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Jolie libraire dans la lumière, Franck Andriat

 

Voilà un bien joli roman pour ma première participation –malheureusement tardive- à ce mois belge. Il faut dire que je n’avais pas eu le temps d’acheter les livres que j’avais prévus de lire lorsque le confinement a débuté. Alors, j’ai choisi de relire des romans d’auteurs belges qui se trouvent dans ma bibliothèque. Et « Joli libraire dans la lumière » est de ceux qui vous remontent le moral, parce qu’il parle des livres, de leur pouvoir, des correspondances qui peuvent se tisser à leur lecture, mais aussi parce qu’il nous raconte une belle histoire, tout simplement.

Maryline, la jeune libraire, est stupéfaite lorsqu’elle découvre que le roman qu’elle est en train de lire ne raconte rien d’autre que sa propre histoire. Elle est même agacée lorsqu’elle découvre que les prénoms sont les mêmes que le sien, que celui de son fils et de son frère. Tout y est ! Mais qui peut bien être au courant de tout ? Et avoir envie de raconter tout cela ?

Maryline n’a pas toujours été heureuse : des parents qui s’intéressaient peu à elle, un fils, Antoine, né trop tôt et dont le père, effrayé, est parti aussi vite qu’il était arrivé. Et puis ce drame dont Antoine ne veut surtout pas qu’elle parle. Pourtant, elle s’est relevée courageusement et a trouvé son équilibre depuis qu’elle a pu reprendre la librairie.

Et puis, elle a aussi fait de bonnes rencontres : avec ce quinquagénaire croisé dans un train, qui lisait un roman, « Matins », dont elle a donné le nom à sa librairie. Et ce nouveau client, Laurent, qui a voulu absolument acheter le livre qu’elle lisait quand il est entré dans le magasin, parce que « dans ce jardin de phrases, seul un texte vit et c’est celui qu’elle met en lumière par le regard qu’elle lui accorde ».

Franck Andriat nous livre un texte doux et tendre qu’il dédie « aux libraires, aux lettres vives qu’ils partagent ». Il joue sur la lumière, très présente dans son roman, et nous donne envie de connaître ce cocon consacré aux livres, cet antre que Maryline a créé pour de désormais fidèles clients. Un livre qui résonne de façon particulière au moment où l’on ne peut plus fréquenter nos librairies préférées. Je vous conseille donc de lire ce roman si vous voulez une belle histoire pleine d’espérance, mais alors, je vous demande de l’inscrire sur votre liste et d’aller le commander, quand cela sera possible, dans une de nos petites librairies qui auront tellement besoin d’être soutenues !

 

Jolie libraire dans la lumière, Franck Andriat, Editions Desclée de Brouwer Poche, 2015, 145 p.

 

Lu dans le cadre du mois belge chez Anne, et du challenge Objectif Pal chez Antigone.

 

Livres, librairies, médias : que souhaiter pour 2019 ?

Avant de reprendre mes chroniques habituelles, j’ai réfléchi à ce que je souhaiterais pour 2019. Voici ce que j’aimerais :

-Que le monde « tourne » moins vite : je ne veux pas ralentir la vitesse de rotation de la terre 🙂, mais je voudrais pouvoir réduire l’emballement que l’on constate tous dans de nombreux domaines. Celui de la consommation et des médias me semble particulièrement nuisible car synonyme de gaspillage et de superficialité. C’est vrai aussi dans le domaine de la littérature : trop de parutions, et à un rythme trop rapide ! Que dire de la rentrée littéraire de septembre qui nous stresse en nous précipitant en pleine rentrée, alors que l’on est en randonnée ou sur la plage, puisque l’on en entend parler de plus en plus tôt maintenant ?

Quelques semaines plus tard, le lecteur moyen -et même le lecteur aguerri- n’a fait que découvrir quelques titres de la rentrée littéraire de septembre que sortent déjà ceux de janvier. De nombreux auteurs l’ont compris, qui privilégient une parution hivernale, peut-être parce que les lecteurs auront davantage de temps devant eux. Combien de livres excellents passent en effet inaperçus parce qu’ils ont pour seul défaut de n’avoir pas été mis en avant dès août ou septembre ?

Il en est de même pour les médias : un événement remplace l’autre, tandis que les analyses approfondies, donc réfléchies, se font toujours plus rares. On se contente de rester à la surface des choses, et l’avènement de sources d’information provenant des GAFA, des chaînes d’information continue, qui vont de pair avec la chute inexorable de la presse écrite, ne vont pas arranger cela. Facebook peut être un excellent outil de connaissance grâce au partage d’informations, mais combien d’utilisateurs (avons-nous songé au sens du terme « utilisateur » ?), cliquent sur les liens et lisent entièrement les articles, au lieu de se contenter des posts comme le fait la majorité d’entre eux ? Combien de commentaires hors de propos révèlent que la personne n’a pas réellement pris connaissance de l’information, mais s’est limitée au simple titre ? D’ailleurs, pour démentir ce que j’écris, et pour me montrer que vous avez lu mon billet jusque là, laissez-moi un tout petit commentaire😃 !

-Que les librairies indépendantes renaissent : j’ai envie de petites ou moyennes librairies. J’en ai assez de ces endroits (je ne sais comment les nommer) qui tiennent davantage du supermarché de la culture que de la librairie. On nous y propose une foule de gadgets inutiles. Je me demande d’ailleurs si le mot « gadget » existe encore car, puisqu’il s’applique à tant d’objets de notre quotidien, il ne désigne plus rien en particulier. Bref, ces lieux foisonnent de marchandises en tous genres ayant un rapport plus ou moins vague avec le livre ou la papeterie, tant et si bien qu’il m’est arrivé plusieurs fois de sortir de ces « librairies » sans avoir acheté un seul livre, ce qui est impensable me concernant ! Pourtant, le choix ne manquait pas, bien au contraire ; c’est précisément parce que les rayons regorgeaient de marchandises que je n’ai pas réussi à choisir et que, sollicitée de toutes parts, j’ai préféré m’abstenir…

Que les centres-villes redeviennent les lieux de shopping, promenade et rencontres qu’ils étaient avant. Avec des petites librairies ! Cela implique pour nous d’accepter de renoncer aux courses rapides et au parking facile et généralement gratuit des horribles centres commerciaux qui sont toujours plus nombreux à la sortie de nos villes, créant des périphéries affreuses et déprimantes !

Voilà quelques-uns de mes souhaits pour l’année nouvelle, dans les domaines qui nous intéressent, parce qu’il y a évidemment beaucoup de choses à espérer en matière de politique intérieure ou internationale, d’écologie etc… D’où quelques bonnes résolutions qui découlent de ces souhaits :

Prendre le temps de lire, de découvrir les auteurs, sans céder à l’appel épuisant de la nouveauté, lire de bons articles de fond, plutôt que des catalogues de titres, privilégier les petites et moyennes librairies et les petits commerces en général.

 

En attendant, je vous souhaite à tous une excellente année 2019 !

Sous les couvertures, de Bertrand Guillot

Sous les couvertures est un livre qui parle des livres, comme la couverture colorée le laissait deviner. Je l’ai choisi dans le cadre des « matchs de la rentrée littéraire », opération organisée par Price Minister, que je remercie d’ailleurs de m’avoir envoyé ce roman.

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Sous les couvertures, la révolte gronde. Les livres sont à l‘image des hommes : il en est de toutes sortes et entre eux naissent des affinités, des amitiés, mais aussi des rivalités. C’est toute une vie qui se réveille dès que les librairies sont fermées. N’y avez-vous jamais pensé ?

Ce vieux libraire de quartier en a parfois l’intuition. En fermant sa librairie, il lui arrive de se demander ce que les livres peuvent bien faire pendant la nuit. Ne sont-ils pas animés d’une vie propre ? Imaginer cela le console des difficultés qu’il rencontre dans son métier, qui commença avec la concurrence des grandes surfaces tout d’abord puis, bien plus grave, de la vente en ligne par des géants du commerce qui dictent leur loi du plus fort à tous, mettant en péril ce métier, comme tant d’autres. Le vieux libraire est bien triste, il ne comprend plus l‘époque dans laquelle il vit et refuse de s’y adapter, ayant accepté pour toute concession à son banquier l’installation d’une table consacrée aux best-sellers, près de la caisse de la librairie.

Cette concession, les livres du Boudoir ne l’ont pas digérée, eux. Rangés dans la pièce du fond de la librairie, leur existence est remise en cause par le succès des meilleures ventes. En effet, s’ils ne sont pas achetés sous peu, ils finiront au pilon et c’est justement lundi matin que le libraire et sa jeune apprentie ont décidé de préparer le carton des retours. Il n’en faut pas plus pour que, dès que le vieux libraire tourne la clé dans la serrure, les livres se mettent à discuter, échangeant leur peur de finir au pilon. L’angoisse montant, certains cèdent même à la panique, tandis que d’autres gardent leur sang-froid.

C’est le cas de Grand, livre volumineux et ambitieux, dont les personnages sont des vieillards rebelles qui ont entrepris de s’échapper de leur maison de retraite. Certes, depuis deux mois qu’il est au fond de la librairie, Grand a dû se résigner, aucun client ne l’ayant consulté. Avec deux amis, Conteur et Junior, il décide pourtant d’organiser la révolte, en suivant les conseils avisés du Prince et de Spartacus : ils commencent par monter une opération éclair afin de dérober aux best-sellers leur jaquette clinquante, jusqu’à finalement leur livrer une véritable guerre digne de ce nom, alternant assaut et siège de la table des ventes vedettes.

Si la description de la bataille des livres est un peu longue, on s’amuse néanmoins à reconnaître les ouvrages auxquels l’auteur fait allusion et cela fait de Sous les couvertures un livre original et très divertissant. Les personnages sont très attachants : le vieux libraire est nostalgique d’un passé plus riant et il se détache peu à peu d’un métier qui fut sa passion pendant des décennies. Comment ne pas comprendre cet homme dont les repères disparaissent peu à peu et qui a bien du mal à remettre en question ce qu’il a connu durant toute une vie, ce qui est le lot de beaucoup de personnes âgées aujourd’hui ? Son portrait est donc particulièrement bien brossé, tout comme celui de Sarah, jeune apprentie enthousiaste qui fourmille d’idées qu’elle aimerait pouvoir concrétiser afin de moderniser la librairie et répondre ainsi aux nouveaux défis.

Aussi opposés qu’ils soient, le vieux libraire et Sarah sont bien démunis face à la vente en ligne, aux tablettes et autres liseuses, mais aussi face au monde de l’édition qui ne les aide même plus, étant trop occupé à élaborer de nouvelles stratégies pour tirer son épingle du jeu. Sans parler des banquiers qui ne font plus confiance aux libraires, ni même des lecteurs, dont beaucoup ont pris de nouvelles habitudes.

Bertrand Guillot signe ici un roman très divertissant qui a le mérite d’attirer l’attention sur les problèmes que connaît le monde du livre, sans pour autant ennuyer le lecteur. Je n’ai donc pas regretté mon choix, même si plusieurs autres ouvrages participant à ces matchs de la rentrée littéraire étaient très alléchants. Voici dons mes notes pour chacun des trois critères fixés cette année.

Qualité de l’écriture : 4/5. Indéniablement bien écrit, fluide, avec quelques trouvailles et bons mots.

Plaisir à la lecture : 3/5. Je lui aurais attribué un 4 s’il n’y avait eu ces quelques longueurs lors de la bataille des livres.

Originalité du livre : 4/5. Pour la façon dont le thème est traité. Des livres vivants, les grands lecteurs en ont tous rêvé !

Sous les couvertures, Bertrand Guillot, Editions Fromentin, 2014.

 

Lecture faite dans le cadre des matchs de la rentrée littéraire de Price minister, que je remercie pour ce livre. Vous pouvez cliquer ici pour découvrir les sélections, les avis des autres blogueurs, ainsi que le livre vainqueur (le 31/12/14).

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