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Le printemps du commissaire Ricciardi, Maurizio de Giovanni.

 

Une femme âgée que tout le monde aimait pour les bienfaits qu’elle prodiguait est assassinée chez elle. Une jeune femme détestée de tout le voisinage, qui la traite de « putain » pour la seule raison qu’elle vit seule avec son fils et qu’elle est exceptionnellement belle, se fait taillader le visage.

Le commissaire Ricciardi, aidé du brigadier Maione, se lance dans l’enquête et découvre très vite que la vieille femme était en réalité cartomancienne et, accessoirement, usurière. Elle manipulait tout le monde et n’était pas la bonne âme présentée d’abord par la concierge, loin s’en faut. Mais peu importe, la vérité doit être faite et le commissaire Ricciardi s’y attelle avec passion. Quant au brigadier Maione, il porte une attention toute particulière à la belle jeune femme défigurée…

Voilà pour l’intrigue, mais là n’est pas l’intérêt des romans policiers de Maurizio de Giovanni, en tout cas pour ce qui concerne la série consacrée au commissaire Ricciardi, cet homme jeune, beau, profond, qui ne laisse apparaître aucune émotion, et qui a un don particulier : il voit la « Chose » c’est-à-dire la mort, puisqu’il distingue et entend les fantômes qui n’ont pas encore trouvé le repos ; ceux des victimes assassinées. Un zeste de fantastique donc, qui confère au personnage principal une aura énigmatique, sombre et mélancolique.

Mais c’est autre chose qui donne aux enquêtes du commissaire Ricciardi toute leur saveur : l’écriture d’abord, la structure -l’auteur introduit les différents personnages, assez nombreux, en de courts paragraphes qui se succèdent. Et surtout la description des personnages eux-mêmes, jamais stéréotypés et pourtant tellement bien caractérisés qu’on les visualise sans effort. Et puis il y a Naples, dont l’auteur aime à décrire les odeurs, les mouvements de l’air, l’influence de la période -ici le printemps- sur les habitants. Les senteurs florales voisinent ainsi avec des effluves plus répugnants qui s’élèvent des quartiers pauvres de la ville.

On apprend beaucoup sur l’histoire de la ville : que la via Toledo nommée ainsi par les Espagnols fut pour quelques temps rebaptisée via Roma, que le Surrogato était un ersatz de café que les Napolitains buvaient pendant la période fasciste, que Naples comptait plusieurs écrivaines populaires en ce début des années trente…

C’est donc d’une traite que j’ai dévoré « Le printemps du commissaire Ricciardi » et je ne pense pas que j’attendrai le prochain mois italien pour poursuivre la série !

 

Le printemps du commissaire Ricciardi, Maurizio de Giovanni, traduit de l’italien par Odile Rousseau, Editions Rivages/Noir, 2013, 427 p.

 

Participation au mois italien chez Martine

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L’aigle de sang, Marc Voltenauer

L’inspecteur Andreas Auer, dont nous avons fait connaissance dans « Le dragon du Muveran », puis dans « Qui a tué Heidi ? », vit des moments difficiles suite à la révélation de sa soeur Jessica et à l’accident de son compagnon Michael et à la longue et douloureuse rééducation de celui-ci. Mais le caractère combatif d’Andreas l’incite à aller de l’avant et à chercher des réponses à certaines questions. Il entreprend donc un voyage en Suède à la recherche de ses origines et choisit d’y consacrer ses trois semaines de vacances bien méritées. En son absence, c’est Karine, sa collègue de Lausanne, qui s’occupera de Mikaël.

C’est donc loin de la Suisse que se déroule l’intrigue de ce troisième volume des aventures de l’inspecteur Auer, sur l’île de Gotland plus précisément, dont Marc Voltenauer vante les atours, nous donnant ainsi envie de découvrir la cité médiévale de Visby, la faune et la nature de l’île. Mais comme on s’en doute, la quête personnelle de l’inspecteur Auer sur les traces de son histoire familiale ne sera pas une partie de plaisir : à remuer le passé, on le réactive bien souvent, et les morts s’enchaînent, entraînant Andreas dans une véritable enquête criminelle qu’il aidera à résoudre, en enquêtant seul ou en collaborant avec la police locale.

Au centre de l’intrigue, un clan vicking pour admirateurs du paganisme nordique en mal d’exaltation. On découvre ici quelques aspects de la mythologie nordique, dont le fameux « aigle de sang » qui donne son titre au roman : un mode d’exécution particulièrement odieux ! Marc Voltenauer aime les détails, qu’il s’agisse de la déesse Freya, de la progression d’une opération de police ou d’un piège tendu aux membres du clan criminel. Pour autant, les chapitres courts se succèdent, le suspense demeure et le rythme est bien tenu. La narration adopte un schéma que les amateurs de polars nordiques connaissent bien, en alternant les chapitres relatifs à deux, voire trois périodes différentes.

Quant aux personnages, ils sont nombreux, et l’on s’y perd parfois dans les fonctions ou les rôles des membres du clan vicking, d’autant que les noms suédois sont difficiles à retenir. Un peu de concentration est nécessaire à la lecture qui, malgré cela, apporte toujours autant de plaisir (et des frissons bien sûr). En ce qui me concerne, outre l’intrigue, j’ai aimé découvrir l’île de Gotland, la mythologie nordique, mais l’ambiance calme et sereine du village de Gryon m’a manqué, notamment l’apéritif partagé sur la terrasse du chalet, et même si je comprends bien le besoin de l’auteur -qui est helvético-suédois- d’ancrer l’un de ses romans en terre nordique, j’espère que l’inspecteur Auer retrouvera vite le cadre ressourçant des alpes vaudoises.

A noter que le tome 2, « Qui a tué Heïdi ? » est maintenant disponible en collection de poche.

 

L’aigle de sang, Marc Voltenauer, Editions Slatkine et Cie, 2019, 511 p.

 

7ème participation au challenge Polars et Thrillers chez Sharon

 

Dossier 64, Adler-Olsen

 

La sortie du film « Dossier 64 » début mars est l’occasion de lire le polar dont il est tiré. Dans ce roman, Jussi Adler-Olsen nous propose la quatrième enquête du Département V de la police de Copenhague. Le Département V est un service qui se consacre exclusivement aux affaires non élucidées, puis mises de côté, mais non classées : des « cold case » que l’on exhume des vieux dossiers et dont on relance l’enquête.

C’est Rose, l’assistante de l’inspecteur Carl Mørk, qui attire l’attention de son supérieur sur la disparition d’une prostituée, Rita Nielsen, remontant à 1987. Avec Assad, autre assistant aux méthodes audacieuses mais efficaces, le trio se lance dans une enquête qui leur permet de faire le lien entre plusieurs disparitions survenues à la même époque et qui les met sur les traces de Curt Wald, ancien médecin devenu le leader d’un parti politique aux idées extrémistes.

Le parti « Ligne pure » prétend en effet faire la distinction entre ceux qui méritent de vivre et les autres, en se fondant sur l’idée « qu’il n’y a pas de sens à laisser vivre un être destiné à une existence indigne ». Pendant plusieurs décennies, ses membres, dont certains sont médecins, ont ainsi pratiqué ou favorisé des méthodes telles que des avortements ou stérilisations forcés pour tendre vers leur objectif, à savoir débarrasser la société de ceux qu’ils considèrent comme rien moins que des attardés sociaux :  l’eugénisme pratiqué pour le bien de la collectivité, sous couvert de raisons morales.

Nete Hermansen fait partie des jeunes filles dont l’existence a été brisée par sa rencontre avec Curt Wad. Internée sur la terrible île de Sprogø dans un asile pour femmes, elle est victime d’un avortement pratiqué contre son gré, puis d’une stérilisation forcée. Libérée, elle reprend une vie normale, si tant est qu’elle puisse l’être après ce qu’elle a subi. Elle se marie et passe quelques années heureuses en couple, avant de recroiser le chemin de Curt Wad en 1987, et son existence bascule à nouveau.

Jussi Adler-Olsen, comme à son habitude, signe un polar efficace. Les héros récurrents sont particulièrement attachants, de par leur personnalité plutôt atypique par rapport à celle des policiers qui apparaissent dans les polars scandinaves. Il y a Rose qui n’hésite pas à « devenir » sa propre jumelle Yrsa quand elle veut fuir la réalité, Assad, un syrien, dont on ne connait pas le passé, mais dont on devine qu’il tait les horreurs qu’il a connues. Assad se montre d’ailleurs bouleversé par le sort de certaines femmes impliquées dans cette enquête et redouble de motivation pour aider à son élucidation. Enfin, Carl, l’inspecteur, qui n’est ni alcoolique ni assailli de problèmes psychologiques, mais qui, derrière un cynisme caustique semble cacher un grand cœur et beaucoup de tendresse. Quant à l’intrigue, elle nous tient en haleine jusqu’à la révélation finale !

Dossier 64, Jussi Adler-Olsen, traduit du suédois par Caroline Berg, Le livre de poche, Paris, 2016, 672 p.

 

Lu dans le cadre du challenge Polars et thrillers chez Sharon et du challenge objectif pal chez Antigone 

 

 

Avalanche hôtel, Niko Tackian.

Je ne savais rien de Niko Tackian en ouvrant ce roman, ni qu’il avait déjà écrit plusieurs romans policiers, ni qu’il était principalement scénariste et auteur de bandes dessinées et qu’il avait d’ailleurs co-signé, avec l’excellent Franck Thilliez, la série française Alex Hugo. C’est bien la couverture, le titre et la quatrième de couverture qui m’ont alléchée en évoquant une enquête dans les Alpes suisses, en pleine tempête de neige. Parfait pour une lecture de janvier !

Et bonne surprise, l’action se déroule sur la Riviera vaudoise, plus précisément sur les hauteurs de Montreux, du côté du Rocher de Naye : les panoramas grandioses s’ouvrent sur le lac Léman qui ne se présente pas sous son meilleur jour d’ailleurs, puisque la tempête qui déferle en fait une mer intérieure déchaînée. Le froid et la neige encadrent une aventure étrange où des réminiscences du passé viennent troubler la petite vie tranquille que menait Joshua Auberson, un jeune policier vaudois féru de jeux vidéo.

Ce dernier se réveille en effet nu, sur le carrelage de la salle de bains de sa chambre d’hôtel. Il se souvient, grâce à une petite voix intérieure qui résonne en lui, qu’il est agent de sécurité au sein du magnifique « Avalanche hôtel » et qu’il doit se rendre rapidement au salon bleu, où on lui demande de retrouver une jeune cliente qui manque à l’appel, Catherine Alexander. Joshua suit les ordres du barman qui l’emmène dans la montagne en pleine tempête de neige : il se souviendra ensuite d’avoir plongé dans un abîme vertigineux…

Joshua se réveille à l’hôpital, après quelques heures de coma, victime d’engelures et d’une hypothermie heureusement réversible : il vient de sortir indemne d’une avalanche, dans laquelle il a été pris alors qu’il marchait seul du côté du Rocher de Naye, dans le cadre d’une enquête sur la disparition de Catherine Alexander.  La sensation de froid extrême ne le quitte pas, un sentiment d’étrangeté non plus : il y a de quoi, puisque nous sommes en 2018 et que la jeune Catherine Alexander a disparu de l’hôtel où elle passait ses vacances avec ses parents en 1980 !  Et que Joshua n’est pas agent de sécurité dans l’Avalanche hôtel, mais bien flic à Vevey. Tout cela n’était donc qu’un cauchemar dû au coma ?

Pour rassembler les éléments manquants de sa mémoire défaillante suite à l’accident, Joshua décide de rechercher l’homme qui l’a trouvé dans la montagne et l’a sauvé d’une mort certaine. Son enquête, aux côtés de Sybille, sa coéquipière (qui n’est en rien prophétesse mais dont les hypothèses justes en font néanmoins un excellent flic), le mène rapidement jusqu’au Bellevue Grand Palace sur les hauteurs de Montreux. Mais l’hôtel est fermé depuis une trentaine d’années… Joshua n’y est jamais venu et pourtant il reconnait chaque couloir, chaque pièce de l’Avalanche Hôtel : comment peut-il posséder une telle connaissance des lieux ?

Ce thriller rapide et très bien ficelé nous mène dans les méandres de la mémoire de Joshua, à la découverte des capacités encore inexploitées du cerveau humain.  L’atmosphère hivernale et mystérieuse, les vagues grises et menaçantes du Léman associées à la tempête de neige qui sévit en altitude, le rythme donné par une succession de chapitres courts, le duo d’enquêteurs toujours en mouvement, sont autant d’éléments qui confèrent quelque chose de très visuel à ce roman prenant que l’on verrait bien adapté au cinéma ou à la télévision. Un bon moment de lecture.

Avalanche hôtel, Niko Tackian, éditions Calmann-Lévy, Paris, janvier 2019, 266 p.

 

Livre lu dans le cadre du challenge Polars et thrillers chez Sharon.

 

L’homme du lac, Arnaldur Indridason

 

Petit intermède policier dans ma découverte des nouveautés de la rentrée littéraire, « L’homme du lac » d’Arnaldur Indridason, tiré de ma Pal où il était relégué depuis plusieurs années, s’est révélé très intéressant sur le plan historique.

Une jeune hydrologue, venue faire des relevés scientifiques au bord d’un lac islandais dont le niveau baisse anormalement, découvre un squelette à moitié enfoui dans la terre et peu à peu mis au jour par l’eau qui se retire.  Appelée sur les lieux, la police commence son enquête et il apparaît bientôt que le squelette se trouve sous l’eau depuis plusieurs décennies et qu’il y a donc peu de chances que l’on sache un jour de qui il s’agit. Pourtant, le commissaire Erlendur, passionné par les disparitions, s’entête à vouloir en découvrir l’identité.

La présence d’un vieil émetteur soviétique à côté des ossements va l’orienter sur la piste d’étudiants islandais socialistes, partis étudier en Allemagne de l’Est dans les années cinquante. En même temps, Erlendur est intimement convaincu que le vieil Haraldur, agriculteur à la retraite, a quelque chose à voir avec cette vieille histoire.

Indridason signe avec « L’homme du lac » un polar passionnant qui plonge le lecteur en pleine guerre froide, dans l’histoire de l’ancienne RDA et des exactions de la Stasi. L’Islande, ce petit pays nordique, très peu peuplé, semble avoir toujours vécu à l’écart du reste du continent européen, principalement de par sa situation géographique excentrée. Or, on découvre que l’Islande a elle aussi subi les répercussions de la guerre froide. L’auteur nous dévoile aussi au passage certains travers de la société islandaise. Autant d’éléments qui font de « L’homme du lac » un excellent policier qui a d’ailleurs reçu le prix du polar européen des éditions Point en 2008.

 

L’homme du lac, Arnaldur Indridason, traduite de l’islandais par Eric Boury, Points, Points policier n°P2169, Paris, 2009, 406 p.

 

Participation au challenge Objectif Pal chez Antigone et au challenge Polars et thrillers chez Sharon.

La pension de la via Saffi, Valerio Varesi

Après avoir beaucoup apprécié « Le fleuve des brumes » de Valerio Varesi, j’attendais avec impatience la sortie en poche de la seconde enquête du commissaire Soneri intitulée « La pension de la Via Saffi ». Paru en avril dernier, il arrivait à point nommé pour le mois italien.

Nous sommes à Parme, quelques jours avant Noël et le commissaire Soneri est l’un des seuls à ne pas se laisser gagner par l’effervescence mercantile qui règne dans la ville. Alors qu’il espère avoir enfin le temps de laisser libre cours à ses pensées, il se trouve face à une nouvelle énigme : la propriétaire d ’une petite pension de famille située dans le centre historique de Parme vient d’être assassinée. Or le commissaire Soneri connaissait la victime, Ghitta Tagliavini, puisque celle-ci accueillait par le passé dans sa pension de nombreux étudiants, dont Ada, sa future femme. Soneri passait d’ailleurs souvent à la pension pour rencontrer Ada.

L’enquête laisse très vite apparaître que la pension Saffi n’avait plus grand-chose à voir avec celle que Soneri avait connue. Devenus riches, les étudiants ne se contentent plus aujourd’hui d’une simple pension et la propriétaire s’était tournée depuis quelques temps vers une nouvelle clientèle, en choisissant de louer ses chambres en journée à des couples, dont beaucoup étaient illégitimes…

Le commissaire Soneri se dévoile un peu plus dans cette seconde enquête, où l’on apprend l’épisode douloureux de son veuvage précoce. Angela est toujours fidèle au poste pour le soutenir, ce qui n’est pas forcément drôle pour elle, car Soneri exprime peu ses sentiments. L’ensemble se déroule dans une atmosphère froide et brumeuse : les petites rues tortueuses du centre de la ville, pleines d’un épais brouillard, évoquent sans doute les méandres du passé de Soneri.

Le commissaire est en effet nostalgique de son passé, mais aussi de toute une époque, où Parme était encore une ville provinciale, où les gens se connaissaient, se parlaient. Il regrette que la ville soit maintenant gangrénée par la corruption et envahie par des étrangers, qu’il ne rejette pas, bien au contraire, mais dont il regrette qu’ils ne parviennent pas à s’intégrer et constituent des communautés qui vivent à côté des italiens, et non avec eux.

J’aime beaucoup le regard lucide et nostalgique que Soneri porte sur l’Italie, d’autant qu’il reste toujours mesuré dans ses propos. L’enquête elle-même nous en dit beaucoup sur l’évolution du pays, et cela prime sur les faits en eux-mêmes et sur l’intrigue et le suspense qui sont finalement secondaires. Le rythme lent donne une certaine profondeur au roman, mais risque de ne pas plaire aux amateurs de polars rapides aux multiples rebondissements. En revanche, pour les autres, c’est une série à suivre, sans aucun doute !

 

La pension de la Via Saffi, Valerio Varesi, traduit de l’italien par Florence Rigollet, Points Seuil P4772, avril 2018, p306.

 

Lu dans le cadre du mois italien chez Martine et du challenge polars et thrillers chez Sharon

 

Le manuscrit inachevé, Franck Thilliez

Un nouveau polar de Franck Thilliez est toujours un moment très attendu, et la lecture est rarement décevante. C’est le cas à nouveau avec « Le manuscrit inachevé » dans lequel l’auteur atteint le sommet de son art, même si, cette fois, l’intrigue ne s’inscrit pas vraiment dans un contexte scientifique, mais rend plutôt hommage au genre policier dans son ensemble, avec de nombreuses références à des classiques du genre.

Il n’est pas facile de résumer l’intrigue de ce dix-septième roman de Franck Thilliez, d’autant que le roman fait l’objet d’une double, voire triple mise en abyme. La préface est en effet signée d’un certain J.L Traskman qui nous dit avoir découvert un manuscrit laissé par son père, Caleb Traskman, auteur de polars à succès. Malheureusement, il manque à ce manuscrit sa « flamboyante conclusion » et il est impensable pour le fils, comme pour l’éditeur, de publier tel quel ce qui constitue sans doute l’un des meilleurs romans de Caleb Traskman ! Tiens, Franck Thilliez s’envoie des fleurs, mais l’on ne peut nier que le roman qui va suivre est bien l’un des meilleurs de l’auteur.

Bref, le procédé ne sert finalement qu’à attirer l’attention des lecteurs sur les détails semés par l’auteur afin de leur permettre de décrypter l’énigme qui les attend cinq cent pages plus loin. Mais cela ajoute un petit quelque chose en plus et ma lecture a été sans conteste plus attentive que d’habitude : moi aussi, j’étais à la recherche d’indices.

Quant à l’intrigue elle-même, touffue et compliquée, elle débute avec la survenue, dans les montagnes du Vercors, d’un accident de la route d’un petit délinquant qui veut échapper à un contrôle douanier. Il ne saura jamais qu’il transportait un cadavre dans son coffre, dont les policiers grenoblois, Vic et Vadim, vont devoir remonter la trace.

On apprend aussi dès les premières pages que quatre ans plus tôt, à Berck, au bord de la mer du nord, la jeune et jolie Sarah Morgan était enlevée, alors qu’elle rentrait chez elle. Depuis cette funeste date, son père n’a cessé de la chercher, bien que son enlèvement ait été revendiqué par un tueur en série arrêté depuis lors. Il faut dire que le criminel n’a jamais voulu révéler où il avait enterré le corps… Le roman démarre alors que la mère de Sarah, Léane, qui est auteur de polars à succès, vient de publier « Le manuscrit inachevé » et entame la promotion du roman. Mais l’agression de son mari Jullian, et l’amnésie qui le frappe, vont la ramener à Berck où elle se retrouve impliquée dans une terrible machination.

L’enquête nous transporte des brouillards humides de la mer du Nord aux flocons de la région grenobloise, dans une succession de sous-intrigues qui peu à peu prennent leur place pour former les pièces d’un gigantesque et diabolique puzzle. Franck Thilliez nous emmène dans ce que l’âme humaine peut produire de pire et, comme d’habitude, c’est d’une traite que l’on dévore les cinq cent pages.

Enfin, pour ce qui est de l’énigme, je croyais l’avoir trouvée, ayant compris à quoi faisaient référence les palindromes soulignés par l’auteur et les fréquentes occurrences du chiffre 2, mais cela ne me permettait pas de répondre à la question qui se posait à moi après la lecture de la scène finale. Alors mon fils m’a révélé le détail auquel, lui, il avait prêté attention…

 

Le manuscrit inachevé, Franck Thilliez, éditions Fleuve noir, mai 2018, 525 p.

 

Livre lu dans le cadre du challenge Polars et Thrillers chez Sharon