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L’iguane de Mona, Michaël Uras

 

La belle couverture empreinte de sérénité n’est pas pour rien dans le choix de cette lecture : j’avais envie d’azur, de repos et de dépaysement. Et pourtant, comme l’explique la quatrième de couverture, le roman n’a finalement rien à voir avec cette île des Caraïbes où les iguanes passent leur temps à se dorer au soleil, si ce n’est qu’elle est omniprésente dans les pensées du héros, Paul, qui déteste ce que sa vie est devenue, et partirait volontiers sous les tropiques, juste pour… ne rien faire.

Certes, tout semble aller pour le mieux dans la vie de Paul, un travail, une belle famille, une jolie maison. Mais Paul n’aime plus son travail, il s’est éloigné de sa femme Kate, une universitaire qui rentre tard et ne vit que pour les livres ; quant à son fils, Milan, il est surdoué et a réponse à tout : il terrifie Paul qui a l’impression que Milan le cerne parfaitement et a conscience de sa médiocrité. A ce tableau finalement peu réjouissant, s’ajoute un voisin plus qu’indiscret et une infestation de larves rouges qui grignotent dangereusement la maison en bois de Paul et Kate !

Michaël Uras, que je découvre ici dans son cinquième roman, décrit très bien la lente descente aux enfers de cet homme charmant qui avait tout pour être heureux. Humour, mélancolie, mais jamais de tristesse, dans ce roman qui évoque un homme d’aujourd’hui, confronté à un travail qui n’a plus de sens et à une vie qui ne lui apporte plus rien. On s’étonne d’ailleurs que Paul ne parle jamais de ses parents, de son enfance, et pour cause. Même chose avec son travail ; et on en vient à souhaiter qu’il fasse table rase et parte enfin sur l’île de Mona. En attendant, Paul, maladroit et sans malice,  s’est englué dans des mensonges qui l’obligent à mener une vie infernale pendant quelques semaines. Jusqu’à ce qu’il comprenne que la solution est à sa portée. Une jolie lecture qui m’a donné envie de découvrir les premiers romans de l’auteur.

 

L’iguane de Mona, Michaël Uras, Editions Préludes, avril 2020, 285 p.

 

 

Le chien rouge, Philippe Ségur

 

Pieter Seurg est un professeur d’université qui se dédie à la recherche et à l’écriture de romans. Le narrateur, un peintre installé dans la montagne pyrénéenne pour ses magnifiques paysages, fut son voisin pendant deux ans et l’a croisé régulièrement, en compagnie d’une jeune femme avec laquelle il se disputait souvent. Il nous présente Pieter Seurg comme un intellectuel fasciné par l’écrivain Herman Hesse et versé, comme ce dernier, à la fois dans l’introspection et dans l’action, celle « d’une conscience sociale en révolte ».

« Le chien rouge », comme Pieter Seurg aimait à s’appeler lui-même, disparaît subitement, laissant un manuscrit dans la boîte aux lettres de son voisin. C’est ce manuscrit que le peintre nous propose à la lecture dès le second chapitre. On y découvre la lente descente aux enfers que Pieter Seurg a subie : au départ simple mal être, puis rejet de la société qui l’entoure et à laquelle il ne comprend plus rien, le tout aggravé par l’inévitable fin de sa relation avec la belle Neith. Au fil des semaines, Pieter Seurg s’effondre et touche le fond, faisant l’expérience des médicaments, puis de la drogue et de moments psychédéliques dans un festival « Burning man » (mouvement des « Brûleurs » ou « Burners » que j’ai découvert à cette occasion).

Pieter Seurg place la fin de sa relation avec Neith au centre de son désespoir, mais cette relation, loin d’être parfaite, était fantasmée. En fait, l’homme est en révolte contre la société et recherche, avant tout, à donner un sens à sa vie. Son récit est introspectif mais non dénué d’action. Il se bat, il est en quête d’absolu, ce qui rend le personnage attachant. Un parallèle peut certainement être établi avec le roman culte de Herman Hesse, « Le loup des steppes », que je n’ai malheureusement pas lu (mais que « Le chien Rouge » m’a obligée à rajouter à ma Pal).

J’ai toutefois regretté que la critique sociale, ébauchée au début du récit, ne soit pas plus présente : elle est en fait juste évoquée, le propos de Philippe Ségur (Seurg ?) étant de traiter sa dépression, elle seule. Ceci dit, le roman sonne juste, -il est clairement autobiographique-, l’écriture est fluide tout en étant précise et poignante, ce qui en fait un des très bons crus de cette rentrée littéraire.

« Le chien rouge » est le premier roman que je lis de Philippe Ségur. Une très belle découverte qui m’a donné envie de lire d’autres livres de cet auteur. En avez-vous à me conseiller ?

 

Le chien rouge, Philippe Ségur, Buchet-Chastel, Paris, Août 2018, 232 p.

 

Livre lu dans le cadre du challenge 1% de la rentrée littéraire 2018, 2 ème participation.