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S’abandonner à vivre, de Sylvain Tesson

« S’abandonner à vivre » illustre à nouveau le talent de Sylvain Tesson pour la nouvelle. L’aventurier érudit avait en effet reçu en 2009 le prix Goncourt de la nouvelle pour « Une vie à coucher dehors ». Les nouvelles qu’il présente ici sont de la même veine. Elles se déroulent dans les pays et villes qu’affectionne particulièrement l’auteur, la Russie notamment, et surtout la Sibérie, ainsi que l’Afghanistan, la Chine, l’Afrique du Nord, mais aussi la Suisse et… Paris.

Comme à son habitude, Tesson parsème ses textes de références littéraires ou philosophiques. Il souligne aussi quelques stéréotypes, comme lorsqu’il fustige l’opinion que nous, occidentaux, avons généralement des Russes, lorsque nous oublions que ceux-ci ne peuvent pas se relever en un clin d’œil de plusieurs décennies d’un communisme qui a détruit le pays tout entier.

Il y a du vaudeville dans ces nouvelles, tout particulièrement dans « La bataille » (celle de Borodino) et « La gouttière ». Cette dernière prend un sens particulier quand on sait que Sylvain Tesson a été victime d’une très mauvaise chute il y a deux ans, alors qu’il escaladait la façade d’un chalet à Chamonix !

Il y a également de la farce dans « Le téléphérique », de la sagesse dans « Le train », et sans aucun doute une bonne dose d’autobiographie et d’anecdotes vécues dans l’ensemble du recueil. Sylvain Tesson excelle dans ce genre difficile, parfois peu prisé des francophones, dont il maîtrise très bien l’art de la chute. Les dénouements nous laissent souvent souriants, parfois étonnés, mais jamais indifférents. Les personnages que décrit l’auteur sont confrontés à leur destin, tantôt prévisible, tantôt ironique, mais Sylvain Tesson réussit à ne pas être pessimiste : devant la force du destin, devant l’ironie du sort, il ne voit qu’une seule attitude possible : s’abandonner à vivre …

 

S’abandonner à vivre, Sylvain Tesson, Folio n° 5948, Mai 2015, 256 p.

 

Livre lu dans le cadre du challenge Objectif PAL 2017 chez Antigone

La part des flammes, Gaëlle Nohant

La part des flammesCréé en 1885 à Paris, le Bazar de la Charité était une vente de bienfaisance qui rassemblait de nombreuses femmes de l’aristocratie. Lors de sa troisième édition, en mai 1887, un dramatique incendie a embrasé le hangar qui hébergeait cette manifestation. L’ensemble est parti en fumée en un quart d’heure seulement, laissant sous les décombres près de cent-trente victimes, sans compter les survivants atrocement brûlés.

C’est cet épisode de l’histoire que Gaëlle Nohant a pris pour cadre de son roman historique « La part des flammes », dans lequel elle invente une intrigue romanesque autour de trois très belles figures féminines, la comtesse de Raezal, et la jeune Constance d’Estingel, personnages fictifs qui se rencontrent dans le roman par l’intermédiaire de Sophie-Charlotte, duchesse d’Alençon, qui n’était autre que la sœur cadette de l’impératrice Sissi.

La première, Violaine de Raezal, est veuve depuis peu et traîne une réputation sulfureuse, en partie due à ses beaux-enfants qui n’ont jamais accepté que leur père, Gabriel de Raezal, se remarie avec une jeune femme qu’ils soupçonnaient d’être intéressée par l’héritage. Cette défiance s’avère totalement infondée puisque Violaine aimait profondément son mari. Celui-ci, alors qu’il sentait la mort approcher, espérait d’ailleurs que sa jeune épouse trouverait sa place au sein de la haute société.

C’est donc en pensant aux dernières volontés de son mari que la comtesse de Raezal se présente à la marquise de Fontenilles, espérant obtenir une place au Bazar de la Charité où elle pourrait œuvrer pour les plus démunis. Mais les places sont très chères, le Bazar de la Charité étant devenu l’endroit où, à côté d’âmes sincères qui désirent faire le bien des plus pauvres, beaucoup en revanche se pressent dans le seul but d’être vues. C’est le cas de l’odieuse marquise de Fontenilles qui refuse avec arrogance ce privilège à Mme de Raezal, l’envoyant d’abord faire ses preuves auprès de la duchesse d’Alençon qui rend chaque jour visite aux tuberculeux dans leur taudis.

C’est avec humilité que la comtesse de Raezal accompagne la duchesse d’Alençon dans ses visites caritatives. Cette dernière, appréciant Violaine à sa juste valeur, la prend sous son aile et l’accueille dans le stand qu’elle tient au sein du Bazar de la Charité. Violaine y fait la connaissance de la jeune et jolie Constance d’Estingel qui vient de rompre ses fiançailles avec le beau journaliste Lazlo de Nérac, un jeune aristocrate profondément honnête qui ne veut devoir sa réussite qu’à la qualité de sa plume et non aux privilèges de sa naissance. Malheureusement, dès le jour d’ouverture du bazar, l’incendie se déclare. La panique s’empare de tous. Violaine, Constance et la duchesse d’Alençon se perdent de vue dans la cohue qui s’ensuit. Mais leur destin se trouve désormais lié par ce tragique événement…

Gaëlle Nohant signe avec « La part des flammes » une histoire romanesque à souhait qui nous plonge dans l’atmosphère mondaine parisienne de la Belle Epoque. Outre le contexte historique, nous découvrons la vie sociale des femmes issues de la haute bourgeoisie et de l’aristocratie de cette fin du XIXème siècle. Les détails sont d’une grande précision, il y a du suspense, des moments bouleversants et des descriptions poignantes, mais aussi de l’amour, de l’amitié et de la solidarité. Un grand roman historique donc, très bien documenté, et servi par une très belle écriture.

Un de mes coups de cœur 2016 !

 

La part des flammes, Gaëlle Nohant, Le livre de poche, mars 2016, 545 p.

 

Livre lu dans le cadre du challenge « Où sont les femmes ?  » chez George.

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Le malentendu, Irène Némirovski

Le malentenduIrène Némirosvki fut un écrivain précoce, si l’on considère le fait qu’elle fut élevée à la fois en français, en anglais et en russe, qu’elle arriva en France en 1919 à l’âge de seize ans et qu’elle publia son premier texte en français seulement deux ans plus tard. Mais cette précocité s’illustre aussi quant à la maturité dont la jeune auteure fit preuve dans le choix et le traitement des sujets de ses textes. « Le malentendu », premier roman d’Irène Némirovski, en est l’illustration parfaite. Cette œuvre de jeunesse n’en est pas une, car rien ne laisse à penser qu’elle ait été écrite par une jeune fille de vingt-trois ans.

« Le malentendu » nous raconte une idylle de quelques mois, entre Yves Harteloup, bourgeois trentenaire rescapé de la Grande Guerre dont il est sorti déclassé, et Denise Jessaint, jeune bourgeoise mariée et mère d’une adorable petite fille. Les protagonistes se trouvent à Hendaye en vacances ; Yves y goûte seul des vacances bien méritées, pour lesquelles il a économisé le moindre sou. C’est l’occasion pour lui de se replonger avec joie dans les souvenirs heureux d’une enfance qui lui paraît alors bien lointaine. Denise n’a quant à elle jamais connu la frustration. Son mariage avec le riche Jessaint lui a assuré un train de vie toujours égal, dans la continuité d’une enfance aisée, et c’est avec une indifférence sereine qu’elle profite d’un long séjour sur la Côte basque avec Francette, sa petite fille de trois ans et la gouvernante de celle-ci, tandis que son mari fait des allers et retours entre Paris et le lieu de villégiature de son épouse.

Installés dans le même hôtel, Yves et Denise se croisent, se parlent, puis survient le coup de foudre. L’idylle s’épanouit alors dans les beau paysages de la côte basque. Fin septembre, de retour à Paris, chacun reprend sa vie normale, mais Yves peine à suivre le train de vie exigeant de Denise. Fatigué par de longues heures de travail et par les caprices de sa jeune maîtresse, Yves déchante et s’enfonce chaque jour davantage dans les dettes et les soucis. Frivole, Denise ne s’aperçoit de rien. Insouciante, elle s’arrête aux apparences, et quand elle propose son aide à Yves, il est déjà trop tard, le mal est fait. Le malentendu sépare les amants et bien qu’en apparence purement sentimental, comme le ressent Denise, il est beaucoup plus profond. Davantage que les sentiments, ce sont les contingences matérielles, en un mot, l’argent, qui les sépare.

En effet, malgré leur origine sociale commune, Yves et Denise ne partagent plus rien, et l’amour ne peut résister à ce fossé qui se creuse chaque jour davantage. Les années folles que Denise vit pleinement, -nous sommes en 1926-, sont une épreuve pour Yves qui ne se remettra jamais de la Grande Guerre. Dans l’évocation de ce malentendu, sa naissance, son développement, Irène Némirovski excelle. Elle décrit avec sensibilité et lucidité les sentiments des amants, qu’il s’agisse de la jeune Denise prisonnière des habitudes et stéréotypes de son milieu, comme d’Yves, taciturne et fataliste devant la tournure que prend cette liaison. Chacun d’entre eux cherche l’amour, mais ils n’ont pas les mêmes attentes et ils ne s’en rendent pas compte, aveuglés par leur égoïsme et leur manque d’empathie vis-à-vis de l’autre. La vanité, sentiment que l’on retrouve quelques années plus tard, dans « Le bal », n’est pas étrangère non plus à ce malentendu.

Au total, Irène Némirovski nous offre un premier roman très maîtrisé, dans lequel elle fait preuve d’une grande maturité, à quoi s’ajoute une bien jolie plume !

 

Le malentendu, Irène Némirosvki, Folio n° 5286, Paris, 2011, 191 p.

 

Livre lu dans le cadre du Blogoclub de Sylire consacré à Irène Némirovski.

Les autres lectures sont à découvrir ici.

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Un hiver à Paris, de Jean-Philippe Blondel

un hiver à Paris, pocheEn septembre 1984, Victor, jeune provincial, entame sa deuxième année de classes préparatoires littéraires à Paris. Le première année fut difficile, il n’était pas parmi les meilleurs, mais il réussit à être de ceux qui furent autorisés à passer en khâgne dans le même établissement prestigieux, le lycée D. Assez solitaire, Victor ne s’était pas fait d’ami en hypokhâgne, où il se sentait décalé par rapport à la majorité des autres étudiants, parisiens et issus de milieux sociaux beaucoup plus favorisés que le sien, culturellement notamment.

Un mois et demi après la rentrée en khâgne, Victor décide, pour fêter son anniversaire, d’inviter Matthieu à dîner. Elève en première année, originaire de province également, Matthieu se retrouve dans la même situation que le narrateur un an plus tôt. C’est sans doute ce qui les rapproche, mais leur amitié naissante ne consiste qu’à échanger quelques mots à l’intercours.

Peu après, le drame se produit : incapable de résister à la pression, Mattieu se suicide.  Victor devient populaire au sein de son lycée, à cause de la mort de Matthieu précisément. La vie de Victor change alors totalement.

Pour ne pas gâcher la lecture de ceux qui n’ont pas encore découvert « Un hiver à Paris« ,  je n’en révèlerai pas davantage, sinon que ce roman m’a beaucoup touchée, principalement parce que je suivais les mêmes études que le narrateur au même moment, non pas à Paris, mais en province. J’ai donc retrouvé beaucoup d’éléments de l’époque, parfaitement restituée par l’auteur.

Néanmoins, si l’ambiance de compétition existait bel et bien dans mon lycée, elle était loin d’être aussi terrible qu’au sein du Lycée D. décrit par Jean-Philippe Blondel. Peut-être existait-il une grande différence entre Paris et la province ? Ou n’ai-je pas ressenti les classes préparatoires comme un lieu d’humiliation ? Je n’y ai en tout cas rencontré aucun professeur aussi odieux que Clauzet peut l’être dans « Un hiver à Paris », bien au contraire. Et si les élèves les plus « faibles » étaient « éliminés », c’est simplement parce que le rythme de travail ne leur convenait pas et qu’ils abandonnaient d’eux-mêmes les cours pour choisir une autre voie.

Le reste du roman, qui se déroule sur la côte atlantique, m’a un peu moins captivée, notamment en ce qui concerne le développement d’une amitié entre Victor et le père de Mathieu. Pour autant, j’ai dévoré « Un hiver à Paris » en une –longue- soirée. Ce roman d’initiation pose avec sensibilité la question des choix que l’on fait, de la difficile adaptation à un milieu social qui n’est pas le nôtre. Je ne connaissais pas Jean-Philippe Blondel, mais c’est un auteur que j’espère retrouver rapidement !

 

Un hiver à Paris, Jean-Philippe Blondel, Pocket n°16441, Paris, janvier 2016.

 

 

La septième fonction du langage, Laurent Binet

 

La septième fonction du langage

Plongée dans la littérature italienne, j’ai peu cédé à l’appel de la rentrée littéraire de septembre, mais je n’ai pas regretté les quelques titres choisis. C’est le cas tout particulièrement du roman jubilatoire de Laurent Binet, « La septième fonction du langage » qui m’a aidée à sortir de la morosité de cet automne difficile.

L’auteur nous emmène dans une aventure à la fois farfelue et brillante, au cours de laquelle il égratigne, parfois gentiment, mais c’est loin d’être toujours le cas, les nombreux intellectuels et hommes politiques des années soixante-dix et quatre-vingt qui peuplent son deuxième roman.

Comme point de départ, l’auteur a choisi de s’interroger sur la mort de Roland Barthes, renversé par une camionnette en 1980, alors qu’il venait de déjeuner avec le futur candidat à la présidentielle, François Mitterrand. Et s’il ne s’agissait pas d’un accident ? Et si Roland Barthes détenait un secret que le microcosme intellectuel de la sémiologie, mais aussi de la politique, rêvait de s’approprier ?

Laurent Binet expose au lecteur les fonctions du langage décrites par le linguiste russe Jakobson : six fonctions qui nous utilisons dans tous nos « actes de langage » et qui font les beaux jours de la linguistique et de la sémiologie depuis. Mais Jacobson aurait omis de révéler la « septième fonction du langage » qui surpasserait toutes les autres, puisqu’elle permettrait à celui qui en connaîtrait le secret d’avoir le pouvoir absolu : celui des mots. L’argumentation parfaite, celle qui convainc à tous les coups. Autant dire, une arme redoutable pour les politiciens !

C’est un duo hautement improbable, formé par le commissaire Bayard, un homme simple et rationnel, et par Simon, un universitaire à l’apparence grise et ennuyeuse mais qui utilise ses connaissances en sémiologie pour interpréter le réel, ce qui, contre toute attente, lui est d’une grande utilité dans les situations dangereuses auxquelles les deux enquêteurs vont être confrontés, en France, aux Etats-Unis, puis en Italie.

On croise Derrida, Foucauld, Althusser, Sollers (qui en prend sérieusement pour son grade) et Kristeva, BHL, Jack Lang, Giscard, Umberto Eco et tant d’autres… Binet se réfère à Chomsky, de Saussure, et Barthes bien sûr, et explique au lecteur la théorie de Jakobson, autant d’éléments qui donnent envie de se plonger ou replonger dans des cours de linguistique. On apprend en effet avec Umberto Eco que la sémiologie est une science des plus utiles dans la vie quotidienne :

« Roland, sa grande leçon de sémiologie que j’ai retenue, c’est montrer du doigt n’importe quel événement de l’univers et avertir qu’il signifie quelque chose. Il répétait toujours que le sémiologue, quand il se promène dans les rues, il flaire de la signification là où les autres voient des événements. Il savait qu’on dit quelque chose dans la façon de s’habiller, de tenir son verre, de marcher… » (p227).

Très loufoque,  « La septième fonction du langage » est aussi une brillante fable sur le pouvoir du langage qui s’illustre dans le monstrueux « Logos Club » où les joutes oratoires se terminent dans le sang pour les malheureux perdants. Un roman qui mérite bien le prix Interallié remporté en novembre 2015 et qui sera sans doute le dernier de mes coups de cœur pour cette année !

Un de mes coups de cœur 2015 !

 

La septième fonction du langage, Laurent Binet, Grasset, Paris, août 2015, 495 p.

 

Le carrefour des écrasés, Claude Izner

le carrefour des écrasésC’est avec un peu de retard que je poursuis la série des « Victor Legris », libraire féru d’enquêtes policières. Une fois encore, Victor se retrouve mêlé à une étrange affaire, après qu’un homme, chevrier en chambre, autrement dit berger en plein Paris, a apporté à la librairie un escarpin rouge dont la semelle avait été fabriquée à partir du papier à en-tête du magasin. Victor se demande aussitôt quel peut être le lien entre cet escarpin et la librairie de la rue des Saints-Pères …

L’escarpin rouge était porté par une jeune fille issue d’une pension dans laquelle se trouve Iris, la filleule de Kenji Mori, l’associé de Victor. Le lecteur le sait, car il assiste dès le début de ce volume au meurtre de la jeune fille imprudente qui a suivi sans hésiter Gaston Molina, jeune inconnu qui lui faisait de l’œil ! C’est au carrefour des écrasés, entre la rue Montmartre et le Faubourg Poissonnière, que l’on retrouve son corps sans visage, car vitriolé, au petit matin.

Gaston Molina n’est pas le psychopathe que l’on imagine, mais le simple rouage d’une vengeance qui couvait depuis cinq ans et qui se déroulera inéluctablement jusqu’à son terme ou presque. J’ai pris beaucoup de plaisir à lire cet épisode, où l’intrigue est beaucoup mieux ficelée que dans le tome précédent.

Bien sûr, ce qui constitue pour moi l’intérêt principal de la série, la découverte du Paris de la fin du XIXème siècle, se vérifie encore une fois dans « Le carrefour des écrasés ». Claude Izner explore dans cet épisode l’année 1891 à Paris. On découvre l’univers des bals, cabarets et cafés-concerts, au premier rang desquels le Moulin Rouge et le Chat-Noir. On observe le début de la neurologie, dans le service du docteur Charcot qui se passionne alors pour l’étude de l’hystérie, à la Salpetrière. Il y a aussi les faits divers, historiques, comme cette effroyable collision entre deux trains, à Saint-Mandé. Le Mont-de-piété connaît déjà un succès fulgurant et les impressionnistes coexistent avec d’autres courants qui annoncent la découverte du rôle de l’inconscient dans l’art.

J’ai retrouvé aussi avec plaisir les personnages principaux, le couple Victor et Tasha, l’apprenti photographe prêt à lancer de nouveaux projets et l’artiste-peintre soucieuse de son indépendance.  Sans oublier Kenji Mori, dont on perce un peu le mystère, et bien sûr Jojo, le commis qui rêve de devenir un grand auteur, meilleur que son modèle Emile Gaboriau, et qui semble se trouver cette fois sur la bonne voie. Cela satisfera-t-il la mère de Jojo, Euphrosine, la renfrognée au bon cœur, qui ne cesse de se plaindre de porter trop bien sa croix ? Parmi les personnages propres à cet épisode, une mention spéciale pour Grégoire Mercier, berger installé en plein Paris avec ses chèvres, qui vient animer tout ce petit monde avec son patois beauceron.

Et puis les visites régulières de Mme de Salignac à la librairie permettent d’évoquer toute une littérature, plus ou moins bigote, de l’époque. Autant de raisons qui me poussent à poursuivre cette série de lectures communes. Nous nous retrouverons donc début décembre pour échanger nos avis sur le tome suivant intitulé « Le secret des Enfants-Rouges » !

Vous pouvez retrouver les avis de Bianca, Fanny et Camille ici.

 

Le carrefour des écrasés, Claude Izner, Editions 10/18, collection Grands détectives, n°3580, Paris, 2003, 285p.

 

Livre lu dans le cadre du challenge Polars et Thrillers, et du challenge polars historiques chez Sharon.

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Tiré à quatre épingles, de Pascal Marmet

Tiré à quatre épinglesAlbane Saint-Germain de Ray, veuve d’un ancien préfet, est retrouvée assassinée dans son appartement : un cambriolage qui aurait mal tourné, la propriétaire étant sur les lieux quand deux hommes ont fait irruption chez elle. Seulement voilà, les deux cambrioleurs n’ont rien à voir avec le meurtre : Samy n’est qu’une petite frappe récidiviste et Laurent est un jeune homme naïf et quelque peu marginal, seul à Paris, qui n’a pas compris quand Samy l’a abordé en gare de Lyon que celui-ci cherchait un complice pour l’aider à accomplir son forfait.

En cette période estivale, la moitié des effectifs de la PJ est en vacances. Le commandant Chanel, pourtant débordé, est chargé de l’affaire. Seule concession de ses supérieurs : lui fournir deux élèves-commissaires pour l’aider. Mais le chef est morose, surtout depuis qu’il a appris que la PJ quitterait bientôt l’île de la Cité pour des locaux modernes et fonctionnels en périphérie, déménagement qui tournera inévitablement une page de l’histoire du célèbre « 36, quai des Orfèvres ».

D’emblée, le commissaire connu pour « ses fulgurances », une intuition hors normes, ne croit pas à la thèse du cambriolage qui tourne mal. D’autant que le mari de la victime, le préfet René Saint-Germain de Ray, avait lui-même été assassiné six mois auparavant. Un personnage difficile à cerner par ailleurs, un collectionneur d’art primitif africain dont l’appartement regorge de statuettes africaines. A moins que ce ne soit sa femme, Albane Truchot, une véritable beauté plus jeune que lui, qui ne trempe dans un trafic quelconque… Rien pourtant ne permet d’en faire la preuve.

Le seul indice qui pourrait aider Chanel et ses collègues est la présence sur les lieux le jour du crime du jeune Laurent, dont on ne sait rien, sinon qu’il est entièrement vêtu de vert et déambule chaque jour dans la gare de Lyon. Un seul mot d’ordre désormais, trouver Laurent et le faire parler, mais celui-ci se méfie et échappe à plusieurs reprises à la police. Heureusement, Chanel n’en reste pas là et grâce à ses élèves- commissaires, deux jeunes femmes très débrouillardes et fines psychologues, et à une heureuse coïncidence de dernière minute, l’équipe mettra la main sur le jeune homme. Entretemps, l’enquête aura avancé sur d’autres plans.

« Tiré à quatre épingles » est le premier roman policier de Pascal Marmet qui est aussi l’auteur du « Roman du parfum » et du « Roman du café ». Il signe là un policier français de facture classique qui nous plonge dans le quotidien d’un flic de la célèbre PJ de Paris. Un commandant Chanel très attachant, passionné par son métier, discret et réservé, aimant passer inaperçu au sein de la PJ, et détestant mettre en avant des résultats pourtant excellents ! Derrière sa réserve, Chanel cache un grand cœur. Il n’hésite pas à aider des personnes en difficulté, comme la jeune Salomé qu’il tire des griffes d’un drogué et qui le lui rendra bien, en participant à son enquête malgré elle.

J’ai donc particulièrement aimé le personnage principal qui pour une fois, n’est pas un flic alcoolique bourré de problèmes… « Tiré à quatre épingles » se lit d’une traite. C’est un bon polar, dont j’aimerais retrouver le héros dans une autre enquête…

 

Tiré à quatre épingles, Pascal Marmet, Michalon, Paris avril 2015, 270 p.

 

Je remercie l’auteur de m’avoir envoyé son livre. Livre lu dans le cadre du challenge Thrillers et polars, chez Sharon.

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