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Au col du mont Shiokari, Muira Ayako

Nous sommes au Japon, au milieu du XIX ème siècle, à la fin de la longue période d’isolement que le pays a connue avant de se voir forcé à s’ouvrir au commerce extérieur. Nagano Nobuo est le fils d’un Samouraï et d’une chrétienne. Il est élevé par son père et sa grand-mère, cette dernière ayant rejeté la mère de l’enfant à cause de sa foi. Après un incident survenu à l’école, le père de Nobuo prend conscience que sa mère omet d’inculquer des principes de tolérance à son fils et décide de s’occuper mieux de son éducation.

A la mort de sa grand-mère, alors qu’il est devenu adulte, Nobuo retrouve sa mère, puis il s’éprend d’une jeune femme douce qui est gravement malade. Il se convertit ensuite au christianisme et entame un combat contre l’intolérance et les préjugés. Il ira jusqu’à l’ultime sacrifice pour sauver des voyageurs…

Fondé sur une histoire vraie, ce roman a été publié au Japon en 1968. Il a remporté un grand succès, tout comme le film qui en a été tiré en 1975. Le roman avait alors été traduit en plusieurs langues mais pas en français. Dans les années 2000, la traductrice, Marie-Renée Noir, a lu entièrement ce livre dont elle avait découvert quelques passages alors qu’elle étudiait au Japon bien des années auparavant, et s’est étonnée du fait qu’il n’ait pas encore été publié en France. Elle a donc contacté le mari de l’auteure, décédée en 1999, afin de pouvoir traduire et publier le roman.

« Au col du mont Shiokari » est une merveille : un roman d’apprentissage qui décrit le cheminement spirituel d’un homme exceptionnel, sincère et courageux. Très facile à lire, il est aussi fin et sensible. Il est le témoin d’une époque et d’une culture mal connues en Occident, mais il est en même temps proche de nous par les valeurs qu’il véhicule. Une lecture intelligente et pleine d’émotion, qui fait du bien et résonne longtemps en nous après la lecture !

Coup de coeur 2019 !

Au col du mont Shiokari, Miura Ayako, roman traduit du japonais par Marie-Renée Noir, Editions Picquier poche, 2007, 368 p.

 

Participation au challenge Objectif Pal chez Antigone

 

 

Blogoclub 1er mars : Le restaurant de l’amour retrouvé, Ito Ogawa

 

Après avoir découvert que son appartement était entièrement vide, et que son petit ami indien venait de la quitter en emportant tout ce qu’ils possédaient, même les coûteux ustensiles de cuisine qu’elle achetait peu à peu en espérant un jour ouvrir un restaurant, une jeune japonaise de vingt-cinq ans, Rinco, décide de retourner dans son village natal. La narratrice n’a pas d’autre choix : comme seule richesse, elle ne possède plus qu’une jarre de saumure que sa grand-mère lui a laissée et qui avait été transmise de génération en génération ; mais cette jarre constitue l’essentiel pour Rinco qui l’utilise pour réaliser de nombreuses recettes.

Les retrouvailles ne sont pas chaleureuses, Rinco et sa mère étant brouillées depuis plus de dix ans. Finalement, un accord est trouvé et la jeune fille peut revenir à la maison, à condition de participer aux frais et de s’occuper d’Hermès, la jolie truie à la « physionomie élégante » que possède sa mère. Rinco peut toutefois utiliser une vieille remise et elle décide aussitôt d’en faire un restaurant qui lui permettra de gagner sa vie.

Et c’est ainsi, avec l’aide de Kuma, un vieil ami, que naît « L’escargot », qui se distingue par sa formule originale : le restaurant ne comporte qu’une seule table, et le repas sera concocté amoureusement pour coller aux goûts et préoccupations du client. Très vite, Rinco fait des merveilles et devient une cuisinière hors normes…

« Le restaurant de l’amour retrouvé » est un roman très tendre, mais dont le propos n’est pas nouveau : comment trouver le bonheur et rendre les gens heureux en cuisinant pour eux ? Le charme du roman tient à mon avis principalement à l’environnement japonais et à l’idée de Rinco : cuisiner pour une seule personne ou une seule famille à la fois en s’adaptant aux souhaits les plus chers de ses clients.

La narratrice est une jeune fille pudique, sensible et courageuse qui va jusqu’au bout de son rêve, malgré la trahison de son petit ami et le fait qu’elle ait perdu l’usage de la parole en raison du choc occasionné et en dépit des difficultés qu’elle rencontre dans son village natal. Consciente de la nécessité de retrouver ses racines, elle sait que le bonheur sera présent si elle fait face à l’adversité :  Rinco est un personnage très attachant qui ne baisse jamais les bras.

Les détails pratiques concernant la cuisine japonaise, la préparation du cochon par exemple, ne m’ont pas trop gênée, moi qui ne suis pas du tout fan de cuisine, sans doute en raison du côté exotique des recettes. Quant à l’écriture, simple, douce et fluide, avec quelques élans poétiques par moment, elle colle parfaitement à l’univers calme et intimiste de la jeune Rinco.  Au total, je classerai « Le restaurant de l’amour retrouvé » parmi les romans feel-good du moment. Cette session du Blogoclub ne m’aura donc pas fait découvrir la « littérature » japonaise, mais elle m’aura procuré un agréable moment de lecture.

Le restaurant de l’amour retrouvé, Ito Ogawa, traduit du japonais par Myriam Dartois-Ako, Picquier poche, 2015, 254 p.

 

 

Les avis des membres du Blogoclub :

Amandine

Lili

-Ellettres

-Zarline

-Eve

-Gambadou

 

 

Eclipses japonaises, Eric Faye

 

Dans le cadre de la sélection pour le Prix du Meilleur Roman points, je poursuis mes lectures avec le très beau roman d’Eric Faye, « Eclipses japonaises ».

 

« Les histoires comme celles-ci sont pareilles au Nil, elles n’ont pas un commencement. Elles en ont une myriade. Et toutes ces sources engendrent des rus qui se jettent, l’un après l’autre, dans le cours principal du récit -le grand fleuve ».

 

C’est ainsi qu’Eric Faye nous emmène dans les années soixante en Asie, au plus fort des tensions entre les deux Corées et le Japon. La grande histoire, celle des relations internationales exacerbées que connaissait cette zone du monde pendant la guerre froide, est aussi faite du tissage des destins de tant d’anonymes qui se sont vus dérober leur vie : dépossédés de leur libre arbitre, privés à tout jamais de leur famille. Ces « Eclipses japonaises », ce sont ces Japonais disparus, « évaporés », car enlevés sans qu’aucune trace ne permette jamais à leurs proches de comprendre ce qu’il s’est passé, ni de faire le deuil.

C’est le cas de Naoko, une jeune japonaise enlevée à l’âge de treize ans, propulsée dans l’univers glacial du totalitarisme nord-coréen et qui devra apprendre le coréen avant de se voir assigner la tâche d’enseigner un japonais parfait, verbal et non-verbal, jusqu’aux comptines enfantines, à des futurs espions de Corée du Nord.

Naoko croisera une autre japonaise, Setsuko, de quelques années plus âgée, enlevée en même temps que sa mère dont elle est sans nouvelles, à qui elle devra également enseigner le coréen. Et puis, il y a ce soldat américain, le caporal Selkirk, qui surveille la ligne d’armistice depuis un poste d’observation Sud-coréen, et dont l’angoisse grandit face aux rumeurs concernant l’envoi probable de sa compagnie au Vietnam.

Enfin, parce que les victimes sont aussi à l’intérieur, Sae-Jin, « Perle de l’univers », jeune nord-coréenne, étudiante brillante parlant un excellent japonais, est enrôlée pour servir son pays, en devenant agent secret et, au gré des missions qui lui seront imposées, rien moins que terroriste.

Les faits sont romancés mais historiques. Derrière une couverture et un titre énigmatique, Eric Faye nous propose une enquête sur les traces de ces oubliés de l’histoire dont on commence à parler depuis quelques années. Mais il s’agit bien d’un roman, qui allie à une belle écriture toute en retenue, l’expression d’une empathie envers ses personnages. L’auteur ne se contente pas de révéler les faits, il explore les sentiments qu’éprouvent ces « eclipsés » tout au long de leur vie, les difficultés qu’ils ont eu à s’habituer à la vie qui leur a été imposée, mais aussi celles qu’ils éprouveront, pour certains, à retrouver ou découvrir un jour leurs origines.

Une lecture passionnante qui donne envie d’en savoir plus sur cette période de l’histoire et cette partie du monde, mais aussi un roman émouvant, à ne pas manquer !

 

Eclipses japonaises, Eric Faye, Points seuil n°P4620, septembre 2017, 225 p.

Les gardiens du Louvre, Jirô Taniguchi

gardiens du louvreJ’ai découvert « Les gardiens du Louvre » par hasard, et je n’ai pas regretté cet achat un peu atypique pour moi. En effet, je lis peu de BD, non pas parce que je ne les aime pas mais par manque de temps, et encore moins des mangas dont je ne connais absolument pas l’univers. Il est vrai que l’auteur des « gardiens du Louvre », d’après les quelques informations que j’ai glanées ici et là, ne semble pas représentatif des mangas japonais et serait plutôt influencé par la BD occidentale.

Quoi qu’il en soit, et même si la lecture de droite à gauche et en commençant par la fin du volume m’a un peu gênée au début, j’ai beaucoup aimé cet album que je recommande tout particulièrement aux lecteurs qui aiment l’art et la rêverie, et qu’une atmosphère onirique ne rebute pas.

Le héros est un jeune homme japonais  qui se trouve à Paris pour un court séjour qu’il a prévu de dédier à la visite des musées, et principalement du Louvre. Malheureusement, une mauvaise grippe le cloue au lit, brûlant de fièvre, et il se sent désemparé face à cette maladie qui lui arrive sur une terre étrangère dont il ne parle pas la langue.

Le lendemain, il va un peu mieux et décide de se rendre au Louvre. Une fois dans le musée, le malaise le reprend et l’emporte dans un univers fantasmagorique où il rencontre des formes qui ne sont autres que les gardiens du Louvre, les esprits des grandes œuvres du musée, qui peuplent un monde imaginaire…

L’album est une suite de promenades dans l’univers de quelques artistes, parmi lesquels Corot et Van Gogh, et dans le temps à la découverte de quelques épisodes de l’histoire du musée. Le scénario est mince, mais l’atmosphère entraîne le lecteur dans un rêve éveillé qui m’a beaucoup plu.

 

Les gardiens du Louvre, Jirô Taniguchi, Louvre éditions et Futuropolis, novembre 2014.