme à Patience, Hubert et Marcasse. « Mauprat » est un roman très riche, aux multiples facettes, que J.P Lacassagne caractérise ainsi dans sa préface : « un roman indéfinissable, dense et captivant que l’on a pu lire comme un roman d’aventures, un roman d’éducation, un roman d’amour, le premier des grands romans champêtres ou des grands romans sociaux » .

En effet, le roman se veut parfois romantique, -et c’est là que se situent à mon avis les quelques longueurs, avant le voyage en Amérique notamment-, parfois aventurier, avec un château effrayant, une évasion,des poursuites à cheval et des moines peu recommandables qui fréquentent une auberge sordide. C’est aussi un roman social, lorsque Edmée devise avec ses amis proches et refait le monde, ou lorsque Patience développe des idées égalitaristes. On y retrouve d’ailleurs l’influence de Jean-Jacques Rousseau, que George Sand cite à plusieurs reprises, puisque le philosophe est particulièrement admiré d’Edmée. Celle-ci a d’ailleurs beaucoup apprécié « La nouvelle Héloïse » et s’emploie à développer les qualités que Rousseau aime chez une femme : « elle aimait à reconnaître avec lui que le plus grand charme d’une femme est dans l’attention intelligente et modeste qu’elle donne aux discours graves ». Enfin, c’est un roman d’éducation qui comporte de très belles pages sur l’intérêt de la culture, comme lors de l’initiation de Patience à la poésie.

Vous l’aurez compris, une très belle lecture que je vous conseille, et qui donne envie de se replonger plus souvent dans les classiques.

Mauprat, George Sand, Folio classique n°1311, Paris, 1981, 476 p.

 

Participation au challenge Objectif Pal chez Antigone

Mattia Pascal, l’antihéros de Pirandello.

il fu Mattia PascalMattia Pascal vit dans un village de Ligurie avec sa mère et son frère Roberto. Tous trois mènent une vie aisée, grâce aux biens laissés par le père. Mattia Pascal promène sa paresse dans le village et à la bibliothèque où il exerce un travail peu prenant. Malheureusement, la mère a confié la gestion du patrimoine à un administrateur malhonnête qui détourne l’argent de la famille et la situation se dégrade rapidement.

Mattia Pascal est un antihéros : il se présente lui-même comme un homme laid, souffrant de strabisme. Il est également paresseux, il subit mais ne décide rien. Il finit par épouser Romilda, parce qu’elle est enceinte. Il n’est pas amoureux d’elle et n’est même pas sûr d’être le père de l’enfant. C’est le début pour Mattia Pascal d’une vie terne et triste, entre la mort de ses deux enfants en bas-âge, les difficultés financières et celles que lui crée sa belle-mère.

Après une nouvelle dispute de famille, il quitte soudainement le village. Il se rend à Nice, puis à Monaco où il joue au casino et gagne une petite fortune. Se sentant favorisé par le sort, il décide de rentrer chez lui, mais dans le train qui le ramène en Ligurie, il prend connaissance dans le journal de l’annonce de la mort de Mattia Pascal : le cadavre a été retrouvé dans une rivière qui traverse le terrain familial, puis identifié par ses proches.

Mattia Pascal saisit cette occasion pour prendre une nouvelle identité et recommencer une nouvelle vie dans laquelle il espère être enfin libre, d’autant qu’il est désormais riche. Sous le nom d’Adriano Meis, il commence à voyager en Italie, mais se trouve confronté aux difficultés de sa nouvelle vie. En effet, il se rend compte que sans papiers, il lui est impossible de vivre : il ne peut même pas adopter le chien dont il rêve. Adriano Meis finit par s’installer à Rome dans une pension de famille, mais là non plus, il ne peut mener une vie libre. Amoureux de la fille du propriétaire de la pension, il ne peut concrétiser ses projets qui se heurtent à sa situation clandestine. De même, lorsqu’il est victime d’un vol, il ne peut porter plainte…

Finalement, Adriano Meis décide de rentrer chez lui et de redevenir Mattia Pascal. Mais il est mort et déclaré comme tel …

« Il fu Mattia Pascal » est un roman en partie autobiographique que Pirandello a publié en 1904. L’action se déroule à la fin du XIXème siècle. Grand classique de la littérature italienne, le roman de Pirandello s’articule autour du thème de l’identité, sociale notamment. Le mensonge, la dissimulation, l’hypocrisie des relations sociales y sont mis en évidence. Pirandello s’interroge sur la condition humaine et nous montre que l’homme essaie de se conformer à la vision que les autres ont de lui, mais qu’au fond, il ne sait pas qui il est vraiment.

En ce qui concerne l’écriture, la langue est désuète, ce qui rend la lecture un peu difficile en italien. On rencontre quelques formes anciennes, comme cette lettre aujourd’hui disparue de l’italien moderne, le i-long (« la i lunga ») que l’on retrouve par exemple dans « la jella » (la sfortuna : la malchance). De même, certains termes ne sont plus usités aujourd’hui. Je conseille donc plutôt la version française.

feu Mathias Pascal

Côté film, la transposition cinématographique de « Feu Mattia Pascal » est très ancienne, datant des années 30. Un téléfilm a été tourné pour la télévision italienne en 1985, que l’on peut trouver facilement sur You Tube. Malgré la présence de Marcello Mastroianni, je ne l’ai pas trouvé très intéressant, car il a été transposé aux années 80 et s’éloigne à de nombreuses reprises du roman. Cela prouve néanmoins que le sujet est éternel. A quand donc une nouvelle version de « Feu Mattia Pascal » ?

 

Il fu Mattia Pascal, Luigi Pirandello, Oscar Classici moderni, Mondadori, 2001, 240 p.

Feu Mattia Pascal, Luigi Pirandello, traduit de l’italien par Alain Sarrabayrouse, GF Flammarion, Paris, 1994.

 

 

Livre lu en VO dans le cadre du challenge Il viaggio, du challenge Italie 2015, du challenge Leggere in italiano et du challenge Un classique par mois.

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