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L’homme qui s’envola, Antoine Bello

Walker a tout réussi : à quarante-trois ans, il dirige une entreprise florissante. Il s’entend à merveille avec son épouse Sarah. Ils ont trois enfants qui ne posent aucun problème majeur. Ils sont appréciés de leur entourage et sont heureux de vivre au Nouveau-Mexique, à Albuquerque ; dans une très belle maison, cela va de soi…

Walker ne regrette qu’une chose : ne jamais disposer de temps pour faire ce qu’il aime. Et pourtant Walker aime aller vite, il lui faut de l’action en permanence et il a développé toutes sortes de stratégies pour gagner du temps en toutes circonstances. Mais il a l’impression de ne plus rien contrôler, de se retrouver embrigadé dans un futur qui se déroule devant lui, dessiné jusque dans ses moindres détails.

Alors, bien qu’il aime sa femme, bien qu’il ne songe pas un instant à abandonner ses enfants, il joue à imaginer comment il pourrait fuir ce quotidien devenu trop pesant. Il va même jusqu’à faire des préparatifs pour organiser sa possible disparition. Cela le rassure, l’amuse et ne porte pas à conséquence. Jusqu’à ce que, poussé naturellement, de par son caractère, vers l’accomplissement de ce qu’il entreprend – il ne procrastine jamais, lui -, il en vienne à projeter son avion sur une montagne, après avoir pris soin de s’en éjecter auparavant. Tout était prêt, bien entendu, pour qu’il apparaisse évident à tous que Walker n’avait pas pu réchapper à cet horrible accident.

Walker avait bien pensé que l’assurance, contractée quelques années plus tôt afin de protéger son entreprise en cas de disparition prématurée de son patron, rechignerait à payer : les sommes en jeu sont en effet trop énormes pour qu’une enquête ne soit pas, au minimum, envisagée. Mais comble de malchance pour Walker, c’est à Nick Shepherd, un véritable génie dans son domaine, qu’il incombe de résoudre cette affaire particulièrement difficile.

Ouvrir un roman d’Antoine Bello signifie se lancer dans une aventure plus ou moins rocambolesque, toujours intelligente, au cours de laquelle on ne s’ennuie pas un instant : jusqu’à la fin, on se demande qui va gagner cette chasse à l’homme. Comme d’habitude, l’auteur nous propose un roman très bien ficelé, un thriller psychologique qui n’a pour raison d’être que l’envie d’illustrer le besoin de liberté de l’homme moderne.

Certes, « L’homme qui s’envola » pose quelques questions, mais n’a pas la prétention de vouloir y répondre. Il n’est jamais moralisateur et pousse les lecteurs, qui pourraient à juste titre se prendre à juger sévèrement Walker de son attitude irresponsable ou s’interroger sur le rôle joué par son épouse, à préférer se laisser gagner par le plaisir de l’aventure elle-même… un très bon divertissement !

 

L’homme qui s’envola, Antoine Bello, Gallimard, Paris, avril 2017, 317 p.

 

 

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Des erreurs ont été commises, David Carkeet

C’est avec plaisir que je retrouve Jéremy Cook dans une troisième aventure. Après « Le linguiste était presque parfait » et « Une putain de catastrophe », le linguiste maladroit mais très observateur n’arrive décidément pas à se faire une place dans la société. Sans doute son habitude de disséquer les tics de langage et le comportement illogique de la plupart de ses congénères y est-elle pour quelque chose…

Pour l’heure, Jérémy est au chômage et les perspectives sont peu encourageantes. Ses travaux sur l’acquisition du langage sont au point mort et lorsque l’un des nouveaux collègues de sa femme Paula lui propose de rencontrer sa nièce de deux ans qui utilise la « réduplication partielle pour expliquer le pluriel « (la petite fille dit « boî-boîte » pour désigner plusieurs boîtes), Jérémy accepte sans enthousiasme.  C’est ainsi qu’il fait la connaissance d’une famille très différente de la sienne, celle du « roi des noix »,  Ben Hudnut, à la tête d’une entreprise d’importation de noix florissante : un homme à qui tout réussit, travail, amour, famille, jusqu’au jour où…

D’abord méfiant, et toujours misanthrope, Jérémy Cook hésite avant de devenir ami avec Ben et de se laisser entraîner dans une nouvelle aventure, où le langage joue, comme toujours, un rôle essentiel. David Carkeet signe un roman très agréable, plein d’humour et qui met l’accent sur l’incommunicabilité entre les êtres. Un divertissement intelligent dont les répliques m’ont parfois fait éclater de rire !

Des erreurs ont été commises, David Carkeet, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Marie Chabin, éditions Monsieur Toussaint Louverture, avril 2017, 344 p.

 

Livre lu dans le cadre du mois américain chez Martine.

 

 

Blogoclub : L’homme de la montagne, Joyce Maynard

 

Pour ce premier rendez-vous du Blogoclub que nous organisons, Amandine et moi, en reprenant le flambeau de Sylire, nous avons choisi un roman de Joyce Maynard, auteure américaine très talentueuse, ce qui permet en outre, de faire coïncider notre RDV avec le début du mois américain chez Titine. Parmi les différents romans de Joyce Maynard, les participants au Blogoclub ont voté pour « L’homme de la montagne », qui a été chez moi un véritable coup de cœur que je vous laisse découvrir ci-dessous.

J’espère que ce roman vous a également plu. Je vous laisse déposer vos liens en commentaire de ce billet, car Amandine termine actuellement ses vacances et reprendra vos liens dans quelques jours.

 

Rachel et Patty sont sœurs et vivent en Californie chez leur mère, non loin de San Francisco, dans la « Cité de la splendeur matinale ». Le quartier revêt des allures de campagne et les jardins s’ouvrent directement sur la montagne et le parc national du Golden Gate, gigantesque, avec ses centaines de kilomètres de chemins de randonnée.

C’est dans ce parc que les deux sœurs passent le plus clair de leur temps à vagabonder, pique-niquer et inventer des jeux débordants d’imagination. Il est vrai qu’elles ne se sentent pas à l’aise dans la maison, où leur mère, depuis son divorce, passe toutes ses journées dans sa chambre.

Le père, l’inspecteur Toricelli, s’occupe pourtant de ses filles ; il vient souvent les chercher pour les emmener manger des pâtes à la sauce marinara. Ce policier d’origine italienne collectionne les conquêtes féminines, ce qui lui a coûté son mariage : c’est plus fort que lui, il aime sincèrement les femmes, cherchant toujours à les défendre, et il s’intéresse à elles aussi pour ce qu’elles ont à dire. Ses deux filles l’admirent beaucoup, et attendent avec impatience chacune de ses visites.

En cet été 1979, Rachel, l’aînée, a treize ans. Elle connaît les affres de l’adolescence, et se désole de ne pas avoir d’amie. Rachel partage donc tous ses moments de loisirs avec sa sœur Patty, de deux ans sa cadette ; elle invente des histoires, tout en espérant que bientôt, la vie deviendra aussi intéressante que le monde imaginaire qu’elle s’est construit avec Patty. C’est d’ailleurs d’une manière inattendue que la réalité prend le dessus, lorsqu’une jeune fille est découverte assassinée dans la montagne. Un crime étrange, précédé d’un viol, et dont le mode opératoire fait penser à celui d’un tueur en série.

Et c’est bien de cela qu’il s’agit, puisque les crimes de jeunes femmes se succèdent dans le parc national. La psychose grandit. Le père de Rachel et Patty est responsable de l’enquête, et Rachel devient vite populaire auprès de camarades de classes avides de détails scabreux. Mais la police se révèle impuissante face à celui qui est devenu « l’Etrangleur du Crépuscule ». Et l’échec du père devient aussi celui de ses filles, qui n’ont pas pu l’aider.

Le récit qui débute avec les souvenirs d’enfance de Rachel, héroïne principale du roman et narratrice, se transforme bien vite en véritable polar, bien que l’adolescence de Rachel et les sentiments variés qu’elle découvre soient constamment au premier plan. En effet, l’été 79 aura des répercussions sur la vie entière de Rachel…

Le roman de Joyce Maynard a été pour moi un véritable coup de cœur, difficile à classer dans une catégorie puisqu’il relève autant du roman d’initiation, du roman autobiographique, que du polar. L’auteur restitue à merveille l’atmosphère de la fin des années soixante-dix, avec de nombreuses références culturelles, et notamment musicales, à cette période. On ne peut s’empêcher d’être nostalgique face à la vie des jeunes de cette époque, sans activités programmées, libres d’exercer leur imagination pour remplir les deux mois de vacances estivales.

L’Homme de la montagne est un livre difficile à lâcher, d’autant qu’il est bien écrit par une auteure qui excelle dans la description des sentiments exacerbés « des filles de treize ans ». Patty, la sœur de Rachel, leur père Anthony, ainsi que leur mère, et même Margaret Ann, la possible belle-mère, sont également des personnages très attachants, bourrés de défauts, mais profondément humains.

L’homme de la montagne, Joyce Maynard, traduit de l’anglais (américain) par Françoise Adelstain, 10/18, septembre 2015, 360 p.

 

 

Les avis des autres participants :

Sur d’autres romans de Joyce Maynard :

 

 

Livre lu dans le cadre du Blogoclub chez Amandine et Florence (ici), et du mois américain chez Titine.

 

 

 

Le gang des rêves, Luca di Fulvio.

C’est pour la préserver des griffes du patron et s’assurer qu’elle ne portera jamais, comme elle, « son bâtard dans le ventre », qu’une paysanne calabraise choisit d’estropier Cetta, sa fille de douze ans. Mais Cetta n’échappe pas à son destin et met au monde, à l’âge de quatorze ans, un petit Natale qu’elle décide d’emmener en Amérique pour qu’il ne subisse pas l’esclavage qui est le lot des paysans du sud de la péninsule.

Quand la jeune mère et son bébé débarquent à Ellis Island, le prénom de l’enfant est traduit et Natale est enregistré sous le nom de Christmas Luminità. Quant à Cetta, sa beauté lui vaut d’être placée comme prostituée dans une maison close, sous la protection de Sal, un homme dur et taciturne. Le caractère déterminé de Cetta lui permet de garder Christmas auprès d’elle, ce qui est normalement impossible pour une prostituée. Débute alors pour Cetta et son fils une vie difficile, dans les bas-fonds de New York.

Quelques années plus tard, Christmas, qui est sur le point de basculer dans la délinquance, trouve dans la rue une jeune fille ensanglantée qui semble avoir été battue et violée. Après l’avoir portée jusque chez lui, il la dépose devant l’hôpital sur les conseils de sa mère qui en profite pour lui asséner avec autorité qu’il ne devra jamais lever la main sur une femme. Elle ajoute que, dans le cas contraire, elle n’hésiterait pas à le tuer elle-même. Malheureusement, Christmas, que l’on a vu déposer la jeune fille, est arrêté.

Commence alors une aventure à travers la métropole internationale qu’est déjà New York dans les années vingt, celle des bandes rivales, qui marquent les différences entre les communautés italiennes, irlandaises et juives.  Heureusement, Christmas, fort des enseignements de sa mère, parvient toujours à préserver sa pureté. Avec lui, le lecteur traverse l’Amérique, du Lower East Side et des débuts de la radio, jusqu’aux studios d’Hollywood, à travers de que les hommes ont produit de mieux, mais aussi de plus vil : un roman dur, violent, parfois tendre, où les justes se reconnaissent entre eux et où l’amour et l’intégrité triomphent finalement.

On retrouve dans « Le gang des rêves », tous les ingrédients des « Enfants de Venise ». Pour être tout à fait juste, il faut préciser que « Le Gang des rêves » a été publié avant « Les enfants de Venise » dont il constitue le premier tome d’une trilogie dans laquelle chaque volume se lit séparément. Les thèmes sont les mêmes, avec au centre, une histoire d’amour entre deux héros d’origines et de religions différentes. « Le gang des rêves » est un pavé qui se lit d’une traite, tant est grand le talent de conteur, et l’écriture cinématographique,  de Luca di Fulvio !

 

 

Le gang des rêves, Luca di Fulvio, traduit de l’italien par Elsa Damien, éditions Slatkine et Cie, décembre 2016, 716 p. Sorti en Pocket en mai 2017, 864 p.

 

Livre lu dans le cadre du challenge Il viaggio chez Martine.

Je remercie les Editions Slatkine et Compagnie de m’avoir fait découvrir ce roman.

 

 

Ada, d’Antoine Bello

adaImaginez un ordinateur capable d’écrire un roman, de rédiger n’importe quel article de journal, couvrant aussi bien le dernier match de votre équipe préférée que l’évolution des chiffres du chômage. Rien ne l’empêcherait d’écrire les discours des politiciens, ni de corriger les copies des étudiants et j’en passe… Cette intelligence artificielle existe, en plusieurs exemplaires : à chacun d’eux est assignée une tâche particulière et c’est à Ada que revient la mission littéraire qui consiste à écrire et publier un roman à l’eau de rose qui soit un immense succès.

Malheureusement, Ada a disparu, sûrement kidnappée, et l’entreprise high-tech de la Sillicon Valley qui a conçu ce programme révolutionnaire appelle à l’aide Franck Logan, un inspecteur de police appartenant à une unité spécialisée dans les disparitions et le trafic d’êtres humains. Ce dernier demande à être déchargé de l’affaire lorsqu’il s’aperçoit que la disparue n’est autre qu’un programme informatique et qu’il s’agit certainement d’un vol dû à un concurrent de la Turing Corp. Peine perdue, sa supérieure hiérarchique, l’arriviste Snyder, en lice pour les élections au poste de procureur général, ne peut se mettre à dos une entreprise si influente.

Franck Logan commence donc une enquête qui prend très vite une direction pour le moins inattendue. Flic d’une grande honnêteté, marié à une française qui vit depuis trente ans avec lui en Californie et qui continue à regarder les Etats-Unis à travers le prisme de ses principes marxistes, Franck est un personnage émouvant pour lequel je me suis prise d’affection. D’autant plus qu’il n’y connaît presque rien en intelligence artificielle, ce qui représente un grand avantage pour le lecteur qui n’éprouve aucune difficulté à le suivre, puisqu’il se fait tout expliquer !

D’abord roman policier, le livre d’Antoine Bello devient rapidement un roman d’anticipation qui s’intéresse à …la littérature. En pointant les dérives probables de la haute technologie, il nous propose de réfléchir au rôle que revêt la littérature au sein de nos sociétés démocratiques et nous avertit des risques que représentent les intelligences artificielles. En ce qui me concerne, j’y ai décelé également un cri d’amour pour la langue, les mots et les écrits en général. J’ai adoré le cours pratique que l’inspecteur Logan nous donne sur le haïku, ce poème japonais en trois vers et dix-sept pieds, véritable hymne à la concision !

On retrouve un des thèmes qu’Antoine Bello a développé dans son roman « Les falsificateurs », à savoir le pouvoir des mots et la manipulation des masses que permet la falsification des écrits. Antoine Bello ne résiste pas à nous faire une démonstration de ce pouvoir de manipulation à la fin de son roman. D’ailleurs qui nous dit qu’il est bien l’auteur de ce roman et que ce n’est pas Ada elle-même qui a mené sa mission à bien ?

Heureusement, Ada n’existe pour l’instant que dans le roman d’Antoine Bello. Les écrivains, poètes, journalistes et autres rédacteurs ont encore quelques beaux jours devant eux avant d’être remplacés par des robots qui les enverraient tous à la retraite prématurée et qui mettraient en péril nos démocraties et notre civilisation ! Quoiqu’on ne sache pas vraiment où nous en sommes dans ce domaine aussi novateur qu’effrayant…

Un roman intelligent, captivant, mais aussi inquiétant, qui plaira et effraiera tout à la fois les amoureux de la littérature !

Ada, Antoine Bello, Gallimard, Paris, juin 2016, 362 p.

 

Livre lu dans le cadre du mois américain 2016 et du challenge 1% de la rentrée littéraire

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Le linguiste était presque parfait ou la linguistique pour élucider un meurtre…

le linguiste était presque parfaitPrésenté par sa maison d’édition, Monsieur Toussaint Louverture, comme « du David Lodge avec des cadavres » , le premier livre de David Carkeet,   « Le linguiste était presque parfait »  est un petit régal d’intelligence et d’humour. Du David Lodge, il y en a pas mal dans ce roman : le protagoniste est un chercheur universitaire, l’action se passe dans une petite université anglo-saxonne inconnue, les préoccupations sont à la fois pointues et futiles, les relations humaines sont analysées sous toutes leurs coutures et le tout est enrobé d’une bonne dose d’humour.

À la différence des romans de David Lodge, le livre de Carkeet ne se déroule pas en Angleterre, mais aux États-Unis, dans l’Etat d’Indiana, Comté de Kingsley. Il est vrai que cela ne change pas grand-chose pour les lecteurs francophones. Mais il existe une autre différence, et non des moindres,  « Le linguiste était presque parfait »… est un thriller ! Il y a en effet une mort suspecte, puis une disparition, et finalement  deux meurtres. Nous sommes très loin des polars actuels, qui rivalisent de noirceur voire de perversité. L’enquête se déroule calmement, et sera finalement élucidée grâce à … la linguistique !

Tout commence lorsque la visite d’un journaliste à l’Institut Wabash vient rompre le quotidien de la petite communauté universitaire. Jérémy Cook, linguiste, a été désigné par son directeur pour présenter au journaliste l’institut et ses missions : Wabash se consacre à l’étude des processus d’acquisition du langage chez les jeunes enfants. Il est organisé autour d’une crèche qui permet à ses sept linguistes d’observer les enfants et de relever le corpus scientifique qui servira de base à leurs travaux. Au cours de la visite des lieux avec le journaliste, Jérémy Cook surprend une conversation peu flatteuse à son égard et se met à rechercher l’origine de la rumeur qui le discrédite. Peu après, l’un des linguistes est retrouvé mort dans le bureau de Cook, qui devient forcément suspect.

Dès lors, Cook n’a plus qu’à mener l’enquête aux côtés de l’inspecteur de police chargé de l’affaire, le lieutenant Leaf. Et les idiophénomènes qu’il étudie lui seront d’un grand secours (« ce sont les dispositifs linguistiques que les enfants développent d’eux-mêmes, sans s’inspirer du monde adulte. Il peut s’agir de simple énoncés aux significations invariables, comme le beu d’un tout-petit pour dire « Je veux le petit canard », jusqu’à des modulations bien plus personnelles, qui n’appartiennent qu’à l’enfant qui les énonce » (p12)).

Qui a dit que la linguistique était ennuyeuse ?  Le langage définit l’être humain et les mots sont essentiels, même si ce sont des babillements ou autres gazouillis. Tout comme les relations humaines,  principal sujet d’études du linguiste assassiné qui s’intéressait plus particulièrement au rôle que jouent les représentations erronées que nous avons de nos relations avec autrui.

Roman intelligent, « Le linguiste était presque parfait » est surtout drôle et distrayant. Écrit en 1980, il a été traduit en français en 2013 seulement, et n’a pas vieilli, sinon par le fait que les linguistes utilisent encore de lourdes machines à écrire et qu’il n’est question ni de téléphone portable, ni d’Internet. Un second roman de David Carkeet, avec le même protagoniste, le sympathique Cook, est sorti l’année dernière aux Éditions Monsieur Toussaint Louverture : tout aussi rocambolesque, « Une putain de catastrophe »  est aussi à découvrir !

Le linguiste était presque parfait, David Carkeet, traduit de l’anglais (USA) par Nicolas Richard,  Monsieur Toussaint Louverture, Toulouse, 2013, 287 p.

 

A noter que « Le linguiste était presque parfait » est sorti en  poche aux éditions Points:

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Livre lu dans le cadre du mois américain 2016 chez Titine.

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Tout ce que j’aimais, de Siri Hustvedt

Tout ce que j'aimais siri hustvedtVoici un an et demi que je participe aux rendez-vous trimestriels du Blogoclub de Sylire et le bilan est plus que positif puisque cela m’a permis de faire de belles découvertes. C’est le cas pour l’auteure que nous avons choisie aujourd’hui : Siri Hustvedt, une poètesse, essayiste et romancière américaine qui vit à New York, connue également en tant qu’épouse de Paul Auster. Le roman de Siri Hustvedt, « Tout ce que j’aimais » marque également ma première participation au mois américain 2016 organisé par Titine, et dont vous pouvez trouver le programme ici.

« Tout ce que j’aimais » est l’histoire de deux couples d’amis, artistes et enseignants universitaires, qui vivent dans deux appartements situés l’un au-dessus de l’autre à New-York. Léo, le narrateur, a épousé Erica, dont il est très amoureux. Quant à Bill, il est marié avec Lucille. Les deux couples ont chacun un fils la même année. Puis Bill et Lucille se séparent et Bill s’installe avec Violet. Une grande amitié se développe entre les deux couples, ainsi qu’entre leurs fils, Matthew et Mark, puis la vie fait son chemin et apporte son lot de tristesse, voire de tragédies, dont je ne dévoilerai rien ici.

C’est donc toute une vie qui est racontée en détail par Léo qui se penche sur son passé douloureux. Il y a deux belles histoires d’amour, ainsi que de très beaux moments d’amitié, mais aussi beaucoup de tristesse autour du destin des enfants. Quelques pages poignantes au sujet de Matthew m’ont arraché des larmes, tandis qu’une inquiétude sourde montait quant à l’avenir de Mark.

Siri Hustvedt raconte le cours des choses avec beaucoup de finesse et de psychologie. Le roman est plus que dense, foisonnant, notamment en ce qui concerne les recherches des personnages, qu’il s’agisse de Bill, artiste aux multiples facettes, d’Erica qui s’intéresse aux troubles mentaux féminins et aux désordres de la nutrition, ou de Léo qui mène des travaux sur l’évolution des conventions dans la peinture et à leur influence sur la perception.

Tout au long du livre, l’auteure évoque le rôle de l’art dans la société de consommation. Les fréquentations de Mark permettent de prolonger les réflexions sur l’art et son « inutilité naturelle ». De même, les œuvres d’art réalisées par Bill trouvent leur explication dans l’esprit de Léo bien après la mort de leur auteur. La frontière entre l’art et la folie n’est jamais loin, que ce soit en raison des antécédents familiaux ou dans les interrogations des personnages. A la fin, on se demande, comme l’auteure, quelle est la part de la fiction dans la réalité : « C’est là que nous vivons tous (…) dans les récits imaginaires que nous nous faisons de nos vies ».

Au total, « Tout ce que j’aimais » est un roman qui m’a bouleversée, et m’a beaucoup plu par les nombreuses questions qu’il pose et par l’impression d’authenticité qui ressort des émotions des personnages. Le roman possède évidemment les défauts de ses qualités et il faudrait sans doute une seconde lecture, une fois que la curiosité du lecteur pour l’intrigue est satisfaite, pour en explorer tous les aspects, pour en épuiser les différents thèmes. Parmi ces défauts, je citerai les trop longues descriptions lors de la réalisation des œuvres d’art de Bill. Après l’épisode des caisses de Hansel et Gretel ( !), j’ai évité l’ennui qui me menaçait lors de ces quelques passages en les sautant sans vergogne. Mais je n’ai jamais regretté d’avoir poursuivi ma lecture car « Tout ce que j’aimais » est un roman riche et passionnant, pourvu qu’on se donne le temps de l’apprécier.

 

Les avis des autres participants au Blogoclub consacré à Siri Hustvedt sont à découvrir ici.

 

Tout ce que j’aimais, Siri Hustvedt, traduit de l’anglais (américain) par Christine Le Boeuf, Actes Sud, Collection Babel, 456p.

 

Livre lu dans le cadre du Blogoclub de Sylire, du mois américain chez Titine, et du challenge Femmes de lettres chez George.

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