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Bleu de Prusse, Philip Kerr

 

Philip Kerr est l’auteur de nombreux polars et sa trilogie berlinoise a remporté un grand succès dans les années 2000, le poussant à se consacrer à l’écriture à plein temps. Il s’agissait là des premières enquêtes de Bernie Gunther, qui s’inscrivent toutes dans le cadre de l’Allemagne nazie.

« Bleu de Prusse » est le douzième épisode de cette série et il se déroule alternativement sur deux périodes, 1939 et 1956. Pas besoin d’avoir lu les épisodes précédents pour apprécier cette aventure passionnante du point de vue historique : c’est d’ailleurs avec ce douzième tome que j’ai fait connaissance avec le flic berlinois Bernie Gunther et avec l’auteur, Philip Kerr, et ce fut une rencontre réussie.

Bernie Gunther est envoyé à Berchtesgaden pour résoudre un meurtre qui a été commis sur la terrasse du Berghof, le fameux « nid d’aigle », la résidence d’Hitler située dans les Alpes bavaroises.  Un ingénieur y a en effet été assassiné d’une balle tirée des montagnes environnantes. La sécurité du Führer, qui est attendu au Berghof afin de fêter son cinquantième anniversaire, est en jeu. Gunther n’a donc que sept jours pour découvrir le coupable, sans commettre aucune indiscrétion, car Hitler ne doit pas être mis au courant de ce qui s’est passé.

Sous l’autorité de chefs nazis tous plus compromis les uns que les autres, Gunther va enquêter méthodiquement, fort d’une expérience qui seule peut le tirer de ce mauvais pas : nombreux sont ceux en effet que ses découvertes gênent et qui l’attendent au tournant… mais le lecteur sait que Gunther s’en sortira pour cette fois, puisque le récit alterne les chapitres qui se déroulent en 1939 à Berchesgaden et ceux qui évoquent la fuite de Gunther en 1956, alors qu’il refuse une mission que lui confie la Stasi, police est-allemande qui veut l’obliger à commettre un empoisonnement, et qu’il fuit sa planque au Cap Ferrat pour essayer de retrouver la sécurité de la récente Allemagne Fédérale.

Malgré quelques longueurs, ce roman est particulièrement intéressant parce qu’il évoque les rivalités et contradictions des polices qui ont coexisté dans l’Allemagne nazie, puis qui se sont succédé d’un régime extrémiste à l’autre. On découvre aussi le détail de certaines malversations nazies moins connues, comme les nombreuses expropriations qui ont eu lieu à Berchtesgaden afin d’offrir une résidence secondaire aux dignitaires du régime nazi. Quant à Bernie Gunther, c’est un personnage insolent qui se trouve toujours sur le fil du rasoir et qui s’en sort souvent in extremis grâce à un instinct de survie au-delà du commun et qui se distingue par son humanité. Une série que je ne manquerai pas de découvrir en la reprenant cette fois, par le début !

 

Bleu de Prusse, Une aventure de Bernie Gunther, Philip Kerr, traduit de l’anglais par Jean Esch, Editions Points policier n°P4965, février 2019, 664 p.

 

Roman lu dans le cadre du challenge polars et thrillers chez Sharon. et du challenge Objectif Pal chez Antigone.

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HHhH, de Laurent Binet

HHhH BinetC’est encore une excellente lecture que celle de « HHhH », de Laurent Binet, motivée par mon coup de cœur récent pour le second roman de l’auteur, « La septième fonction du langage ». J’avais entendu parler de « HHhH » à sa sortie, qui a remporté le prix Goncourt du premier roman en 2010, mais je n’avais pas eu envie de le lire : un énième roman sur un épisode de la seconde guerre mondiale, il y a des périodes où l’on a envie de lectures plus légères ! C’était sans doute une question de moment, et j’ai eu raison de différer cette lecture, jusqu’au moment où elle allait s’imposer d’elle-même, car ce fut, non pas un coup de cœur mais presque…

Dans « HHhH », Laurent Binet se met en scène, en tant qu’historien et romancier. Personnage à part entière de son roman, il est confronté à de nombreux choix, celui du sujet tout d’abord ; ce dernier s’est imposé naturellement à lui, parce qu’il tenait une place importante dans la conscience collective familiale, paternelle du moins. Choix de narration également (l’auteur fait fi des dialogues reconstitués d’après des témoignages qui donnent un côté artificiel au récit historique), puis choix des digressions possibles (en les refusant, il évite parfois des « scènes à l’eau de rose »), choix de l’authenticité finalement.

Sous les yeux du lecteur, l’Histoire est donc en train de s’écrire et c’est par le biais de celle de Reinhardt Heydrich que l’auteur a choisi de nous y mener. Heydrich, le futur responsable de la Solution finale, celui qui deviendra « l’homme le plus dangereux du IIIème Reich », le bras droit d’Himmler, plus intelligent et maléfique que son chef, celui qui donc sera connu sous l’acronyme allemand HHhH : « Himmlers Hirn heiβt Heydrich » : « le cerveau d’Himmler s’appelle Heydrich ».

Et pourtant Heydrich n’est pas le personnage principal du roman, mais bien la cible, car un tel homme ne peut que susciter des envies de meurtre, des projets d’assassinat : c’est l’opération Anthropoïde, titre que Laurent Binet aurait voulu donner à son œuvre, la centrant ainsi sur le projet lui-même, sa préparation, et les héros qui ont rendu possible sa réalisation. Ainsi, le roman tend vers un seul but, l’attentat contre Heydrich, alors protecteur de Bohême-Moravie, préparé depuis l’Angleterre, où s’entraînent deux soldats et résistants tchécoslovaques, Josef Gabčik et Jan Kubiš.

Laurent Binet procède par petites touches, nous livrant peu à peu les faits historiques, évoquant les sources, et s’interrogeant en même temps sur les difficultés qu’il éprouve à romancer les faits, comme semblait pourtant l’exiger l’exercice de style choisi. Laurent Binet nous offre là un roman original, très réussi, au cours duquel on apprend beaucoup sur la Tchécolovaquie d’alors, depuis les accords de Munich et le rattachement des Sudètes au IIIème Reich, puis l’installation des SS au château de Prague, jusqu’à l’attentat contre Heydrich, l’infâme boucher de Prague.

 

HHhH, Laurent Binet, Le livre de poche n°32178, Paris, mai 2011, 443p.

 

Livre lu dans le cadre du challenge Histoire

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