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Maria Vittoria, Elise Valmorbida

Il y a quelques semaines, j’ai eu la chance de remporter un jeu-concours organisé par les Editions Préludes, ce qui m’a permis de recevoir le roman d’Elise Valmorbida et de découvrir une auteure, un roman et une maison d’édition que je ne connaissais pas. Une lecture que j’ai beaucoup appréciée !

 

En 1923, dans les Dolomites, les bons partis sont peu nombreux et, tout en brodant leur futur trousseau, les jeunes filles rêvent à un homme qui les protège et leur permette de fonder une famille nombreuse. Alors, quand Maria Vittoria, déjà âgée de vingt-cinq ans, voit son père revenir à la maison en compagnie d’un homme grand, mince et fort, elle sait que le mariage aura lieu et que l’homme sera bon pour elle.

Achille n’est pourtant pas le meilleur des hommes, loin s’en faut, mais Maria Vittoria n’est pas irréprochable non plus et elle faillira d’ailleurs à sa promesse. Mais, malgré les difficultés et les privations dues à la guerre, c’est une belle et grande famille qu’ils construiront tous les deux.

Maria Vittoria écoute parfois ses instincts, mais elle sait aussi se souvenir des préceptes que lui ont enseignés ses parents. « Ne faire confiance à personne », c’est une devise qui lui servira de nombreuses fois lors des moments difficiles. Croyante, Maria Vittoria prie beaucoup ; elle parle même avec la Vierge Marie qui la guide et se fait la voix de sa conscience pour l’amener à assumer ses responsabilités et l’aider à trouver une paix intérieure.

Comme les femmes de son époque, Maria Vittoria vit sous la coupe de son mari, elle est soucieuse du « qu’en dira-t-on » et cherche toujours à faire bonne figure. L’auteure nous fait découvrir le quotidien si rude de ces femmes qui perdaient plusieurs enfants, étaient soumises à leur mari ainsi qu’au jugement de leur fils aîné qui d’ailleurs prenait la relève lorsque le mari était absent ou défaillant. Des comportements qu’elles s’empressaient de transmettre à leurs enfants, et notamment à leurs filles, sans les remettre en question, tout en rêvant pourtant au grand amour, à l’amour véritable, celui qu’elles ne connaîtraient jamais.

L’héroïne n’est donc pas parfaite. Son manque d’éducation la conduit à adopter des comportements erronés. Elle ne fait pas toujours les bons choix, mais c’est une femme courageuse qui ne baisse jamais les bras. Une héroïne humaine au sens premier du terme, et donc très crédible.

« Maria Vittoria » est une saga qui nous ouvre l’intimité d’une famille italienne de paysans devenus petits commerçants. Nous les suivons de 1923 jusqu’au début des années cinquante, vivant avec eux le fascisme de Mussolini, puis la guerre et la période trouble et difficile de la Libération en Italie du Nord. C’est un roman historique, assez réaliste, qui se lit avec plaisir et présente l’intérêt de retracer un aspect de l’histoire italienne qui est peu évoqué dans la littérature contemporaine. Sans dévoiler la fin du roman, qui marque un nouveau départ pour la famille de Maria, je dirai seulement qu’elle appelle une suite que j’espère rapide !

 

Maria Vittoria, Elise Valmorbida, traduit de l’anglais par Claire Desserrey, Editions Préludes, septembre 2018, 444 p.

 

Cinquième participation au challenge de la rentrée littéraire

 

Histoire de Rosa qui tint le monde dans sa main

histoire de RosaBernard Ollivier est l’auteur de plusieurs récits de voyage dont «Longue marche», trois volumes dans lesquels il raconte son périple à pied, sur la route de la soie, d’Istanbul à … la Chine ! Un récit d’une grande richesse à la fois historique et géographique, mais surtout humaine, car Bernard Ollivier aime s’arrêter sur les nombreuses rencontres qui ponctuent les étapes de ses voyages.

L’«Histoire de Rosa qui tint le monde dans sa main» est son premier roman, et c’est une réussite. Rosa est une jeune paysanne, mariée à seize ans à un homme de quarante ans, alcoolique. Après quelques années de mariage, la situation se dégrade encore quand Mathieu, le mari de Rosa, tombe malade. Pour survivre et payer les traitements, Rosa a ouvert au voisinage la grande salle de sa ferme, pour en faire un débit de boissons, vite fréquenté par les quelques ivrognes du coin.

Un soir, une discussion un peu enflammée entre les habitués du bistrot improvisé se termine en un défi stupide : les hommes s’engagent dans un concours visant à déterminer … leur virilité. Et comme pour toute compétition, il faut un arbitre, et plus précisément une femme ! Surtout lorsqu’il s’agit d’évaluer les prouesses des hommes du village !

Je n’en dirai pas plus pour préserver le suspense, mais ce concours original aboutira néanmoins à forcer le destin sans espoir de certains des participants et même à leur offrir de belles surprises. Rosa est, parmi ces rustres  -dont certains ont le cœur tendre, on s’en doute-, une héroïne intelligente, fière, courageuse et profondément humaine. L’auteur dresse ici le beau portrait d’une femme qui évolue dans le monde paysan du tout début du XXème siècle, tiraillée entre les traditions et la modernité. Le contexte politique est d’ailleurs très intéressant : l’affaire Dreyfus est encore au centre des débats, tandis que la séparation de l’église et de l’Etat se prépare.

Au total, j’ai beaucoup apprécié ce roman drôle, très agréable à lire, qui ressemble à un conte, dans une ambiance de campagne normande qui a « un petit quelque chose » de Maupassant !

Histoire de Rosa qui tint le monde dans sa main, Bernard Ollivier, Libretto, Paris, 2013, 264 p.