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Eclipses japonaises, Eric Faye

 

Dans le cadre de la sélection pour le Prix du Meilleur Roman points, je poursuis mes lectures avec le très beau roman d’Eric Faye, « Eclipses japonaises ».

 

« Les histoires comme celles-ci sont pareilles au Nil, elles n’ont pas un commencement. Elles en ont une myriade. Et toutes ces sources engendrent des rus qui se jettent, l’un après l’autre, dans le cours principal du récit -le grand fleuve ».

 

C’est ainsi qu’Eric Faye nous emmène dans les années soixante en Asie, au plus fort des tensions entre les deux Corées et le Japon. La grande histoire, celle des relations internationales exacerbées que connaissait cette zone du monde pendant la guerre froide, est aussi faite du tissage des destins de tant d’anonymes qui se sont vus dérober leur vie : dépossédés de leur libre arbitre, privés à tout jamais de leur famille. Ces « Eclipses japonaises », ce sont ces Japonais disparus, « évaporés », car enlevés sans qu’aucune trace ne permette jamais à leurs proches de comprendre ce qu’il s’est passé, ni de faire le deuil.

C’est le cas de Naoko, une jeune japonaise enlevée à l’âge de treize ans, propulsée dans l’univers glacial du totalitarisme nord-coréen et qui devra apprendre le coréen avant de se voir assigner la tâche d’enseigner un japonais parfait, verbal et non-verbal, jusqu’aux comptines enfantines, à des futurs espions de Corée du Nord.

Naoko croisera une autre japonaise, Setsuko, de quelques années plus âgée, enlevée en même temps que sa mère dont elle est sans nouvelles, à qui elle devra également enseigner le coréen. Et puis, il y a ce soldat américain, le caporal Selkirk, qui surveille la ligne d’armistice depuis un poste d’observation Sud-coréen, et dont l’angoisse grandit face aux rumeurs concernant l’envoi probable de sa compagnie au Vietnam.

Enfin, parce que les victimes sont aussi à l’intérieur, Sae-Jin, « Perle de l’univers », jeune nord-coréenne, étudiante brillante parlant un excellent japonais, est enrôlée pour servir son pays, en devenant agent secret et, au gré des missions qui lui seront imposées, rien moins que terroriste.

Les faits sont romancés mais historiques. Derrière une couverture et un titre énigmatique, Eric Faye nous propose une enquête sur les traces de ces oubliés de l’histoire dont on commence à parler depuis quelques années. Mais il s’agit bien d’un roman, qui allie à une belle écriture toute en retenue, l’expression d’une empathie envers ses personnages. L’auteur ne se contente pas de révéler les faits, il explore les sentiments qu’éprouvent ces « eclipsés » tout au long de leur vie, les difficultés qu’ils ont eu à s’habituer à la vie qui leur a été imposée, mais aussi celles qu’ils éprouveront, pour certains, à retrouver ou découvrir un jour leurs origines.

Une lecture passionnante qui donne envie d’en savoir plus sur cette période de l’histoire et cette partie du monde, mais aussi un roman émouvant, à ne pas manquer !

 

Eclipses japonaises, Eric Faye, Points seuil n°P4620, septembre 2017, 225 p.

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Les gardiens du Louvre, Jirô Taniguchi

gardiens du louvreJ’ai découvert « Les gardiens du Louvre » par hasard, et je n’ai pas regretté cet achat un peu atypique pour moi. En effet, je lis peu de BD, non pas parce que je ne les aime pas mais par manque de temps, et encore moins des mangas dont je ne connais absolument pas l’univers. Il est vrai que l’auteur des « gardiens du Louvre », d’après les quelques informations que j’ai glanées ici et là, ne semble pas représentatif des mangas japonais et serait plutôt influencé par la BD occidentale.

Quoi qu’il en soit, et même si la lecture de droite à gauche et en commençant par la fin du volume m’a un peu gênée au début, j’ai beaucoup aimé cet album que je recommande tout particulièrement aux lecteurs qui aiment l’art et la rêverie, et qu’une atmosphère onirique ne rebute pas.

Le héros est un jeune homme japonais  qui se trouve à Paris pour un court séjour qu’il a prévu de dédier à la visite des musées, et principalement du Louvre. Malheureusement, une mauvaise grippe le cloue au lit, brûlant de fièvre, et il se sent désemparé face à cette maladie qui lui arrive sur une terre étrangère dont il ne parle pas la langue.

Le lendemain, il va un peu mieux et décide de se rendre au Louvre. Une fois dans le musée, le malaise le reprend et l’emporte dans un univers fantasmagorique où il rencontre des formes qui ne sont autres que les gardiens du Louvre, les esprits des grandes œuvres du musée, qui peuplent un monde imaginaire…

L’album est une suite de promenades dans l’univers de quelques artistes, parmi lesquels Corot et Van Gogh, et dans le temps à la découverte de quelques épisodes de l’histoire du musée. Le scénario est mince, mais l’atmosphère entraîne le lecteur dans un rêve éveillé qui m’a beaucoup plu.

 

Les gardiens du Louvre, Jirô Taniguchi, Louvre éditions et Futuropolis, novembre 2014.