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Le carrefour des écrasés, Claude Izner

le carrefour des écrasésC’est avec un peu de retard que je poursuis la série des « Victor Legris », libraire féru d’enquêtes policières. Une fois encore, Victor se retrouve mêlé à une étrange affaire, après qu’un homme, chevrier en chambre, autrement dit berger en plein Paris, a apporté à la librairie un escarpin rouge dont la semelle avait été fabriquée à partir du papier à en-tête du magasin. Victor se demande aussitôt quel peut être le lien entre cet escarpin et la librairie de la rue des Saints-Pères …

L’escarpin rouge était porté par une jeune fille issue d’une pension dans laquelle se trouve Iris, la filleule de Kenji Mori, l’associé de Victor. Le lecteur le sait, car il assiste dès le début de ce volume au meurtre de la jeune fille imprudente qui a suivi sans hésiter Gaston Molina, jeune inconnu qui lui faisait de l’œil ! C’est au carrefour des écrasés, entre la rue Montmartre et le Faubourg Poissonnière, que l’on retrouve son corps sans visage, car vitriolé, au petit matin.

Gaston Molina n’est pas le psychopathe que l’on imagine, mais le simple rouage d’une vengeance qui couvait depuis cinq ans et qui se déroulera inéluctablement jusqu’à son terme ou presque. J’ai pris beaucoup de plaisir à lire cet épisode, où l’intrigue est beaucoup mieux ficelée que dans le tome précédent.

Bien sûr, ce qui constitue pour moi l’intérêt principal de la série, la découverte du Paris de la fin du XIXème siècle, se vérifie encore une fois dans « Le carrefour des écrasés ». Claude Izner explore dans cet épisode l’année 1891 à Paris. On découvre l’univers des bals, cabarets et cafés-concerts, au premier rang desquels le Moulin Rouge et le Chat-Noir. On observe le début de la neurologie, dans le service du docteur Charcot qui se passionne alors pour l’étude de l’hystérie, à la Salpetrière. Il y a aussi les faits divers, historiques, comme cette effroyable collision entre deux trains, à Saint-Mandé. Le Mont-de-piété connaît déjà un succès fulgurant et les impressionnistes coexistent avec d’autres courants qui annoncent la découverte du rôle de l’inconscient dans l’art.

J’ai retrouvé aussi avec plaisir les personnages principaux, le couple Victor et Tasha, l’apprenti photographe prêt à lancer de nouveaux projets et l’artiste-peintre soucieuse de son indépendance.  Sans oublier Kenji Mori, dont on perce un peu le mystère, et bien sûr Jojo, le commis qui rêve de devenir un grand auteur, meilleur que son modèle Emile Gaboriau, et qui semble se trouver cette fois sur la bonne voie. Cela satisfera-t-il la mère de Jojo, Euphrosine, la renfrognée au bon cœur, qui ne cesse de se plaindre de porter trop bien sa croix ? Parmi les personnages propres à cet épisode, une mention spéciale pour Grégoire Mercier, berger installé en plein Paris avec ses chèvres, qui vient animer tout ce petit monde avec son patois beauceron.

Et puis les visites régulières de Mme de Salignac à la librairie permettent d’évoquer toute une littérature, plus ou moins bigote, de l’époque. Autant de raisons qui me poussent à poursuivre cette série de lectures communes. Nous nous retrouverons donc début décembre pour échanger nos avis sur le tome suivant intitulé « Le secret des Enfants-Rouges » !

Vous pouvez retrouver les avis de Bianca, Fanny et Camille ici.

 

Le carrefour des écrasés, Claude Izner, Editions 10/18, collection Grands détectives, n°3580, Paris, 2003, 285p.

 

Livre lu dans le cadre du challenge Polars et Thrillers, et du challenge polars historiques chez Sharon.

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Tiré à quatre épingles, de Pascal Marmet

Tiré à quatre épinglesAlbane Saint-Germain de Ray, veuve d’un ancien préfet, est retrouvée assassinée dans son appartement : un cambriolage qui aurait mal tourné, la propriétaire étant sur les lieux quand deux hommes ont fait irruption chez elle. Seulement voilà, les deux cambrioleurs n’ont rien à voir avec le meurtre : Samy n’est qu’une petite frappe récidiviste et Laurent est un jeune homme naïf et quelque peu marginal, seul à Paris, qui n’a pas compris quand Samy l’a abordé en gare de Lyon que celui-ci cherchait un complice pour l’aider à accomplir son forfait.

En cette période estivale, la moitié des effectifs de la PJ est en vacances. Le commandant Chanel, pourtant débordé, est chargé de l’affaire. Seule concession de ses supérieurs : lui fournir deux élèves-commissaires pour l’aider. Mais le chef est morose, surtout depuis qu’il a appris que la PJ quitterait bientôt l’île de la Cité pour des locaux modernes et fonctionnels en périphérie, déménagement qui tournera inévitablement une page de l’histoire du célèbre « 36, quai des Orfèvres ».

D’emblée, le commissaire connu pour « ses fulgurances », une intuition hors normes, ne croit pas à la thèse du cambriolage qui tourne mal. D’autant que le mari de la victime, le préfet René Saint-Germain de Ray, avait lui-même été assassiné six mois auparavant. Un personnage difficile à cerner par ailleurs, un collectionneur d’art primitif africain dont l’appartement regorge de statuettes africaines. A moins que ce ne soit sa femme, Albane Truchot, une véritable beauté plus jeune que lui, qui ne trempe dans un trafic quelconque… Rien pourtant ne permet d’en faire la preuve.

Le seul indice qui pourrait aider Chanel et ses collègues est la présence sur les lieux le jour du crime du jeune Laurent, dont on ne sait rien, sinon qu’il est entièrement vêtu de vert et déambule chaque jour dans la gare de Lyon. Un seul mot d’ordre désormais, trouver Laurent et le faire parler, mais celui-ci se méfie et échappe à plusieurs reprises à la police. Heureusement, Chanel n’en reste pas là et grâce à ses élèves- commissaires, deux jeunes femmes très débrouillardes et fines psychologues, et à une heureuse coïncidence de dernière minute, l’équipe mettra la main sur le jeune homme. Entretemps, l’enquête aura avancé sur d’autres plans.

« Tiré à quatre épingles » est le premier roman policier de Pascal Marmet qui est aussi l’auteur du « Roman du parfum » et du « Roman du café ». Il signe là un policier français de facture classique qui nous plonge dans le quotidien d’un flic de la célèbre PJ de Paris. Un commandant Chanel très attachant, passionné par son métier, discret et réservé, aimant passer inaperçu au sein de la PJ, et détestant mettre en avant des résultats pourtant excellents ! Derrière sa réserve, Chanel cache un grand cœur. Il n’hésite pas à aider des personnes en difficulté, comme la jeune Salomé qu’il tire des griffes d’un drogué et qui le lui rendra bien, en participant à son enquête malgré elle.

J’ai donc particulièrement aimé le personnage principal qui pour une fois, n’est pas un flic alcoolique bourré de problèmes… « Tiré à quatre épingles » se lit d’une traite. C’est un bon polar, dont j’aimerais retrouver le héros dans une autre enquête…

 

Tiré à quatre épingles, Pascal Marmet, Michalon, Paris avril 2015, 270 p.

 

Je remercie l’auteur de m’avoir envoyé son livre. Livre lu dans le cadre du challenge Thrillers et polars, chez Sharon.

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La disparue du Père-Lachaise, Claude Izner

La disparue du Père-LachaiseQuelques mois après la fin de l’Exposition universelle de Paris en 1889, Victor Legris, notre libraire de la rue des Saints-Pères, reprend du service lorsque la jeune Denise vient le trouver, très inquiète après la disparition de sa patronne. Denise est en fait la domestique d’Odette de Valois, ancienne maîtresse de Victor Legris, qui apprend en même temps qu’Odette est veuve depuis peu, son mari ayant succombé à la fièvre jaune, alors qu’il travaillait pour la construction du canal de Panama.

Victor ne prête d’abord que peu d’attention aux plaintes de Denise, mais décide quand même de lui venir en aide en demandant à Tasha, la jeune artiste peintre dont il est tombé follement amoureux dans le premier tome, de prêter sa chambre de bonne à Denise, qui ne sait plus où dormir. Cela arrange en outre Victor, puisque Tasha a ainsi une bonne raison de venir habiter chez lui ; provisoirement, bien sûr, car Tasha tient beaucoup à son indépendance !

Victor Legris va finir par s’intéresser à l’affaire lorsque des éléments nouveaux apparaissent. Je n’en dirai pas plus pour préserver le suspense, mais comme dans  « Mystère rue des Saints-Pères », l’intrigue ne m’a paru que secondaire dans cet épisode. Elle sert de trame, mais l’essentiel est pour moi le contexte historique que Claude Izner met parfaitement en scène : on s’y croirait presque ! La fin du XIXème siècle est évidemment une période de l’histoire qui m’intéresse beaucoup.

« La disparue du Père-Lachaise » débute alors que la construction du canal de Panama connaît de nombreuses difficultés qui vont conduire l’opération à l’inévitable déroute et au scandale de Panama. Claude Izner nous plonge également dans la mode du spiritisme qui sévissait à cette époque et touchait toutes les classes de la société. On se souvient en particulier de Victor Hugo qui recherchait un contact avec sa fille Léopoldine, modèle que suit ici Odette de Valois après la disparition de son cher mari.

Et ce sont ces références littéraires et culturelles qui m’intéressent le plus dans les policiers de Claude Izner. La librairie de la rue des Saints-Pères est prétexte à évoquer des auteurs de toute sorte et notamment ceux dont la célébrité n’a pas résisté au temps : si Emile Gaboriau, maître des romans policiers de l’époque, est un nom dont j’avais déjà entendu parler, au contraire je ne sais rien de Xavier de Montépin, de Lucien Descaves et de Bibi la purée… De la même façon, l’ancrage de Tasha dans les milieux de la peinture de cette fin de siècle permet à l’auteur de se référer aux impressionnistes et à ce qui était alors en vogue dans les arts.

Quelques-uns des personnages remportent mes faveurs : Victor et Joseph principalement, mais aussi Tasha, dont le caractère fort suscitait chez moi de la méfiance dans le premier tome de la série. Quant à Kenji Mori, il m’est maintenant beaucoup plus sympathique. Et je ne regretterai pas cette écervelée d’Odette de Valois ! Il y a donc de grandes chances que je poursuive les aventures de Victor Legris, avec le troisième volume de la série intitulé « Le carrefour des écrasés ».

 

La disparue du Père Lachaise, Claude Izner, 10/18 n°3506, Collection Grands détectives, Paris, décembre 2013, 302p.

 

Lu dans le cadre d’une lecture commune avec Bianca, Céline, Fanny, Camille, Laure et Claire, dont vous retrouverez les avis ici.

Et dans le cadre du challenge Thrillers et polars, et du challenge polars historiques, chez Sharon.

 

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Mystère rue des Saints-Pères : Victor Legris, libraire et détective

Mystère rue des Saints-Pères, IznerPour ce premier tome des enquêtes de Victor Legris, l’auteur, Claude Izner -ou les auteures, puisque Izner est le pseudonyme adopté par deux sœurs-, nous plonge au cœur de l’exposition universelle de 1889, à Paris.

Victor Legris, jeune libraire, a rendez-vous avec son ami journaliste Marius Bonnet et son associé et père adoptif, Kenji Mori, au premier étage de la toute nouvelle Tour Eiffel. Marius annonce à son ami la création d’un nouveau quotidien, Le passe-partout, dont il est directeur et rédacteur en chef, et lui propose d’en assurer les chroniques littéraires. Il en profite pour présenter à Victor ses futurs collègues, dont la très charmante Tasha Kherson, illustratrice et caricaturiste.

Au même moment, une jeune femme qui visite la Tour Eiffel avec ses trois neveux, se sent mal suite à une piqure d’abeille, et s’effondre, morte. C’est un scoop pour Le passe-partout et les journalistes saisissent aussitôt cette occasion en or. Victor Legris se trouve malgré lui pris par ce qu’il considère rapidement comme un meurtre et mène l’enquête, délaissant la librairie qu’il laisse aux bons soins de son commis, le jeune et brillant Joseph. Son énigmatique associé, Kenji Mori en fait de même, absorbé lui aussi par d’étranges rendez-vous…

J’ai beaucoup aimé le charme subtil de ce roman dont l’intérêt principal réside, à mon avis, non pas dans l’intrigue policière, mais bien dans l’évocation du Paris de cette fin XIXème qui regorge d’artistes : on croise des écrivains, des peintres impressionnistes –tels Van Gogh et Cézanne, alors boudés par le public. La librairie de la rue des Saints-Pères est prétexte à disséminer dans le roman de multiples références littéraires de l’époque. On rencontre ainsi différents auteurs oubliés de nos jours. On se retrouve dans l’ambiance du journalisme et des débuts de la photographie, et les détails fournis par l’auteur sur l’art, la technique (la linotype), ou la multiplication des courants littéraires, parviennent à plonger le lecteur dans l’ambiance particulière de cette fin de siècle.

« Mystère rue des Saints-Pères » est en outre un roman très bien écrit, qui se termine sur une histoire d’amour, dont on imagine qu’elle se poursuivra dans le deuxième tome. A suivre donc…

Mystère rue des Saints-Pères, Claude Izner, 10 /18 n° 3505, collection Grands Détectives, Paris, mars 2003, 283 p.

 

Livre lu dans le cadre d’une lecture commune organisée par Bianca, avec Bianca, Céline, Fanny, Camille, Laure et Claire dont vous retrouverez les avis ici.

Et du challenge Polar historique chez Sharon

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A Paris, sur les traces de Modiano

paris de modiano beatice commengéAprès s’être intéressée à Nietsche, Henri Miller ou Rilke, Béatrice Commengé a choisi d’explorer les lieux parisiens de Patrick Modiano, ceux de sa vie, comme ceux de ses romans. Nous suivons ainsi le parcours de celui qui écrit pour retrouver un Paris qui n’existe plus, celui de son enfance, de son adolescence, mais aussi le Paris de l’Occupation que l’écrivain né en 1945 n’a pas connu. Béatrice Commengé met ses pas dans ceux de Modiano et explique :

« Sans cesse résonnent en moi les mots de l’écrivain. Obsession de la topographie, avec l’espoir que de sa précision surgira un peu de la vie qui se cache derrière un nom, un numéro, une rue, de cette vie qui n’est plus, mais qui a laissé sa trace ».

La promenade commence Quai de Conti devant la maison d’enfance de Modiano et explore l’univers du petit Patrick et de son frère Rudy qui disparaîtra trop tôt. Elle passe par le quartier latin que Modiano arpentait adolescent, puis se poursuit sur les traces de la mère de Modiano, la jeune comédienne Louisa Colpeyn, qui a rencontré le père de Modiano, pendant l’Occupation, dans un bel immeuble du XVIème arrondissement. L’exploration permet de croiser la figure mystérieuse du père, puis elle s’élargit, lorsque Patrick Modiano erre seul dans Paris, vers les boulevards de ceinture, sans oublier les « zones neutres » chères à l’écrivain, que Béatrice Commengé essaie de définir.

Au passage, on rencontre Raymond Queneau, Boris Vian, Jean Mermoz. On visite les cafés préférés de Modiano, comme Le Condé, les cinémas et même les arbres et leur bruissement, dont Béatrice Commengé souligne la place importante qu’ils occupent dans l’œuvre de Modiano.

Peu à peu, se dessine le Paris intime de Modiano : les lieux évoqués dans les romans de Modiano, souvent à plusieurs reprises, comme les échos multiples d’un même rêve. Béatrice Commengé parvient très bien à restituer l’atmosphère onirique des romans de Modiano à travers cette exploration menée pendant l’hiver 2015.

J’ai juste regretté que la mise en page ne soit pas plus aérée, ce qui est certes difficile compte tenu du petit format du livre. Et j’aurais beaucoup apprécié disposer d’une carte de ce Paris intime de Modiano qui est très vaste et s’étend à une quinzaine d’arrondissements. J’imagine que cela aurait pu être une aide précieuse pour les lecteurs qui ne connaissent pas, ou pas assez bien, certains quartiers de Paris. Cela dit, « Le Paris de Modiano » plaira sans doute à tous les inconditionnels de Modiano, ce qui est mon cas !

 

Le Paris de Modiano, Béatrice Commengé, Editions Alexandrines, Collection Le Paris des écrivains, Paris, mai 2015, 89 p.

 

Je remercie le site Babelio et son opération Masse critique, ainsi que les éditions Alexandrines, de m’avoir fait découvrir cet ouvrage. À noter que les éditions Alexandrines proposent d’autres titres très intéressants dans la récente collection « Le Paris des écrivains », ainsi que de nombreuses balades littéraires dans la collection « Sur les pas des écrivains ».

masse critique Babelio

 

 

 

Intrigue à Giverny, d’Adrien Goetz

intrigue à GivernyC’est avec cette quatrième enquête de Pénélope que j’ai découvert la série d’Adrien Goetz. Certes, j’aurais dû commencer par « Intrigue à l’anglaise », le premier de la série, mais étant en pleine période impressionniste depuis que j’ai lu « Manet le secret » de Sophie Chauveau, « Intrigue à Giverny » a tout de suite suscité mon intérêt.

Petite présentation pour ceux qui ne connaissent pas la série d’Adrien Goetz : Pénélope Breuil, diplômée de l’Ecole du Louvre, est une conservatrice du patrimoine confrontée, avec son compagnon Wandrille, journaliste et fils de ministre, à des énigmes qui ont trait à l’histoire de l’art. Dans « Intrigue à Giverny », il est bien sûr question de Claude Monet, de sa maison de Giverny,  des nymphéas bleus, et du tableau « Impression, soleil levant » qui donna son nom au mouvement dont Monet est l’un des plus grands représentants. Mais on découvre également une facette méconnue de la vie de Monet : l’amitié du peintre avec Clémenceau et le rôle que Monet aurait joué en matière de politique étrangère…

Pénélope est invitée à un dîner officiel donné au sein même du Musée Marmottan-Monet au cours duquel, suite à une panne d’électricité, disparaissent … deux des convives : une Américaine excentrique et une religieuse française, toutes deux grandes connaisseuses de Monet. Ce n’est que le lendemain que la double disparition prend tout son sens, lorsque l’Américaine est retrouvée égorgée, puis quelques jours après, quand Sœur Marie-Jo est enlevée … à Monaco !

En effet, au centre de l’intrigue, le mariage princier d’Albert de Monaco et Charlène dont les préparatifs vont bon train, tandis que des négociations se déroulent en secret pour l’achat d’une toile inconnue de Monet : les proches du couple princier espèrent offrir en cadeau de noces une vue de Monaco peinte par Monet, qui constituerait l’un des éléments d’une série monégasque que le peintre aurait exécutée lors d’un mystérieux voyage dans la Principauté.

 

Monte-Carlo vu de Roquebrune

Monte-Carlo vu de Roquebrune, Claude Monet, 1884, huile sur toile, Palais princier, Monaco

 

Adrien Goetz nous embarque avec allégresse dans une série d’allers-retours entre Paris, Monaco et Giverny, sur les traces de Monet, à la recherche d’explications sur son amitié avec Clémenceau et sur les secrets qui entouraient le peintre. J’ai découvert avec plaisir les coulisses d’un monde dont on parle peu dans les romans, celui des conservateurs du patrimoine et autres experts en art.

L’auteur nous livre ainsi un policier artistique érudit où l’on apprend beaucoup mais qui reste néanmoins léger, sans doute grâce à l’humour et à la fantaisie de l’auteur. J’ai juste regretté l’utilisation du présent dans la narration, ce qui, à mon avis, alourdit le texte. Un bémol qui ne m’empêchera pas de lire bientôt les trois premières enquêtes de Pénélope et de Wandrille qui se déroulent en Angleterre, à Versailles et à Venise !

 

Intrigue à Giverny, Adrien Goetz, Le livre de poche, Paris, avril 2015, 305 p.

 

 

S’abandonner à vivre, de Sylvain Tesson

s'abandonner à vivreParu lors de la rentrée littéraire d’hiver 2014, et sorti il y a quelques jours en collection de poche, « S’abandonner à vivre » illustre à nouveau le talent de Sylvain Tesson pour la nouvelle. L’aventurier érudit avait en effet reçu en 2009 le prix Goncourt de la nouvelle pour « Une vie à coucher dehors ». Les nouvelles qu’il présente ici sont de la même veine. Elles se déroulent dans les pays et villes qu’affectionne particulièrement l’auteur, la Russie, et surtout la Sibérie, ainsi que l’Afghanistan, la Chine, l’Afrique du Nord, mais aussi la Suisse et … Paris.

Comme à son habitude, Tesson parsème ses textes de références littéraires ou philosophiques. Il souligne aussi quelques stéréotypes, comme lorsqu’il fustige l’opinion que nous, occidentaux, avons généralement des Russes, parce que nous oublions que ceux-ci ne peuvent se relever en un clin d’œil de plusieurs décennies d’un régime qui a détruit le pays tout entier. Il y a également du vaudeville dans ces nouvelles, tout particulièrement dans « La bataille » (de Borodino) et « La gouttière ». Cette dernière prend un sens particulier quand on sait que Sylvain Tesson a été victime d’une très mauvaise chute il y a quelques mois, alors qu’il escaladait la façade d’un chalet à Chamonix ! Enfin, il y a de la farce dans « Le téléphérique », de la sagesse dans « Le train », et certainement, une bonne dose d’autobiographie et d’anecdotes vécues dans l’ensemble du recueil.

Sylvain Tesson excelle dans ce genre difficile, parfois peu prisé des francophones, dont il maîtrise très bien l’art de la chute. Les dénouements nous laissent souvent souriants, parfois étonnés, jamais indifférents. Les personnages que décrit l’auteur sont confrontés à leur destin, tantôt prévisible, tantôt ironique, mais Sylvain Tesson réussit à ne pas être pessimiste : devant la force du destin, devant l’ironie du sort, il ne voit qu’une attitude possible : s’abandonner à vivre…

 

S’abandonner à vivre, Sylvain Tesson, Gallimard, Collection Folio n°5948, mai 2015, 256 p.