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L’enfant perdue, Elena Ferrante.

C’est aujourd’hui que le quatrième tome de la saga d’Elena Ferrante sort en français chez Gallimard ! Je l’ai lu l’été dernier en italien et je vous livre quelques réflexions nées de ma lecture. Vous pouvez lire cette chronique sans crainte, puisque je ne divulgue absolument rien de l’intrigue !

Pour rappel, Elena et Lila sont deux amies d’enfance, nées en 1944 dans un quartier populaire de Naples. Au début de « L’amie prodigieuse », le premier tome, Lila, âgée de soixante-six ans, a disparu. Nous sommes en 2010 et Elena commence à raconter l’amitié naissante entre les deux petites filles. Elle cherche une explication à la disparition de son amie et poursuit sa narration au cours des trois volumes suivants.

Dans « Le nouveau nom », puis « Celle qui fuit et celle qui reste », Elena parvient, grâce à sa brillante scolarité, à s’extraire de son milieu modeste et à intégrer la prestigieuse école normale de Pise. Elle devient écrivain, vit dans le nord de l’Italie puis épouse Pietro, un universitaire, et s’installe avec lui à Florence, où ils ont deux filles, Dede et Elsa. Quant à Lila, elle abandonne très vite l’école et, après un mariage raté avec Stefano, dont elle a un fils, elle travaille durement dans une fabrique de mortadelle où elle est exploitée, mais arrive à s’en sortir grâce à son caractère combatif. Elle s’installe ensuite avec Enzo et monte avec lui une entreprise informatique florissante et n’hésite pas à refuser de céder à la mafia contre sa protection.

Ce quatrième volume enfin traduit en français sous le titre de « L’enfant perdue » débute dans les années soixante-dix. Elena, qui vient de quitter Pietro, part à Montpellier avec Nino, son grand amour de toujours, pour participer à un colloque universitaire… je ne vous en dévoilerai pas davantage puisque le roman vient de paraître !

 

De ce dernier tome, j’ai retenu une citation qui me paraît emblématique :

« Solo nei romanzi brutti la gente pensa sempre la cosa giusta, dice sempre la cosa giusta, ogni effetto ha la sua causa, ci sono quelli simpatici e quelli antipatici, quelli buoni e quelli cattivi, tutto alla fine ti consola ». (Storia della bambina perduta, p. 429 edizione originale). 

« Ce n’est que dans les mauvais romans que les gens pensent toujours la bonne chose, disent toujours la bonne chose, chaque effet a sa cause, il y a les gentils et les désagréables, les bons et les méchants, tout cela finit par te réconforter ». (L’enfant perdue p.429 édition originale.)

 

Là se trouve la clé de toute la narration. Les personnages évoluent, ils ne sont jamais blancs ni noirs, et le lecteur évolue également au rythme de l’auteur :  avez-vous toujours aimé l’une des deux amies et détesté l’autre ? C’est possible, mais moi non. Au contraire, mes sentiments ont beaucoup évolué au fil de la narration ; c’est en tout cas ce que j’ai ressenti (vous me direz ce que vous en pensez).

Ainsi, Elena, qui me plaisait beaucoup au cours des deux premiers volumes, m’est-elle apparue comme davantage égoïste par la suite. Elle néglige souvent ses enfants, et les fait systématiquement passer après l’amour et après son travail. Inversement, Lila, qui j’avais d’abord perçue comme dure, jalouse, souvent centrée sur elle-même, m’est apparue sous un jour complètement différent dans ce quatrième tome. En réalité, chacune fait de son mieux, et selon les périodes de sa vie, y parvient plus ou moins bien. Le point commun étant qu’elles s’en sortent, sont fortes et indépendantes et que l’auteur ne porte jamais de jugement de valeur sur leurs erreurs.

Ainsi, l’amitié n’est ni décriée, ni sur-valorisée. Elle est centrale, tout simplement :

« Ogni rapporto intenso tra essere umani è pieno di tagliole e se si vuole che duri, bisogna imparare a schivarle ; »

« Chaque relation intense entre êtres humains est pleine de pièges et si vous voulez qu’elle dure, vous devez apprendre à les éviter ; « 

 

Au-delà du récit de l’amitié de Lila et Elena, toute l’histoire de l’Italie contemporaine défile dans ce quatrième tome, de l’enlèvement d’Aldo Moro à la période berlusconienne, en passant par l’opération « mains propres » du début des années quatre-vingt-dix, et par la faillite du communisme et du socialisme italiens. Chacun des personnages se trouve impliqué politiquement, d’une façon ou d’une autre.

On apprend beaucoup aussi sur la culture politique italienne, qui paraît proche de la nôtre mais qui peut être très différente ; c’est le cas du communisme à l’italienne, très différent du communisme français que nous avons connu dans les années soixante-dix et quatre-vingt. En Italie, les communistes étaient alors des intellectuels de haut niveau, engagés pour les travailleurs, mais restant toutefois entre eux :  la famille Airota en est un bon exemple. Ils n’accepteront jamais totalement Elena. Fille du peuple, c’est un peu une « nouvelle intellectuelle », elle ne peut rivaliser, puisqu’elle n’a pas hérité des codes intellectuels de cette classe supérieure d’une façon traditionnelle, c’est-à-dire par transmission directe.

Dans « L’enfant perdue », j’ai aussi beaucoup aimé la passion studieuse de Lila pour Naples, que j’ai vue comme un regret d’Elena pour ce qu’elle n’avait pas fait elle-même. Je me suis demandé longtemps, dans la dernière partie, comment Elena Ferrante allait mettre un terme à son récit. J’étais tellement prise dans l’histoire, habituée à vivre aux côtés des personnages, que j’aurais aimé qu’elle ne se termine jamais. Je me suis même demandée si Lila avait vraiment existé ou si elle n’était qu’une métaphore de ce que la vie d’Elena aurait pu être si elle n’avait pas étudié, si elle n’avait pas poursuivi ce destin intellectuel qui était le sien…

La saga d’Elena Ferrante est aussi une réflexion sur le livre et la littérature. Elena se penche sur ses propres écrits. Elle mesure la distance entre elle-même et le monde qui l’entoure et le doute l’assaille inévitablement : la littérature est-elle vraiment en mesure de raconter le monde ?

 

Coup de cœur pour toute la saga !

 

L’enfant perdue, Elena Ferrante, traduit de l’italien par Elsa Damien, Gallimard, Collection Du monde entier, Paris, janvier 2018, 560 p.

 

Livre lu en VO dans le cadre du challenge Il viaggio chez Martine, du challenge Leggere in italiano.

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Celle qui fuit et celle qui reste, Elena Ferrante

celle-qui-fuit-et-celle-qui-restePour commencer l’année en beauté, je ne pouvais pas faire autrement que d’évoquer le troisième tome de la saga napolitaine d’Elena Ferrante enfin sorti en français. Les fans se sont en effet précipités dès le 3 janvier en librairie pour renouer avec cette lecture passionnante !

Pour rappel, nous avons fait connaissance avec les deux héroïnes, Elena et Lila, dans « L’amie prodigieuse », puis suivi leur adolescence et le début de leur vie d’adulte dans « Le nouveau nom ». Dans « Celle qui fuit et celle qui reste », on retrouve les deux amies, jeunes adultes, avec leur conjoint respectif et leurs enfants.

Pour ne pas entamer le suspense, je resterai très évasive et je ne vous livrerai ici que quelques observations générales qui, je l’espère, vous donneront envie de lire ce troisième tome, ou de vous plonger dans cette belle saga, si vous ne la connaissez pas encore.

A partir du titre, « Celle qui fuit et celle qui reste », on comprendra vite qu’Elena, qui a quitté son quartier napolitain, n’y reviendra pas. Installée à Milan à la fin du second tome, après des études effectuées à la prestigieuse Ecole Normale de Pise, Elena publie son premier roman, avant de déménager à Florence. Quant à Lila, « celle qui reste », elle s’établit dans le quartier napolitain plus aéré de San Giovanni a Teduccio,

Malgré l’éloignement, les deux amies restent en contact. Selon les périodes de leur vie, les liens qu’elles entretiennent sont à géométrie variable : tantôt étroits, tantôt distendus, voire sporadiques. Comme par le passé, leur amitié est parfois sincère, parfois ambigüe. Elle peut également se limiter à échanger des nouvelles des habitants du Rione, dont le lecteur suit ainsi l’évolution de loin. Un autre élément reste présent tout au long du roman, tantôt en filigrane, tantôt comme acteur à part entière de l’intrigue : le beau Nino, qu’Elena rencontre à Milan où elle est conviée à une soirée de promotion de son livre, et que l’on retrouvera également à la fin de ce troisième volume.

La situation politique et les questions sociales, déjà bien présentes dans les deux premiers volets de la saga, occupent maintenant une place essentielle. Nous suivons ainsi l’évolution de la politique italienne, marquée par les violences répétées des années soixante-dix. Lila travaille désormais dans une charcuterie industrielle et elle subit un harcèlement qui était alors le lot de beaucoup de femmes de son milieu. Ses conditions de travail sont très difficiles, voire abrutissantes, et elle n’hésite pas à les critiquer au risque de perdre un emploi pourtant vital.

Elena s’emploie à dénoncer les mêmes abus, par le biais d’articles qu’elle commence à écrire pour le quotidien communiste « L’Unità ». Elle continue également à étudier, car elle veut en savoir plus dans ces domaines où elle estime disposer de peu de connaissances. Comme toujours, c’est par l’étude qu’Elena comble ses lacunes, alors qu’au même moment, Lila apprend en multipliant les expériences.

La condition de la femme se trouve également au centre des préoccupations d’Elena. Celle-ci éprouve des difficultés dans la vie quotidienne. Elle découvre la vie de famille et se rend compte qu’il est difficile de continuer à écrire et à publier tout en élevant de jeunes enfants. Elena se trouve aussi confrontée à la difficulté de s’extraire véritablement de son milieu. Elle s’interroge, elle perd souvent confiance car elle estime n’avoir pas les mêmes armes que ses proches, notamment sa belle-famille, dont les membres sont issus d’un milieu cultivé.

Comme dans les deux premiers tomes, Elena se pose bien sûr beaucoup de questions sur son amitié avec Lila qu’elle peine d’ailleurs à définir. En même temps, elle ne peut s’en passer et s’en trouve malheureuse. Quant à Lila, elle continue à faire preuve d’une méchanceté que l’on devine motivée par autre chose que de la simple jalousie. Dans ce domaine, le suspense est intact à l’issue du troisième tome : qui d’Elena ou de Lila est « l’amie prodigieuse » de l’autre ?

De quoi attendre le quatrième et dernier tome de la saga d’Elena Ferrante avec toujours autant d’impatience !

Nouveau coup de coeur !

Celle qui fuit et celle qui reste, Elena Ferrante, traduit de l’italien par Elsa Damien, collection Du monde entier, Gallimard, Paris, janvier 2017.

 

Livre lu dans le cadre du challenge Il viaggio chez Martine, du challenge Leggere in italiano et du challenge femmes de lettres, chez George.

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L’amie prodigieuse : le choix des couvertures

Même si j’ai déjà lu et chroniqué les trois premiers tomes de la saga « L’amie prodigieuse », je suis contente que cette auteure ait été choisie pour le Blogoclub de Sylire, car c’est à nouveau l’occasion de parler d’une saga qui m’a énormément plu et de prendre connaissance des différents points de vue à son sujet. C’est donc un rendez-vous que je ne pouvais pas manquer ! Cela me rappelle aussi que je garde le quatrième tome que je possède en italien comme « lecture-cadeau » pour les vacances de Noël : un excellent moment à savourer et dont je me réjouis à l’avance, car selon la plupart des critiques, la saga tient ses promesses sur la longueur. En France, il ne reste plus longtemps à attendre avant de dévorer le tome 3 qui sortira en janvier prochain.

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En attendant, j’ai choisi de vous parler de « L’amie prodigieuse » sous un angle très différent de ce que que je fais habituellement : celui des couvertures des quatre romans. En effet, les couvertures de romans se veulent généralement  attrayantes. Mais l’effet recherché n’est pas toujours au rendez-vous; c’est ce qui m’est arrivé précisément avec le premier tome de « L’amie prodigieuse » en version italienne : en vacances en Italie, j’errais dans les rayons d’une grande librairie à la recherche du livre idéal. Je me suis adressée au libraire qui m’a aussitôt conseillé le premier tome de la saga d’Elena Ferrante. Devant la pile impressionnante qui oscillait sur le principal présentoir de la librairie, et surtout en découvrant la couverture, j’ai cherché un moyen de me dérober : j’ai sans doute bafouillé une excuse sans queue ni tête me permettant de ressortir sans ce roman qui ne pouvait être qu’à l’eau de rose : qu’en pensez-vous ?

 

l'amica geniale

L’amie prodigieuse, tome 1

 

Storia del nuovo cognomeLe nouveau nom, tome 2

On sait bien que la première de couverture remplit une fonction d’information au sens propre : titre, auteur… Elle doit également donner implicitement des renseignements sur le genre d’ouvrage dont il est question : au premier coup d’oeil, nous pouvons généralement deviner s’il s’agit d’un polar, de chick-lit, de littérature… La couverture doit aussi et surtout attirer notre attention, car la concurrence est rude sur les tables des libraires. Elle doit en même temps éveiller notre curiosité pour nous faire ressentir l’envie, voire la nécessité, d’acheter le livre. Un public cible est généralement visé en premier lieu et si l’illustration parvient à attirer d’autres types de lecteurs, c’est encore mieux.

En ce qui concerne les romans originaux de la saga d’Elena Ferrante, je ne dois pas être la seule à trouver les couvertures particulièrement « moches ». En recherchant quelques articles sur internet, je suis tout de suite tombée sur celui-ci : « Le copertine dei libri di Elena Ferrante sono brutte? » / « Les couvertures des livres d’Elena Ferrante sont-elles laides ? ». Ces mêmes couvertures ont été gardées par la maison d’édition américaine qui a publié les quatre romans qui ont remporté un énorme succès aux Etats-Unis, fait peu habituel d’ailleurs pour des livres italiens. Un choix apparemment assumé comme nous le révèle l’article que je cite ci-dessus : ainsi, la cofondatrice des éditions italiennes E/O, Sandra Ozzola, a expliqué : « les couvertures sont volontairement kitsch et donnent une idée de la vulgarité qui est un des éléments centraux de la saga » (sic). Elle précise que l’auteure, Elena Ferrante, n’a pas été impliquée dans le processus créatif des couvertures, mais qu’elle a toujours approuvé le travail de la maison d’édition. Sandra Ozzola ajoute : « les livres de Ferrante sont un mélange de littérature populaire et de littérature intellectuelle, nous voulions que cette idée apparaisse aussi sur les couvertures ». Elle ajoute enfin qu’il lui « semble étrange que les lecteurs n’aient pas saisi l’évidente ironie qui transparaît dans ce choix ».

 

En France, « L’amie prodigieuse » est publiée par Gallimard, puis en édition de poche, chez Folio, ce qui est a priori un gage de bon goût. En effet, les couvertures donnent une toute autre impression, comme l’ont constaté les lecteurs francophones. Jugez plutôt :

 

lamie-prodigieuse-gallimard

Le nouveau nom ferrante

 

Et  pour terminer, voici quelques-unes des couvertures dans d’autres langues. Lesquelles préférez-vous ?

 

my-brilliant-friendVersion américaine

 

la-amica-estupenda  Version espagnole

 

lamica-genial-catalanVersion catalane

de-geniale-vrindin-elena-ferranteVersion néerlandaise

meine-geniale-freundinVersion allemande

 

min-fantastika-vaninnaVersion suédoise

 

Mon avis sur L’amie prodigieuse ici.

Les avis des autres participants chez Sylire ICI.

 

Livre lu dans le cadre du Blogoclub de Sylire et du challenge Il viaggio chez Eimelle.

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Le nouveau nom, d’Elena Ferrante

 

Le nouveau nom ferranteParmi les romans étrangers de la rentrée littéraire de janvier, la suite très attendue de « L’amie prodigieuse » d’Elena Ferrante vient de paraître chez Gallimard. Dans « Le nouveau nom » (« Storia del nuovo cognome »), nous retrouvons les deux amies, Elena et Lila, où nous les avions laissées à la fin de « L’amie prodigieuse » : Lila vient d’épouser Stefano et les jeunes mariés vont passer leur nuit de noces à Amalfi.

A la rentrée, Elena retourne au lycée où elle poursuit ses études secondaires, tandis que Lila commence à travailler dans le magasin de Stefano. Elle dispose d’un bel appartement, pourvu de tout le confort moderne. Les activités commerciales de Stefano sont prometteuses, et Lila pense encore malgré tout avoir fait le bon choix en se mariant à seize ans. Elena, trop à l’étroit chez ses parents, vient souvent étudier chez Lila qui met une chambre à sa disposition.

Tout au long de ce second volume, nous allons suivre les deux amies, ainsi que leurs proches, pendant les années d’études d’Elena, au lycée, puis à l’Ecole normale de Pise, établissement prestigieux où elle sera admise. Désormais séparées, Elena et Lila se retrouvent régulièrement dans le « rione », leur quartier, puis passent un été ensemble, avec d’autres amis, dans la très belle île d’Ischia. Je ne peux en révéler davantage pour ceux d’entre vous, -ils sont nombreux-, qui attendent avec impatience ce roman.

Je n’ai pas été déçue car, dans ce second volume, l’histoire gagne en intensité et en maturité. On retrouve toutes les variations de l’amitié qui existaient pendant l’enfance, encore enrichies par la découverte du monde des adultes. Elena et Lila s’aiment, s’envient, se détestent et bien davantage encore ! Elles ne cessent de se rapprocher et de s’éloigner, au gré de l’évolution de leurs sentiments. L’auteur a le souci du détail et accorde une grande importance à la psychologie des personnages, très fine sous sa plume nuancée.

Ce second tome laisse également apparaître en toile de fond les questionnements sociaux sur lesquels Elena commençait déjà à s’interroger à la fin de « L’amie prodigieuse », alors qu’elle était en dernière année du lycée. Son accès à l’université marque encore davantage l’écart qu’elle ressent entre le milieu estudiantin et celui de son quartier populaire. Lila prend elle aussi conscience des différences sociales, mais de façon plus intuitive. Se dessine alors en creux l’évolution de l’Italie pendant les années soixante et jusqu’au début des années soixante-dix.

Nul doute que les lecteurs qui ont aimé « L’amie prodigieuse » apprécieront « Le nouveau nom » qu’il est difficile de lâcher, une fois commencé. Les deux tomes peuvent tout à fait se lire séparément, mais si vous êtes tentés par « Le nouveau nom », je vous conseillerais tout de même de commencer par le premier tome qui est maintenant disponible en collection de poche. D’abord parce qu’il vous sera ainsi plus facile de retenir et situer les nombreux personnages du roman, et ensuite parce que le premier tome évoque la naissance de la relation amicale entre Elena et Lila et l’ambiguïté profonde qui la caractérise, ainsi que certains épisodes essentiels, comme les projets d’écritures des deux amies et la rédaction par Lila du conte « La fée bleue », à un moment charnière de la vie de celle-ci, celui où elle arrêta d’aller à l’école, suivant ainsi la volonté de ses parents.

Le caractère complexe de Lila nous promet sans doute encore bien ses surprises. Lila suscite souvent l’antipathie, du moins en ce qui me concerne, et pourtant elle reste fascinante. Elena quant à elle, doute beaucoup, s’interroge, pour finir par s’affirmer tranquillement et avec beaucoup d’intelligence. Deux personnages admirablement réussis, sans parler de certains personnages secondaires, comme l’énigmatique Nino Sarratore…

J’attends donc avec impatience la suite, que je ne résisterai pas à lire très prochainement en italien : « Storia di chi fugge e di chi resta » que je traduirais littéralement, en attendant mieux, par « histoire de (celle) qui reste et de (celle) qui fuit » ( ?…).

Mais pour le moment, je souhaite une excellente lecture aux fans d’Elena Ferrante qui commencent à être très nombreux aussi de ce côté des Alpes !

 

Mon premier coup de cœur 2016 !

 

Le nouveau nom, Elena Ferrante, Gallimard, Paris, janvier 2015, 560 p.

 

Livre lu dans le cadre du challenge Il viaggio et du mois consacré à la littérature contemporaine italienne, chez Eimelle, ainsi que du challenge Leggere in italiano chez Pages italiennes

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L’amie prodigieuse, disponible en Folio

Il y a quelques semaines,  dans Pages italiennes , je vous parlais de « L’amie prodigieuse » (« L’amica geniale« ), premier tome d’une saga qui en comporte quatre et qui remporte un grand succès en Italie. L’auteur, Elena Ferrante, nous y conte l’enfance et l’adolescence de deux amies, Elena et Lila, qui vivent dans un quartier coloré de Naples, dans les années cinquante et soixante (voir la chronique ici).

C’est un roman qui se lit d’une traite et que je vous recommande tout particulièrement, d’autant qu’il vient de sortir, en ce début janvier, en collection de poche, chez Folio. Chacun des tomes de la saga peut se lire séparément, mais comme toujours, il est mieux de commencer par le premier.

 

L'amie prodigieuse en Folio

 

Le second tome, dont le titre français est « Le nouveau nom » vient d’être traduit et sera publié chez Gallimard ces jours-ci. Il est encore meilleur que « L’amie prodigieuse » et je vous donne rendez-vous très prochainement ici pour parler ce  premier coup de cœur 2016 !

 

 

Une fois, un jour, Erri de Luca

Une fois un jour Erri de LucaAprès le magnifique « Le poids du papillon », voici un court récit d’Erri de Luca dont je ne regrette qu’une chose, c’est le titre français. En ne reprenant pas la traduction littérale du titre original « Non ora, non qui », (pas maintenant, pas ici), la version française se prive d’un titre qui était davantage en phase avec le récit et avait une signification particulière, comme l’auteur l’explique dans le texte. Par ailleurs, après avoir relu ce récit qui était depuis longtemps dans ma bibliothèque, j’ai pu constater que l’édition Folio plus récente reprenait fort heureusement le titre « Pas ici, pas maintenant ».

« Une fois, un jour », est le récit de l’enfance napolitaine d’Erri de Luca. Né dans une famille bourgeoise qui a tout perdu pendant la guerre, le petit Erri vit dans un logement exigü au rez-de-chaussée d’une maison, avec pour toute vue le mur de tuf d’une ruelle napolitaine. Le soleil n’arrive pas jusqu’aux fenêtres de l’appartement, mais de temps en temps, la mère emmène ses enfants pour une excursion à Ischia où ils s’adonnent aux joies de la baignade. Ils ne se mêlent pas aux autres enfants de leur quartier, ils ne vivent pas de la même façon que ceux qui ont toujours été pauvres, la mère exige d’eux le silence et le calme. Malgré les reproches qu’elle leur adresse souvent, l’atmosphère est plus légère qu’elle ne le sera dans la belle maison, quelques années plus tard.

« L’enfance aurait bien pu durer éternellement, je ne m’en serais jamais lassé » (p54)

Car la pauvreté heureusement a une fin, mais elle correspond aussi à la fin de l’enfance pour l’auteur. C’est en effet pour lui un vrai bouleversement que l’installation dans la nouvelle maison, grande, belle et lumineuse. Cette période est rythmée par les photographies que prend le père. Elle s’achèvera lorsqu’il deviendra aveugle, une dizaine d’années plus tard. De cette époque où la vie est plus facile, l’auteur n’a que peu de souvenir, même s’il en possède des photographies : c’est le tri subjectif qu’opère la mémoire.

Le récit n’est pas linéaire. Erri de Luca va et vient dans les méandres de son enfance. Il est aujourd’hui un homme âgé. Il voit sa mère jeune qui ne le voit pas, lui, le fils vieux, qui va bientôt mourir. Il est aussi cet enfant qui a perdu son meilleur ami, Massimo, la seule fois où il a pleuré. Il est cet homme jeune qui bientôt perdra sa femme. Il est toujours cet enfant bègue, qui perd l’équilibre devant l’assurance et le rire des autres. Un défaut qui est peut-être à l’origine de son goût pour l’écrit :

« … le défaut attire l’attention au point qu’il suffit à lui seul à définir la personne toute entière. Ainsi, la confusion des mots, à l’entrée ou à la sortie, pour le sourd ou le bègue, déclenche le rire aussi sûrement que celui qui tombe ou perd l’équilibre. Parler, c’est parcourir un fil. Ecrire, c’est au contraire le posséder, le démêler » (p28).

« Une fois, un jour » est un magnifique texte, empli de poésie, où la mère du narrateur joue un rôle central. Erri de Luca s’adresse à elle avec une grande sensibilité qui capte tous les malentendus. Son écriture fait également preuve de beaucoup de pudeur, comme les moments partagés en famille :

« Nous nous sommes mal compris avec obstination, comme pour nous protéger de quelque chose. Nous avons préservé cette incompréhension par une sorte de discrétion et de pudeur : maintenant, je sais que c’est ainsi que naissent les affections. ».

Une fois, un jour, Erri de Luca, traduit de l’italien par Danièle Valin, Rivages poche, bibliothèque étrangère, 1994, 109p.

Pas ici, pas maintenant, Erri de Luca, Folio n°4716, Paris, 2008. Existe aussi en Folio bilingue n°164.

Billet à retrouver avec la biographie de l’auteur sur Pages italiennes.

Du même auteur : « Le poids du papillon« .

Livre lu dans le cadre du mois italien chez Eimelle, du Challenge Il viaggio et du challenge Italie 2015 chez Virginy

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