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Une journée d’automne, Wallace Stegner

 

Margaret enterre son mari. Cette femme de quarante-sept ans, vieillie prématurément, porte les traces de l’amertume qui gouverne sa vie depuis tant d’années. Elspeth, sa sœur cadette, admet que la tristesse ne la quittera plus. Quant à Malcom, il cache son chagrin dans sa chambre.

Flasback, dix-huit-ans plus tôt : Margaret rayonne de bonheur lorsqu’au bras d’Alec, son mari, elle se rend à la gare pour accueillir sa jeune sœur Elspeth qui arrive d’Ecosse ; celle-ci vient s’installer dans la ferme de sa sœur et son beau-frère, dans l’Iowa.

La jeune fille de vingt-deux ans découvre une magnifique propriété dotée du confort moderne et elle apporte son enthousiasme communicatif aux habitants de la ferme, Margaret et Alec, mais aussi Minnie la gouvernante, Ahlquist, l’ancien fermier devenu ouvrier agricole, qui travaille pour rejoindre femme et enfants en Norvège, son pays natal. Elspeth se sent proche d’Ahlquist, dont elle comprend la nostalgie et la solitude. Mais Margaret conseille à sa jeune sœur de ne pas trop se montrer en compagnie de l’ouvrier agricole, car elle doit tenir son rang et cela pourrait faire jaser…

« Une journée d’automne » est un court roman inédit en français de Wallace Stegner. Il s’agit pourtant de la première œuvre que le grand écrivain américain a publiée, en 1937, et dans laquelle il fait preuve d’une maîtrise remarquable. Ce roman est l’histoire banale d’un drame conjugal qui bouleverse plusieurs vies. Le puritanisme de l’époque empêche les protagonistes de communiquer. Margaret n’envisage jamais le pardon qui seul, permettrait à la vie de reprendre son cours : des vies gâchées par une rigidité d’esprit et une petitesse qui n’ont d’autre source que la peur du regard des autres et qui conduit à rejeter la vie-même, à condition de préserver l’apparence de la décence.

L’écriture est très évocatrice, qu’il s’agisse des paysages de l’Iowa et de la description de la ferme, -terres fertiles, paysages riants apportant bien-être et sérénité, malgré la menace subtile des sables mouvants-, ou des sentiments des personnages qui petit à petit basculent dans la colère, la tristesse puis l’amertume. Des personnages qui se trouvent à la fin physiquement marqués par la vie qu’ils ont menée, parce qu’ils ont accepté leur malheur et s’y sont complus, tandis qu’à l’extérieur, la nature est toujours aussi belle.

Une belle lecture, très émouvante.

 

Une journée d’automne, Wallace Stegner, traduit de l’américain par Françoise Torchiana, éditions Gallmeister n°114, septembre 2018, 150 p.

 

Lu dans le cadre du mois américain chez Martine, du challenge Objectif Pal chez Antigone.

 

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Florence en VO, Annick Farina

De « l’afa », la chaleur humide qui caractérise Florence en été, aux « viola » de la Fiorentina, l’équipe de foot de la ville, c’est à partir d’une quarantaine de mots-clés qu’Annick Farina nous propose de découvrir la belle cité toscane et sa culture. L’auteure est professeure de langue et traduction françaises à l’Université de Florence, ce qui se ressent dans le choix des entrées de ce petit dictionnaire qui fait la part belle au lexique : on apprendra ainsi, anecdote à l’appui, que le terme « Inglesi » qui désigne les Anglais en italien a pu aussi faire référence aux étrangers en général, voire aux non-catholiques s’agissant du « Cimitero degli Inglesi » (cimetière des Anglais).

Des particularités historiques sont également mises en avant, comme lorsque Florence fut à la tête d’un Grand-Duché ou lorsqu’elle devint capitale de l’Italie peu après l’unification du pays en 1860. En filigranes, c’est donc toute l’histoire de l’Italie qui se dessine : l’apparition du « ghetto », « le mot et la pratique » à Venise, les conflits entre villes rivales qui persistent, comme entre Florence, Sienne et Pise, ou même le « Calcio Storico », né à Florence et ancêtre violent du football actuel.

J’ai aussi découvert avec plaisir le sens de la « métaphore meunière » et le folklore pittoresque de l’Academia della Crusca, laquelle servit de modèle à l’Académie française et dont les italianisants consultent aujourd’hui le site internet pour trouver des références linguistiques et culturelles.

Chacune des entrées est complétée par une référence littéraire à des textes aussi divers que « La science en cuisine et l’art de bien manger » de Pellegrino Artusi, « Morte a Firenze/ Mort à Florence », roman policier de Marco Vicchi qui se déroule dans une Florence dévastée par la grande inondation de 1966 (« l’alluvione ») ou « Cronache dei poveri amanti /Chroniques des pauvres amants » de Vasco Pratolini. On croise aussi des auteurs incontournables tels que Machiavel, Stendhal, Michel-Ange, Bocacce ou même John Keats, car si les extraits proposés sont souvent italiens, ils peuvent également être anglais, portugais, russes, danois… de quoi nous montrer l’universalité de l’intérêt pour la ville de Florence et nous donner de nombreuses idées de lecture.

Florence en VO est un guide thématique pour les amateurs de tourisme citadin mais pas seulement. Il est écrit pour celui qui s’intéresse à Florence, à la Toscane ou plus généralement à l’Italie, à son histoire et sa culture et qui dégustera ce guide petit à petit, une entrée à la fois, même chez lui, loin de ce berceau de la Renaissance, du Ponte Vecchio et des fontaines de Boboli.

 

Florence en VO, Annick Farina, Editions Atlante, 2019, 187 p.

 

Je remercie Babelio et les éditions Atlante de m’avoir permis de découvrir ce guide passionnant qui fait d’ailleurs partie d’une série : les villes en VO.

 

 

 

 

Dictionnaire insolite de Naples, Maria Franchini

 

Naples est une ville que l’on adore ou que l’on déteste : les sentiments que l’on éprouve à son égard sont à son image, ils ne supportent pas la demi-mesure. La ville est en effet tout à la fois superbe, sale, d’une infinie richesse culturelle, bruyante, animée, polluée, baignée par une baie magnifique, striée de rues sordides, desservie par un métro qui est une œuvre d’art et qui brille de propreté, caractérisée par une gastronomie délicieuse et un peuple gai, vif, accueillant et tant d’autres choses encore…

Si comme moi Naples vous passionne, je vous conseille ce « Dictionnaire insolite de Naples » concocté par Maria Franchini. Il regorge d’informations culturelles, historiques, culinaires et d’anecdotes sur la cité parthénopéenne. Vous apprendrez ainsi que la pizza Magherita n’a pas été inventée en l’honneur de la reine Marguerite de Savoie, comme on le dit généralement, mais qu’elle lui a été simplement offerte : la Margherita existait depuis longtemps et tirait son nom de sa forme initiale, en pétales de fleurs. Vous saurez ce que veut dire « faire les Saints-Sépulchres », ce qu’étaient les « jeux isolympiques », pourquoi il y a moins de femmes battues au sud qu’au nord de l’Italie, que « klaxonner » en napolitain se dit « Sunà » qui veut dire « jouer d’un instrument » … ce qui explique beaucoup !

Pour ce qui est du domaine littéraire, j’ai appris que Maria Orsini Natale est l’auteure d’un roman devenu classique qui avait manqué de peu le fameux prix Strega. Il serait passé inaperçu en France, peut-être en raison d’un titre malheureux en français, « La main à la pâte », une anecdote qui m’a tout de suite donné envie de m’intéresser à ce roman napolitain (vous le connaissez ?) que Maria Franchini présente comme « une saga captivante tissée dans un canevas empreint d’humanité et de sensualité. En toile de fond, l’histoire du Sud de 1849 à 1940 ».

Voilà une lecture à la fois divertissante et enrichissante que je vous recommande tout particulièrement, que vous envisagiez un voyage à Naples ou non : ce petit dictionnaire vous fera voyager de toute façon.

Dictionnaire insolite de Naples, Maria Franchini, Cosmopole, Paris, 2015, 158 p.

 

Participation au mois italien chez Martine et au challenge Objectif Pal chez Antigone

Elsa Morante, une vie pour la littérature, René de Ceccatty

 

Sa vie, c’était la littérature. Elsa Morante ne voulait pas que l’on s’intéresse à elle : celle qui n’avait que peu de relations avec la presse considérait les biographies comme « une suite de potins ».  René de Ceccatty, auteur, éditeur, critique et traducteur brillant et prolifique nous offre une somme biographique qui est bien loin de la vision qu’avait Elsa Morante de cet exercice, puisqu’aux éléments biographiques concernant la grande auteure italienne, il ajoute ceux de ses amis proches -qu’elle avait nombreux – ainsi qu’une analyse de ses principales œuvres, poèmes, nouvelles et romans. Au total, c’est un véritable panorama du monde culturel italien d’après-guerre où l’on croise Pasolini, Visconti, Zeffirelli, Leonor Fini, Anna Magnani et tant d’autres …

René de Ceccatty fait la part des choses entre la mythologie personnelle et la réalité, ce qui est d’autant plus difficile qu’Elsa Morante avait un imaginaire très développé, aux contours flous. Il est vrai que le mensonge familial prévalait, notamment concernant son père, car selon la « légende maternelle » le père apparent et le père biologique d’Elsa Morante différaient. Cet élément constitue l’un des fondements de l’imaginaire d’Elsa Morante. L’ascendance juive de sa mère est également un élément fondamental de son œuvre, tout comme l’intérêt fort qu’elle avait pour l’homosexualité masculine. Elle disait aimer s’entourer d’homosexuels pour être la seule femme du groupe.

Elsa Morante est précoce. Dès l’enfance, elle écrit des poésies et des comptines. Elle termine l’école secondaire mais n’entame pas d’études supérieures et rencontre Alberto Moravia, autodidacte lui aussi, qui était déjà célèbre pour avoir publié « Les indifférents » quelques années auparavant. Elsa rédige alors de nombreuses nouvelles dont beaucoup se distinguent par leur atmosphère onirique et fantastique : une narration très poétique, fondée sur de nombreuses images.

C’est le caractère passionné d’Elsa Morante qui a séduit Moravia. Une admiration réciproque lie les deux auteurs, ainsi qu’une grande complicité intellectuelle. Mais Morante a beaucoup de défauts, comme le souligne René de Ceccatty : elle est manipulatrice, mythomane, parfois hystérique. En femme indépendante qui ne veut se lier à personne, elle entretient plusieurs liaisons. Morante et Moravia se marient pourtant en 1941 puis s’enfuient de Rome après la chute de Mussolini et le renforcement de la répression allemande contre les juifs. Ils vivront ensuite à Rome et effectueront ensemble de nombreux voyages.

En fin connaisseur de la littérature italienne, De Ceccatty ne se limite pas aux éléments biographiques. Il s’attache à décrire et expliquer le style littéraire d’Elsa Morante, son évolution, et l’aisance que l’auteure éprouve dans la nouvelle, plus que dans le roman. Il nous propose ainsi une analyse de « Mensonges et sortilèges », s’étend sur les liens existants entre ce roman et d’autres œuvres, comme celle de Tomasi di Lampedusa, de Goliarda Sapienza, et même de Stendhal, ou celles qui appartiennent au Nouveau roman français. De Ceccatty passe également en revue ce que ce roman doit aux auteurs français du XIXème siècle, parmi lesquels Balzac, aux auteurs russes ainsi qu’aux grands romans anglais familiaux.

Il nous raconte aussi raconte la conception de « L’île d’Arturo », « le plus grand livre d’Elsa Morante » qu’il classe dans le registre du « réalisme magique » et que Pasolini, devenu ami du couple et particulièrement de Moravia, a éreinté sans que Morante ne lui en tienne rigueur. En 1974, « La storia » connaît un grand succès auprès du public, phénomène éditorial sans précédent en Italie depuis la publication du « Guépard » en 1958. Cela trouble l’image d’Elsa Morante auprès des intellectuels italiens : paru dans les « années de plomb », après les premiers assassinats des Brigades rouges, le roman apparait décalé, il est celui d’une autre réalité historique. Mais Elsa Morante vivait depuis toujours en dehors de la réalité…

Biographe également de Moravia, René de Ceccatty s’intéresse bien sûr au rôle que ce dernier a joué dans l’œuvre de Morante, parce qu’il lui a offert la possibilité d’écrire sans devoir travailler, l’a aidée à publier chez Einaudi et à obtenir le Prix Viareggio. Après la séparation douloureuse, Moravia et Morante garderont d’ailleurs une amitié distante et Moravia restera toujours protecteur vis-à-vis de celle qui fut son épouse jusqu’au bout, par fidélité à son engagement.

De Ceccatty insiste sur la totale liberté de pensée qui caractérisait Elsa Morante. Elle n’engagea pas de combat féministe et, précise-t-il, « c’est bien malgré elle qu’elle devint une icône du féminisme » parce que pour elle, le combat se situait tout simplement ailleurs. Elle réservait son empathie aux faibles, aux victimes, aux malheureux, à tous ceux qui souffrent, hommes ou femmes.

Sur le plan personnel, Morante n’apparaît pas facile à vivre : « Elle a toujours le dernier mot et balaie toute objection d’un regard affligé et sarcastique ». Elle ne cherche pas à partager ses idées, elle n’est pas militante, à part quelques conférences données contre le nucléaire, et s’avère peu tolérante. Elle fait souvent preuve d’une « relative misanthropie ».

Je n’ai retenu ici que quelques éléments d’une biographie d’une grande richesse qui dresse le portrait d’une auteure de grand talent dont la vie personnelle fut plutôt sombre. Son caractère entier et passionné lui a sans doute valu beaucoup de déconvenues, et si on la pardonne de certains excès, c’est parce qu’elle était tout entière tournée vers la littérature, vers l’imaginaire et la poésie. De quoi avoir envie de lire -ou relire- ses plus grands romans et c’est d’ailleurs ce que je vous conseille de faire tout d’abord, si vous décidez de lire cette biographie. Quant aux passionnés d’Elsa Morante ou de la période concernée, la biographie de René de Ceccatty, la première en langue française, est tout simplement incontournable !

Coup de coeur 2019

Elsa Morante, une vie pour la littérature, René de Ceccatty, Tallandier, Paris, mars 2018, 426 p.

 

Lu dans le cadre du challenge objectif Pal chez Antigone et du mois italien chez Martine.

 

Mai, le mois italien !

Après le mois belge, cap vers le sud en compagnie de Martine qui nous a préparé un programme varié pour le mois italien qui commence aujourd’hui !

Voici les rendez-vous, avec, en gras, ceux auxquels je compte participer. Martine a eu l’excellente idée de répéter certains rendez-vous pour nous laisser le choix de la date ou pour nous permettre une séance de rattrapage au cas où…

Je remercie Martine d’avoir prévu une date pour la lecture commune que j’organise, en VO, sur le roman de Domenico Starnone  : « Lacci ». Vous trouverez une petite présentation du roman ci-dessous. Le roman est court, 133 pages, laissez-vous tenter !

 

 

– mercredi 1er mai en musique et en cuisine, au choix (ou les deux) : votre chanson italienne préférée ou la recette que vous aimez partager.

– jeudi 2 mai, le voyage commence par la lettre A comme Silvia Avallone, que certaines souhaitent lire, « L’Art de la joie » que d’autres veulent apprécier, ou « L’Amie prodigieuse », saga à découvrir ou à poursuivre.

– vendredi 3 mai : une première journée à Naples avec Maurizio de Giovanni. 

– samedi 4 et/ou dimanche 5 mai : escale dans les îles, en Sardaigne ou en Sicile

– lundi 6 mai : votre Italie en photos (souvenirs de vos voyages).

– mardi 7 mai : une enquête à suivre, un roman policier à présenter. 

– du mercredi 8 au dimanche 12 mai : en lien avec la Foire du livre de Turin : le roman qui vous a fait découvrir cette littérature italienne ou l’écrivain dont vous ne manquez aucun roman.

– lundi 13 mai : une bonne nouvelle (ou un recueil) à partager.

– mardi 14 mai : une pause à Venise avec Donna Leon et son commissaire Brunetti, ou autre.

– mercredi 15 mai : un fumetto ou une BD dont l’auteur et/ou l’illustrateur sont italiens ou dont l’histoire se passe en Italie.

– jeudi 16 mai : retour à la lettre A comme Silvia Avallone, que certaines souhaitent lire, l’Art de la joie que d’autres veulent apprécier, ou l’Amie prodigieuse, saga à découvrir ou à poursuivre.

– vendredi 17 mai : « Sangue Giusto » ou « Tous, sauf moi », ce roman de Francesca Melandri qui bouleverse le monde littéraire italien, en VO ou dans sa traduction française.

– samedi 18 et/ou dimanche 19 mai : à table ! Faites-nous saliver autour de votre spécialité culinaire italienne.

– lundi 20 mai : votre Italie en photos (souvenirs de vos voyages). 

– mardi 21 mai : à la rencontre d’Erri de Luca.

– mercredi 22 mai : un fumetto ou une BD dont l’auteur et/ou l’illustrateur sont italiens ou dont l’histoire se passe en Italie.

– du jeudi 23 au dimanche 26 mai : en lien avec le Festival du Premier roman de Chambéry : le premier roman italien que vous avez lu, un premier roman italien traduit en français ou un premier roman italien.

– lundi 27 mai : une bonne nouvelle (ou un recueil) à partager.

– mardi 28 mai : escale à Naples avec Maurizio de Giovanni et/ou Roberto Saviano.

– mercredi 29 mai : journée des enfants (album et/ou roman jeunesse).

– jeudi 30 mai : une LC, Lecture Commune en VO proposée par Florence, du court roman de Domenico Starnone « Lacci », ou un roman d’Elena Ferrante.

– et vendredi 31 mai : on termine ce Mois italien comme on l’a commencé, en musique !

Bien sûr, il est également possible d’insérer toute autre lecture, pourvu qu’elle concerne la littérature italienne !

 

 

Jeudi 30 mai, Lecture Commune en VO du court roman de Domenico Starnone « Lacci » (Liens).

 

« Lacci » est un roman court et assez percutant qui évoque la vie d’un couple napolitain qui s’est séparé dans les années 70, suite à l’infidélité du mari, parti vivre à Rome avec une jeune femme. Quatre ans plus tard, le couple se reforme, comme si de rien n’était. Mais la femme n’a jamais pardonné la trahison de son mari.

Ce roman convoque les différents points de vue des protagonistes : mari, femme et enfants.  Et puis, il y a cet étrange cambriolage et la disparition du chat…

Ce qui est intéressant aussi, c’est que l’auteur, Domenico Starnone, est l’une des personnes fortement soupçonnées d’être Elena Ferrante. Et en effet, il y a des similitudes troublantes dans l’écriture, dans les thèmes… Quoi qu’il en soit, Starnone est un très bon écrivain.

Qui serait intéressé par cette lecture commune ? Vous pouvez vous inscrire ici en commentaire et me laisser vos liens le 30 mai. A bientôt !

 

Devouchki, Victor Remizov

La Russie fait partie de mes fascinations : nourrie de lectures plus ou moins classiques qui vont du feuilletonesque « Dames de Sibérie » de Troyat à la magnifique « Anna Karénine » de Tolstoï, des nouvelles de Tchékov et Dostoïevski au « Maître et Marguerite » de Boulgakov ou aux œuvres de Soljenitsyne, mon intérêt pour ce pays souffre toutefois d’un manque de connaissance de la Russie actuelle, faute de temps ou d’occasion, à mon grand regret. Heureusement, la lecture du second roman du russe Victor Remizov m’a remis le pied à l’étrier, car je ne compte pas en rester là mais j’espère lire très prochainement le premier roman de cet auteur, intitulé « Volia Volnaïa ».

Proposé dans la dernière opération Masse critique de Babelio, « Devouchki », le second roman de Victor Remizov, a tout de suite attiré mon attention, par sa couverture tout d’abord, à la fois attirante et énigmatique et par la quatrième de couverture qui nous propose « le portrait d’une jeunesse qui cherche à se construire » dans « une Russie à deux vitesses, entre campagne sibérienne et faune moscovite ». Tout un programme.

Katia et Nestia, sont deux « Devouchki », deux jeunes filles. Cousines, elles sont aussi différentes que l’eau et le feu et seul les rapproche leur lien de parenté ainsi que le fait qu’elles habitent toutes deux en Sibérie, dans la petite ville de Beloretchensk. Katia, qui est très belle, n’a que vingt ans. Timide, elle aime Mozart et la littérature. Elle n’a été amoureuse que de Pouchkine, au point de s’être juré de lui rester fidèle. Katia aimerait étudier, mais malheureusement, son père est infirme suite à un accident. Une opération est possible, mais elle coûte trop cher pour une famille qui, sans le salaire du père, peine déjà à joindre les deux bouts.

La cousine de Katia, Nestia, vingt-quatre ans, est très jolie également, mais elle s’habille et se comporte de façon vulgaire et sa morale, d’abord peu exigeante, va se révéler franchement inexistante. Elle ne cache pas son unique but : gagner beaucoup d’argent ou mieux, « mettre le grappin » sur un homme riche qui l’entretiendra. Pour cela, il lui faut aller à Moscou, ce qui lui permettra aussi d’échapper à une mère alcoolique et à une ville sans attrait ni espoir. Lorsqu’elle propose à Katia de partir avec elle, celle-ci pense aussitôt à son père et à la possibilité de financer l’opération qui lui rendra sa mobilité.

A Moscou, les difficultés s’accumulent pour les Devouchki. Il faut d’abord trouver un endroit où passer la nuit, puis un logement et ensuite un travail. Nestia dépense tout son argent et se jette à la tête du premier venu, tandis que Katia, prudente, mais aussi naïve, ne se rend pas compte que Nestia ne pense qu’à elle-même et est prête à trahir sa cousine pour obtenir ce qu’elle veut. Le destin des jeunes filles prend alors des chemins différents…

« Devouchki » est un roman d’initiation, sur fond de misère sociale et d’arrivisme. Il dépeint une société fracturée entre des campagnes qui vivent chichement d’un travail laborieux, et Moscou, où règne un faune qui papillonne autour de quelques riches parvenus et où chacun, riche ou espérant le devenir, veut prendre sa part d’une croissance nouvelle, au mépris de la morale et du respect d’autrui. A Moscou, on est toujours le pauvre de quelqu’un, l’immigré d’un autre, et les jeunes ou moins jeunes venus des anciennes républiques soviétiques se heurtent à la méfiance et au racisme des russes ou des moscovites.

« Devouchki » comporte beaucoup de dialogues, ce qui crée une forme de proximité avec les personnages et donne une impression d’authenticité à l’histoire qui se crée sous nos yeux. Les références littéraires sont nombreuses, ce qui ancre le roman dans une continuité littéraire assez cohérente. J’ai un peu regretté le trop grand manichéisme qui existe entre les deux jeunes filles, à l’une le mal absolu, à l’autre la pureté.  Ce qui n’est pas vrai des deux principaux personnages masculins : Andreï, l’ami d’âge mûr de Katia, richissime et admiré, se révèle plus délicat et respectueux que ce que l’on aurait pu attendre d’un tel homme.  Il en va de même avec Alexeï, le jeune homme avec lequel Katia partage une colocation à Moscou, qui n’a pas l’assurance qu’aurait pu lui donner son appartenance à un milieu aisé. Car vous l’aurez compris, la question sociale qui occupe la première partie du roman fait place ensuite à une histoire d’amour qui se tisse sur un cruel dilemme : Andreï ou Alexei, vers lequel Katia se tournera-t-elle ? Vous le saurez vite, car « Devouchki » se lit d’une seule traite : il a, comme beaucoup de grands romans russes, un vrai souffle romanesque. Je remercie donc les éditions Belfond de m’avoir permis de découvrir cet auteur extrêmement prometteur.

 

Devouchki, Victor Remizov, traduit du russe par Jean-Baptiste Godon, éditions Belfond, Paris, janvier 2019, 399p.

 

Livres, librairies, médias : que souhaiter pour 2019 ?

Avant de reprendre mes chroniques habituelles, j’ai réfléchi à ce que je souhaiterais pour 2019. Voici ce que j’aimerais :

-Que le monde « tourne » moins vite : je ne veux pas ralentir la vitesse de rotation de la terre 🙂, mais je voudrais pouvoir réduire l’emballement que l’on constate tous dans de nombreux domaines. Celui de la consommation et des médias me semble particulièrement nuisible car synonyme de gaspillage et de superficialité. C’est vrai aussi dans le domaine de la littérature : trop de parutions, et à un rythme trop rapide ! Que dire de la rentrée littéraire de septembre qui nous stresse en nous précipitant en pleine rentrée, alors que l’on est en randonnée ou sur la plage, puisque l’on en entend parler de plus en plus tôt maintenant ?

Quelques semaines plus tard, le lecteur moyen -et même le lecteur aguerri- n’a fait que découvrir quelques titres de la rentrée littéraire de septembre que sortent déjà ceux de janvier. De nombreux auteurs l’ont compris, qui privilégient une parution hivernale, peut-être parce que les lecteurs auront davantage de temps devant eux. Combien de livres excellents passent en effet inaperçus parce qu’ils ont pour seul défaut de n’avoir pas été mis en avant dès août ou septembre ?

Il en est de même pour les médias : un événement remplace l’autre, tandis que les analyses approfondies, donc réfléchies, se font toujours plus rares. On se contente de rester à la surface des choses, et l’avènement de sources d’information provenant des GAFA, des chaînes d’information continue, qui vont de pair avec la chute inexorable de la presse écrite, ne vont pas arranger cela. Facebook peut être un excellent outil de connaissance grâce au partage d’informations, mais combien d’utilisateurs (avons-nous songé au sens du terme « utilisateur » ?), cliquent sur les liens et lisent entièrement les articles, au lieu de se contenter des posts comme le fait la majorité d’entre eux ? Combien de commentaires hors de propos révèlent que la personne n’a pas réellement pris connaissance de l’information, mais s’est limitée au simple titre ? D’ailleurs, pour démentir ce que j’écris, et pour me montrer que vous avez lu mon billet jusque là, laissez-moi un tout petit commentaire😃 !

-Que les librairies indépendantes renaissent : j’ai envie de petites ou moyennes librairies. J’en ai assez de ces endroits (je ne sais comment les nommer) qui tiennent davantage du supermarché de la culture que de la librairie. On nous y propose une foule de gadgets inutiles. Je me demande d’ailleurs si le mot « gadget » existe encore car, puisqu’il s’applique à tant d’objets de notre quotidien, il ne désigne plus rien en particulier. Bref, ces lieux foisonnent de marchandises en tous genres ayant un rapport plus ou moins vague avec le livre ou la papeterie, tant et si bien qu’il m’est arrivé plusieurs fois de sortir de ces « librairies » sans avoir acheté un seul livre, ce qui est impensable me concernant ! Pourtant, le choix ne manquait pas, bien au contraire ; c’est précisément parce que les rayons regorgeaient de marchandises que je n’ai pas réussi à choisir et que, sollicitée de toutes parts, j’ai préféré m’abstenir…

Que les centres-villes redeviennent les lieux de shopping, promenade et rencontres qu’ils étaient avant. Avec des petites librairies ! Cela implique pour nous d’accepter de renoncer aux courses rapides et au parking facile et généralement gratuit des horribles centres commerciaux qui sont toujours plus nombreux à la sortie de nos villes, créant des périphéries affreuses et déprimantes !

Voilà quelques-uns de mes souhaits pour l’année nouvelle, dans les domaines qui nous intéressent, parce qu’il y a évidemment beaucoup de choses à espérer en matière de politique intérieure ou internationale, d’écologie etc… D’où quelques bonnes résolutions qui découlent de ces souhaits :

Prendre le temps de lire, de découvrir les auteurs, sans céder à l’appel épuisant de la nouveauté, lire de bons articles de fond, plutôt que des catalogues de titres, privilégier les petites et moyennes librairies et les petits commerces en général.

 

En attendant, je vous souhaite à tous une excellente année 2019 !