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Luca, Franck Thilliez

C’est un pavé de 550 pages que l’on dévore en quelques heures. Il faut d’ailleurs avoir un peu de temps devant soi pour le commencer, car il est tellement addictif que l’on risque d’y laisser des heures de sommeil. Le dernier Franck Thilliez ne déçoit pas : diaboliquement efficace, l’auteur nous offre une intrigue remarquablement bien ficelée qui nous embarque dès les premières pages, sur fond de thèmes scientifiques aussi passionnants qu’effrayants.

Cette fois, Thilliez aborde la question de la gestation pour autrui, de la procréation médicalement assistée et des manipulations génétiques, mais aussi du transhumanisme, ce courant qui veut utiliser les progrès scientifiques et techniques pour surmonter les limites biologiques de l’homme et augmenter ses capacités intellectuelles et physiques jusqu’à repousser, voire un jour abolir la mort. Il est également question de l’intelligence artificielle et de ses limites, autant de problématiques qui nous interpellent sur le plan de l’éthique : pouvons-nous tout laisser faire, au nom du progrès scientifique ?

Parmi les thèmes secondaires bien présents, il y a aussi l’importance des réseaux sociaux et plus généralement des GAFA, leur influence sur nos vies via les algorithmes et les manipulations dont nous sommes victimes quotidiennement. Pour ce qui est de l’intrigue, je ne dévoilerai rien ici, si ce n’est que le roman s’ouvre sur la rencontre dans un chambre d’hôtel entre un couple en mal d’enfant et une jeune femme prête à louer son utérus et à vendre son ovule : la peur au ventre, se sachant hors-la-loi, mais plein d’espoir malgré de multiples échecs, Bertrand et Hélène accordent leur confiance à Natacha et lui remettent leurs cinq mille euros d’économies, une simple avance…

Les fidèles lecteurs de Franck Thilliez retrouveront un Sharko un peu assagi, et Lucie sa femme, toujours prête à visiter des endroits sordides et dangereux, seule, en pleine nuit. Ils ont quitté le 36, Quai des Orfèvres, pour le tout nouveau « Bastion ». Et comme si une nouvelle époque s’ouvrait, ils ne sont plus à l’avant-plan. C’est Nicolas, le collègue de Sharko, qui vit sur une péniche et se remet difficilement de la mort de Camille, et une jeune collègue, fraichement débarquée de Nice, mais pas indemne elle non plus, qui sont au-devant de la scène dans cette enquête particulièrement captivante.

Après la lecture, restent les questionnements, non sur l’intrigue mais sur les problématiques qu’elle soulève : les manipulations folles évoquées ne sont pas encore tout à fait réelles, mais on y touche, il n’y a qu’à penser à la naissance en 2018 de ces bébés chinois dont l’ADN aurait été modifié. Ethique contre eugénisme, c’est à nous de choisir !

 

Luca, Franck Thilliez, Fleuve noir, mai 2019, 550 p.

 

Challenge Polars et thrillers chez Sharon.

 

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Bleu de Prusse, Philip Kerr

 

Philip Kerr est l’auteur de nombreux polars et sa trilogie berlinoise a remporté un grand succès dans les années 2000, le poussant à se consacrer à l’écriture à plein temps. Il s’agissait là des premières enquêtes de Bernie Gunther, qui s’inscrivent toutes dans le cadre de l’Allemagne nazie.

« Bleu de Prusse » est le douzième épisode de cette série et il se déroule alternativement sur deux périodes, 1939 et 1956. Pas besoin d’avoir lu les épisodes précédents pour apprécier cette aventure passionnante du point de vue historique : c’est d’ailleurs avec ce douzième tome que j’ai fait connaissance avec le flic berlinois Bernie Gunther et avec l’auteur, Philip Kerr, et ce fut une rencontre réussie.

Bernie Gunther est envoyé à Berchtesgaden pour résoudre un meurtre qui a été commis sur la terrasse du Berghof, le fameux « nid d’aigle », la résidence d’Hitler située dans les Alpes bavaroises.  Un ingénieur y a en effet été assassiné d’une balle tirée des montagnes environnantes. La sécurité du Führer, qui est attendu au Berghof afin de fêter son cinquantième anniversaire, est en jeu. Gunther n’a donc que sept jours pour découvrir le coupable, sans commettre aucune indiscrétion, car Hitler ne doit pas être mis au courant de ce qui s’est passé.

Sous l’autorité de chefs nazis tous plus compromis les uns que les autres, Gunther va enquêter méthodiquement, fort d’une expérience qui seule peut le tirer de ce mauvais pas : nombreux sont ceux en effet que ses découvertes gênent et qui l’attendent au tournant… mais le lecteur sait que Gunther s’en sortira pour cette fois, puisque le récit alterne les chapitres qui se déroulent en 1939 à Berchesgaden et ceux qui évoquent la fuite de Gunther en 1956, alors qu’il refuse une mission que lui confie la Stasi, police est-allemande qui veut l’obliger à commettre un empoisonnement, et qu’il fuit sa planque au Cap Ferrat pour essayer de retrouver la sécurité de la récente Allemagne Fédérale.

Malgré quelques longueurs, ce roman est particulièrement intéressant parce qu’il évoque les rivalités et contradictions des polices qui ont coexisté dans l’Allemagne nazie, puis qui se sont succédé d’un régime extrémiste à l’autre. On découvre aussi le détail de certaines malversations nazies moins connues, comme les nombreuses expropriations qui ont eu lieu à Berchtesgaden afin d’offrir une résidence secondaire aux dignitaires du régime nazi. Quant à Bernie Gunther, c’est un personnage insolent qui se trouve toujours sur le fil du rasoir et qui s’en sort souvent in extremis grâce à un instinct de survie au-delà du commun et qui se distingue par son humanité. Une série que je ne manquerai pas de découvrir en la reprenant cette fois, par le début !

 

Bleu de Prusse, Une aventure de Bernie Gunther, Philip Kerr, traduit de l’anglais par Jean Esch, Editions Points policier n°P4965, février 2019, 664 p.

 

Roman lu dans le cadre du challenge polars et thrillers chez Sharon. et du challenge Objectif Pal chez Antigone.

La dame de Reykjavik, Ragnar Jonasson.

 

L’héroïne du nouveau polar de Ragnar Jonasson est atypique puisqu’elle a soixante-quatre ans et se trouve à quelques mois de la retraite. Elle qui ne vit que pour son métier et ne se prépare pas au grand changement qui l’attend, se voit convoquée par son chef Magnus, qui lui annonce abruptement que son remplaçant sera là dans deux semaines et qu’elle pourra donc quitter le commissariat à cette date, soit plusieurs mois avant la date initialement prévue. Il ajoute qu’elle peut, en attendant et pour « s’occuper » choisir un cas non-résolu dans les archives du commissariat.

Prenant Magnus au mot, Hulda décide de s’intéresser à la mort inexpliquée d’une jeune femme Russe demandeuse d’asile qui avait été retrouvée noyée dans une crique rocheuse. Hulda se souvient que son collègue Alexander, peu enthousiaste, avait abandonné rapidement l’enquête. Elle espère pouvoir résoudre ce cas dans les quinze jours qui lui restent.

Hulda s’attelle avec énergie aux recherches, et commet quelques maladresses dont elle n’est pas coutumière. Elle fait également la connaissance de Petur, avec qui elle aimerait nouer des liens plus étroits, d’autant que cela semble réciproque. Mais elle s’est embarquée dans une enquête plus risquée que prévu, et elle n’a pas de coéquipier…

Le polar de Ragnar Jonasson est assez classique dans sa construction puisque l’auteur alterne les chapitres relatifs à Hulda et à son enquête avec ceux qui décrivent les préparatifs et le déroulement du meurtre. La tension monte progressivement, le suspense est là, même s’il n’est pas insoutenable. La lecture est agréable, mais sans plus.

Du côté des points forts, on retrouve les admirables paysages de l’Islande et un personnage féminin courageux et déterminé qui a eu une vie difficile -avec un mari et une fille- et qui n’a pas dit son dernier mot. On se prend peu à peu à penser que Hulda ferait une excellente héroïne récurrente, même si la retraite approche pour elle. Ne peut-on imaginer un retournement qui lui permette de rester encore quelques mois au commissariat de Reykjavik ? L’auteur nous donne une réponse à la fin et je dois dire que je ne l’avais pas imaginée une seconde. Et cela jette un tout autre éclairage sur le roman qui en devient surprenant. A découvrir !

 

La dame de Reykjavik, Ragnar Jonasson, traduit de la version anglaise, d’après l’islandais par Phillipe Reuilly, Editions de la Martinière, mars 2019, 261p

 

Lu dans le cadre du challenge polars et thrillers chez Sharon.

 

Le printemps du commissaire Ricciardi, Maurizio de Giovanni.

 

Une femme âgée que tout le monde aimait pour les bienfaits qu’elle prodiguait est assassinée chez elle. Une jeune femme détestée de tout le voisinage, qui la traite de « putain » pour la seule raison qu’elle vit seule avec son fils et qu’elle est exceptionnellement belle, se fait taillader le visage.

Le commissaire Ricciardi, aidé du brigadier Maione, se lance dans l’enquête et découvre très vite que la vieille femme était en réalité cartomancienne et, accessoirement, usurière. Elle manipulait tout le monde et n’était pas la bonne âme présentée d’abord par la concierge, loin s’en faut. Mais peu importe, la vérité doit être faite et le commissaire Ricciardi s’y attelle avec passion. Quant au brigadier Maione, il porte une attention toute particulière à la belle jeune femme défigurée…

Voilà pour l’intrigue, mais là n’est pas l’intérêt des romans policiers de Maurizio de Giovanni, en tout cas pour ce qui concerne la série consacrée au commissaire Ricciardi, cet homme jeune, beau, profond, qui ne laisse apparaître aucune émotion, et qui a un don particulier : il voit la « Chose » c’est-à-dire la mort, puisqu’il distingue et entend les fantômes qui n’ont pas encore trouvé le repos ; ceux des victimes assassinées. Un zeste de fantastique donc, qui confère au personnage principal une aura énigmatique, sombre et mélancolique.

Mais c’est autre chose qui donne aux enquêtes du commissaire Ricciardi toute leur saveur : l’écriture d’abord, la structure -l’auteur introduit les différents personnages, assez nombreux, en de courts paragraphes qui se succèdent. Et surtout la description des personnages eux-mêmes, jamais stéréotypés et pourtant tellement bien caractérisés qu’on les visualise sans effort. Et puis il y a Naples, dont l’auteur aime à décrire les odeurs, les mouvements de l’air, l’influence de la période -ici le printemps- sur les habitants. Les senteurs florales voisinent ainsi avec des effluves plus répugnants qui s’élèvent des quartiers pauvres de la ville.

On apprend beaucoup sur l’histoire de la ville : que la via Toledo nommée ainsi par les Espagnols fut pour quelques temps rebaptisée via Roma, que le Surrogato était un ersatz de café que les Napolitains buvaient pendant la période fasciste, que Naples comptait plusieurs écrivaines populaires en ce début des années trente…

C’est donc d’une traite que j’ai dévoré « Le printemps du commissaire Ricciardi » et je ne pense pas que j’attendrai le prochain mois italien pour poursuivre la série !

 

Le printemps du commissaire Ricciardi, Maurizio de Giovanni, traduit de l’italien par Odile Rousseau, Editions Rivages/Noir, 2013, 427 p.

 

Participation au mois italien chez Martine, au challenge Objectif Pal chez Antigone et au challenge Polars et thrillers chez Sharon :

Dossier 64, Adler-Olsen

 

La sortie du film « Dossier 64 » début mars est l’occasion de lire le polar dont il est tiré. Dans ce roman, Jussi Adler-Olsen nous propose la quatrième enquête du Département V de la police de Copenhague. Le Département V est un service qui se consacre exclusivement aux affaires non élucidées, puis mises de côté, mais non classées : des « cold case » que l’on exhume des vieux dossiers et dont on relance l’enquête.

C’est Rose, l’assistante de l’inspecteur Carl Mørk, qui attire l’attention de son supérieur sur la disparition d’une prostituée, Rita Nielsen, remontant à 1987. Avec Assad, autre assistant aux méthodes audacieuses mais efficaces, le trio se lance dans une enquête qui leur permet de faire le lien entre plusieurs disparitions survenues à la même époque et qui les met sur les traces de Curt Wald, ancien médecin devenu le leader d’un parti politique aux idées extrémistes.

Le parti « Ligne pure » prétend en effet faire la distinction entre ceux qui méritent de vivre et les autres, en se fondant sur l’idée « qu’il n’y a pas de sens à laisser vivre un être destiné à une existence indigne ». Pendant plusieurs décennies, ses membres, dont certains sont médecins, ont ainsi pratiqué ou favorisé des méthodes telles que des avortements ou stérilisations forcés pour tendre vers leur objectif, à savoir débarrasser la société de ceux qu’ils considèrent comme rien moins que des attardés sociaux :  l’eugénisme pratiqué pour le bien de la collectivité, sous couvert de raisons morales.

Nete Hermansen fait partie des jeunes filles dont l’existence a été brisée par sa rencontre avec Curt Wad. Internée sur la terrible île de Sprogø dans un asile pour femmes, elle est victime d’un avortement pratiqué contre son gré, puis d’une stérilisation forcée. Libérée, elle reprend une vie normale, si tant est qu’elle puisse l’être après ce qu’elle a subi. Elle se marie et passe quelques années heureuses en couple, avant de recroiser le chemin de Curt Wad en 1987, et son existence bascule à nouveau.

Jussi Adler-Olsen, comme à son habitude, signe un polar efficace. Les héros récurrents sont particulièrement attachants, de par leur personnalité plutôt atypique par rapport à celle des policiers qui apparaissent dans les polars scandinaves. Il y a Rose qui n’hésite pas à « devenir » sa propre jumelle Yrsa quand elle veut fuir la réalité, Assad, un syrien, dont on ne connait pas le passé, mais dont on devine qu’il tait les horreurs qu’il a connues. Assad se montre d’ailleurs bouleversé par le sort de certaines femmes impliquées dans cette enquête et redouble de motivation pour aider à son élucidation. Enfin, Carl, l’inspecteur, qui n’est ni alcoolique ni assailli de problèmes psychologiques, mais qui, derrière un cynisme caustique semble cacher un grand cœur et beaucoup de tendresse. Quant à l’intrigue, elle nous tient en haleine jusqu’à la révélation finale !

Dossier 64, Jussi Adler-Olsen, traduit du suédois par Caroline Berg, Le livre de poche, Paris, 2016, 672 p.

 

Lu dans le cadre du challenge Polars et thrillers chez Sharon et du challenge objectif pal chez Antigone 

 

 

Avalanche hôtel, Niko Tackian.

Je ne savais rien de Niko Tackian en ouvrant ce roman, ni qu’il avait déjà écrit plusieurs romans policiers, ni qu’il était principalement scénariste et auteur de bandes dessinées et qu’il avait d’ailleurs co-signé, avec l’excellent Franck Thilliez, la série française Alex Hugo. C’est bien la couverture, le titre et la quatrième de couverture qui m’ont alléchée en évoquant une enquête dans les Alpes suisses, en pleine tempête de neige. Parfait pour une lecture de janvier !

Et bonne surprise, l’action se déroule sur la Riviera vaudoise, plus précisément sur les hauteurs de Montreux, du côté du Rocher de Naye : les panoramas grandioses s’ouvrent sur le lac Léman qui ne se présente pas sous son meilleur jour d’ailleurs, puisque la tempête qui déferle en fait une mer intérieure déchaînée. Le froid et la neige encadrent une aventure étrange où des réminiscences du passé viennent troubler la petite vie tranquille que menait Joshua Auberson, un jeune policier vaudois féru de jeux vidéo.

Ce dernier se réveille en effet nu, sur le carrelage de la salle de bains de sa chambre d’hôtel. Il se souvient, grâce à une petite voix intérieure qui résonne en lui, qu’il est agent de sécurité au sein du magnifique « Avalanche hôtel » et qu’il doit se rendre rapidement au salon bleu, où on lui demande de retrouver une jeune cliente qui manque à l’appel, Catherine Alexander. Joshua suit les ordres du barman qui l’emmène dans la montagne en pleine tempête de neige : il se souviendra ensuite d’avoir plongé dans un abîme vertigineux…

Joshua se réveille à l’hôpital, après quelques heures de coma, victime d’engelures et d’une hypothermie heureusement réversible : il vient de sortir indemne d’une avalanche, dans laquelle il a été pris alors qu’il marchait seul du côté du Rocher de Naye, dans le cadre d’une enquête sur la disparition de Catherine Alexander.  La sensation de froid extrême ne le quitte pas, un sentiment d’étrangeté non plus : il y a de quoi, puisque nous sommes en 2018 et que la jeune Catherine Alexander a disparu de l’hôtel où elle passait ses vacances avec ses parents en 1980 !  Et que Joshua n’est pas agent de sécurité dans l’Avalanche hôtel, mais bien flic à Vevey. Tout cela n’était donc qu’un cauchemar dû au coma ?

Pour rassembler les éléments manquants de sa mémoire défaillante suite à l’accident, Joshua décide de rechercher l’homme qui l’a trouvé dans la montagne et l’a sauvé d’une mort certaine. Son enquête, aux côtés de Sybille, sa coéquipière (qui n’est en rien prophétesse mais dont les hypothèses justes en font néanmoins un excellent flic), le mène rapidement jusqu’au Bellevue Grand Palace sur les hauteurs de Montreux. Mais l’hôtel est fermé depuis une trentaine d’années… Joshua n’y est jamais venu et pourtant il reconnait chaque couloir, chaque pièce de l’Avalanche Hôtel : comment peut-il posséder une telle connaissance des lieux ?

Ce thriller rapide et très bien ficelé nous mène dans les méandres de la mémoire de Joshua, à la découverte des capacités encore inexploitées du cerveau humain.  L’atmosphère hivernale et mystérieuse, les vagues grises et menaçantes du Léman associées à la tempête de neige qui sévit en altitude, le rythme donné par une succession de chapitres courts, le duo d’enquêteurs toujours en mouvement, sont autant d’éléments qui confèrent quelque chose de très visuel à ce roman prenant que l’on verrait bien adapté au cinéma ou à la télévision. Un bon moment de lecture.

Avalanche hôtel, Niko Tackian, éditions Calmann-Lévy, Paris, janvier 2019, 266 p.

 

Livre lu dans le cadre du challenge Polars et thrillers chez Sharon.

 

Les Disparus de la lagune, Donna Leon.

Curieusement, cette année, il me semble avoir peu entendu parler du nouveau volume de la série de Donna Leon. Pourtant, cette 26ème enquête, présentée sur la quatrième de couverture comme l’une des meilleures de la série (mais c’est ce que l’on a tendance à dire régulièrement, non ?), s’est révélée à la hauteur et je dirai même qu’elle m’a particulièrement plu, peut-être parce qu’elle ne se passe pas exactement à Venise, et donc qu’elle est assez dépaysante, même si le commissaire ne s’éloigne de sa chère ville que pour se rendre… dans la lagune ; et aussi certainement, parce que Brunetti va mal, et que cela ne semble pas seulement passager.

Et cela commence lorsque, pour dissimuler la réaction mal contrôlée d’un collègue lors d’un interrogatoire, le commissaire Brunetti est amené à simuler un malaise. Il joue tellement bien la comédie, si l’on peut dire, qu’il est transporté à l’hôpital où il est obligé de se soumettre à quelques examens. En discutant avec sa femme Paola de la supercherie, il se rend compte qu’il ne supporte plus du tout son métier. Surmenage, burn-out, simple fatigue passagère ? Le commissaire Brunetti décide de prendre quelques semaines de repos, seul avec quelques livres, dans une villa qu’une vieille tante de sa femme possède dans l’île de Sant’Erasmo.

Il y est accueilli par Davide Casati, un ancien ami de son père, qui s’occupe de la maison de la tante de Paola. Les deux hommes sympathisent et Davide propose à Brunetti de l’accompagner chaque matin à bord de son « puparin », une barque à deux rameurs, utilisée pour les régates notamment : l’homme doit se rendre dans différents endroits de la lagune pour s’occuper de ses ruches et récolter le miel. Brunetti est ravi car il avait l’intention de faire de l’exercice et les heures de rame lui seront d’un grand bénéfice, d’autant plus qu’elles sont accompagnées de longues discussions avec Davide.

Mais une nuit d’orage, Davide disparaît. Sa fille Federica pense qu’il est allé « parler » à sa femme au cimetière de San Michele, comme il en a l’habitude, mais il n’y a pas de traces de Davide là-bas. Le commissaire Brunetti prend l’affaire en mains et accompagne les garde-côtes dans leurs recherches. Le voilà parti dans une nouvelle enquête qui le mène à s’interroger sur la pollution dans la lagune, sur l’attitude volontairement criminelle de certaines entreprises industrielles des environs, comme sur les conséquences de la légèreté de tous en matière d’environnement pendant des années. Le thème est d’actualité !

L’enquête de Brunetti est officieuse, et aidé de Vianello, de la perspicace commissaire Griffoni, et de la Signorina Ellettra, ils vont mettre à jour beaucoup d’éléments avant de conclure que parfois, la vérité n’est pas bonne à dire. Les révélations de personnes impliquées à des degrés divers dans une vieille histoire qui a des retentissements désastreux sur le présent, plongent Brunetti dans un questionnement philosophique profond.

Encore une fois, notre cher commissaire révèle sa sincérité et son humanité. Le rythme lent du roman, au cours duquel Brunetti nous emmène avec lui ramer dans la lagune, pédaler sur la charmante petite île, partager repas et discussions avec les gens du cru, ainsi que les interrogations que le commissaire se pose grâce à la distance qu’il prend, font de ce nouvel épisode un des meilleurs en effet.

 

Les Disparus de la lagune, Donna Leon, traduit de l’anglais (américain) par Gabriella Zimmermann, Editions Calmann-Lévy, collection Noir, Paris, septembre 2018, 355 p.

 

9ème participation au challenge 1% de la rentrée littéraire 2018, participation au challenge Polars et thrillers chez Sharon, participation au Challenge vénitien ici.