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Villa triste, Patrick Modiano

Nous sommes en 1962, dans une station thermale française, située au bord d’un lac et à proximité de la frontière suisse. Le narrateur a dix-huit ans et se cache sous une fausse identité dans cette petite ville où il se sent en sécurité. Il fait la connaissance d’Yvonne Jacquet, une jeune starlette, et du docteur René Meinthe, de quelques années son aîné.

Comme à son habitude, Modiano brouille les pistes. La description de la ville thermale évoque Evian, son casino, ses grands hôtels, son funiculaire, ainsi que les lumières de la Suisse sur l’autre rive du lac Léman. Mais la toponymie emprunte également beaucoup d’éléments à Annecy; ainsi, les noms des localités voisines sont ceux des villages qui bordent le lac d’Annecy, il y a la chaîne des Aravis…

De la même façon, on ne sait pas exactement ce que fuit Victor Chmara, le narrateur. Ni quelle est la vraie teneur de la relation qui s’installe entre les protagonistes. Ni enfin quelle est la véritable activité du docteur Meinthe, dont l’homosexualité est quant à elle -et de façon négative- revendiquée : quelques suppositions seulement, suggérées par l’auteur. Et c’est toute la magie de l’écriture de Patrick Modiano qui, une fois de plus, nous emmène dans une atmosphère délicieusement désuète et surannée, qui ne pouvait s’illustrer mieux que dans cette petite ville thermale.

Les soirées des héros se satisfont d’un concours d’élégance aux gestes étudiés. Les activités du docteur Meinthe sont mystérieuses; elle ne sont jamais précisées, mais de l’avis du narrateur, elles sont « étranges et inquiétantes ». Elles sont sans doute liées à la guerre d’Algérie, à la proximité de Genève, plaque tournante de réseaux de toutes sortes.

« Villa triste » n’est pas un roman triste, même s’il évoque une certaine nostalgie : celle du narrateur qui, quinze ans après, revit un moment de sa jeunesse. A côté de celui de la jeunesse perdue, le thème du déracinement est central dans le roman. Victor Chmara cherche ses racines ; il envie Yvonne qui semble être originaire de cette petite ville, bien qu’elle n’en dise rien. Mais les souvenirs sont volatiles, il s’effacent avec le temps qui enveloppe tout d’une aura mystérieuse…

Modiano ne laisse généralement pas indifférent : en ce qui me concerne, je suis particulièrement sensible au charme flou de son oeuvre, qui distille une petite musique douce, qui habille la pudeur de l’auteur d’un voile énigmatique…

 

Villa triste, Patrick Modiano, Folio n°953, 1977, 209 p.

 

A lire également :

-Le Paris de Modiano.

-Dans le café de la jeunesse perdue.

 

 

 

Trois saisons d’orage, de Cécile Coulon

 

 

 » Les Trois-Gueules doivent leur nom à la forme des falaises au creux desquelles coule un torrent sombre. C’est un défilé de roche grise, haute et acérée, divisé en trois parties, en trois sommets successifs qui ressemblent à s’y méprendre à trois énormes canines. « 

 

Les Trois-Gueules sont dominées par un plateau où survivent quelques fermiers. Après la seconde guerre mondiale, l’arrivée de l’entreprise Charrier, attirée par une roche à extraire de grande qualité, marque le début de la prospérité pour le hameau du plateau devenu village : Les Fontaines est un paradis terrestre, préservé des fureurs de la ville, pour peu que ses habitants ne s’approchent pas des Trois-Gueules et de leurs précipices dangereux.

Jeune médecin citadin marqué par la guerre, André vient s’installer aux Fontaines. Il rachète la magnifique maison d’un couple ayant fui le village, après la mort subite et inexpliquée de leur fils de huit ans.  Après quelques années, André voit arriver Elise, une jeune femme de la ville avec qui il avait passé une nuit : elle lui amène Bénédict, son fils, dont il ne connaissait pas l’existence. André poursuit sa mission de médecin de campagne, avec ce fils qui choisit de vivre avec lui.

Devenu médecin à son tour, Bénédict épouse la belle Agnès qui accepte de le suivre aux Fontaines sans hésiter. Ils auront une fille, Bérangère, la première de la famille à naître au village. Dès la fin de l’école primaire, Bérangère devient très proche de Valère, l’un des quatre fils des principaux fermiers des Fontaines. Tout semble sourire aux deux amis d’enfance et le village comprend peu à peu qu’ils sont faits l’un pour l’autre…

« Trois saisons d’orage » est mon premier coup de cœur depuis le mois de janvier dernier, donc mon deuxième coup de cœur 2017. Il était temps !  J’ai eu envie de lire un roman de Cécile Coulon, après avoir vu l’auteur à la Grande Librairie et après avoir lu quelques chroniques d’Eve à son sujet.  J’étais intéressée notamment par la façon dont Cécile Coulon traite l’opposition ville-campagne, un thème qui lui est cher.

Dans « Trois saisons d’orage », celui qui n’est pas né aux Fontaines reste un étranger toute sa vie, même si, à l’instar d’André le médecin, de son fils Bénédict, ou du prêtre Clément qui narre cette histoire, il a tout donné aux habitants.  Les croyances des villageois de la seconde moitié du XX ème siècle, prêts à interpréter certains événements à l’aune de leur comportement, ne sont que l’acceptation d’une malédiction -fruit de l’éloignement- qui pèse sur les campagnes mais que les villageois ne remettent pas en cause, car elle les protège des maux de la ville, beaucoup plus effrayants pour eux.

L’écriture acérée du début du roman m’a plongée dans l’univers dur des « fourmis blanches », ces ouvriers qui extraient le minerai au péril de leur vie, et dans celui des fermiers qui ne comptent pas leurs heures de travail pour nourrir ces terres reculées ; l’écriture s’adoucit ensuite lorsque l’intrigue prend son envol, mais elle reste tendue, pour nous amener peu à peu vers le drame final. Je ne divulgue rien ici, puisque le prologue annonce, par la voix du prêtre Clément, la tragédie qui va se jouer.

Il y a bien de la tragédie grecque dans ce roman, même si les scènes d’affrontement familial n’ont pas lieu, puisqu’au contraire les sentiments hors normes restent tus. Il faut avant tout préserver les apparences, dans un village où les rumeurs circulent et sont disséquées. Tout est suggéré, mais de façon très puissante. Jusqu’au climax qui était nécessaire pour que tout rentre dans l’ordre, pour que le village retrouve une vie paisible : quelle maîtrise, de la part d’un si jeune auteur -Cécile Coulon n’a que vingt-sept ans et en est à son huitième roman !

 

Coup de cœur 2017 !

 

Trois saisons d’orage, Cécile Coulon, Ed.Viviane Hamy, janvier 2017, 266 p.

Une langue venue d’ailleurs, Akira Mizubayashi

Akira Mizubayashi  est un universitaire japonais, professeur de français langue étrangère, écrivain et traducteur. Il vit aujourd’hui au Japon où il enseigne le français. Il écrit aussi bien en français qu’en japonais. Une langue venue d’ailleurs est le récit de son apprentissage du français, débuté alors qu’il avait dix-neuf ans dans les années soixante-dix au Japon. C’est aussi et surtout le récit d’une véritable passion que l’auteur décrit dans sa préface :

«  Le japonais n’est pas une langue que j’ai choisie. Le français, si. Heureusement, on peut choisir sa langue ou ses langues. Le français est la langue dans laquelle j’ai décidé, un jour, de me plonger. J’ai adhéré à cette langue et elle m’a adopté…C’est une question d’amour. Je l’aime et elle m’aime… si j’ose dire… » (p19).

Il raconte comment s’est effectué pour lui ce choix de langue, à travers ses premiers contacts avec le français, lors d’un cours donné à la Radio nationale japonaise, et dont il garde encore le souvenir des « sons clairs et veloutés ».  Il revient sur le rôle joué par son père qui était si attentif aux études de ses enfants, et qui poussait son fils aîné à apprendre la musique. Akira ne fit pas de musique, mais à la place, il étudia le français, dont il dit : « C’était pour moi un instrument qui faisait chanter une musique particulière ».

Autre élément qui a déclenché sa passion, la découverte du texte d’un philosophe japonais, Arimasa Mori, qui décrit l’acquisition d’une langue comme le projet de toute une vie.  Enfin, la philosophie des Lumières, incarnée pour lui dans Suzanne, la servante des Noces de Figaro de Mozart, un  « miracle de réussite littéraire et musicale »  et enfin,  Jean-Jacques Rousseau que l’auteur  considérait à dix-neuf ans déjà, comme « le penseur par excellence de la modernité » et qui demeure, quarante ans plus tard, l’écrivain voire le  « héros » qu’il admire le plus.

C’est en effet le travail de toute une vie que nous décrit Mizubayashi. Avec application, il approfondit toujours davantage ses connaissances en français, d’abord à l’Université de Montpellier où il obtint une bourse pour étudier la didactique du français langue étrangère, puis à l’Université de Tokyo où il retourne avec l’amie française qui deviendra sa femme et enfin dans la prestigieuse Ecole normale supérieure de la rue d’Ulm.

L’auteur étonne parfois le lecteur francophone par sa détermination sans faille et sa peur de perdre la face, si particulière aux asiatiques : il nous raconte ainsi quelques anecdotes quant à l’utilisation ou la prononciation erronée d’un vocable français. On comprend que sa persévérance l’ait conduit sur la voie du succès dans son apprentissage. Une langue venue d’ailleurs nous permet aussi à nous, francophones, de mesurer la difficulté que représente l’apprentissage du français pour un adulte étranger.

Le roman comporte en outre des réflexions intéressantes quant aux processus d’acquisition d’une langue et à l’utilisation de celle-ci au sein d’une famille mixte ; Mizubayashi évoque en effet son expérience avec sa femme, française, et sa fille, élevée au Japon dans les deux langues. Il explique son « étrangéité« , née de la cohabitation de sa langue maternelle, le japonais et de ce qu’il appelle sa langue paternelle, en hommage au soutien apporté par son père, le français.

Enfin, Une langue venue d’ailleurs comporte quelques très beaux passages sur le français, le tout dans une langue écrite que pourraient envier beaucoup d’auteurs francophones ! Une langue venue d’ailleurs a reçu plusieurs prix, dont le Prix du rayonnement de la langue et de la littérature française de l’Académie Française 2011, et le Prix littéraire Richelieu de la Francophonie 2013. Intéressant et enrichissant !

Une langue venue d’ailleurs, Akira Mizubayashi, Folio n° 5520, Paris, janvier 2013, 263 p.

Livre lu dans le cadre du challenge Objectif Pal

 

 

La maison atlantique, de Philippe Besson.

la-maison-atlantique-philippe-besson« La maison atlantique » est le récit d’un été tragique, celui qu’a vécu le narrateur il y a bien des années, lorsqu’il avait dix-huit ans.  Le jeune homme ne s’était pas remis de la disparition de sa mère, deux ans auparavant, et  s’entendait alors très mal avec son père. Ce dernier avait d’ailleurs décidé d’emmener son fils dans la « maison atlantique », qui appartenait autrefois à la mère, afin de tenter une réconciliation. Mais si le père avait eu l’initiative du rapprochement , il ne fera toutefois rien au long des quelques semaines que dure le roman, qui puisse amener un quelconque réchauffement des relations avec son fils, bien au contraire.

Entre ce père et son fils, rien de commun, sinon des reproches mutuels, des incompréhensions, et surtout un passé douloureux : la mort de la mère, peu après le divorce et les responsabilités du père, jamais assumées. Le père est égoïste et cynique, c’est indéniable, et encore une fois, il ne peut s’empêcher de gâcher l’infime chance qu’il a de renouer avec son fils, lorsqu’un couple de vacanciers vient s’installer dans la maison voisine. En effet, la jeune femme est jolie et lui plaît. Les dîners s’enchaînent et c’est bientôt l’engrenage que le fils observe, et dont il comprend rapidement qu’il mènera droit à la tragédie.

Le roman de Philippe Besson est efficace, rondement mené,  bien que fondé sur ce qui n’est finalement  qu’un fait divers sordide. Le jeune narrateur est très lucide pour son âge, peut-être parce qu’il a déjà beaucoup souffert et a perdu ses illusions : il fait part au lecteur de toutes ses impressions, il imagine ce que ressentent les personnages et c’est cet aspect  psychologique qui fait l’intérêt du roman.  Tout comme l’écriture d’ailleurs, qui tient le lecteur à distance,  et fait de « La maison atlantique » un roman froid, comme le sont les personnages, empêtrés pour l’un dans son égoïsme, pour l’autre dans sa haine du père. Si tel était l’objectif de l’auteur, c’est une réussite. Pour ma part, j’ai toutefois préféré le roman précédent de Philippe Besson, « De là, on voit la mer« , que j’ai trouvé beaucoup plus envoûtant.

La maison atlantique, Philippe Besson, éditions 10/18, Paris, janvier 2015.

 

Livre lu dans le cadre du challenge objectif PAL chez Antigone et Anne.

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Titus n’aimait pas Bérénice, Nathalie Azoulai

Titus n'aimait pas BéréniceAujourd’hui comme de tous temps, Titus aime Bérénice et pourtant il la quitte. Il l’abandonne parce qu’il ne peut quitter Roma qui est son épouse et la mère de ses enfants, même s’il ne l’aime plus. Ce soir de 2015, Bérénice est dévastée lorsqu’elle apprend l’abandon de Titus. Après le choc, elle entre en convalescence, accepte l’empathie de ses proches, partage des confidences. Au cours de ces confessions, une voix lui murmure un vers de Racine. Elle se raccroche à celui-ci comme à tant d’autres alexandrins du grand auteur. Ardente, la langue du tragédien s’insinue en elle. Elle veut comprendre comment Racine a pu écrire de tels vers, et ce qui l’a amené à une connaissance si profonde des sentiments amoureux. Elle veut comprendre pourquoi Titus l’a quittée. Ne l’aimait-il pas ?

Nathalie Azoulai utilise ce joli prétexte pour écrire une biographie de Jean Racine, sous un angle qui privilégie l’étude du sentiment amoureux dans l’œuvre du grand tragédien. Comme l’auteure l’annonce, deux lieux qui apparaîtront tour à tour en filigranes de la vie de Racine ont profondément marqué sa vie et son œuvre : Versailles, endroit fastueux où le poète côtoya le Roi et la démesure, et Port-Royal où le jeune Racine fut éduqué selon les principes jansénistes, dans le dénuement et la réclusion. C’est en effet à l’abbaye de Port-Royal qu’il apprit de ses maîtres, et grâce à l’étude des auteurs latins et grecs, qu’un travail acharné vient à bout de tout. Un principe qu’il appliqua dès ses premiers vers.

A quatorze ans, Racine quitta Port Royal pour le collège de Beauvais auquel il ne s’habitua pas malgré une discipline relâchée. Il poursuivit son étude avec rigueur et fit l’expérience magnifique de l’alexandrin. Pour lui, la langue était aussi beauté, la langue était aussi musique. De retour à Port-Royal, il fut l’élève des trois maîtres les plus renommés de France et continua avec eux son apprentissage classique. Mais il découvrit aussi les livres interdits et cacha des romans grâce auxquels il entrevit puis déchiffra l’amour et la passion.

Racine s’installa ensuite à Paris où il mena une vie très éloignée du calme de l’abbaye de Port–Royal. Il commença à écrire et à faire représenter ses pièces, il fréquenta de grandes comédiennes, Mademoiselle Du Parc puis Marie Desmares, avec lesquelles il eut une longue liaison, et qui, de par leur jeu, influencèrent son écriture. La vie de Racine prit ensuite un tournant : il se maria, eut plusieurs enfants et devint historiographe du Roi. Il composa ensuite des pièces plus sages, destinées à être jouées par les pensionnaires Saint-Cyr, institution créée par Mme de Maintenon.

Tout au long de cette promenade biographique, Nathalie Azoulai nous présente un auteur talentueux, acharné et volontaire, poignant, et cependant loin d’être parfait : Jean, comme l’auteure l’appelle, se montre partagé entre sa foi et l’amour des mondanités, il jalouse Corneille et Molière, il est infidèle, il courtise le roi, il renie son art pour les pensionnaires de Saint-Cyr… mais il parle si bien d’amour ! Est-ce en raison de la dureté de l’éducation janséniste, de la lecture des anciens, de sa vie sentimentale, de sa finesse psychologique, de la fréquentation de romans alors interdits…? Un peu de tout cela sans doute…

Racine est en effet très doué pour écrire l’échec de l’amour partagé et il le fait dans une langue concise, belle et pure. Nathalie Azoulai souligne l’importance que la langue revêt pour Racine et revient à plusieurs reprises sur la façon dont il compose ses vers :

« C’est ce qu’il aime dans la langue française et que les autres n’ont pas, ce lit de voyelles rocailleuses que les hiatus révèlent dans les vers comme l’été dans le fond des rivières. Marie est encore meilleure que Du Parc parce qu’elle pousse les portes d’un autre monde, où l’on marche dans ses rêves, où l’on parle sous hypnose. Il s’amuse parfois en lui disant qu’elle est sous alexandrins. Il aime cette espèce de froideur qui la gagne et la fait entrer dans une mer gelée sans trembler. Il comprend en la regardant que s’il compose des vers, c’est certes pour être le plus grand poète de France, mais aussi pour capter cela, le son d’une conscience qui s’exprime à haute voix. Pleine, libre, parfois glaçante. »

Le charme particulier de « Titus n’aimait pas Bérénice » vient du fait qu’il ne s’agit pas d’une biographie factuelle, précise, historique, même si elle est très bien documentée et témoigne d’une grande connaissance de Racine et de son œuvre. Le terme qui n’est venu à l’esprit pour qualifier ce roman est celui de « promenade biographique ». Un moment hors du temps, pourtant si actuel par ses propos sur l’amour et la passion, et la difficulté de la création artistique. Il y a bien sûr également la qualité d’écriture de Nathalie Azoulai. Dans une langue travaillée, sensible et juste, l’auteure nous livre sa vision de Racine et des classiques et en démontre toute la modernité, jusqu’à donner envie aux lecteurs de se plonger dans les tragédies de Racine, et en premier lieu dans « Bérénice ».

Le roman de Nathalie Azoulai méritait bien le Prix Médicis 2015, et en ce qui me concerne, figurera parmi mes coups de cœur de cette année !

Coup de cœur !

Titus n’aimait pas Bérénice, Nathalie Azoulai, POL, Paris, août 2015, 316p.

 

Livre lu dans le cadre du challenge « Femmes de lettres » chez George.

dames de lettres

 

Temps glaciaires, de Fred Vargas

temps glaciaires fred vargasUn commissaire du XVème arrondissement, Bourlin, demande à Adamsberg de l’aider à déchiffrer un signe étrange retrouvé à côté de la baignoire d’une femme qui vient de se suicider. Bourlin s’étonne en effet que celle-ci n’ait pas laissé de lettre d’adieu. Le commissaire Adamsberg fait aussitôt appel à l’érudition de son adjoint Danglard pour décrypter le signe qui ressemble quelque peu à une guillotine…

Quelques jours plus tard, une femme vient expliquer au commissariat qu’elle a posté une lettre que la défunte, Alice Gautier, avait laissé tomber dans la rue en chutant alors qu’elle essayait d’atteindre la boîte aux lettres. Ce témoignage essentiel permet de lancer l’enquête en direction de la famille Masfauré dont, curieusement, le père, Henri Masfauré, propriétaire d’un haras du côté de Rambouillet, s’est également donné la mort, comme vient de le conclure la police locale.

Mais la thèse du suicide ne satisfait pas entièrement Bourlin, Adamsberg et Danglard qui mènent leur enquête et découvrent rapidement une piste relative à un voyage en Islande au cours duquel Madame Masfauré, ainsi qu’un autre membre du groupe de voyageurs, étaient décédés quelques années auparavant dans des circonstances dramatiques : voilà beaucoup de morts suspectes pour une même famille !

Parallèllement, une seconde piste apparaît qui conduit nos enquêteurs vers l’ « Association d’études des écrits de Maximilien Robespierre », un club qui se réunit régulièrement pour rejouer les séances de l’Assemblée nationale pendant la Révolution. Sept cents membres en font partie : beaucoup d’historiens, de passionnés, ainsi que d’autres membres dont la motivation n’est pas toujours claire…

Entre voyage dans le temps et expédition islandaise sur les traces de touristes en mal d’aventures, Fred Vargas nous emmène dans une enquête qui rassemble les ingrédients qu’elle met habituellement en œuvre : un peu d’humour, pas mal d’érudition, des personnages que l‘on aime retrouver et notamment un commissaire Adamsberg moins en prise avec ses vieux démons. Au contraire, c’est l’irremplaçable Danglard cette fois qui s’interroge sur son rôle au sein de la petite équipe. Sans oublier des personnages secondaires attachants, comme Céleste, touchante d’ignorance et de bon sens terrien, ou les pêcheurs islandais qui portent également en eux ce paradoxe des gens qui vivent de et avec la nature, ce qui ajoute une petite touche de fantastique à l’ensemble.

« Temps glaciaires » est un bon cru, voire très bon, mais il est vrai que l’on a tendance à devenir exigeant avec les auteurs qui nous habituent à l’excellence. Fred Vargas fait partie des valeurs sûres du polar français, avec un plus –et non des moindres-, son écriture très maîtrisée qui fait d’elle, à mon avis, une des meilleures auteures du genre !

Temps glaciaires, Fred Vargas, Editions J’ai lu, collection Policier, Paris, avril 2016.

 

Livre lu dans la cadre du challenge Femmes de lettres chez George et du Challenge polars et thrillers chez Sharon.

dames de lettres

challenge polars et thrillers

Fanny, Marius, César, de Pagnol

L’été est l’occasion de se (re)plonger dans l’œuvre de Marcel Pagnol : même si vous ne partez pas, -ou du moins pas dans le sud-, la magie opère rapidement et avec un peu d’imagination, vous entendrez les cigales et l’accent provençal. Pour se rappeler cette ambiance, rien de tel que de commencer par les films et notamment les deux premiers volets de la trilogie marseillaise, « Marius » et « Fanny« , revisités par Daniel Auteuil. Ce sont ces deux films qui m’ont donné envie de relire Pagnol dont je ne connaissais surtout les romans, notamment « Jean de Florette » et « Manon des sources », ainsi que les œuvres autobiographiques, « Le temps des amours », et « Le temps des secrets ».

Marius pagnol J’ai donc choisi de commencer par le théâtre de Pagnol, et après « Topaze », j’ai lu avec un grand plaisir la Trilogie marseillaise, « Marius », « Fanny » et « César ». Pour ceux qui ne connaissent pas l’histoire, je n’en dévoilerai que quelques éléments : nous sommes à Marseille sur le Vieux Port. César, patron du bar de la Marine, est aidé par son fils Marius, âgé de vingt-deux ans. Parmi leurs clients, les plus fidèles sont Panisse, maitre-voilier du Vieux Port, la cinquantaine élégante et aisée, Escartefigue, du même âge, capitaine du ferry-boat qui traverse quotidiennement le Vieux Port et M. Brun, jeune vérificateur des douanes originaire de Lyon, ainsi que Piqueoiseau, un mendiant. Les personnages féminins sont Honorine, belle marchande de poisson de quarante-cinq ans et sa fille, Fanny, dix-huit ans, qui tient un étal de coquillages tout proche du bar de la Marine.

Marius et Fanny se connaissent depuis leur enfance et leur amitié s’est transformée en un amour que Fanny cherche à faire éclater au grand jour. En effet, Marius ne donne pas libre cours à ce sentiment, car il rêve de partir à bord d’un grand voilier pour découvrir les îles sous le vent et d’autres destinations lointaines. Il attend en secret qu’une place se libère sur le voilier « La Malaisie », et se tient prêt à embarquer dès qu’on viendra le chercher.

Fanny décide quant à elle de provoquer le destin et attise la jalousie de Marius en acceptant de rencontrer Maître Panisse, riche veuf qui la courtise et voudrait l’épouser. Face au danger, Marius cède et renonce à l’appel du grand large, en tombant finalement dans les bras de Fanny. César et Honorine ne se doutent d’abord de rien, puis Honorine découvre, en rentrant plus tôt que prévu d’une visite chez sa sœur, Fanny et Marius endormis ensemble. Les parents se mettent aussitôt d’accord pour marier les deux amoureux …

Le deuxième volet, « Fanny » reprend l’histoire exactement où Pagnol l’avait laissée dans « Marius ». Dans « César », troisième partie, l’action se déroule vingt ans plus tard. Pagnol a écrit ce dernier volet directement pour le cinéma, avant d’en adapter le scénario pour le théâtre. Malheureusement, on attend toujours la version cinématographique moderne de Daniel Auteuil de ce troisième opus. Le faible succès des deux premiers volets a dissuadé les producteurs de le suivre, ce que je trouve vraiment dommage, car certains jeunes ont aimé Marius et Fanny et ne sont pas prêts à découvrir la suite dans la version cinématographique originale en noir et blanc beaucoup trop datée.

Fanny et Marius

 

Reste donc le texte qui est un vrai régal. Certes, j’avais encore dans les oreilles l’accent marseillais qui ne m’a pas quitté pendant cette lecture, me donnant l’impression bizarre que je lisais « avé l’accent ». Mais le vrai plaisir est à puiser dans le texte de Pagnol, parfois si drôle, parfois très tendre. J’ai vraiment ri à plusieurs reprises. Un excellent moment de lecture, à conseiller à tous !

 

Fanny

 

César pagnol

 

 

Marius, de Marcel Pagnol, pièce en quatre actes, Editions de Fallois, collection de poche Fortunio, n°7, Paris, 2004.

Fanny, de Marcel Pagnol, pièce en trois actes et quatre tableaux, Editions de Fallois, collection de poche Fortunio, n°8, Paris, 2004.

César, film réalisé en 1936, Marcel Pagnol, Editions de Fallois, collection de poche Fortunio, n°9, Paris, 2004.